Actualité scientifique

Septembre 2000

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Par Christophe Jacquemin

Mars Surveyor 2001 © http://mars.jpl.nasa.gov/2001/index.html
© http://www.nasa.gov

2001 Odyssée vers Mars
Espace/exploration martienne
Vendredi 28 septembre 2000

"2001 Odyssée vers Mars" : voici le nom de la  mission de la sonde qui doit être lancée l'année prochaine vers Mars par les américains. Selon Scott Hubbard, responsable du programme d'exploration de Mars à la NASA, qui en a fait l'annonce hier, "l'année 2001 a une signification spéciale pour beaucoup d'entre nous qui ont ressenti un frisson en lisant le livre où en regadant le film 2001, Odyssée de l'espace".
Le lancement de la sonde est prévu pour le 7 avril 2001 et doit arriver autour de Mars le 20 octobre 2001.
Objectif : mieux cartographier l'astre, en analyser la composition, détecter de l'eau ou de la glace sous la surface de l'astre.

Pour en savoir plus : http://mars.jpl.nasa.gov/2001/index.html

Michel Lazdunski © CNRS
© CNRS -A. Voliotis

Michel Lazdunski, médaille d'or du CNRS
Prix scientifiques
Jeudi 28  septembre 2000

La Médaille d'Or du CNRS pour l'année 2000 a été attibuée ce jour à Michel Lazdunski, professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Nice-Sophia Antipolis, directeur de l'Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire du CNRS.

Spécialiste mondial des canaux ioniques, Michel Lazdunski est l'auteur de travaux internationalement reconnus tant sur le plan fondamental que sur celui de leurs applications pharmacologiques et pathologiques, qui vont de la compréhension des mécanismes des antihypertenseurs, des antidiabétiques ou des anesthésiques gazeux aux mécanismes de perception de la douleur en passant par les arythmies cardiaques, les crises convulsives ou l'ischémie cérébrale.

Pour en savoir plus : http://www.cnrs.fr/cw/fr/pres/compress/MedOr2000.htm

La NASA rêve de l'ascenceur spatial
Prospective/technologie/espace
Mercredi 27 septembre 2000

La NASA étudie aujourd'hui le plus sérieusement du monde la faisabilitié d'un "ascenceur spatial", pour la fin du XXIe siècle. L'idée est de remplacer les fusées -au coût exorbitant et gourmandes en énergie- par un câble reliant une station spatiale à la terre, le long duquel on pourrait hisser sur orbite des véhicules de transport de passagers ou de fret.
Selon les études, l'énergie requise pour hisser une charge utile de 6 tonnes sur orbite (hors coût de la construction de cet ascenceur estimée à quelque 40 milliards de dollars) ne reviendrait qu'à 17700 dollars, soit 1,48 dollar/kg, contre 22000 dollars/kg aujourd'hui avec une navette spatiale. L'envoi d'un passager avec bagage (de l'ordre de 150 kg) ne coûterait que 222 dollars.

Simple comme bonjour : une nacelle, un câble, et pour hisser cet ascenceur, un système classique de roues, poulies et moteurs...
Pure science fiction, direz-vous : aucun câble de 36000 km de long (distance pour arriver sur une orbite géostationnaire) n'est capable de résister à son propre poids...  Pas si sûr, si on tresse le câble à partir de nanotubes de carbone que les scientifiques ont récemment mis au point. Ces molécules composées de plusieurs milliers d'atomes  de carbone sont 50000 fois moins épaisses qu'un cheveu, 100 à 200 fois plus solides que l'acier et six fois plus léger.

Ruban de nanotube de carbone observé par microscopie optique © CNRS
Ruban de nanotubes de carbone
observé par microscopie optique
(largeur approximative: 0,5 mm)

© CNRS

Les chercheurs français pourraient d'ailleurs être bien placés dans cette course à la maîtrise des nanotubes de carbone : rappellons en effet qu'en février 2000 des scientifiques du Centre de recherche Paul Pascal (CRPP) du CNRS et de l'Université de Bordeaux 1** ont breveté un procédé d'obtention de fibres et rubans macroscopiques de nanotubes de carbone.
Dans le même temps, des chercheurs du Groupe de dynamique des phases condensées de Montpellier (CNRS-Université des Sciences et Techniques du Languedoc) ont mis au point une méthode de fabrication de nanotubes par arc électrique.

En utilisant les matériaux synthétisés par le groupe montpelliérain, les chercheurs du CRPP ont obtenu des fibres de nanotubes de carbone de diamètre micrométrique et de plusieurs centimètres de long. L'automatisation du procédé, en partenariat avec la société Nanoledge et le GDPC, ouvre la possiblité  de fabriquer des bobines de fibres de nanotubes et de tester en grandeur réelle leurs propriétés, notamment mécaniques.
**P. Poulin, B. Vigolo, A. Pénicaud, C. Coulon : demande de dépôt de brevet français 0002272.
 

Pour ne pas mourir idiot : les nanotubes de carbone

nanotubes de carbone © : CNRS
© CNRS

Les nanotubes de carbone, observés pour la première fois en 1991 au microscope électronique par une équipe japonaise, sont composés d'une ou plusieurs feuilles de graphite enroulée(s) en forme de cylindre, d'un diamètre de l'ordre du nanomètre (un millionième de millimètre) : pour mieux fixer les idées, disons qu'il en faudrait 50000 liés en gerbe pour atteindre l'épaisseur d'un cheveu!  Schématiquement, un nanotube est un cylindre de structure graphitique (courbé comme un rouleau de fil de fer grillagé) et fermé aux deux bouts par un chapeau de type fullerène, c'est-à-dire contenant des pentagones.

Représentation schématique d'un nanotube © CNRS
Représentation schématique d'un nanotube
© CNRS

Ces cylindres peuvent être longs de plusieurs microns, voire millimètres, pour un diamètre de l'ordre du nanomètre (milliardième de mètre), d'où leur nom. Ils constituent les ultimes fibres de carbone et de ce fait, aiguisent beaucoup l'imagination des chercheurs. Suivant le détail de leur structure (diamètre, hélicité,...) ces nanotubes sont des conducteurs ou semi-conducteurs électriques. Ces propriétés, associées à leur taille, permettent d'envisager de nouvelles applications en micro-électronique. De plus, on attend des nanotubes de carbone des propriétés mécaniques exceptionnelles (ils sont cent fois plus résistants et six fois plus légers que l'acier) qui pourraient en faire demain la base de multiples matériaux à hautes performances.

Un beau rêve qui pourrait devenir réalité ? De nombreux défis restent à relever pour la réalisation de cet ascenceur spatial, qu'il s'agisse de la maîtrise des oscillations du câble, des dégâts potentiels causés par les micrométéorites, par les radiations, des risques de collisions (avions, satellites)... En tous cas, l'endroit d'implantation de cet ascenceur devra être des plus stables et sera forcément situé en mer (imaginez que le câble s'écroule...) : une plate-forme marine près des Maldives -région dépourvue de cyclones et de séismes- pourrait bien faire l'affaire.

Voir également la chronique du 5 novembre 1999 :
Stockage d'hydrogène dans des nanotubes de carbone

Des cellules souches cérérables adultes transformées en cellules musculaires
Médecine
Vendredi 22 septembre 2000

Une équipe italienne dirigée par le docteur Angelo Vescovi  est parvenue à transformer des cellules souches cérébrales adultes en cellules musculaires (myocites). Publiés dans la revue britannique Nature Neuroscience  d'octobre 2000 (http://www.nature.com/neuro), ces travaux bouleversent les idées reçues sur le développement embryonnaire car ces cellules n'appartiennt pas au même tissu embryonnaire de départ. D'après ce qu'il est admis, seules les cellules souches d'un embryon sont capables de produire les cellules de tous les organes. Lors de son développement, les cellules souches se différencient en trois tissus distincts et séparés : le neuroectoderme (qui va donner le futur cerveau) ; le mésorderme (les os, les muscles et les cartilages) ; l'endoderme (le coeur, les poumons et les intestins). Jusqu'à présent on pensait qu'une cellule choisissait son sort une fois pour toutes, ne pouvant plus changer de route. Les travaux viennent ici renforcer* l'idée qu'il peut y avoir passerelle entre les grandes familles de tissus.

* En mai 1999, la même équipe avait déjà transformé des cellules neuronales (prevenant du neurectorderme) en précurseurs de cellules de la moelle osseuse (mésoderme)
  • Nature Neuroscience, volume 3, numéro 10, octobre 2000,  pages 986 à 991  : Skeletal myogenic potential of human and mouse neural stem cells, par Rossella Galli, Ugo Borello, Angela Gritti, M. Giulia Minasi, Christopher Bjornson, Marcello Coletta, Marina Mora, M. Gabriella Cusella De Angelis, Roberta Fiocco, Giulio Cossu & Angelo L. Vescovi
     NB : Les résumés succincts en anglais, voire quelquefois des articles complets parus sur le site web de Nature Neuroscience peuvent être obtenus après inscription gratuite.
    Obtenir les articles complets nécessite un abonnement payant
    .

Si ces passerelles existent entre types de tissus différents, on peut imaginer à terme pouvoir préparer n'importe quelle greffe à partir de n'importe quelle cellule adulte...
S'il s'avère que les cellules souches adultes ont les mêmes capacités de différenciation et de développement que les cellules souches embryonnaires, ce sont tous les problèmes éthiques posés par les cellules souches issues de l'embryon qui s'en trouvent contournés.

Projet de budget 2001 pour la recherche :
55,865 milliards de francs, en progression de 2,2%

Politique de la recherche
Jeudi 21 septembre 2000

Roger-Gérard SchwartzenbergLe ministre de la recherche Roger-Gérard Schwartzenberg a présenté le projet de Budget civil de recherche et de développement (BCRD) pour 2001 lors d'une conférence de presse, tenue le 21 septembre
En hausse de 2,2% par rapport à l'année dernière, ce BCRD s'élève à 55,865 milliards de francs en dépenses ordinaires et crédits de paiement (DO+CP) voir encadré.

Les autorisations de programme (AP) s'élèvent à 24,3 milliards de francs, soit une augmentation de 6,4 % par rapport à 2000, alors que leur progression moyenne avait été de 1,5 % par an depuis 1997 (1,9 % en 1998, 2,5 % en 1999 et 0,1 % en 2000).
Selon le ministère, ce budget s'attache à renforcer de manière très significative les moyens de fonctionnement et d'investissement des laboratoires, que ceux-ci appartiennent aux organismes de recherche ou aux universités. Plus particulièrement, les AP des Etablissements publics à caractères scientifiques et technologiques (EPST) progressent de 10 % pour la seule année 2001, alors qu'elles avaient progressé de 8,5 % pour l'ensemble de la période 1997-2000. "Cette forte augmentation prévue au budget 2001 permet de renforcer le soutien de base des laboratoires (+6,5 %) et d'accroître fortement les moyens d'investissement des établissements (+18 %) ".
L'INSERM (recherche médicale) se voit par exemple doté d'une augmentation de 16% en AP, le CNRS de +9%  (CNRS qui doit renforcer son centre de calcul) et l'INRA (recherche agronomique) de +9%.

Le Fonds national de la science (FNS), qui est destiné à donner une impulsion aux recherches dans les domaines scientifiques prioritaires, est porté de 700 MF à 885 MF en AP (+26 %). Cette augmentation servira en particulier à financer les recherches dans les sciences du vivant : génomique et post-génomique (Centre national de séquençage, centre national de génotypage, réseau des génopoles, réseau GenHomme, bioinformatique, etc), agents infectieux (VIHPAL, microbiologie, prions), biologie intégrative.
Cette augmentation doit également financer les recherches dans les sciences de l'information et de la communication (photonique, micro et nano, cryptologie, mégaressources informatiques), ainsi que celles menées dans les sciences humaines et sociales (cognitique-école, ville, travail, réseau MSH-numérisation), sur les matériaux et sur la planète (système Terre, catastrophes naturelles, écologie quantitative, observation de la Terre, eau), ainsi que l'action concertée incitative (ACI) jeunes chercheurs.

Pour sa part, le Fonds de la recherche et de la technologie (FRT) est porté à 1000 MF en augmentant de près de 100 MF (+ 10,5 %). Une augmentation qui doit permettre d'amplifier, en particulier, la recherche dans les technologies de l'information et de la communication (technologies logicielles, Internet du futur...), dans les technologies liées aux sciences du vivant (génome et post-génome, bioinformatique, médicament, technologies pour la santé...).

Concernant les effectifs, 305 emplois seront créés, dont 265 postes dans les organismes de recherche : 130 de chercheurs  et 135 d'ingénieurs, techniciens et personnels administratifs (ITA), principalement pour renforcer les sciences du vivant et les sciences de la technologies de l'information et de la communication.

A signaler : une diminution des subventions  du Centre national d'études spatiales (CNES)(-130 MF sur un budget 2000 de 8825 MF en DO+AP, soit -1,5 %) que le ministre explique par une augmentation moindre que prévue de la contribution du CNES à l'ESA (qui dispose d'excédents de trésorerie lui permettant de réduire ses appels de fonds) et par un démarrage moins rapide des programmes du CNES en préparation (notammentle programme de Retour d'échantillons de Mars en cours de discussion entre le CNES et laNASA).

Pour ne pas mourir idiot :
dis maman, c'est quoi les DO, AP et autres CP
?

Dépense ordinaires (DO), dépenses ordinaires+crédits de paiments (DO+CP), autorisations de programmes(AP) et autres  DO+AP :d 'accord, on veut bien, mais qu'est-ce que cela veut dire?
DO : En gros, ce sont les salaires (pour être précis, ce sont les dépenses courantes de fonctionnement). Leur évolution suit celle des effectifs.
CP : Selon la définition du ministère, "Les crédits de paiments permettent d'engager les crédits prévus sur des autorisations de programme. Ils doivent être consommés au cours de l'exercice budgétaire,  conformément au principe de l'annualité budgétaire". En d'autres termes ce sont les moyens dont disposent effectivement les laboratoires;
AP : "Prévisions d'investissement (dépenses en capital), qui permettent d'élaborer un programme sur trois ans. Pour engager les dépenses sur le budget de l'Etat, il est nécessaire d'obtenir des crédits de paiement, répartis en trois exercices". Dis d'une autre façon, ce sont les fonds qui permettent aux équipes de recherche de lancer de nouveaux projets.
A savoir : si les autorisations de programme sont affichées sur 3 ans, les crédits de paiement eux, ne concernent qu'une année. Pour que cela fonctionne, il faut donc que ces autorisations de programme soient couvertes l'année suivante par les crédits correspondants.

Pour en savoir plus   :


Budget en hausse de 2,2%, soit, mais la recherche est-elle vraiment une priorité gouvernementale? Comparé aux autres budgets des ministères, celui de la recherche n'arrive qu'en 10ème position en termes de hausse de crédit.
Pour leur part, les Etats-Unis ont procédé à une augmentation massive du soutien public à la recherche (+6,8% en 2000/2001), ainsi que le Japon, pays qui consacrent respectivmeent 3,06% et 2,84% de leur PIB à la recherche, contre 2,17% en France. 

Transmission expérimentale par voie sanguine du prion bovin entre deux moutons
Médecine
Vendredi 15 septembre 2000

Une étude préliminaire réalisée par des chercheurs des Institut vétérinaire d'Edimbourg et de Newbury (Grande-Bretagne) publiée ce jour dans la revue The Lancet (voir référence en fin de texte) montre la possibilité expérimentale de transmettre l'encéphalopahtie spongiforme bovine (ESB) par transfusion sanguine d'un mouton en état d'incubation à un mouton sain.
Pour mener à bien leur démonstration, les scientifiques ont commencé par faire ingérer à dix-neufs moutons britanniques de la cervelle provenant d'un bovidé atteint d'ESB. Sans attendre une éventuelle apparition de symptômes, ils ont ensuite procédé à une transfusion sanguine totale du sang sur des moutons néo-zélandais sains, que l'on a élevé ensuite séparément. Quelque 610 jours plus tard, un des moutons transfusés a commencé à dévoiler des signes cliniques et pathologiques de la maladie (perte de poids, tremblements, ataxie des pattes arrière...).
Les analyses immunohistochimiques effectuées sur les tissus de l'animal ont montré que la protéine prion anormale (PrPSC) était largement présente dans le cerveau et les organes périphériques.
Bien que faite sur un seul animal, cette observation a été jugée suffisamment importante par les auteurs pour être publiée dès à présent, sans attendre que l'étude soit complète, ce qui, selon les chercheurs, "pourrait prendre plusieurs années".
Tous les autres animaux transfusés sont actuellement en bonne santé. 
Signalons toutefois que la plupart d'entre eux ont été transfusés après l'animal devenu malade.

Cela dit, ce travail semble indiquer la possibilité d'une transmission entre individus de la même espèce par voie de transfusion. Par ailleurs, les animaux sur lequel le sang a été prélevé au départ ont été contaminés par voie orale, et non comme on le fait généralement en laboratoire par injections de produits contaminés dans le cerveau. Enfin, les transfusions sanguines ayant fait passer les prions d'un animal à l'autre constituent la première expérience réussie de contamination pendant la période d'incubation de la maladie.
En d'autres termes, il apparaît que le sang d'un mouton en incubation de "vache folle" est peut être contaminant.
De là, pour les auteurs, de penser que le sang d'un homme porteur sain pourrait contaminer un receveur...
     

Dans un commentaire associé à cette étude (voir référence ci-desous), Paul Brown -chercheur à l'Institut national américainde la santé (NIH)- s'interroge sur la rapidité de la publication de cette étude, sachant qu'elle n'a pas été suffisamment prolongée pour valider les contrôles positifs*.
Cela-dit, il y a quelques raisons de s'inquiéter sur la qualité du sang des personnes en incubation de la nouvelle forme de maladie de Creutzfeldt-Jakob, car ils pourraient être infectieux, constate le chercheur.
Mais rappelons qu'ils existe déjà des mesures de prévention en cette matière. Selon divers travaux, le prion semble affectionner paticulièrement les globules blancs. Ainsi, en France et en Grande-Bretagne notamment (mais pas aux USA), le sang subit une déleucocytation** pour la transfusion. Le plasma et ses dérivés, en Grande-Bretagne, sont importés de pays où n'a jamais été décelé l'ESB.
Rajoutons que les personnes qui ont reçu des transfusions sanguines ne peuvent plus donner leur sang, tout comme celles contaminées par la forme ancienne de la maladie ou les patients atteints d'autres encéphalopahties spongiformes transmissibles. Même chose pour les personnes qui ont pris des hormones de croissance provenant de cadavres ou celles ayant subi certaines greffes.
* Animaux ayant reçu par intraveineuse du cerveau de bovidé malade
* Action de débarasser le sang de ses globules blancs

Quelques chroniques antérieures  :

Consultez également le site de l'INSERM (http://www.inserm.fr/prions)

Pomme : une série de campagnes océanographiques pour mieux comprendre le rôle de l'océan sur le climat
Environnement
Jeudi 14 septembre 2000

Une équipe de chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), du Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM), de l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer), de Météo France et d'universitaires, va participer aux premières mesures océanographiques du programme POMME (Programme Océan Multidisciplinaire Méso Echelle*).
Objectif : mieux comprendre le rôle de l'océan sur le climat en tant que réservoir de carbone, de chaleur et de transformation de la matière vivante.
A cet effet, quatre campagnes de mesures se dérouleront, du15 septembre 2000 jusqu'à octobre 2001 dans l'Atlantique Nord, à mi-chemin entre les Açores et la péninsule ibérique.
*Echelle moyenne de quelques dizaines de kilomètres qui correspond à la taille des tourbillons
 

vignette du schéma de campagne
Cliquer sur l'image
pour l'agrandir

Région de l'Atlantique nord-est étudiée lors du programme      

  • Limites en rouge : zone d'étude intensive lors des campagnes océanographiques. 
  • Limites en vert : zone couverte par le modèle numérique de circulation océanique régionale SOPRANE (système opérationnel de prévision régionale dans l'Atlantique nord-est), utilisé au cours de POMME. 
  • Ligne en pointillés : zone approximative de l'enfouissement dans l'océan intermédiaire vers le sud des masses d'eau de surface provenant du nord.

Pour ne pas mourir idiot (ou "je ne suis pas une pomme"):
Les objectifs du programme

L'océan est une immense machine thermique en contact avec l'atmosphère qui, par le biais de masses d'eau plus ou moins chaudes, transporte de la chaleur et de l'énergie d'un extrême à l'autre de la planète. Ces masses d'eau qui circulent entre les trois grands océans transportent aussi des gaz dissous et en particulier du gaz carbonique (CO2), un des principaux gaz à effet de serre. Les concentrations de ce gaz dans l'atmosphère étant un facteur important de réchauffement actuel du climat, il est primordial de pouvoir quantifier son évolution et de savoir comment l'océan l'absorbe et le transporte. Si on suspecte l'océan Atlantique d'être un des puits océaniques majeurs de CO2 atmosphérique, les incertitudes sur ces échanges air/mer restent très importantes. D'où l'intérêt de comprendre les mécanismes qui régulent les flux dynamiques et biologiques. Dans ce cadre, le programme Pomme vise à mieux connaître le rôle que joue la circulation océanique sur l'enfouissement d'une masse d'eau relativement homogène en température et salinité et d'une épaisseur de l'ordre de 500 m (couche souvent activement en contact avec l'atmosphère en hiver, dont elle est isolée partiellement au printemps lors du réchauffement des eaux de surface). Cette masse d'eau conserve alors les gaz dissous caractéristiques de la surface, mais comme cela se produit au printemps, il y a également piégeage de carbone par les algues en pleine floraison.
Il s'agira dès lors d'étudier les processus qui déclenchent la floraison printanière et transforment la matière d'origine biologique entraînée au sein de ces eaux (chute des particules, dégradation bactérienne, dissolution...).
Physiciens, chimistes et biologistes vont ainsi tenter de comprendre le rôle des tourbillons et des courants marins dans le transport de l'énergie et de la matière en mettant au point une stratégie pluridisciplinaire d'échantillonnage, basée sur :

  • une bouée météorologique ainsi que d'autres systèmes d'observation permettant d'obtenir des flux à l'interface air-mer ;
  • une centaine de flotteurs ;
  • des mouillages instrumentés (courantomètres, tomographie, pièges à particules) ;
  • 4 campagnes en mer basées sur des mesures systématiques à très haute résolution et des études de processus ciblés ;
  • des simulations numériques régionales ;
  • des données satellitales de niveau de la mer (TOPEX, JASON), de couleur de la mer (SWEAFIS, MERIS) et de vent diffusiométrique, couplées à des méthodes d'assimilation de données.

A signaler que durant toute cette campagne, une rubrique du site web du CNRS (http://www.cnrs.fr/cw/fr/pres/Pomme/index.htm) offrira accès au journal de bord d'un jeune thésard qui participe à l'expédition (contenu mis à jour deux fois par semaine). La consultation d' images filmées est égalements prévue.

logo web-agri Web-agri : premier moteur de recherche entièrement dédié à l'agriculture
Internet/Agriculture
Mercredi 13 septembre 2000

Consacré exclusivement à l'agriculture, le moteur de recherche Web-agri (http://www.web-agri.fr)vient combler une belle lacune : en cette matière, et jusqu'à présent, on ne trouvait en effet sur la toile que des annuaires, le plus souvent consitués manuellement et repertoriant tout au plus 2000 adresses pour les annuaires francophones, et 15000 pour les anglophones. Lancé officiellement ce jour par la société Hyltel, Web-agri référence déjà pour sa part plus de 50000 adresses, volume qui, selon les concepteurs du site, "devrait monter à terme à près de 100000".
Outre le moteur de recherche (qui a reçu le soutien de l'Agence française pour l'innovation (ANVAR)), le site propose trois principales rubriques : "porcs", "bovins", "grandes cultures" avec, pour chaque, le cours du jour, des actualités, une revue de presse et des forums...

http://www.foveon.net
© Foveon
Record pour capteur CMOS : 16,8 millions de pixels enregistrés sur une puce de 22 millimètres de côté
Technologie
Mardi 12 septembre 2000

Dans un communiqué de presse daté du 11 septembre, Foveon Inc (http://www.foveon.net) firme américaine dédiée aux développement de technologies pour les professionnels de l'image et de la photographie vient d'annoncer la mise au point d'une puce électronique de 22 millimètres de côté capable d'enregistrer des images de 16,8 millions de pixels (4096 x 4096).
Un record en la matière puisque la qualité et la résolution obtenues (avec une optique très haute performance) est sensiblement équivalente à celle donnée par les meilleures pellicules argentiques actuelles (ces dernières ne devant toutefois pas en rester là: voir chronique scientifique du 23/12/1999: photo argentique, une découverte qui vaut de l'or). Seule ombre au tableau : ce capteur CMOS (Complementary Metal-Oxyde-Silicon) ne permet pour l'instant que l'obtention d'images en noir et blanc.

Soyons confiants: la couleur devrait arriver à plus ou moins long terme. En tous cas, la technologie utilisée laisse présager un coût de fabrication de la puce des plus compétitifs et, à terme, la production d'appareils photos numériques ou de caméras video d'une qualité exceptionnelle, à un prix des plus prohibitifs. De quoi mettre verts de rage les concurrents développant des capteurs équivalents, mais à partir de la technologie CCD (Charged Coupled Device), beaucoup plus lourde et donc à des coûts beaucoup plus élevés.

Construction d'un synchrotron de 3ème génération en Ile-de-France
Grands équipements scientifiques
Lundi 11 septembre 2000

Lors d'une conférence de presse donnée ce jour au ministère de la Recherche, le ministre Roger-Gérard Schwartzenberg a annoncé que SOLEIL, synchrotron de 3ème génération, allait être construit en Ile-de-France, sur le plateau de Saclay. Les travaux doivent démarrer à l'automne 2001. Un premier fonctionnement est prévu pour 2005. Dotée d'une énergie comprise entre 2,5 et 2,75 GeV, la source permettra d'obtenir un rayonnement allant des ultraviolets et des rayons X mous aux rayons X durs, soit un niveau d'énergie, assez élevé, correspond à une machine multi-usages destinée à répondre à l'ensemble des besoins des scientifiques français.
Dans un premier temps, vingt-quatre lignes de lumière seront installées, dont quatre pour la biologie (nombre qui pourra évoluer en fonction des besoins des biologistes.
Au total, le synchrotron Soleil devrait coûter environ 1,9 milliards de francs.
Sa structure juridique sera celle une société civile.

Pour ne pas mourir idiot :
Dis, c'est quoi un synchrotron ?

Un synchrotron est une machine qui produit un rayonnement appelé "rayonnement synchrotron".
Ce rayonnement électromagnétique, qui permet de sonder et d'analyser la matière, est produit par des électrons (ou des positrons) qui circulent à des vitesses proche de celle de la lumière dans des anneaux de stockage, et maintenus sur une trajectoire circulaire par des aimants (la circonférence de SOLEIL sera de 336 mètres). La trajectoire est formée d’arcs de cercles successifs séparés par des portions de lignes droites, appelées "sections droites" dans lesquelles sont placées des dispositifs d’insertion (onduleurs et « wigglers ») produisant le rayonnement électromagnétique, ou photons. Le dispositif allant depuis le point de production des photons jusqu’aux détecteurs est appelé ligne de lumière.

Avec la plus moderne des machines (synchrotron de 3ème génération), la brillance de ce rayonnement est mille milliards de fois supérieure à celle produit par les meilleures sources de rayons X de laboratoire. SOLEIL a été optimé pour pouvoir servir du rayonnement depuis l'infra-rouge jusqu'aux rayons X moyennement durs, jusqu'à 15 keV (milliers d'électrons volts).

Pourquoi ça s'appelle "de 3ème génération" ?
Parce que, par rapport aux machines précédentes, les faisceaux ont une divergence qui permet des focalisatons sur des surfaces très petites et que la taille des échantillons cristallisés à étudier peut être ainsi considérablement restreinte. Par ailleurs, la brillance est telle que les temps d'exposition sont considérablement réduits, ce qui permet une meilleure utilisation en temps du faisceau.

A quoi ça sert ?
Le choix de la longueur d'onde de travail permet de couvrir des régions quasi inexplorées par les autres types d'instruments et de sonder de façon sélective tous les niveaux électroniques de tous les atomes. Ainsi, les utilisations sont multiples :

  • études de structures : matériaux sous forme cristalline, inorganiques ou organiques comme les cristaux biologiques (protéines cristallisées), avec applications à la conception de médicaments
  • études de magnétisme, très importantes pour les dispositifs d’enregistrement et de lecture magnétiques
  • analyse de défaut, par exemple en métallurgie
  • applications à la modélisation de l’intérieur de la Terre et des planètes (matière sous haute pression)
  • imagerie en rayons X, avec une résolution qui atteint maintenant 30 nanomètres, dix fois mieux qu’un microscope optique, avec possibilité d’observation d’objets biologiques dans leur environnement naturel
  • imagerie médicale non invasive, par exemple l’angiographie
  • suivi en temps réel des réaction chimiques, étude des cinétiques rapides, des processus de catalyse, des mécanismes de la prise du ciment…

Pour en savoir plus : http://www.recherche.gouv.fr/discours/2000/synchro/default.htm

L’explosion la plus considérable de l’utilisation du rayonnement synchrotron, qui a déjà commencé aux USA et en Grande-Bretagne, concerne notamment les applications à la biologie ; le rayonnement synchrotron dans le domaine des X-durs permet l’analyse de protéines et de virus de plus en plus complexes. On s’attend à ce que cet outil se généralise et devienne indispensable aux études liées à la génomique et au post-génome, d’autant plus que les lignes de lumière de biologie s’automatisent de plus en plus. L’industrie pharmaceutique devrait faire un usage croissant du rayonnement synchrotron pour la conception de nouveaux médicaments.

La nicastrine  : une protéine pouvant être impliquée dans la maladie d'Alzheimer
Médecine
Vendredi 8 septembre 2000

Selon les travaux de l'équipe du Dr Yu de l'université de Toronta rapportés dans le magazine Nature du 7 septembre (voir référence de l'article en fin de texte), une nouvelle protéine, la nicastrine, pourrait être à l'origine de la maladie d'Alzheimer. Depuis des années, les chercheurs tentent de comprendre comment le cerveau se met soudain à produire les bêta-amyloïdes(ou ABêta ), peptides qui génèrent les plaques séniles responsables de la destruction des tissus de cet organe. Si des études ont montré l'implication de mutations de gènes codant pour la préséniline 1, la préséniline 2 et l'APP (Amyloid Precursor Protein) dans cette maladie, les travaux publiés ici montre qu'une protéine, la nicastrine*, pourrait être en interaction avec les présinilines impliquées dans la synthèse des ABêta.
*Appelé ainsi par les chercheurs car l'étude concerne la description de cas familiaux dans le village italien de Nicastro

Selon Dale Schenk (spécialiste du groupe pharmaceutique americain Elan Pharmaceuticals), qui publie un commentaire à ce sujet (voir référence en fin de texte), ce travail "permet à la fois d'obtenir une meilleure compréhension du phénomène, mais ouvre aussi la voie à de nouvelles cibles thérapeutiques pour traiter cette maladie neurodégétative."

  • Nature du 7 septembre 2000, volume 407, pages 48 à 54 : "Nicastrin modulates presenilin-mediated notch/glp-1 signal transduction and image : BetaAPP processing", par Gang. Yu & al.

  • Nature du 7 septembre 2000, volume 407, page34 :"Alzheimer's disease: A partner for presenilin, par Dale Schenk  (article seulement accessible sur abonnement)
     
    NB : Les résumés succincts en anglais, voire quelquefois des articles complets parus sur le site web de Nature peuvent être obtenus après inscription gratuite (attention, pour que l'inscription aboutisse, il faut absolument cocher sur quelque chose à la rubrique State/Region du questionnaire, même si ce n'est pas adapté à votre pays).
    Obtenir les articles complets nécessite un abonnement payant

Un Atlas des concentrations de radon en France consultable sur internet

Environnement
Jeudi 7 septembre 2000
logo radon Pour tout savoir sur le radon dans l'habitat, l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN) publie le premier atlas des concentrations de ce gaz en France. Celui-ci émane de quelque 12641 mesures* collectées depuis dix-huit ans à l'intérieur d'habitations et de bâtiments tant publics que privés. Le site permet de visualiser par département les niveaux moyens mesurés dans l'habitat, ainsi que ceux obtenues dans quelque 10013 communes. Les données seront enrichies et mises à jour tous le deux ans.

*Mesures recueillies dans le cadre de la campagne nationale de mesure du radon conduite en collaboration avec les pouvoirs publics et tout particulièrement, depuis 1992, avec la Direction Générale de la Santé (DGS) et les Directions Départementales des Affaires Sanitaires et Sociales (DDASS).

Atlas consultable sous : http://www.ipsn.fr/informations/radon/mesureradon/index.html

Une très bonne initiative que de rendre aujourd'hui accessibles ces données au plus nombre puisque le radon a été reconnu  comme agnet cancérigène pour le poumon. Rappelons que ce gaz peut s'accumuler dans les espaces clos, notamment les maisons, et que le meilleur moyen de lutter contre cette concentration est d'assurer une bonne ventilation des locaux. Provenant de la désintégration du radium et de l'uranium présents dans la croûte terrestre, il se concentre surtout dans les régions granitiques (concentration moyenne qui ne dépasse pas 22 béquerels/mètre-cube à Paris, tandis qu'elle peut atteindre 264 Bq/m3 en Lozère).

Une hausse en 1999 de la dépense intérieure française des entreprises en matière de recherche et de développement
Economie
Mercredi 6 septembre 2000

Selon la note d'information "Recherche et développement en 1998 et 1999" (n°00.29 - septembre 2000) publiée par la Direction de la programmation et du développement du ministère de l'Education nationale et du ministère de la Recherche, la dépense intérieure des entreprises (DIRDE) connaîtrait une forte reprise en 1999 (+4,1% en valeur et +3,7% en volume par rapport à 1998), soit un rythme supérieur à celui du PIB et compenserait ainsi la stagnation en volume de la dépense intérieure des administrations. Cette progression devrait également continuer en l'an 2000.
Ces estimations s'appuient notamment sur l'enquête de conjoncture réalisée auprès de entreprises par le CREDOC à la fin du premier semestre 2000 auprès d'un échantillon représentatif de 250 entreprises, enquête qui fournit les premiers résultats de l'année écoulée (1999) et les intentions pour l'année en cours (2000) en matière de R&D.

Starlab, premier constructeur mondial de cerveaux artificiels

Robotique/Intelligence artificielle
Mardi 5 septembre 2000

Société bruxelloise de recherche fondamentale dirigée par un groupe de chefs d'entreprises, STARLAB a mis en place une équipe composée de quelque 60 scientifiques de renommée mondiale issus de 28 pays qui concentrent leurs recherches sur les grands secteurs de croissance futurs comme la médecine, la nanotechnologie, la physique quantique, l’intelligence artificielle, la bio-informatique, les études du cerveau... Cette société vient de se voir allouer par Jacques Simonet, ministre-président de la région de Bruxelles-Capitale, une subvention de 37,4 millions de francs belges (0,92 millions d'euros) au profit de son groupe de recherche sur les cerveaux artificiels dirigé par le scientifique Hugo de Garis

robot chat © Genobyt Inc. http://www.genobyte.com/projects.html
Design de "Robokitty"
© Genobyt Inc. http://www.genobyte.com/projects.html

La subvention servira à financer un projet de recherche portant sur la fabrication d’un cerveau artificiel comprenant près de 100 millions de cellules cérébrales électroniques et utilisé pour commander les mouvements d'un chat robotisé grandeur nature dénommé "Robokitty".A cet effet, Starlab a déjà acheté un équipement spécial, appelé CAM-Brain Machine (CBM), d’un montant d’un demi-million de dollars.

Cette "machine à créer des cerveaux ", dont le concept est né au Japon, doit être utilisée pour développer et tester des connexions neurales artificielles se reproduisant elles-mêmes et créant de nouvelles espèces de circuits au moyen de techniques ultrarapides de matériel évolutif de type darwinien, à la vitesse d’environ un circuit par seconde. 64000 de ces circuits évolués, comportant environ 1000 neurones (cellules cérébrales) chacun, seront ensuite téléchargés un par un dans une gigantesque mémoire vive (RAM) et interconnectés dans une architecture de cerveau artificiel, conformément aux plans de l'équipe de scientifiques qui l'aura créé, équipe bien humaine celle-ci.

Cam-Brain Machine © Genobyt Inc.  http://www.genobyte.com/cbm.html
 La Cam-Brain Machine
©
Genobyt Inc.
http://www.genobyte.com/cbm.html

Le cerveau artificiel sera ensuite mis en service à des vitesses électroniques par le CBM afin de générer des signaux radio commandant les mouvements du chat robotisé.

De nombreuses applications potentielles
D'après la société bruxelloise, des négociations commerciales sont aujourd'hui en cours avec plusieurs groupes européens afin d’exploiter des robots issus de la technologie des cerveaux artificiels pour les surfaces agricoles des régions semi-désertiques.
D’autres applications potentielles sont envisagées : robots ménagers de nettoyage, robots militaires, jouets robotisés, animaux domestiques robotisés, robots de compagnie...

Les cerveaux artificiels actuels contiennent environ 75 millions de neurones artificiels, une capacité cent fois moindre que celle du cerveau humain. Selon Starlab, et d'ici quatre années, la prochaine génération de ces cerveaux  devrait compter un milliard de neurones et sera capable de commander des centaines de mouvements différents à l’aide de plusieurs milliers de circuits de reconnaissance des formes, de circuits dedécision, etc., et de générer ainsi un répertoire de fonctionnalités très étendu. A la lumière de ces perspectives, Hugo de Garis s’attend à ce que la construction de cerveaux artificiels devienne rapidement un secteur de recherche à part entière, conduisant à une véritable industrie en la matière d'ici 3 à 5 ans. D'après le scientifique, celle-ci devrait peser plus plus d’un trillion de dollars d'ici 15 ans, soit un peu plus que le marché des micro-ordinateurs pour particuliers.

Des recherches sur les neurones, fondements de la pensée
Ce projet de réalisation de cerveaux artificiels fait partie d’un effort plus vaste de Starlab visant à comprendre les fondements de la pensée. Chacun des 10 milliards de neurones interconnectés du cerveau est une cellule, et la recherche de Starlab sur les neurones a pour finalité d’étudier la communication entre ces différentes cellules, ainsi que les interactions qui surviennent au sein de chacune d’elles. Dans ce cadre, Jack Tuszynski, biophysicien est à la tête d’une équipe pluridisciplinaire qui s’efforce de combiner la théorie du physicien selon laquelle l’échange de signaux entre neurones est de nature électrique, la connaissance des molécules du chimiste et l’intérêt du biologiste pour les gènes et les protéines.A l’intérieur du cerveau, le nombre de gènes en activité est aussi important que celui de tout le reste du corps humain, et chaque gène contient les informations nécessaires à la fabrication d’une protéine.
Un des programmes futurs de Starlab pourrait porter sur la tubuline, une protéine qui s’assemble en agrégats afin de former des filaments creux particuliers, appelés microtubules. Les microtubules sont indispensables dans le développement du cerveau de l’embryon humain, car ils régulent le trafic dans toutes les parties du neurone et génèrent la force nécessaire à toute division cellulaire. Les microtubules sont donc sources d’espoir pour le traitement de maladies comme le cancer ou la maladie d’Alzheimer.
Elles sont également source d'un débat houleux animant les sphères scientifiques : certains défendent en effet l’idée que, dans l’univers quantique, les microtubules relieraient l’esprit à la matière.
 

Pour ne pas mourir idiot :
Hugo de Garis, ou le créateur d'artilects (artificial intellect)

Hugo de Garis  © http://foobar.starlab.net/~degaris/

«Mon principal but dans la vie est de réaliser un cerveau artificiel», aime à raconter Hugo de Garis. Après avoir dirigé le Brain Builder Group du laboratoire ATR de Kyoto au Japon, ce scientifique d'origine australienne, la cinquantaine passée, est aujourd'hui à la tête du groupe de recherche sur les cerveaux artificiels de la société Bruxelloise STARLAB.

Pour rendre l'expérience des plus démonstratives, ce cerveau servira tout d'abord à piloter un robot-chat.  "Mon objectif est qu'un adulte moyen puisse s'amuser avec ce robot pendant une demi-heure sans s'ennuyer" (...) Le chat est juste la représentation physique de mécanismes très complexes, qui doit permettre à tout le monde de comprendre qu'il y a un cerveau derrière» : en quelque sorte, une espèce de test de Turing* à la sauce de Garis
Aventure étonnante car il ne s'agit pas ici de simulation informatique de réseaux de neurones virtuels n'existant que mathématiquement sur un écran d'ordinateur. Le réseau neuronal existera ici réellement : seulement, il ne sera pas d'essence biologique mais électronique, utilisant les ressources de "l'électronique évolutive" (evolvable hardware), propriété qu'ont les microprocesseurs dessinés de manière adéquate de modifier leurs circuits selon la tâche à accomplir (ayant déjà touvé des applications industrielles avec les circuits FPGA (Field programmable gate arrays).
A la base de ce projet, démarré en 1993, la réalisation d'une machine -la CAM (Cellular Automata Machine) Brain Machine dont le principe repose sur la notion d'automate cellulaire (électronique évolutive), permettant littéralement de «faire pousser» et évoluer des circuits neuronaux, sortes de modules indépendants, le tout à vitesse électronique : la CBM représente une puissance de calcul équivalente à celle de 10.000 ordinateurs munis de Pentium 400 MHz ! Elle peut faire évoluer les cellules artificielles au rythme de 150 milliards par seconde, un module complet pouvant être mis à jour en une seconde. Des modules qui vont donc jouer un rôle déterminant dans l'architecture du cerveau artificiel, pour lesquels il convient d'établir le rôle de chacun d'entre eux et, par ce fait, les comportements qui sont mis en oeuvre dans le cerveau. Ayant évolué au sein de la CBM, ces modules seront téléchargés un par un dans une gigantesque mémoire  vive (RAM), donnant "vie" au cerveau artificiel. 64000 modules, comportant chacun plus de 1000 neurones, soit près de 75 millions de neurones articiels (un milliards d'ici quatre années, selon Hugo de Garis).
 
Les machines CAM-Brain dans le monde
Il existe actuellement quatre exemplaires au monde de ces "machines à créer des cerveaux"
  • la première se trouve chez ATR, l’ancien laboratoire de recherche d'Hugo de Garis basé à Kyoto (Japon), où elle fut construite,
  • deux autres sont en Belgique, numéro un mondial dans ce domaine :
    - l’une chez Lernout and Hauspie (L&H), la société de traitement de la voix qui a notamment travaillé sur le projet de speakerine virtuelle Ananova,
    - l'autre chez Starlab,
  • le quatrième exemplaire a été installé chez Genobyte, société de génie électronique établie à Boulder, dans le Colorado, où la CBM a été développée et construite.

Science et conscience
Si ces travaux n'en sont finalement qu'à leur début, Hugo de Garis prédit l'avènement d'intelligences artificielles bien supérieures à l'homme : «On ne connaît pas encore assez bien le fonctionnement du cerveau biologique. Mais ce n'est qu'une question de temps, lié au développement de nouvelles technologies comme par exemple la nanotechnologie". Le rythme de changement d'états du cerveau humain peut être estimé à 1015 par seconde. Sur le modèle de la CBM, on pourrait obtenir un rythme de 1055 changements de bits par seconde : "Nous serons capables de produire ces puissances de calcul au 21ème siècle".

«La créativité n'est qu'un mécanisme neurologique, un comportement que nous saurons un jour analyser et donc modéliser» : drôle d'oiseau que ce chercheur qui, d'un côté développe les recherches en ce sens, et qui ne cesse par ailleurs de nous alerter dans ses écrits et dans les journaux sur les risques encourus à plus ou moins long terme, justement à cause de tels travaux : «Le milieu du 21ème siècle sera marqué par l'apparition de véritables intelligences artificielles, que j'appelle les Artilects, ce qui pose purement et simplement le problème de la survie de l'espèce humaine. De la même façon que nous écrasons d'un geste un moustique, qui constitue une mécanique très complexe par rapport au monde animal, on peut imaginer que les Artilects, très largement plus intelligents que les êtres humains, pourront décider un jour de nous éliminer, comme s'il s'agissait d'une espèce nuisible et sans intérêt(...) Le risque est bel et bien la pérennité de l'espèce humaine».

* Critère permettant de juger de l'intelligence d'une machine : un ordinateur est intelligent si, et seulement si, un humain non informé peut le prendre pour un autre humain (enfin, ici, plutôt pour  un chat).

Pour en savoir plus :
Site de Starlab : http://www.starlab.org
Site d'Hugo de Garis : http://foobar.starlab.net/~degaris/

robot évolutif © Lipson & Pollack (http://golem03.cs-i.brandeis.edu/index.html)
© Lipson & Pollack
GOLEM, ou comment créer des robots évolutifs
qui se fabriquent eux-mêmes

Robotique/intelligence artificielle
Lundi 4 septembre 2000

Une véritable première : des robots ayant acquis la capacité de marcher au terme d'une longue évolution sont parvenus à se construire eux-mêmes. Publié dans le Nature du 31 août dernier (voir références en fin de texte), ce résultat s'inscrit dans le cadre du projet GOLEM (Genetically Organized Lifelike Electro Mechanics) menés par les américains Hod Lipson et Jordan B. Pollack au DEMO (Dynamical and Evolutionary Machine Organisation) Lab de l'université Brandeis, près de Boston.
Selon Rodney Brooks, un des plus éminents spécialistes de l'intelligence artificielle -qui commente également ces travaux  dans Nature (voir références en fin de texte)- "ceci constitue une étape que l'on attendait depuis longtemps et nécessaire pour concrétiser le rêve ultime de machines capables d'évoluer toutes seules"

Une réalisation étonnante puisqu'elle s'est effectuée sans aucune aide humaine, que ce soit dans la conception ou la fabrication du robot (à part, en fin de parcours, l'installation d'un moteurs électrique et le branchement des fils).  
Aucune forme a priori n'était préalablement définie pour le robot. Seule piste donnée au départ à l'ordinateur démiurge : le robot devra savoir se mouvoir sur une surface plane.
Le résultat final est étonnant. Plusieurs candidats, d'abord obtenus virtuellement au long d'un long processus d'évolution, ont ensuite été fabriqués automatiquement par prototypage rapide.

Pour ne pas mourir idiot

Recette de fabrication
a) Prenez un programme informatique : déclarez simplement que l'objectif à atteindre est de créer de façon virtuelle un assemblage capable de se déplacer seul le long d'un plan infini. L'assemblage comportera des tiges rigides ou souples dotées de jonctions fixes ou articulées, le tout contrôlé par un cerveau électronique (neurones artificiels).

b) Installez-vous confortablement dans un fauteuil et laissez touner les calculs à partir de ce logiciel très spécial (en l'occurence la version 1.2 de GOLEM*), logiciel d'évolution soumis à des lois identiques à celles de la sélection naturelle formulées par Darwin.
Doté d'une première population de 200 assemblages simples inventés sans aucun a priori par la machine (et qui ne savent encore pas faire grand chose), faites revenir le tout dans le logiciel : cet algorithme génétique va  croiser et faire évoluer génération après génération chaque assemblage, enlevant ici certaines tiges, rajoutant là une jonction articulée, modifiant ici le réseau de neurones par modification du "poids" des synapses et donc du seuil d'activation d'un neurone, pour ne conserver que les constructions ayant tiré un quelconque bénéfice de cette longue quête de l'apprentissage de la marche. Suivant les population, laisser mijoter pendant 300 à 600 générations et à l'issue de cette sélection impitoyable vous obtiendrez les candidats potentiels les plus doués.

c) Laissez ensuite les outils de prototypage rapide -en l'occurence une imprimante 3D - fabriquer et assembler automatiquement les différents éléments en plastique thermoformé du robot marcheur. Selon le candidat, compter de 12 à 18 heures pour mener à bien le processus.

d) Le robot étant maintenant passé du monde virtuel au monde réel, placer le moteur électrique dans le compartiment prévu à cet effet et procédez aux branchements des différents fils.  
 
 * Version utilisée à ce moment-là par les chercheurs pour les travaux publiés dans Nature. Une version 2.43 est aujourd'hui disponible

Exemple de robot obtenu

à gauche, le robot simulé : voir la video (format mpeg, 896 Ko)
à droite, le robot fabriqué : voir la video (format mpeg, 1100 Ko)

robot simulé © Lipson & Pollack http://golem03.cs.brandeis.edu/index.htm

robot fabriqué © Lipson & Pollack http://golem03.cs.brandeis.edu/index.htm

© Lipson & Pollack  http://golem03.cs-i.brandeis.edu/index.html

D'autres formes finales ont également émergé, comprenant de l'ordre d'une vingtaine d'éléments: constructions plates ou élevées..., structures possédant ou non une symétrie, tout aussi capables de se déplacer. Des formes qui n'auraient certainement jamais pu être imaginées par un esprit humain, trop souvent limité par les a priori.

Il s'agissait ici de valider le concept. L'importance de ce travail,  une première en la matière,  réside d'une part dans le développement du robot dont la structure et le "cerveau" ont évolué simultanément et, d'autre part, dans le fait qu'il se soit ensuite fabriqué tout seul.
Certes, ce robot ne sait pour l'instant rien faire d'autre que de se déplacer sur une surface : dénué de capteur, il est incapable de réagir à son environnement ; le thermoplastique présente par ailleurs le désavantage d'être peu résistant. Mais ce premier pas vient désormais poser ici les jalons de réalisations beaucoup plus ambitieuses avec peut-être, à terme, l'avènement des "autoreproduisants", robots sachant évoluer et se reconstruire en fonction des tâches complexes qu'ils auront à effectuer.

Le projet GOLEM :
Vous-aussi, participez à cette expérience excitante
!

Vous souhaitez voir se créer et évoluer ce type de robot sur votre ordinateur : téléchargez le logiciel Golem 2.43 disponible sur le site d'Hod Lipson et Jordan B. Pollack http://golem03.cs-i.brandeis.edu/download/Golem243.zip  (pour Win95/98 ou NT (740Ko)
   
Vous participerez ainsi à une expérience de calcul évolutionniste massivement distribuée via internet, qui permettra de faire émerger sur votre écran votre propre robot (dont le copyright vous appartiendra).
Il est même prévu, si vous le désirez, de faire procéder ensuite à sa fabrication physique "en dur". Mais là, à moins que vous ne possédiez une imprimante 3D, il vous en coûtera tout de même1500 dollars.

vue à l'écran d'une construction obtenue par le logiciel LiveTruss ©  http://golem03.cs-i.brandeis.edu/index.html
© Lipson & Pollack

Vous pouvez également télécharger le logiciel LiveTruss 1.2, une version autonome du programme d'évolution, qui vous permettra de faire varier les paramètres durant le processus (pour Win95/98/NT (370Ko)
http://golem03.cs-i.brandeis.edu/download/LiveTruss120.zip 
 
Nb: Compter ici une bonne nuit sur un ordinateur puissant, et de un à deux jours sur un ordinateur moins performant, avant que n'émerge quelque chose d'intéressant. La minimisation de la taille de la fenêtre augmentera la vitesse d'exécution.

En savoir plus : http://golem03.cs-i.brandeis.edu/download.html
 

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http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/science/actu/2000/septemb.htm
Droits de diffusion