Internet et la coopération avec les pays de la zone Afrique Caraïbes Pacifique

carte de l'Afrique

3 pages

Jean-Paul Baquiast

le 11-10-98

Avertissement: il s'agit d'un point de vue personnel, qui n'engage pas les autorités françaises Vos observations à l'auteur.

L’Internet se développe, comme partout ailleurs, très rapidement dans la zone ACP. Les administrations publiques et collectivités locales y sont ou seront toutes obligées de participer au mouvement, pour leur modernisation propre comme pour favoriser le commerce électronique et les applications culturelles ou sociales. Il ne s’agit pas d’un effet de mode, mais d’un changement très profond, dont les effets bénéfiques pourront être nombreux. Beaucoup d’éléments très valables des pays concernés en sont convaincus et s’y investissent

Cet état de fait est depuis 2 ans déjà reconnu par les bailleurs de fonds autre que la France (Banque Mondiale, Nations Unis) comme par les représentations diplomatiques et les entreprises de nombreux pays convertis depuis quelques années à l'Internet. La France, sauf actions ponctuelles de quelques jeunes coopérants, avait jusqu'à présent ignoré le phénomène. Il convient donc de prendre des mesures rapides pour rattraper ce retard, qui d’ores et déjà menace d’obsolescence une partie de nos dispositifs et actions de coopération, notamment dans le domaine de l’ingénierie administrative et de la culture.

Mais il faut le faire avec modestie et pragmatisme, sachant qu’il s’agit d’outils, méthodes et thèmes supposant une culture de l'Internet que nos administrations et experts pratiquent encore peu. Il convient donc d'envisager un programme progressif et flexible.

Ce programme répondrait à 3 priorités : - susciter un réseau de sites Web correspondants de la coopération française - ouvrir progressivement à Internet notre dispositif de coopération, notamment en ingénierie administrative - aider à définir une politique multilatérale ou bilatérale d’aide au développement d’Internet dans les Etats. Il supposerait quelques investissements en matériels ou formation, mais pourrait se traduire par d’importantes économies, sur les frais de fonctionnement comme dans l’emploi des hommes.

Susciter un réseau de sites Web correspondants de la coopération française.

L’objectif est simple, et pourrait être réalisé rapidement. Il s’agirait de favoriser, en tant que de besoin, dans les pays, la mise en place d'un réseau de sites Webs et d’échanges par messagerie, qui fonctionnerait de façon totalement décentralisée, mais avec la volonté d'entretenir entre ses membres des échanges vivants sur des thèmes reconnus d'intérêt commun. Ce réseau comporterait, sur la base du volontariat, les sites fonctionnant en liaison avec la coopération française, situés ou non dans la mouvance des postes diplomatiques, y compris les Centres culturels français. Mais l'on y trouverait aussi les réseaux d'échanges universitaires (par exemple l'AUPELF-URELF), ou ceux d'organismes multilatéraux comme l’OFPA (Observatoire des Fonctions Publiques Africaines) ou le PDM (programme pour le développement municipal), et enfin les sites progressivement ouverts par les administrations des Etats elles-mêmes. La participation aux échanges devrait être aussi spontanée et libre de contrôle que possible.

Ce réseau, pour être crédible, devra respecter l’esprit de l’Internet, c’est-à-dire ne pas être un simple instrument de communication gouvernementale, que ce soit pour le compte de la France ou de celui des pays y participant. Il devra au contraire s’ouvrir au dialogue et à la confrontation des points de vue, tout en respectant évidemment un certain nombre de règles de fonctionnement. Les sites correspondants devront être incités à devenir eux-mêmes producteurs.

Un projet de maquette définissant un contenu-type commun pour les sites participants pourrait être réalisé facilement. L'on y trouverait différentes rubriques par thèmes, chacune d’elle comportant des documents ou articles originaux, des dossiers de travail en réseau, la présentation d’applications innovantes et un courrier des lecteurs (forum). Il serait complété d’un Journal multimédia périodique, qui pourrait aussi être adressé soit sous forme électronique à une liste de diffusion, soit sous forme papier à des correspondants abonnés.

Les thèmes pourraient être, pour commencer:

On y ajouterait des rubriques aujourd’hui indispensables :

Les moyens à prévoir, site par site, sont modestes, et pourraient être rassemblés rapidement :

Il s'agirait essentiellement d'une cellule éditoriale, sous la responsabilité d’un webmestre chef de projet confirmé et d’une petite équipe à constituer (1 secrétaire de rédaction html, 1 graphiste, 1 administrateur de réseau...). Elle serait dotée d’environ 100.000 à 150.000 FF de matériels, logiciels et hébergement performants. Un Comité éditorial permettrait aux différentes autorités participantes de participer à la définition du contenu et à l’évaluation des impacts. Les frais de fonctionnement pourraient être amortis très rapidement par des économies de téléphone voire de déplacement.

Ouvrir progressivement à l'Internet le dispositif de coopération française, notamment en ingénierie administrative

L'objectif serait  de moderniser les conseils que les représentants de la France peuvent apporter aux Etats ou aux entreprises des pays concernant leurs outils ou méthodes de gestion administrative Il est essentiel, dans la mesure où bien d'autres pays ou organismes interviennent également en conseils ou en financeurs. D’ores et déjà, comme indiqué plus haut, certaines des méthodes de la coopération française sont considérées localement comme n'étant plus à la mesure des exigences de la société mondiale de l'information.

Aujourd'hui, disons le clairement, toute préconisation qui n'intègre pas les outils et méthodes de l'Internet-intranet n'est plus crédible. Seuls ces derniers permettent de répondre aux contraintes de notre temps: être rapidement efficace, économique en moyens humains et matériels (délais et coûts réduits d’un facteur 5 en moyenne), être évolutive et inter communicante. Les critères à respecter sont simples: conformité stricte aux standards de l'Internet (TCP/IP, HTTP, HTML, SMTP, etc.), utilisation de réseaux de micro-ordinateurs, programmation sur micro faisant appel systématiquement aux logiciels dits " libres " et progiciels , délais de mise en place ne devant pas dépasser 18 mois sauf incident, coûts ne devant pas dépasser 2MF par projet. Par ailleurs, les concepts de schémas directeurs, évaluation globale, etc., doivent être remplacés par ceux de listes et échéancier de projets, dont le respect des standards ci-dessus assurera la compatibilité.

Ce n’est pas du jour au lendemain que l’on peut changer de dispositif de coopération en ingénierie de projet, surtout lorsque les personnes en charge ne sont pas rodées à ces nouvelles méthodes. Néanmoins, l'administration française, comme celles des pays concernés, dispose dorénavant de nombreux jeunes gens pratiquant depuis longtemps l'Internet à titre parfois privé. Il faut faire appel à eux, en leur laissant la liberté d'initiative nécessaire.

L'ampleur de certaines questions, les difficultés traditionnelles à résoudre, ne doivent pas être considérées comme justifiant des délais d'attente. Il faut au contraire commencer par ces questions. C'est ainsi qu'il conviendrait en urgence d'étudier des modèles de gestion informatiques répondant aux critères Internet ci-dessus, pour les applications dont le bon fonctionnement est indispensable à la survie de nombreux Etats :

Ces modèles serviraient de référence pour la réalisation de nouvelles chaînes de traitement et pour la formation (dans les Ecoles d'Administration notamment).

Aider à définir une politique multilatérale ou bilatérale d’aide au développement d’Internet dans les Etats

Le développement d’Internet dans les Etats ACP se heurte à des difficultés bien connues, que la diversité des initiatives et des aides désintéressées ou non de la communauté internationale n’ont pas encore résolues :

L’on pourrait envisager que la France, s’appuyant sur l’expérience en cours d’acquisition dans la cadre du Pagsi (Programme d’action Gouvernemental pour la société de l’information), aide certains Etats à mieux concrétiser leurs besoins et leurs stratégies, voire à se doter d’outils plus performants, notamment dans le domaine des infrastructures et de la formation. Il faudrait faire ceci en s’appuyant au maximum sur de jeunes entreprises du monde de l’Internet, en provenance des pays intéressés, qui ont mieux compris souvent que les grandes institutions trop liées à des modèles valables pour les grands pays (PNUD, Banque mondiale, USAID, etc.) la bonne façon de développer leurs Etats.

A titre d’essai, il serait intéressant de consacrer quelques crédits à deux types d'études de 3 mois maximum:

Ces études devraient être pilotées par un ou des experts connaissant parfaitement le monde de l’Internet.

http://www.admiroutes.asso.fr/afrique/coopacp.htm