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L'internet et les pays du grand arc méditerranéen

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L'éditorial de Jean-Paul Baquiast

29 août 1999

Le Monde du 28 août 1999, page 3, publie un Verbatim sous un titre qui nous plaît bien: Le temps des initiatives en Méditerranée. L'auteur y explique que les relations exemplaires de la France avec la Tunisie, le Maroc et l'Egypte, le dégel des rapports avec l'Algérie, anticipent des relations de même nature avec la Lybie, le Proche Orient (Syrie, Liban), sans mentionner évidemment Israël. Le temps des initiatives, initiatives diplomatiques mais aussi d'ordre privé, serait venu. Ceci intéressera non seulement la France et les pays cités, mais aussi tous les membres de l'Union européenne.

L'auteur de l'article ne précise malheureusement pas de quelles initiatives il pourra bien s'agir. Il ne mentionne pas, notamment, le rôle considérable que pourrait jouer le développement de libres relations par Internet dans cette perspective. Comblons ici cette lacune regrettable.

Les gouvernements d'Afrique (y compris l'Afrique sub-saharienne), ainsi que ceux des pays du Proche et Moyen-Orient, lèvent progressivement les interdits et censures qu'ils avaient souvent mis jusque là à l'implantation et au libre usage de l'Internet. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. La première est qu'ils ne peuvent faire autrement, vu la facilité de plus en plus grande à communiquer par Internet sur les infrastructures existantes, fussent-elles limitées en débit. Ils doivent compter aussi avec l'irrépressible pression des citoyens pour accéder à un outil devenu à leurs yeux incontournable. Mais une seconde raison est que ces gouvernements perçoivent, au moins aussi bien que les occidentaux, les perspectives de développement, économique, social  et culturel, qu'offre le réseau aux sociétés en croissance ou en transition.

Certes, la communication n'est pas encore partout aussi facile et libre qu'en Occident, mais l'on peut considérer que le mouvement d'ouverture est désormais irréversible. La diminution rapide des coûts de l'Internet, y compris en Afrique, accélère évidemment la tendance. C'est moins désormais la censure des gouvernements qu'il faut craindre, que celle, moins évidente mais plus dangereuse, de divers fondamentalismes pour qui le dialogue international entre libres citoyens recèle tous les périls.

Ceci étant, quelles formes prendront les initiatives qui, sur Internet, pourront concrétiser l'émergence de communautés d'intérêt au sein du très grand arc méditerranéen, de Gibraltat à Tanger, sans exclure l'Afrique continentale?

Nous pensons que les initiatives viendront d'abord du secteur économique, finances, commerce, industrie, transports, tourisme. C'est déjà le cas dans la mesure où toutes les firmes de quelque importance installées dans cette zône utilisent l'Internet pour leurs échanges internes (btob) et leur politique commerciale (btoc). L'effet d'entraînement sera de plus en plus évident  sur les entreprises artisanales et les particuliers. Il faut compter aussi dorénavant sur les starts-up du monde de l'Internet et des NTIC lui-même, fournisseurs d'accès , d'hébergement et de services, conseillers  et consultants divers. Ces petites entreprises très dynamiques sont le plus souvent d'origine purement nationales, et représentent un bon média pour atteindre et former des populations parfois encore ignorantes.

Un autre vecteur devrait être le monde universitaire et plus généralement éducatif. Les relations entre chercheurs et industries sur Internet sont déjà monnaie courante, mais les échanges entre enseignants, étudiants et élèves prendront de plus en plus d'importance, et entraîneront des rapprochements souvent inattendus et bénéfiques entre cultures différentes.

Dans un esprit voisin, les relations culturelles, entre acteurs du multimédia, mais aussi entre créateurs individuels, pourront se développer considérablement grâce, non seulement à la convergence des technologies, mais à la demande certaine de contenus culturels qui ne soient pas exclusivement en provenance des pays anglo-saxons.

Dans le domaine des administrations et services publics, notons d'abord un mouvement, bien lancé en Europe, mais qui ne demande qu'à s'étendre aux pays voisins, celui de la coopération et des échanges entre collectivités locales, villes et régions notamment. Là encore, le citoyen de base peut être impliqué très rapidement par des actions extrêmement concrètes, associatives, touristiques, économiques.

Reste enfin la coopération institutionnelle entre Etats. Nous pensons que celle-ci doit apprendre à être modeste. Internet n'attend pas en effet que les gouvernants et diplomates décident de ce qu'il faut ou non échanger. Mais a contrario, elle ne devra pas être inexistante, comme cela a été longtemps le cas de la part des pays européens dans leurs relations avec ceux de l'arc méditerranéen et de l'Afrique sub-saharienne. Les Etats doivent prendre en compte toutes les dimensions des possibilités offertes. Ceci d'abord pour offrir quand cela est nécessaire des outils et facilités permettant d'éviter la fracture plus que jamais menaçante entre ceux qui auront accès à l'Internet et les autres. Ensuite pour mobiliser au service de la coopération et de l'échange leurs propres ressources éducatives et culturelles, dont l'arrivée d'Internet est en train de décupler les possibilités dans chaque pays. Il leur faudra aussi, car Internet ne peut signifier la démission de l'Etat de Droit, apprendre à mieux coopérer pour lutter contre la criminalité économique et politique s'abritant, comme chacun le sait, derrière le réseau des réseaux.

Ce que nous disons ici des relations bilatérales entre Etats s'applique évidemment tout autant et plus aux relations multilatérales, impliquant les ensembles régionaux et les bailleurs de fonds internationaux.

http://www.admiroutes.asso.fr/edito/1999/arcmedit.htm
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