Internet dans l'administration en Tunisie.
notes de séminaire
23 novembre 1999

carte de l'Afrique

3 pages

Jean-Paul Baquiast

le 8-12-99

Introduction:

Lors d'une réunion organisée par le Bureau International du travail à Turin les 8/9 décembre 1998, à l'intention des ENA africaines (voir http://www.admiroutes.asso.fr/afrique/index.htm) Mme Latifa Mhedbi, Premier ministère (Directrice chargée de la formation professionnelle à la Direction générale de l'Administration et de la Fonction Publique, à Tunis), m'avait proposé de participer en tant qu'expert français de l'Internet dans l'administration à un séminaire de formation destiné au cadres supérieurs de l'administration tunisienne. Cette opération n'a pu se mettre en place qu'en novembre 1999. J'ai été invité à participer à la journée du 23 novembre 1999 organisée par le Premier ministère au sein de l'Ecole Nationale d'Administration Tunisienne. La mission a été co-financée par le ministère français des Affaires Etrangères et par l'administration tunisienne .

Au cours de cette mission, j'ai pu m'entretenir longuement avec M. Kheireddine Ben Soltane, directeur général de l'Administration et de la Fonction Publique, son adjoint M. Chaouachi Ayadh, le directeur général du centre de documentation de l'ENA, Mme Mhedbi, ainsi qu'avec les intervenants au colloque, notamment Mme Lamia Chaffai Sghaeir de l'Agence Tunisienne pour Internet http://www.ati.tn, spécialiste pour le commerce électronique.

Je présenterai successivement un résumé du contenu de la journée, puis  un extrait de mes commentaires et propositions.

Contenu de la journée:

1. Le directeur général de l'administration et de la fonction publique, M. Ben Soltane, a présenté l'approche de l'administration tunisienne en matière de passage à Internet. Il a rappelé que le président Ben Ali fait de l'Internet et de la société de l'information une des priorités du pays, en particulier pour la modernisation de l'administration. Le gouvernement avait déjà mis en place différentes institutions originales, permettant de contribuer à la réforme administrative. Ont été cités le Médiateur administratif, les Citoyens superviseurs*, le Haut Comité du Contrôle administratif et financier. Mais l'arrivée de l'Internet offre de nouvelles possibilités, qui se découvrent progressivement.

Selon M. Ben Soltane, les ministères ont d'abord abordé Internet de façon un peu chaotique. Le Président a demandé un plan d'action. Celui-ci, avec l'accord des partenaires de la Tunisie au sein de l'Union européenne, s'inscrit dans le Plan de mise à niveau intégral du pays de janvier 1996. Il comporte 5 grandes actions dont celle concernant les ministères. Ces derniers sont en charge de plans ministériels sur 20 points, qui ont été avalisés par arrétés ministériels et viennent à échéance en fin de 1999. Actuellement une circulaire du Premier ministre en demande l'évaluation. Des bilans seront présentés dans quelques mois.

Pour ce qui concerne  le point le plus important, l'informatique administrative, un secrétariat d'Etat de l'informatique a été crée et est chargé de coordonner tous azimuths la modernisation des administrations en ce domaine. Plusieurs applications communes existent déjà et sont en cours de rajeunissement: gestion et paye des agents publics, gestion desmarchés publics, douanes, gestion prévisionnelle des personnels. Sur cette base sera développé un réseau intranet sécurisé (ou plutôt extranet puisqu'existent déjà certains intranets ministériels) destiné à permettre le travail en commun des administrations, notamment celles en charge de faciliter la vie de l'usager, d'augmenter la transparence et la rapidité. Le Premier ministère compte beaucoup sur ces intranets pour décloisonner les administrations. Progressivement, mais en seconde priorité seulement, sera organisé l'ouverture sur l'Internet, c'est-à-dire le web.  D'importants besoins de formation sont à satisfaire, et un plan de formation est en cours de mise en place.

Un autre aspect important est actuellement à l'étude: le cadre juridique de l'Internet en Tunisie. Des textes sont préparés et pourraient être adoptés très rapidement, qui libéreraient de nombreuses initiatives ministérielles encore en attente.

* formule intéressante, par laquelle des citoyens se présentant anonymement font rapport des conditions d'accueil et de service faites à l'usager par les administrations.

2. M. Slim Jarraya, chef de l'unité de l'information et réseaux de l'Office National des Télécommunications, a présenté l'état des infrastructures de télécommunications en Tunisie, ainsi que les liaisons haut débit vers l'extérieur. C'est la liaison vers les USA qui est favorisée. Celle vers l'Europe passe par un Seabone méditerranéen centré sur l'Italie. Cet exposé, technique, n'a pas suscité l'intérêt attendu, d'autant plus que tous le spoints pratiques, concernant la façon de se connecter à Internet, par exemple, n'ont pas été évoqués.

3. M. Zouheir Torki, directeur de la formation au secrétarait d'Etat de l'informatique, devait faire le point de la modernisation des administrations par les TIC. Malheureusement, il n'a pu participer au séminaire.

4. J'ai moi-même, à partir de 11h, présenté l'état d'avancement du Programme d'action gouvernemental pour la société de l'information français (PAGSI), concernant notamment les administrations, ainsi que des réflexions inspirées de mon rapport au ministre de la fonction publique, de la réforme administrative et de la décentralisation de juin 1998, actualisées dans mon livre "Internet et les administrations, la grande mutation" de 1999. Un échange de vues d'au moins 1 heure a terminé la matinée, échange de vue très riche en enseignements.

 5. Mme Lamia Cheffai Sghaier, chef de projet Commerce électronique à l'Agence Tunisienne Internet, a consacré une partie de l'après-midi aux questions intéressant l'Internet en général, et ses applications au commerce électronique en particulier. Elle a rappelé que ces enjeux sont aujourd'hui perçus comme prioritaires par les acteurs économiques et les Pouvoirs Publics, en relation avec les principaux bailleurs de fonds. La Tunisie est présente à l'OMPI, l'OMC, l'UE et la CNUCED.

La priorité actuellement est la mise en place des solutions techniques permettant les transactions électroniques SSL (VeriSign) puis SET (authentification, intégrité, non répudiation, confidentialité), ainsi que d'une autorité de certification reconnue à l'échelle mondiale. La Tunisie espère y réussir avant de nombreux pays européens, dont la France.

Une Commission National pour le commerce électronique a été créée en novembre 1997. Elle procède à des études, aide à élaborer des stratégies, soutient des projets-pilotes. On lui doit la galerie marchande Tunisia e-shopping center http://www.ecom.tn

En mai 1999, une accélération a été décidée. Il s'agit de:
-  renforcer les infrastructures qui deviennent insuffisants avec le développement du traffic
- mettre en place le cadre juridique et réglementaire, avec la participation des ministères des communications, du commerce et de la justice
- faciliter les procédures administratives s'appliquant notamment aux entreprises
- multiplier les projets-pilotes afin de toucher toutes les secteurs économiques. Des "caravanes de l'Internet" circulent dans le pays. Une semaine de l'Internet a eu lieu du 8 au 12 novembre et sera rééditée.

Le plus important concerne la réalisation d'un système coopératif de type Trade-net, pour lequel un appel d'offres a déjà été lancé. Il s'agit de concevoir une liasse unique des différents documants administratifs, commerciaux, bancaires nécessaires pour le commerce international. Des EDI/XML seront instaurés entre les différents intervenants, les procédures seront simplifiées. Les différents opérateurs seront dotés d'un interface Internet commun, faisant guichet unique. Il s'agit d'une version modernisée du système Trade-net inauguré par Singapour il y a quelques années. L'objectif est le 1er trimestre 2000.

Le projet de télé-déclaration des impôts avec paiement en ligne, actuellement en cours de réalisation, ira dans le même sens de la facilitation des procédures s'appliquant aux entreprises. 

Commentaires et propositions (extraits)

Sur l'Internet en Tunisie (voir les sources citées dans la bibliographie):

- La Tunisie est certainement aussi avancée dans la voie de la société de l'information que de nombreux pays européens, avec lesquels elle présente de grandes similitudes. Dans un certain nombre de cas, elle donne l'impression d'avancer plus vite que la France, le passage à la société de l'information semblant susciter dans la partie active de la population un plus grand enthousiasme que chez nous. Les perspectives offertes sont vraiment ressenties comme permettant la mise à niveau intégral du pays, selon les termes du plan de ce nom. La technologie, loin de leur faire peur, attire les élites. Bref, l'atmosphère générale est vraiment roborative, jeune et dynamique.  

- Les infrastructures et équipements, sans être luxueux, donne l'impression de pouvoir s'adapter sans problèmes graves à la croissance des raccordements et des traffics. L'on est loin de la situation courante en Afrique à cet égard. Des efforts sont faits pour intéresser à Internet la masse de la population (cyber-cafés ou équivalents). Mais l'équipement des écoles reste, comme partout, insuffisant. Ce sont les aspects liés au commerce électronique qui se développent le plus, pour des raisons évidentes. Ils pourront sans doute tirer les autres, compte tenu de la politique d'ensemble décidée par les Pouvoirs Publics.

- Si le projet TradeNet en cours de mise en place réussit, il s'agira d'une grande première en méditerranée. Il conviendra d'étudier attentivement l'impact de cette réalisation sur les flux et la croissance.

- L'Agence Internet envisage de participer aux prochaines Fêtes de l'Internet , dont la France, puis divers pays européens, ont fait un succès depuis 2 ans. Une coopération avec le Chapitre français de l'Internet society  (http;//www.isoc.fr) est à l'étude, suite à une mission du Pr. Bruno Oudet. Cette démarche est évidemment à encourager.

- La nécessité d'utiliser pratiquement trois langues, l'arabe, le français et l'anglais, n'est pas signalée comme facteur de difficulté particulière, dès lors que les moyens techniques nécessaires sont adoptés. La Tunisie peut au contraire considérer cela comme un atout, puisqu'elle fera ainsi le pont sur Internet entre 3 mondes qui tendent à s'y ignorer actuellement.

- Un intérêt certain pour Linux et les logiciels libres existe, mais se heurterait encore à la réticence de beaucoup d'informaticiens.


Sur l'Internet dans l'administration.

Ce n'est pas être trop critique que constater que le processus de passage à l'Internet commence tout juste d'être entrepris. Si l'on reprend les différents objectifs affichés par le PAGSI français, l'on constate que la plupart des ministères ont encore beaucoup de travail à faire. (........)  Le point de vue des informaticiens, et les exigences des grandes applications informatiques, sont généralement prioritaires par rapport aux nouvelles approches et nouveaux besoins nés de la "culture Internet".

Il semble que ce soit sur le plan interne, sous forme de réseaux locaux amorces d'intranet, que les avancées le splus significatives existent. On a cité les réalisations du ministère des affaires étrangères et de la défense. D'où l'intérêt justifié mis à fédérer ces premiers réseaux dans un réseau plus général, permettant de façon coopérative  la messagerie et l'accès aux documents internes.

Les réactions des participants au séminaire ont montré un vif intérêt, et un désir d'accélérer le passage à l'Internet. Les fonctionnaires présent en ressentent le besoin, et semblent prêts à accepter les formations et les changements impliqués.

Il y aurait intérêt, pour progresser (.....). Au sein du Premier ministère, sous l'égide du directeur général de l'administration et de la fonction publique, une cellule de suivi des réalisations, d'encouragement aux opérations-pilotes, de renforcement de la formation et de la sensibilisation, serait très utile. Elle devrait être dotée de quelques agents motivés venus de la fonction publique, et de matériels et connexions nécessaires. Elle interviendrait sur les choix budgétaires et de contenus, laissant au secrétariat d'Etat les questions techniques.

Bibliographie sommaire:

- Recueil des textes relatifs à la réforme administrative, publié par l'Imprimerie officielle de la République Tunisienne, actualisé au 31/12/1998 (version papier)

- Une présentation très complète et actualisée de l'Internet en Tunisie: le site de l'Agence Internet http://www.ati.tn
- La Tunisie sur Adminet: nombreux liens utiles. Vous pouvez contribuer à leur mise à jour  http://admi.net//world/tn/

http://www.admiroutes.asso.fr/afrique/tunisie.htm