Le télétravail dans l'administration
dossier actualisé

télétravail

15 pages

Jean-Paul Baquiast jp.baquiast@chello.fr 15-09-00
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Avertissement:
Notre démarche est, comme pour tout ce qui concerne Admiroutes, totalement privée et bénévole. Elle n'est pas davantage politique ou syndicale. Nous ouvrons ce dossier de notre propre initiative. Que nul n'y voit un ballon d'essai ou un sous-marin émanant de quelque autorité que ce soit.

Sommaire
Introduction
  1. Définition et outils du télétravail
  2. Pourquoi étudier spécifiquement le télétravail dans l'administration
  3. Modes d'utilisation envisageables.
  4. Conditions d'usage.
  5. Avantages et inconvénients du télétravail pour les administrés.
  6. Avantages et inconvénients du télétravail pour les administrations.
  7. Avantages et inconvénients du télétravail pour les personnels.
  8. Télétravail et emploi dans la fonction publique.
  9. Négociation sociale.

Introduction: Pourquoi ouvrir un dossier et un débat sur le télétravail dans l'administration?

Les téléactivités sont la face la plus visible de la société de l'information. Elles se  manifestent par l'utilisation de terminaux mobiles (dits aussi portables ou nomades), reliés à des réseaux de télécommunications fixes ou radio. Elles permettent l'échange de messages ou de données de personne à personne, ainsi que la mise à disposition et l'utilisation d'informations et de services en ligne, dits aussi téléservices.

Les téléactivités vont révolutionner  les conditions d'exercice de la création, des loisirs et, plus immédiatement encore, du travail productif, sous toutes les formes de celui-ci. Sans le rompre, elles assouplissent en effet le lien temporel et géographique entre celui qui exerce l'activité et ses correspondants. De n'importe quel point du globe, et n'importe quand, il deviendra en effet possible de joindre son entreprise, son bureau et la documentation qu'il contient, ses collègues, ses correspondants, ainsi d'ailleurs que sa famille et ses amis. 

Comme pour tout ce qui concerne le passage à la société de l'information, ceci ne se fera pas d'un coup, ni sans surprises parfois désagréables. Des changements importants de comportements, de méthodes, de cadres juridiques, seront à envisager. Des résistances apparaîtront, contrebalancées il est vrai par l'enthousiasme des nouveaux convertis.

En France, l'on met davantage l'accent sur l'évolution spectaculaire des technologies ou de certains usages particulièrement visibles et simples: le surf sur le web ou le commerce électronique rudimentaire, par exemple. Les questions méthodologiques ont rarement la faveur du public. Les modifications des conditions de travail font peur à beaucoup de monde. Comme cependant les téléactivités auront des conséquences très lourdes sur les modes de production, de consommation, de formation, d'investissement et finalement les modes de travail et de vie des citoyens, il faut aussi réfléchir aux aspects sociologiquement et humainement plus complexes découlant de leur développement.

Pour ce qui concerne le télétravail, c'est-à-dire,  en simplifiant la définition, les téléactivités touchant la place et le rôle de l'homme au travail, de nombreuses entreprises, du type dit entreprise étendue ou en réseau, en font actuellement l'expérience. Réussir ce défi, au même titre que les autres (tels que pour ce qui concerne les entreprises françaises, faire face à une concurrence de plus en plus mondialisée, protéger au mieux les emplois sans sacrifier l'investissement,  assurer la parité hommes-femmes, passer aux 35 heures...) impose à la fois prudence et détermination. Malheureusement les succès et les échecs du secteur privé ne sont pas toujours discutées sur la place publique, afin de préserver les acquis compétitifs de chaque entreprise innovante. Les associations, telles que l'Association française du télétravail et des téléactivités (AFTT) s'efforcent de faire connaître expériences et réflexions, mais ce sont plutôt les réalisations, beaucoup plus nombreuses, des pays étrangers, notamment européens, qui nous y sont présentées, ainsi que la politique de promotion de la Commission européenne.   

Les administrations publiques françaises, pour leur part, ne se sont pas encore vraiment intéressées ouvertement au télétravail. Pour elles, en ce qui concerne le passage à la société de l'information, le grand défi consiste à mettre en place des équipements et de nouvelles modalités de fonctionnement en réseau. Elles sont loin d'avoir encore toutes franchi ce premier préalable. Sauf exception, les conditions de travail du fonctionnaire n'ont pas encore ressenti l'impact des réseaux. Par ailleurs tout ce qui touche à l'emploi des agents publics est considéré comme sensible. Ni les hiérarchies, ni les organisations syndicales, apparemment, ne souhaitent soulever des lièvres qui sommeillent encore.

Cette tranquillité ne pourra durer. Les administrés émettent de plus en plus de demandes de service public qui, à effectifs et budgets supposés constants, nécessiteront la recherche d'autres façons d'exercer. Par ailleurs, les avantages prêtés au télétravail font que déjà de nombreux agents publics l'expérimentent pour leur compte propre, ou font pression pour être autorisés à le faire.

Il convient donc de généraliser la réflexion sur l'intérêt, les contraintes et les modalités de développement du télétravail dans l'administration, en utilisant pour ce faire les sources d'information et de discussion offertes par l'Internet. Mais la question ne doit pas être traitée par des experts, consultants ou sociologues théoriciens. Elle doit donner la parole aux gens de terrain, du secteur privé ou du secteur public, ayant déjà plus ou moins abordé la pratique du télétravail. C'est la raison pour laquelle, à la demande de quelques collègues ayant de ces questions une certaine pratique, nous ouvrons ce dossier. Il ne s'agit pas d'un rapport tout ficelé. Dans un premier temps, vous y trouverez simplement des pistes présentées dans le style télégraphique, afin de gagner du temps, tant aux rédacteurs qu'aux lecteurs.

Lorsque l'on considère l'échec (à ce jour) des deux grandes politiques de réformes lancées par les précédents ministres des finances et de l'éducation nationale, l'on constate que les atouts du télétravail n'avaient pratiquement pas été évoqués. En matière de services fiscaux et comptables, par exemple, l'idée simple d'utiliser les réseaux pour créer des guichets uniques, sans déplacer physiquement des hommes ou fermer des bureaux, aurait permis pensons-nous d'éviter bien des résistances. Notons en passant que l'évaluation des raisons de l'échec de ces deux politiques de réforme, nécessaire à une reprise sur de meilleures bases, ne semble pas avoir été faite, et en tous cas n'a pas été publiée, ce qui est très dommage pour l'ensemble des administrations.

Définitions et outils du télétravail.

Définitions

Trois définitions sont possibles :

Conclusion : ce sera donc la mobilité, ou le nomadisme, dans le temps et dans l'espace, qui dans un premier temps définira pour nous le télétravail  

Outils

Le télétravail suppose, au delà du simple téléphone et fax, toujours utilisés, des  outils et technologies de type " mobile " , des réseaux et des services-réseau à plus ou moins grande valeur ajoutée.

Conclusion : les principales technologies sont disponibles aujourd'hui. Leurs rapports performance-prix s'améliorent rapidement. La convergence entre technologies multiplie les opportunités d'usage.

2  Pourquoi étudier spécifiquement le télétravail dans l'administration 

L'administration, surtout en France, constitue encore un "monde à part", qui rend peu transposable sans précautions les expériences du secteur privé et des pays étrangers. Par ailleurs, elle n'a guère d'expérience en matière de télétravail, sur laquelle s'appuyer.

Spécificités

L'administration présente des caractères spécifiques, qu'il faut connaître

Il faut aussi signaler un point important, que l'on néglige souvent. Contrairement aux entreprises privées, les services administratifs ne sont pas soumis à la concurrence,  leurs employés disposent de la sécurité de l'emploi, le stress au travail y est (relativement) moindre, le dialogue avec les personnels et leurs syndicats y est une réalité. Ceci peut être un handicap à l'innovation: pourquoi changer? A l'inverse, le passage au télétravail peut s'y faire de façon plus détendue, plus expérimentale, plus négociée. Ceci devrait permettre en principe d'éviter certaines formules de télétravail imposées par les hiérarchies, dans une ambiance tayloriste extrême (ce que nous appelons ci-dessous le visage "noir" du télétravail).

Conclusion : compte tenu de l'importance du rôle de la fonction publique en France, et de ses caractères spécifiques au regard des règles et pratiques en vigueur dans le secteur privé, le développement du télétravail peut s'y faire de façon exemplaire, mais dans des cadres et selon des formules adaptés à un milieu très encadré.

Peu de références disponibles à ce jour.

Par "administration", nous entendrons les trois fonctions publiques (Etat, collectivités locales, hôpitaux) ainsi que l'ensemble des tâches (administratives, techniques, industrielles) Malgré ce vaste champ, le thème du télétravail y a été peu étudié, au moins de façon récente. La Direction générale de la Fonction publique avait  il y a quelques années entrepris une réflexion, lancé un appel à projets.  Le thème continue à y susciter un intérêt. Mais nous n'avons pas d'information sur les suites pratiques de cette démarche. Par ailleurs, au sein des diverses administrations centrales et locales, les expériences sont parcellaires et mal connues. L'on peut faire néanmoins certaines constatations globales:

Conclusion : des études systématiques s'imposent, assorties de comparaison avec ce qui se fait à l'étranger ou dans le secteur privé. D'une façon générale, comme la question ne parait pas jugée prioritaire par les Pouvoirs Publics, peut-être parce que supposée porteuse de trop d'inconnus et de risques, les porteurs d'initiatives doivent se regrouper et échanger leurs expériences de façon plus spontanée.

Les projets de mise en réseau soutenus par le gouvernement

Depuis 1999, le gouvernement a lancé, dans le cadre de la MTIC (Premier ministre) et de la DIRE-Utic (Fonction publique) trois projets visant à faciliter la mise en réseau interne des administrations, et pouvant entraîner de ce fait un certain encouragement au télétravail interne. Il s'agit des SIT ou Systèmes d'informations territoriaux, sortes d'extranets entre services déconcentrés, de ADER, extranet sécurisé entre services centraux, et de Solon (aide à la gestion documentaire). Mais la mise en place de tels services est lentes, laissée à l'initiative des services intéressés. Peu d'évaluations en sont disponibles. Il est difficile de dire s'ils encourageront ou  non, de fait, le télétravail dans les administrations.

Les administrations étrangères

Un bench marking rapide des réalisations ou recommandations faites par les a dministrations étrangères montrent que le télé-travail, sous-jacent à d'importantes politiques de modernisation, est ou sera d eplus en plus pratiqué. Voir par exemple en Grande-Bretage http://www.iagchampions.gov.uk/benchmarking/contents.htm

3. Modes d'utilisation envisageables.

Tâches concernées

Pratiquement toutes les tâches ou activités sont  susceptibles d'intégrer une dose plus ou moins importante de télétravail. L'introduction de celui-ci est plus ou moins facile, dépendant de la technologie employée, et de la complexité de la tâche.

On ajoutera un point très important, qui mériterait des développements particuliers: par définition, le télétravail est particulièrement adapté à la coopération administrative européenne ou internationale, dont les perspectives ne feront que croître dans les prochaines années, mais il suppose pratiquement des outils de traduction, quand la coopération ne se fait pas en français.

Conclusion : le télétravail peut être introduit, à dose plus ou moins élevée, dans pratiquement tous les métiers et types de responsabilité. Cependant, dès lors que les modes d'utilisation se complexifient, une réorganisation plus ou moins profonde des méthodes dans l'ensemble de la chaîne et des postes de travail devient indispensable. Cette réorganisation doit rester flexible. Elle ne doit jamais exclure la coexistence et la coopération du télétravail avec les modes de travail plus classiques.

Le visage "noir" du télétravail.

Le télétravail a acquis et conserve une mauvaise réputation, notamment en France, du fait de pratiques initialement mises en œuvre par le secteur privé, dans le cadre d'une recherche aiguë de productivité, et sans se préoccuper du stress des employés, voire des conséquences sur l'emploi . Il faut connaître ces pratiques, les analyser, et bien entendu éviter d'y avoir de nouveau recours, notamment dans les administrations, où la recherche de productivité doit se faire par des méthodes moins superficielles, ou plus négociées. Ceci s'impose d'autant plus que ces formes de télétravail ont pu accroître la dépendance d'employées féminines contractuelles, confinées dans un travail d'exécution à domicile, à temps partiel éventuellement, et selon des méthodes de rémunération au rendement et de décompte des temps échappant aux protections du droit du travail. De telles formes de télétravail ont pu être envisagée dans l'administration, mais il ne semble pas qu'elles se soient développées. Si le développement de la société de l'information l'exige, certaines de ces formes de télétravail devront être reprises, mais dans des approches beaucoup plus souples et négociées, non imposées par le haut.

Conclusion: les formes primitives du télétravail (le visage "noir") sont a exclure pour l'avenir. Mais certaines formes d'exploitation peuvent reparaître, même au sein des administrations, au fur et à mesure du développement de la société de l'information et des besoins d'accroissement de la productivité. Ce ne sera donc pas le télétravail en général qu'il faudra proscrire, mais le mauvais usage qui pourrait en être fait, notamment en l'absence de négociation sérieuse avec les personnels intéressés.

Personnels concernés

Jusqu'à présent, le télétravail a surtout été le fait de cadres volontaires pour expérimenter de nouveaux emplois du temps. Pour l'avenir il pourra intéresser la totalité des catégories professionnelles.

Conclusion : même si les cadres déjà sensibilisés à l'intérêt de l'Internet et des TIC apparaissent comme les éléments moteurs, il faut prévoir que le télétravail pourra intéresser toutes les catégories d'agent. A l'inverse, il ne faut pas en faire l'outil réservé à des fonctions de télésecrétariat d'exécution, notamment intérimaires, dévalorisantes tant pour les agents que pour le télétravail lui-même. Comme partout en matière de TIC, les hiérarchies supérieures devront donner l'exemple.

4. Conditions d'usage

Modèle économique

Le coût (matériel, télécommunications) et les avantages du télétravail pour l'administration sont à traiter comme l'ensemble des investissements en matière de passage à la société de l'information. Globalement, il semble que les investissements à faire soient largement compensés par les avantages, chiffrés ou non, de la formule. Mais cela est à préciser au cas par cas.

Actuellement par ailleurs se pose  la question d'une prise en charge partielle ou totale par les agents ou des tiers.

Conclusion : le meilleur résultat sera obtenu dans le cas d'une prise en charge par le service, mais il ne faut pas exclure la possibilité d'une prise en charge par l'agent, à l'initiative de ce dernier, au moins partielle, ou par des tiers, exceptionnellement, dans le cas d'expérimentations innovantes ou de groupements d'intérêts économiques.

Réorganisations méthodologiques

A brève ou moyenne échéance, le succès du télétravail sera conditionné par différentes réformes d'accompagnement dans les méthodes de travail de la cellule administrative. Les objectifs en seront les suivants:

Conclusion : il est difficile a priori de prévoir les nouveaux modes d'organisation du travail et de déploiement des ressources qui apparaîtront nécessaires. On privilégiera les initiatives locales et le volontariat, sans schéma directeur préconçu. Par contre, il faudra se lancer sans attendre, en privilégiant les opérations-pilotes éventuellement modestes, et se déroulant dans un certain désordre novateur. On acceptera les risques d'erreurs.

5. Avantages et inconvénients du télétravail pour les administrés

Avant même les premières expérimentations, il faut se représenter les avantages et les inconvénients du télétravail, pour les différentes parties prenantes: les administrés, l'administration, les personnels.

Avantages pour les administrés ou usagers de l'administrations

Les demandes des administrés vis-à-vis de l'administration portent sur la disponibilité du service en général, mais ne prennent pas en compte les possibilités que pourraient apporter le télétravail. Il est possible cependant d'introduire cette perspective dans les projets d'amélioration

Conclusion : ces avantages sont encore mal perçus par les administrés, d'une part parce que peu d'usagers pratiquent le dialogue par Internet, et d'autre part parce que les administrations n'ont pas encore mis en place systématiquement de correspondants aptes à satisfaire les demandes des internautes les plus exigeants. Ceux-ci en ressentent de la déception, et ne croient pas en l'aptitude de l'administration à faire évoluer ses méthodes. Mais le développement rapide de l'Internet et des services en ligne offerts par le secteur privé fera croître rapidement les demandes du public.

Inconvénients craints par les usagers d'administrations pratiquant le télétravail

Faute d'expérience à échelle suffisante, il s'agit de craintes plus théoriques que fondées en fait.

Conclusion: le télétravail, supposant usage des nouvelles technologies, suppose une éducation des usagers de l'administration à leur emploi, ainsi que des formules de téléguichet maintenant un dialogue suffisant avec l'interlocuteur "déporté". Il faut aussi que les avantages de la formule paraissent indiscutable, avec un véritable allégement des contraintes.

6. Avantages et inconvénients du télétravail pour les administrations

Avantages appréciés ou recherchés par les administrations encourageant le télétravail

Peu d'administrations ont encore eu de réflexion systématique sur la question. Néanmoins, certains directeurs, notamment dans les services déconcentrés, ont pu réaliser des expériences. Ils ont constaté:

Conclusion: ces avantages sont à mettre en avant avec prudence, de façon à ne pas associer télétravail et renforcement des sujétions pesant sur les agents. Ils ne doivent de toutes façons être recherché qu'en conséquence d'une démarche volontariste des personnels intéressés par le télétravail. Dans certains cas, ils sont illusoires (le télétravail ne permet guère d'économiser des superficies de bureaux). Lorsqu'ils sont réels (meilleure utilisation des équipements, par exemple, par vacations de 2/8 ou 3/8, 6 ou 7 jours sur 7, 52 semaines par an) ils doivent être présentés comme s'intégrant à une démarche de rationalisation d'ensemble, pouvant entraîner des contreparties aux sujétions acceptées par les personnels.

Inconvénients constatés ou redoutés par les administrations pratiquant le télétravail.

Dans certains cas, il s'agira de constatations objectives, dans d'autres et le plus souvent, de fantasmes face à de nouvelles méthodes de travail et de gestion du personnel..

Conclusion: les administrations craignent surtout les changements induits par le passage au télétravail - ce qui n'est pas un argument à retenir pour le refuser. Les risques du travail en solitaire, tant pour le travailleur que pour ses correspondants habituels, sont plus réels. Mais ils sont déjà connus et prévenus dans tous les corps (corps d'inspection, éducation nationale) où des responsabilités importantes sont confiées aux individus, sans assistance permanente de la hiérarchie.

7. Avantages et inconvénients du télétravail pour les personnels

Avantages appréciés ou recherchés par les personnels

Les personnels, comme les administrations, ont peu d'expérience du télétravail. Ils se font souvent beaucoup d'idées fausses à son sujet. Néanmoins, ceux qui l'ont pratiqué font valoir de très sérieux avantages:

Conclusion : l'exploration des possibilités du télétravail sera longtemps une aventure, non dépourvue de prestige, attirant de ce fait les caractères les plus créatifs ou originaux. Il faudra que les hiérarchies tiennent compte de ce facteur, pour l'encourager, même si parallèlement un nombre croissant de tâches plus routinières s'exécuteront en télétravail.

 Inconvénients craints ou refusés par les personnels

Ceux-ci, a priori, se méfient des conditions nouvelles de travail induites par des évolutions technologiques décidées par la hiérarchie. Certaines expériences malheureuses de délocalisation ou de réforme administrative décidées de Paris (Ex: services extérieurs du Trésor) ont renforcé cette méfiance. Les craintes sont en général les suivantes

Conclusion : la contrainte, et tout ce qui peut paraître en renforcer, ou en renforcer effectivement, les sujétions, sont à éviter. Des avantages de rémunération ou de carrière susceptibles d'être obtenus en sous-produit du choix pour le télétravail peuvent atténuer ces craintes ou résistances, mais ne suffiront pas en général pour les faire disparaître. L'ensemble des modalités d'exercice du travail en souffrira. Les craintes et demandes des personnels féminins seront particulièrement à prendre en considération. Le télétravail ne doit pas être ressenti comme un retour obligé au foyer, ou une orientation progressive vers des emplois à temps partiel, une baisse de rémunération, etc.

8. Télétravail et emploi dans la fonction publique.

La fonction publique en France affronte, comme tous les autres secteurs économiques, les multiples questions relatives à l'évolution de l'emploi, compte-tenu notamment de celle des métiers, des technologies, de la compétition avec le secteur privé et associatif...Elle le fait de façon plus amortie, tenant à l'existence de statuts et réglementations établies de longue date, mais elle ne peut y échapper. Les politiques dites de réforme ou modernisation de l'Etat en feront un volet majeur. Les fonctions publiques locales pourront, selon les cas, soit anticiper, soit prendre en compte, les réalisations de l'Etat.

D'une façon générale, le télétravail donne plus de souplesse à l'emploi traditionnel. Le développement de la société de l'information et celui, corrélatif, du télétravail, doivent donc être considérés, et utilisés, comme des leviers favorables à la croissance  de l'emploi en général, et à des formes d'emplois sur mesure en particulier. Examinons les principaux points.

Maintien et croissance de l'emploi.

L'on admet généralement que la fonction publique ne doit pas créer d'emplois artificiellement, c'est-à-dire uniquement pour diminuer le chômage général, sans besoins ni retours sur emploi avérés. Il reste que de nombreuses administrations manquent de personnels, pour des tâches dont l'utilité est socialement reconnue. Les différentes formes de télétravail pourraient contribuer à satisfaire ces besoins, dans le cadre des différentes formes d'emploi admis dans la fonction publique (titulaires, contractuels, vacataires, emplois-jeunes, etc.

Dans tous ces cas, le télétravail élargit les possibilités des nouveaux types d'emploi, mais il doit faire l'objet d'expérimentations et études approfondies, ainsi le cas échéant que d'accords négociés, afin d'éviter des abus éventuels. En effet, les administrations ne devront pas associer le télétravail à toutes formules d'emploi des hommes pouvant être jugées comme au rabais. Le télétravail peut et doit, au contraire, devenir un atout pour attirer le personnel ne travaillant pas à plein temps, ou dans des emplois de non-titulaires. A l'inverse, il ne faudra absolument pas le présenter aux personnels titulaires comme une solution réservée aux intérimaires. En fait, il faudra séparer radicalement l'instauration du télétravail et les modes de gestion du personnel. Le télétravail répond à d'autres exigences que celles consistant à résoudre les difficultés des directions du personnel. (DRH).

Conclusion: les métiers de la fonction publique, ainsi que leurs conditions d'exercice, changeront plus vite que les statuts, modes de rémunération et carrières. Le télétravail permettra dans de nombreux cas de répondre à de nouveaux besoins fonctionnels, ou à de nouveaux desiderata des personnels, avec la souplesse nécessaire. De même, il permettra de faire participer au fonctionnement de l'administration, là où de nouveaux besoins urgents se feront sentir, des personnes qualifiées venant du secteur privé. Ainsi, il contribuera non seulement au maintien de l'emploi global dans la fonction publique, mais à l'accroissement de l'activité générale. 

Télétravail et 35 heures

Les réflexions sur la mise en œuvre de la loi sur les 35 heures dans la fonction publique commencent à peine. Il n'est pas trop tôt cependant pour étudier les effets possibles du télétravail sur les nouveaux modes d'organisation découlant de cette loi. D'une façon tout à fait simplifiée, l'on peut envisager deux effets contradictoires:

Conclusion: le télétravail doit être pris en compte d'ores et déjà dans les travaux de préparation à l'application des 35 heures. Il pourra y introduire d'importants facteurs de souplesse. 

9. Négociation sociale

Mode d'introduction du télétravail.

Différentes formules  se rencontrent, qui parfois se chevauchent en fonction des circonstances, ou des exigences du service et du moment.

Conclusion : le volontariat est le plus souhaitable, complété d'une réorganisation permettant l'exercice du télétravail par les volontaires. Néanmoins pour les raisons indiquées aux rubriques précédente, l'adhésion négociée pourra s'imposer plus ou moins rapidement. Son succès dépendra des modalités et enjeux de la négociation, notamment des avantages obtenus en contrepartie des inconvénients. Nous ne recommanderions en aucun cas le passage obligatoire et non négocié au télétravail, meilleure façon de décourager les plus enthousiastes.

 Echelle des expérimentations et de la mise en œuvre.

Dans le cadre d'un passage négocié au télétravail, nous recommanderions les solutions suivantes.

Conclusion : une nouvelle culture de l'action administrative, inspirée de celle de l'Internet, s'impose : faire soi-même, localement, tout de suite, puis généraliser, le tout en dialogue permanent entre la base et les divers niveaux hiérarchiques.

Conséquences sur les statuts, rémunérations et conditions générales de travail.

Les personnels ou leurs organisations syndicales considéreront sans doute comme un préalable l'examen de ces conséquences. La tendance de certaines hiérarchies pourrait être de repousser cet examen à plus tard, de peur de soulever d'emblée des problèmes tels que l'introduction du télétravail serait repoussée sine die. Nous recommanderions le schéma général de négociation:

Conclusion : il ne faudra jamais essayer de passer en force. Le rejet risque d'être durable et catastrophique pour la modernisation à terme du service public. Si les personnels demandent la mise en place de Chartes ou accords-cadres concernant le télétravail , il faudra répondre positivement, tout en faisant valoir dans la négociation la nécessité de continuer à expérimenter et ne pas figer les évolutions innovantes.

 http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/teletravail/teltra2.htm