Internet et
la recherche
scientifique fondamentale

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4 pages Par Jean-Paul Baquiast 26-2-99

La  question de savoir comment la France en général, et les Pouvoirs Publics en particulier, notamment par l'intermédiaire du ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, ainsi que des organismes de recherche sous tutelle, au premier rang desquels le CNRS et l'INSERM, perçoivent et encouragent la recherche scientifique dite fondamentale, se pose-t-elle en termes nouveaux du fait du développement de l'Internet?

A en croire les prises de paroles et manifestations de chercheurs qui sont produites en France en 1998, et se poursuivent au début de 1999, il existe un problème. Mais ce problème est-il nouveau? Admiroutes héberge un forum de discussion qui évoque un certain nombre de difficultés, et qui suscite diverses réactions, dont toutes malheureusement ne jugent pas bon de s'exprimer dans ledit forum.  

Je vais essayer, à la date du 25 février, sur le thème: Internet et la recherche fondamentale  en France, de préciser les 3  ou 4 pistes qui méritent d'être approfondies. Ce point de vue émane, inutile de le rappeler, de quelqu'un qui ne touche ni de près ni de loin à la recherche.

Mais auparavant, je pense qu'il faudrait, en tant que citoyen pouvant espérer influer, au moins par son vote et son activité politique, sur les grandes décisions nationales, rappeler ce qui devrait être une évidence: toute augmentation des ressources publiques que la France pourra assurer à la recherche fondamentale représentera un investissement précieux pour l'avenir, quelles que soient les disciplines bénéficiaires et les modes d'utilisation des crédits. En France comme dans la plupart des grands pays, il y a deux façons de réaliser des recherches fondamentales:

- en amont et dans l'environnement d'un grand programme public. Il s'agira de recherches relativement orientées, dont l'on espérera, outre leur utilité directe pour le programme, des "retombées" dans le domaine général. Ce mécanisme joue de moins en moins, avec la diminution relative des programmes militaires et nucléaires. Il pourrait reprendre de l'importance si les programmes d'explorations spatiales ou océanographiques disposaient de moyens accrus (que ce soit au seul niveau français, ou en participation avec des pays européens ou extra-européens). Mais l'on pourrait imaginer, sur le mode du grand programme, d'autres programmes également importants et ciblés, en matière de biotechnologies ou de technologies de l'information, par exemple. L'on a beaucoup critiqué ce mode d'intervention, réputé générateur de gaspillages et d'erreurs stratégiques, en France mais aussi aux Etats-Unis (voir les critiques faites à la NASA). Il reste que, sans de tels programmes, aucune avancée de grande ampleur ne se serait jamais faite, et ne se ferait jamais à l'avenir. C'est pourquoi il serait grave, voire inadmissible, qu'en France, par exemple, un gouvernement puisse déclarer subitement et sans débat que les vols spatiaux habités ne seront plus programmés.

-  en s'efforçant de couvrir le plus grand nombre de disciplines possibles, sur le mode du saupoudrage intelligent. Comme il est impossible de prévoir les retombées applicatives de telle ou telle recherche fondamentale, cette démarche s'impose, tout autant et en complément de la précédente. L'expérience montre que les retombées peuvent arriver très vite, et de façon tout à fait inattendue. J'ai l'impression, en lisant le n° 317 de La Recherche, février 1999, Les frontières du vivant,  que c'est ce qui est en train de se passer, dans le domaine de l'étude des archaebactéries et des virus dits primordiaux ou de l'extrême. Des recherches apparemment exotiques pourraient entraîner, à très court terme, des bouleversements considérables, non seulement dans les concepts, mais dans l'industrie chimique (enzymes) et celle des biotechnologies . La France n'en est apparemment pas absente, mais sans doute, avec quelques crédits de plus, aurait-elle pu être davantage présente encore.

Au delà de l'importance, de l'affectation et du mode d'utilisation des moyens affectés à la recherche fondamentale, l'on retrouve périodiquement agitées en France, dans des cercles malheureusement trop restreints, les grandes interrogations, sur lesquelles nous ne reviendrons pas, et qui méritent effectivement d'être discutées: importance respective et relations entre recherche fondamentale et recherche appliquée, ou recherche publique et recherche privée, déontologie de la science vis-à-vis de la société et déontologie de la société vis-à-vis de la science, contrôle parlementaire, rôle de l'éthique, etc. ... La recherche étant aussi une démarche collective, elle pose par ailleurs d'autres questions qui ressemblent beaucoup à celles que l'on rencontre dans l'ensemble de l'administration, comme dans l'entreprise, touchant par exemple à la plus ou moins grande dépendance du chercheur "de base" par rapport à sa hiérarchie scientifique et par rapport au gestionnaire des moyens de la recherche.


Ceci dit, l'entrée de la France dans la société de l'information va-t-elle changer quelque chose à la façon de poser ces questions, ou à celle de prétendre les résoudre? L'on connaît depuis longtemps le rôle essentiel d'Internet dans l'échange d'informations entre chercheurs et laboratoires. Mais, en France tout au moins, l'on ne discute guère ce qu'un usage plus large d'Internet par les chercheurs, y compris les tâcherons de la recherche que sont les chercheurs de base, pourrait apporter à une meilleure insertion de la science dans la société, comme plus généralement au progrès de la recherche. Les perspectives offertes sont de plusieurs sortes:

http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/science/rechfond.htm