![]() |
Sciences de la planète et de l'environnement :
|
![]() |
| 5 pages | Par Christophe Jacquemin christophe.jacquemin@admiroutes.asso.fr | 6-4-2000 |
Instance placée auprès du ministère chargé de la Recherche et de la Technologie, le Comité de Coordination des Sciences de la Planète et de l'Environnement (CCSPE) se consacre, depuis avril 1999, à l'examen du dispositif de recherche national dans les domaines thématiques correspondant aux actions prioritaires proposées par ce ministère. Ces actions, entérinées par le Comité interministériel de la recherche Scientifique et technique et le Conseil national de la science, concernent six grands domaines :
- l'eau et l'environnement,
- l'écologie quantitative,
- les risques et la prévention des catastrophes naturelles,
- l'observation de la Terre,
- l'étude du système Terre,
- l'étude des enveloppes fluides et du climat.
Dans leur plus grande majorité, ces actions ont été engagées sous la forme de programmes nationaux interorganismes. S'appuyant sur des documents rédigés en cette matière (bilan de ces actions, analyse de l'ensemble des recherches menées, recensement des scientifiques et techniciens concernés dans les différents organismes) le Comité a émis ses recommandations*.
Eau et Environnement
La recherche interorganismes sur l'eau s'organise autour de deux programmes nationaux, le Programme National de Recherche en Hydrologie (PNRH) et le Programme National sur les Sols et l'Erosion (PNSE) créés pour structurer la communauté et développer des recherches sur le thème de l'eau et des sols.
La recherche s'appuie également sur des programmes plus ciblés ,comme par exemple le Programme National de Recherche sur les Zones Humides (PNRZH) financé par le ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement (MATE) ou le programme Mercure en Guyane. Pour compléter le dispositif, le ministère chargé de la Recherche a proposé la création d'un réseau de recherche et d'innovation technologique (R2IT) " Eau et environnement ".Dans ce cadre, le Comité recommande d'assurer la cohérence d'ensemble et la lisibilité du dispositif à partir des actions déjà engagées par les organismes et des actions nouvelles mises en oeuvre par le ministère (actions financées par le Fonds National de la Science et le Fonds de la Recherche Technologique)
Dans le domaine de la recherche, ceci implique une nouvelle définition des axes prioritaires des programmes nationaux au sein du nouveau dispositif, qui pourrait conduire à la mise en place d'un programme unique articulé avec le R2IT, et à l'initiation d'actions plus spécifiques. Ces axes prioritaires devraient s'appuyer sur une relation continue "atmosphère-sol-sous sol" et ne pas segmenter les différents compartiments.
Dès lors, quatre nouvelles actions devraient être engagées cette année :
- le soutien aux actions internationales par la mise en place de chantiers multidisciplinaires dans les pays retenus par le ministère de la Recherche (Inde, Vietnam, Brésil, pays du pourtour méditerranéen, Afrique australe,...), dont la responsabilité serait confiée aux organismes (BRGM, IRD CNRS) ou dans le prolongement d'actions initiées par les organismes (programmes commun systèmes irrigués CIRAD-IRD-CEMAGREF),
- la mise en place d'un ou deux chantiers de recherche "eaux-usages-milieux" sur les impacts des pratiques et des occupations de l'espace rural, sur les régimes et la qualité des eaux au sein d'une action multidisciplinaire et multiorganismes incluant les sciences humaines et sociales et pilotée par le CEMAGREF et l'INRA,
- le renforcement des développements méthodologiques dans le domaine de la géophysique conduisant à une meilleure caractérisation de la surface et de la subsurface (sol et sous-sol). Ceci devrait permettre d'attirer de nouvelles équipes et de nouvelles compétences, en particulier dans les domaines de l'électromagnétisme (hyperfréquences, électrosismique et cinétique), de la modélisation des signaux et des processus (méthodes inverses)...,
- la mise en place d'une action spécifique "interface eau-solide" afin de réunir des chercheurs d'horizons très différents (chimistes, physiciens, biologistes, hydrobiologistes) pour étudier les échanges aux interfaces et modéliser le transfert des polluants dans les sols.
Le Comité poursuivra cette année la réflexion sur les services d'observation et les bases de données dans le domaine de l'eau et réexaminera l'organisation des actions précédemment conduites dans le cadre du Groupement d'intérêt public "hydrosystèmes" .
Ecologie Quantitative
Prenant en compte le fait que les principaux problèmes d'environnement présentent une dimension écologique (impact des changements climatiques, pollutions, conservation et utilisation durable des ressources biologiques et des services écologiques, développement d'une agriculture durable ), le Comité approuve la mise en place d'une action concertée incitative "Écologie Quantitative" pour développer des travaux sur les équilibres et les déséquilibres des systèmes écologiques complexes et des ensembles de populations en interaction avec la biosphère. Ce devrait contribuer :
- à structurer une communauté interdisciplinaire autour de questions scientifiques majeures touchant à la structure, au fonctionnement et à l'évolution des écosystèmes continentaux, mais aussi d'équipements collectifs et de sites expérimentaux,
- à faire de l'écologie écosystémique une discipline solidement implantée à l'interface des sciences de la vie, des sciences de la terre et de l'atmosphère, tournée vers l'expérimentation et la modélisation,
- à favoriser l'émergence d'une véritable ingénierie écologique, pertinente dans les problèmes d'aménagement, de restauration des milieux, d'agronomie "propre" et de gestion "durable" des ressources terrestres et aquatiques.
Dans ce cadre, le Comité recommande la mise en place d'un programme national de recherche sur la dynamique de la biosphère continentale mobilisant le CEA, le CEMAGREF, le CIRAD, le CNRS, l'INRA, l'IRD et les Universités). Parallèlement, plusieurs actions spécifiques pourront être engagées ou poursuivies qui concerneront :
- la biogéochimie des sols; cette action sera centrée sur l'étude des interfaces des systèmes biologiques-solutions-phases solides-phases gazeuses ainsi que sur le rôle des acteurs microbiens,
- les interactions mathématiques/écologie autour de la modélisation de systèmes écologiques complexes et de leur évolution,
- une action interdisciplinaire ciblée sur l'émergence d'une véritable ingénierie écologique, à l'interface des sciences de l'homme et de la nature.
Dans le cadre de ce nouveau dispositif de recherche, le Comité souligne que "le positionnement relatif et l'interface de cette ACI et du Programme National sur les Sols et l'Erosion (PNSE) devront être précisés, notamment pour les aspects concernant la pédologie, la biologie et l'agriculture".
Le CCSPE poursuivra cette année sa réflexion en concertation avec le Comité de Coordination des Sciences du Vivant notamment dans les domaines de la biodiversité et de l'écotoxicologie, et avec le Conseil pour le développement des sciences humaines et sociales.
Risques et prévention des catastrophes naturelles
Dans ce domaine , le CCSPE a pu procéder à une première analyse du dispositif de recherche, qui le conduit à approuver la mise en place d'une action concertée incitative (qui devrait être définie en concertation entre le directeur de programme nommé par la Direction de la Recherche du ministère et les experts du CCSPE).Le dispositif actuel de recherche est fondé sur des Programmes Nationaux de Recherche (PNRN et PNRH), ainsi que sur des programmes du MATE (RIO, EPR), complété par un programme SHS (PRCSR) du CNRS. Ce dispositif devrait être renforcé de façon ambitieuse en assurant une cohérence d'ensemble grâce à la reprise au sein de la nouvelle Action concertée incitative (ACI) "Prévention des catastrophes naturelles", des thématiques traitées dans le PNRN et des thématiques risques traitées dans le PNRH (inondations) et le PATOM (tempêtes).
Le Comité recommande, comme élément général d'une politique scientifique sur les risques naturels :
- des approches distinctes pour les différents aléas naturels (séismes, éruptions volcaniques, inondations, tempêtes, avalanches, feux de forêt, glissements de terrain). Dans ce cadre, il note qu'il n'existe pas véritablement de principes physiques communs à tous ces aléas, ni d'approche "générale" applicable dans tous les cas. L'articulation doit donc se faire entre une structure unique (ACI) permettant de gérer aussi bien des thèmes différents que des projets à la frontière de deux ou plusieurs thèmes (par exemple inondations et tempêtes),
- des recherches et des actions sur toute la " chaîne " du risque, depuis la physique de l'aléa jusqu'à la vulnérabilité des structures et bâtiments et l'impact/attitude des différents acteurs socio-économiques (dimension sociale). En effet, de nombreuses raisons (cas extrêmes trop rares, environnement non stationnaire sur les longues périodes nécessaires à l'établissement d'une base de données..) rendent l'approche purement statistique de l'aléa non valable. Une nouvelle communauté scientifique doit être identifiée en mobilisant des structures et les ressources nécessaires, au delà de ce qui sera engagé dans l'étude des aléas.
- le renforcerment du transfert des résultats de recherche vers les utilisateurs opérationnels et de coordonner la collecte des données dans des observatoires et/ou des centres nationaux. Le dispositif actuel pourrait être étendu aux risques hydrométéorologiques. Un des critères principaux de choix serait la mise à disposition des tiers (scientifiques, administrations, compagnies d'assurance,...) des données collectées.
Concernant l'Action concertée incitative proprement-dite, le Comité recommande de :
- réaliser l'articulation entre les recherches sur les différents aléas dans la structure unique de l'ACI permettant de gérer aussi bien des thèmes différents que des projets à la frontière de deux ou plusieurs thèmes (par exemple inondations et climat),
- procéder à un saut quantitatif dans les efforts de recherche sur certains types d'aléas pour lesquels les moyens actuellement mis en oeuvre ne permettent pas d'aborder les questions essentielles (par exemple la structure fine d'une zone de faille en profondeur, les moyens spatiaux d'étude de la déformation lors de glissements et effondrements de terrain, les séismes et éruptions, ...).
Observation de la Terre
L'analyse faite par le CCSPE dans le domaine de l'observation de la Terre solide met en évidence deux situations symétriques de déséquilibre, qui concernent d'une part la recherche et d'autre part l'observation opérationnelle. Ceci devra être pris en compte dans la mise en place des actions proposées par le Ministère chargé de la Recherche, et notamment de celle d'un réseau de recherche et d'innovation technologique "Observation de la Terre et applications spatiales", actuellement en cours de définition.Dans le domaine de la recherche, et en particulier en géodynamique interne, les travaux réalisés par les équipes françaises se situent au premier plan mondial. La communauté spatiale française dans le domaine de la "Terre solide" a ainsi acquis ces dernières années une importante capacité à proposer des missions nouvelles, comme en témoignent les propositions récentes acceptées par le CNES, l'ESA et la NASA (OERSTED, DEMETER, CHAMP, GRACE et GOCE), mais elle souffre encore d'un déficit de reconnaissance de la part des organismes, alors même qu'elle regroupe aujourd'hui de nombreux laboratoires de recherche au delà des laboratoires spatiaux traditionnels. Afin de permettre un soutien actif de l'ensemble des actions de recherche aussi bien méthodologiques que thématiques, fondées sur l'utilisation des données spatiales pour l'étude du Système Terre (Terre solide, enveloppe fluides et leurs interactions), il "apparaît donc comme impératif que les objectifs du Programme National de Télédétection Spatiale (PNTS) soient redéfinis, ou qu'un dispositif autre soit mis en place, par redéploiement des ressources correspondantes du CNES, de l'INSU et des autres organismes participants, afin de garantir des facilités d'accès aux observations spatiales existantes pour les équipes scientifiques, un soutien aux missions en cours et un soutien à la préparation des missions futures".
Dans le domaine de l'observation opérationnelle, note le Comité, on dispose au contraire d'une abondance de données de capteurs différents, mais les équipes impliquées peinent à développer des applications innovantes. Qu'il s'agisse des risques naturels, de la gestion des ressources en eau, de l'agriculture de précision, ou de la forêt, les études en cours font toutes ressortir un déficit pénalisant de recherche amont sur les processus mis en jeu. Il importe donc d'impliquer un nombre significatif d'équipes dans ces développements méthodologiques (nouveaux capteurs, approche multicapteurs...). "Ceci ne pourra se faire que par la mise en place d'une action incitative, articulée avec la redéfinition des actions recherche recommandée ci-dessus, et se plaçant clairement en amont du R2IT", explique le Comité.
Système Terre et Climat
Une première analyse du dispositif de recherche national dans le domaine de l'étude du système Terre et du climat montre qu'une coordination efficace est d'ores et déjà en place grâce aux programmes nationaux interorganismes coordonnés principalement par l'INSU (Insitut national des sciences de l'univers).
La priorité est donc aujourd'hui de recenser les domaines thématiques nécessitant un effort de redéfinition , d'identifier sur cette base les nouvelles thématiques à développer, et enfin de définir ceux pour lesquels un apport complémentaire de financement s'avère nécessaire. Cet effort , d'après le Comité, doit se placer dans un cadre de concertation étroite entre la Direction de la Recherche du ministère de la Recherche et les organismes concernés, qui pourrait prendre la forme de programmes nationaux dont la gestion serait confiée pour tout ou partie aux organismes et qui pourraient ainsi assurer une meilleure cohérence et une lisibilité accrue du dispositif, notamment sur le plan international.
Cette concertation en amont "permettrait de répartir les efforts financiers de façon optimisée entre le soutien de base et l'équipement des laboratoires et les financements de programmes".Dans le domaine de la Terre solide, une telle concertation devrait concerner les programmes "Dorsales", "Intérieur de la Terre" et un nouveau programme " Paléoenvironnement " dont le CCSPE approuve la mise en place par le CNRS. Cette concertation devrait aussi laisser place à un nouveau thème de recherche sur le champ magnétique de la Terre et la simulation de l'effet dynamo.
Dans le domaine des enveloppes fluides et du climat, elle concernerait principalement les programmes nationaux en relation directe avec la thématique "climat " (PNEDC, PROOF, PNCA). L'effort prioritaire dans ce domaine devrait porter sur le démarrage dans un cadre international du programme CLIVAR d'étude de la variabilité climatique qui implique certainement des moyens financiers complémentaires. Ceux-ci concernent aussi bien les actions "recherche" que le maintien des réseaux d'observation nécessaires à la collecte des données climatiques. Dans le domaine des recherches en biogéochimie marine, actuellement coordonnée au sein du programme PROOF, selon le Comité, une réflexion doit être conduite à court terme pour redéfinir les axes prioritaires de recherche, en prenant en compte la redéfinition en cours des programmes internationaux (comme le PIGB).
Le Comité souhaite également poursuivre la réflexion cette année dans le domaine des recherches sur le climat afin de pouvoir disposer d'un document stratégique. Celui-ci permettrait, d'une part d'identifier les domaines prioritaires de recherche et, d'autre part, de clarifier les liens entre recherche amont et applications opérationnelles. Il s'appuiera sur l'effort de prospective actuellement conduit par la division océan-atmosphère de l'INSU dans le cadre de la préparation d'un colloque de prospective prévu à l'automne 2000.
Lien Recherche - Décision publique
Pour le Comité, les négociations internationales sur les questions globales et l'environnement, les débats sur le développement durable ont mis en évidence la nécessité d'intégrer, dans les processus de décisions publiques, des expertises scientifiques de différents domaines ainsi que des contributions venant des différents acteurs privés ou associatifs. Ces nouvelles thématiques réclament un effort constant de recherches et d'analyses, une information, une mise en perspective et un niveau d'expertises techniques qui ne peuvent être assurés par l'administration "gouvernante". En revanche, les institutions scientifiques, les universités et les différentes structures de recherche ont de grandes difficultés à s'insérer dans le dispositif de décision public. Elles peinent aussi à participer à la mesure de leurs compétences et des attentes du public, aux débats collectifs sur les questions d'environnement et de développement durable.Dès lors, le Comité approuve fortement l'idée émise dans le rapport sur le développement durable (rapport rédigé à la demande de Lionel Jospin par Laurence Tubiana) de créer une structure d'interface, qui pourrait prendre la forme d'une Fondation Internationale pour l'environnement et le développement, appuyant un réseau autour des structures de la recherche et des autres lieux d'accumulation des compétences. Serait ainsi créé un cadre qui rassemble des acteurs de la décision publique, des scientifiques mais aussi des acteurs privés ou associatifs, pour faire émerger les questions stratégiques pertinentes, et permettant de collecter et de distribuer des financements suffisants pour intéresser des équipes. Cette structure aurait aussi pour objectif de consolider des équipes sur la durée, d'associer des chercheurs contractuels confirmés, d'accueillir des fonctionnaires ou des cadres du privé désireux de se former par la recherche.
Une structure permanente très légère chapeautée par un conseil d'orientation répartirait des moyens incitatifs entre des équipes françaises associées à des équipes européennes, à partir de propositions venant de l'Etat ou des équipes elles-mêmes.* En complément de ces recommandations, le CCSPE souligne la nécessité, pour la plupart de ces actions, de prendre en compte la nécessité d'une coordination active avec le Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement..
http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/science/ccspe.htm
Droits de diffusion