Les personnes intéressées par ce projet,
par exemple pour animer des forums spécialisés ou des Observatoires
locaux de la qualité des services publics, peuvent se faire
connaître aux auteurs
Le Forum Cahiers de doléances
(www.doleances.org), ouvert à la mi-janvier 1999, a rencontré
dès le début un bon accueil. Au 15 juin 1999, 1.800 messages
ont été reçus, regroupés en 250 sujets. Outre
le Forum général, 10 forums spécialisés ont
été ouverts. 250 intervenants ont été
identifiés par leur adresse e.mail. Le site reçoit 15.000 visites
par mois, 1 visiteur sur 10 laissant un message.
Ces résultats sont particulièrement bons, en comparaison
de la fréquentation des forums publics ou privés existants.
Il nexiste pas apparemment dinitiative de cette nature dans
dautres pays. La fréquentation se poursuit, mais il est
évident quune relance simpose si lon veut maintenir
ou élargir laudience.
Le Forum vise à recueillir les " doléances "
des citoyens, concernant le fonctionnement des services publics au sens large.
Mais, sadressant à des personnes supposées connaître
les possibilités de lInternet pour lamélioration
des procédures, le Forum exclut en principe les critiques dordre
général. Il recherche par contre les propositions pratiques
susceptibles daméliorer le fonctionnement des administrations,
notamment grâce à un usage innovant des technologies de
linformation. Les modérateurs du Forum, le Webmestre Xavier
Maury et le Relais Jean Paul Baquiast, rappellent chaque fois que
nécessaire ces deux objectifs aux intervenants, qui sy conforment
volontiers.
1. Premières conclusions
Lexpérience de ces six mois a montré plusieurs
choses :
-
le bon fonctionnement du Forum demande une qualité technique
irréprochable (utilisation notamment dun logiciel en free-ware
sélectionné avec soin par X. Maury), et une participation constante
des modérateurs, tant sur la forme que sur le fond.
-
les personnes qui sy expriment y trouvent une véritable
satisfaction : faire connaître leurs points de vue, mais aussi
dialoguer avec les autres intervenants. Il sest constitué entre
eux et avec les animateurs un réseau virtuel amical très
précieux quand il sagit dInternet. Pour cette raison,
il na pas été jugé opportun de restreindre
lexpression, lorsque lactualité conduisait certains
thèmes comme lintervention au Kosovo où les grèves
de la SNCF et de la RATP à sortir du cadre du Forum.
-
le thème de lEtat et de ladministration face au citoyen
semble inépuisable. Même en réduisant les débats
à ce quInternet pourrait améliorer en termes de
procédures, les demandes et les propositions sont nombreuses, et souvent
originales. Elles montrent en tous cas la distance quil y a entre les
programmes de modernisation décidés au niveau central, leur
application dans les services de terrain, et finalement la perception quen
ont les usagers. Sur ce simple plan, poursuivre et diversifier le Forum
paraît indispensable, pour inciter au réalisme et à la
modestie. Les Pouvoirs publics et les responsables administratifs, notamment,
pourraient lutiliser utilement comme indicateur de résultat.
Les universités sintéressant à la science
administrative pourraient également sen servir.
-
le fait que le Forum soit " généraliste " et
dinitiative privée lui a conféré semble-t-il plus
de capacités dattraction que des forums spécialisés,
organisés par tel ou tel ministère ou service public. Ceci
nexclut pas la nécessité de trouver des relais dans ces
mêmes services publics, à peine de devoir rester superficiel
ou généraliste.
-
même si la qualité et la permanence de la fréquentation
ont paru exceptionnels, il faut constater que lélargissement
de cette fréquentation au delà dun petit groupe de
passionnés, na pas été réussi. Ceci tient
notamment à la faible diffusion de lInternet en France, et au
manque de publicité donné au Forum, faute de moyens.
-
la participation des fonctionnaires a été souvent jugée
insuffisante par les participants privés. Elle ne sexplique
guère par le devoir de réserve , lequel nest pas en cause
en principe dans un Forum excluant toute allusion à des personnes
ou des services. Elle tient surtout au fait que les fonctionnaires ne sont
pas en général connectés à Internet, notamment
dans les services de terrain, ou peu incités à sen servir.
Ceci les empêche encore de participer à des débats citoyens
où ils auraient beaucoup de choses à défendre ou proposer.
-
une large expression des fonctionnaires, professionnels de laction
administrative, serait pourtant nécessaire, non pour défendre
des intérêts corporatistes, mais à titre pédagogique,
pour que ces fonctionnaires puissent préciser, à lattention
du citoyen, les arcanes de ladministration, les raisons justifiant
telle ou telle complexité apparente. Il est évident que les
citoyens confondent souvent les questions, ou sen tiennent à
des vues simplistes. La participation des fonctionnaires serait par ailleurs
précieuse pour proposer des solutions techniques ou organisationnelles
dont ils sont souvent les premiers à ressentir la nécessité,
sans trouver auprès du corps social - ou de leur hiérarchie
- la compréhension nécessaire.
Que faire dorénavant ?
Plusieurs solutions sont possibles, étant entendu quil serait
maladroit, et peu correct pour les intervenants, darrêter le
Forum brutalement, faute de volonté ou de moyens.
-
poursuivre encore le Forum quelques mois, dans la configuration actuelle.
Cela supposerait que se maintienne la disponibilité des modérateurs
- qui nest pas assurée - et la patience des intervenants, qui
ne verraient pas de suite à leurs propositions. Cette solution nous
paraît devoir être exclue.
-
confier si lon peut dire le Forum aux mains des Pouvoirs Publics, en
remettant à ceux-ci une synthèse des propositions qui ont
été faites par les intervenants, ou déduites de leurs
interventions. Il appartiendra aux Pouvoirs Publics de juger de la suite
quils donneraient, tant à ces propositions, quau Forum
lui-même. Un premier bilan avait été présenté,
comme convenu, au président de lAssemblée Nationale lors
de la Fête de lInternet. Mais des suites opérationnelles
ne peuvent être attendues que du ministre de la fonction publique,
de la réforme de lEtat et de la décentralisation, sinon
du Premier ministre.
-
sefforcer de poursuivre le Forum, dans une perspective lui permettant
délargir son audience et surtout, tout en restant dinitiative
privée, dobtenir des correspondants et un soutien de la part
des administrations et services publics. Ceci supposerait la mise en place
dun réseau de travail en commun sur la modernisation, associant
les citoyens, les services et les fonctionnaires eux-mêmes, qui serait
tout à fait original et France, et compléterait utilement le
Programme daction gouvernemental (Pagsi). Lutilisation de
lInternet et le recours au bénévolat associatif permettrait
à ce réseau de fonctionner au moindres frais. Cest cette
solution que nous proposons ici.
-
il serait possible aussi, dans cette perspective, dintéresser
la Commission européenne (DG10) à lopération,
sous réserve de trouver des partenaires dans dautres pays.
Un réseau coopératif pour le dialogue entre les citoyens
et les services publics.
Pour éviter toute solution hasardeuse, il est proposé de tirer
parti de lexpérience et des acquis du Forum des Cahiers de
Doléances, en transformant progressivement celui-ci en véritable
réseau de travail coopératif. Plusieurs mesures peuvent être
retenues en ce sens :
-
obtenir la désignation de correspondants nommément
désignés par les ministres, directions dorganismes et
collectivités locales. Ces correspondants seraient destinataires des
messages de leur compétence reçus par le Forum, ou recevraient
directement critiques ou propositions citoyennes. Ils sengageraient
à leur donner les suites les plus opérationnelles possibles,
ainsi quune publicité, via le Forum, tant aux réponses
quaux solutions. Cette fonction de correspondants dans un Forum public
simpose de toutes façons dans ladministration. Le fait
de mettre en réseau ces correspondants par lintermédiaire
des Cahiers de Doléances apporterait une valeur ajoutée à
leur action.
-
compléter le Forum, au plan du terrain, par des relais de proximité.
Ceux-ci pourraient être des Observatoires locaux de la qualité
des services publics. Lidée, lancée au sein du Forum,
serait dautant plus intéressante quelle pourrait faire
appel à des bénévoles associatifs comme à des
correspondants locaux des services et collectivités. Pour faciliter
le travail de ces observatoires, lon établirait une grille
dévaluation de la qualité, service par service si besoin
était. Les Observatoires travailleraient en réseau via le Forum,
en faisant remonter leurs observations ou propositions.
-
faire en temps réel sur le web, sous forme de Livre Vert
permanent, une synthèse des principaux dossiers en cours, en y
apportant une valeur ajoutée par la contribution de spécialistes
notamment universitaires. Cet effort de communication sur le thème
de la modernisation de lEtat donnerait du prestige à la
démarche générale, lui assurerait de meilleurs
retombées auprès des décideurs administratifs, et
élargirait par conséquent la participation des citoyens et
des médias au Forum.
Les objectifs ainsi donnés, on le voit, supposent que les Pouvoirs
Publics voient lintérêt dune démarche
coopérative avec les citoyens, dans un cadre assurant à cette
démarche une crédibilité suffisante, et acceptent de
sy associer, chaque partie gardant évidemment sa liberté
de parole et de décision.
Lanimation et le fonctionnement dun tel réseau suppose
un certain nombre de moyens humains et matériels. Certains pourraient
être du ressort du bénévolat, notamment au niveau des
observatoires locaux de la qualité, ou correspondants de terrain.
Dautres supposent une participation, soit des Pouvoirs Publics, soit
de sponsors privés. Il conviendra de mesurer la réceptivité
des uns et des autres dans les meilleurs délais, sur la base dun
dossier à établir.
Questions à discuter en priorité dans le réseau.
Comme on peut le supposer, les questions que la structure proposée
ci-dessus devrait aborder en priorité, principalement évoquées
dans les contributions aux Cahiers de Doléances, sont déjà
évoquées par le Pagsi, mais devraient être vues sous
un angle très pratique. Les administrations de lEtat ne sont
pas seules concernées, mais aussi les collectivités locales,
les services publics industriels et commerciaux, les associations, les hommes
politiques, voire les grandes entreprises privées. Les principales
sont les suivantes :
-
accès par Internet aux informations administratives et juridiques,
questions relatives au coût et à la disponibilité des
contenus.
-
simplification des procédures sappliquant aux particuliers et
aux PME. Guichet unique, écrivain public. Possibilité de
traçer lavancement dune procédure.
-
transparence et responsabilité des services, des fonctionnaires et
...des juges. Ce point déborde celui de laccès aux
informations administratives. Il vise véritablement à la
connaissance et à la moralisation de laction publique.
-
meilleure répartition dans le temps et dans lespace des ressources
administratives, grâce aux réseaux et aux nouvelles modalités
du temps de travail.
-
utilisation de lInternet en faveur du multilinguisme, de la formation
des fonctionnaires et usagers, .
-
évaluation publique dun certain nombre de grands programmes
sur lesquels règne une incertitude dommageable. Il sagit par
exemple du Réseau Social Santé et de la Carte Sésame
Vitale, du programme déquipement des établissements
denseignement, des contrats de plan Etat-régions, etc.
-
pénétration du Pagsi dans les Dom-Tom
Pour être complet, nous devons mentionner des questions
récurrentes comme la fiscalité, le droit de grève dans
les services publics, la lutte contre le bruit, les accidents de la route
ou le tabagisme, lEtat de Droit en Corse, les moyens ou
lindépendance des médias, pour lesquelles les solutions
que pourrait apporter Internet ne viennent pas en priorité, mais qui
ne peuvent être exclues dun Forum destiné aussi à
des formes dexpression plus générales.
http://www.admiroutes.asso.fr/edito/1999/cahiers.htm