Pour un véritable |
||
2 pages |
L'éditorial de Jean-Paul Baquiast |
13 janv 1999 |
Les journées d'Autrans, du 7 au 9 janvier 1999, ont rassemblé, comme nul n'en ignore, tout ce qui compte dans l'Internet francophone. Chacun pourra en tirer un bilan différent. Pour beaucoup d'intervenants et de participants, il semble que prédomine l'impatience, face à ce qui demeure du retard français, et la volonté d'agir sans attendre - c'est-à-dire dès ce début d'année 1999 - pour que la France s'engage enfin et complètement dans le mouvement de la société de l'information. Il se dégage de plus en plus ce que l'on pourrait appeler un "esprit d'Autrans", qu'il ne tient qu'à nous de transformer en "Programme d'Autrans". Suite à quelques conversations post-journées, voici ce que pourraient être les grandes lignes de ce programme.
S'entendre sur un Etat des lieux:
- le Programme d'action gouvernemental (PAGSI) a entraîné, depuis un an, d'importants changements dans la façon dont les Pouvoirs Publics s'impliquent dans la société de l'information et l'utilisation de l'Internet. Nul ne discute ce point. Des décisions importantes ont été prises. Chaque ministère, pour sa part, établit un plan de modernisation (Programme ministériel pour la société de l'information) qui sera examiné et arrêté lors du comité interministériel PAGSI du 19 Janvier 1998.
- ceci ne suffit pas. Les usages et applications demeurent freinés par la question récurrente des débits et des tarifs. Les références, faites notamment par Christian Huitéma, à ce qui se passe aux Etats-Unis et au Canada, sont, le mot a été prononcé, accablantes pour notre pays. En Europe elle-même, la France ne rattrappe pas son retard. Aucune des bonnes raisons données pour que les collectivités publiques, les opérateurs, les utilisateurs eux-mêmes ne puissent investir, ne tiennent face aux handicaps que cette situation impose aux développeurs et créateurs.
- en conséquence, les effets de synergie entre acteurs qui pourraient être produits par un réseau banalisé ouvert à tous, comme Internet, ne se produisent pas. Chacun, quand il investit, le fait pour son compte et frileusement. Les ministères et leurs services territoriaux, les collectivités locales, les entreprises, les associations, ne coopérent généralement pas, autour d'applications de proximité susceptibles de galvaniser les créateurs d'entreprises et de nouveaux services et emplois. L'exemple des collectivités locales est significatif. Compte-tenu de leur nombre et de leur diversité, les collectivités qui se sont véritablement investies dans l'utilisation d'Internet, communes, départements, régions, ne dépassent pas la dizaine. Beaucoup sont sensibilisés et y réfléchissent, mais le mouvement n'est pas encore lancé.en pratique. Les citoyens ne le perçoivent pas. Ceci est grave, car le passage à l'Internet de la France "profonde" dépendra en grande partie des réalisations des collectivités locales.
- or la société est prête et ne vas pas tarder à s'impatienter. Les entreprises, y compris PME/PMI, artisans, agriculteurs sont équipées ou sensibilisées aux enjeux de l'Internet. Elles ne comprennent pas, ou ne comprendront pas, que l'environnement économique ou réglementaire ne soutiennent pas leurs efforts. Il en est de même en ce qui concerne les citoyens. La croissance rapide des connexions à Internet, intéressant les individus ou des associations militantes, montre que les citoyens seront de moins en moins passifs vis-à-vis des lenteurs institutionnelles. Les forums, listes de diffusion, pages ou sites personnels leur permettant d'exprimer cette impatience ou de faire des propositions "alternatives" seront de plus en plus nombreux. Les médias traditionnels leur donneront de plus en plus d'échos, ce qui leur conférera une portée politique incontournable.
- il apparaît donc nécessaire de relayer et compléter le PAGSI par des actions nouvelles, concrètes, décentralisées, sous la responsabilité des acteurs de toutes origines qui veulent vraiment s'investir. Ces actions elles-mêmes, pour devenir des succès stories, devront se regrouper et s'auto-féconder au sein d'une démarche volontariste systématique, qui serait le "Programme d'Autrans". Les contrats de Plan Etat-régions offrent un créneau de lancement exceptionnel pour ce faire.
Le programme d'Autrans
- des actions mutualisées au niveau régional. Il est illusoire de croire que la France entière puisse, dans l'immédiat, progresser à la même vitesse. L'on ne peut pas obliger les plus avancés à attendre ceux qui le sont moins. Au contraire, le démarrage des premiers permettra aux autres de bénéficier d'une expérience utile. Il est donc suggéré que, dans des territoires d'une importance suffisante (en principe la taille de la région parait la plus adéquate), les services et entreprises se sentant prêts à travailler à partir de l'Internet, se regroupent et se mettent à l'oeuvre. Le cadre de la région (ou d'entités territoriales analogues) correspond à des communautés d'intérêts facilement identifiables. Il autorise de se situer dans la perspective des contrats de Plan, comme indiqué, notamment en ce qui concerne le financement et la réalisation des infrastructures. Dans cette perspective, la Région Nord-Pas de Calais et le département de l'Isère ont paru bien placés pour revendiquer le rôle de circonscriptions-pilotes. Cette liste n'est évidemment pas limitative.
- des actions si possible transversales entre tous les acteurs: services déconcentrés de l'Etat, collectivités locales, PME, associations. Aujourd'hui, ce serait une contre-performance absolue d'envisager que chacun puisse envisager isolément son propre accès à Internet, et ses propres applications, sauf en cas de situation de concurrence économique (ou politique!) ouverte. Les nouveaux besoins imposent la coopération. Citons l'éducation et la formation - la création de nouveaux services en matière d'accès à l'information, d'intelligence économique et de télétravail - la dématérialisation des procédures administratives - l'insertion et la réinsertion - la démocratisation de la vie publique....
- des actions soutenues par le lobbying actif des membres de la communauté d'Autrans. Un suivi par les associations et les personnalités très différentes participant aux journées d'Autrans a été suggéré. Celles-ci doivent aider à évaluer et soutenir les projets qui pourront être élaborés dans les territoire pilotes, qu'ils proviennet des administrations, collectivités locales, entreprises ou associations. Ainsi un véritable laboratoire social de la société de l'information, prolongeant et diversifiant le PAGSI, pourrait-il être obtenu.
Que faire dans l'immédiat?
Dans l'immédiat, il est suggéré que les intervenants et participants aux journées d'Autrans qui voudraient s'inscrire dans ce programme adressent à l'ISOC des projets précis allant dans le sens de leurs propositions, afin de constituer un dossier qui serait mis en forme et présenté lors de la prochaine Fête de l'Internet, sous le nom de "Programme d'Autrans". Admiroutes y contribuera pous sa part (voir déjà nos propositions suite à l'atelier Administration).
Un comité de pilotage "virtuel" serait constitué, associant ceux qui approuveraient cette démarche, et auraient un peu de temps à lui consacrer.
jean-paul.baquiast@codet.finances.gouv.fr
http://www.admiroutes.asso.fr/edito/1999/autrans.htm