Néandertal et Cro-Magnon n'auraient
jamais mélangé leurs gènes
Evolution/paléogénétique
Jeudi 30 mars 2000
Néandertal n'est pas notre ancêtre : c'est la conclusion d'une
étude publiée aujourd'hui dans
Nature (voir références
en fin de texte), menée par des chercheurs du Centre d'identification
humaine de l'université de Glasgow (Ecosse) avec l'aide de plusieurs
instituts de recherche russes (1) et d'un institut Suédois (2).
Utilisant quelques grammes d'un os de côte d'un enfant Néandertalien
daté de 29000 ans, trouvé dans la grotte de Mezmaiskaya dans
le nord Caucase, les scientifiques ont réussi à séquencer
et répliquer de l'ADN mitochondrial de ce néandertalien. Pourquoi
utiliser l'ADN mitochondrial plutôt qu'un autre? : parce
que ce type d'ADN, transmis par la mère et provenant des
mitochondries (les centrales énergétiques présentes
dans le coeur des cellules), mute plus rapidement que l'ADN du
noyau, concentrant de ce fait davantage d'informations.
Ce même travail avait déjà été effectuée
par d'autres scientifiques sur un autre néandertalien,
âgé de 40000 ans, trouvé en 1887 dans la vallée
du Neander (Allemagne). Un segment d'ADN mt avait été
comparé aux segments identiques des hommes actuels, montrant plus
de différences avec eux quil ny a de différences
entre les populations actuelles. Présenté en 1997, ce
résultat favorisait la thèse dune espèce
distincte (beaucoup de savants se sont aussi lancés dans un tel travail,
mais sans succès, à causes de fossiles en trop mauvais
état pour fournir le moindre renseignements).
L'étude parue ce jour vient conforter cette analyse. Après
avoir comparé entre eux les ADN de ces deux néandertaliens,
et avec celui d'hommes actuels, l'équipe d'Igor Ovchinnikov affirme
que "le fait que les deux ADN néandertaliens soient très
proches (3,48% de différences entre les deux spécimen) et qu'ils
soient tous deux éloignés de celui des hommes actuels prouve
que leur diversité n'englobe pas les gènes de l'homme
moderne", c'est-à-dire qu'il n'y a pas de descendance commune
entre ceux-ci. En d'autres termes, Néandertal et Cro-Magnon n'auraient
donc pas mélangé leurs gènes.
(1) Institut de Gérontologie ; Institut d'Archéologie
; Institut et museum d'Antropologie (tous situés à Moscou).
(2) Laboratoire de recherche archéologique de l'université
de Stockholm.
Pour ne pas mourir idiot : vous avez dit Homme de Néandertal ?
Johann Carl Fuhlrott a donné le nom d'homme de Neandertal -Homo
sapiens neanderthalensis- aux restes d'un squelette humain découverts
en 1856 par un groupe d'ouvriers près de Düsseldorf, dans la
vallée du Neander (grotte de Feldhofer).
En Europe, les néandertaliens sont connus grâce aux squelettes
de plus de deux cents individus. Les principaux gisements français
sont ceux de La Chapelle-aux-Saints (Corrèze), de la Ferrassie du
Moustier (Dordogne) et de la Quina (Charente), mais des gisements ont
été découverts en Belgique (Spy), en Italie (monte Circeo),
en Israël (mont Carmel), en Irak (Chamacr;nidamacr;r), en Ouzbékistan
(Techik-Tach), etc. Les hommes de Neandertal, qui
ont longtemps cohabité, notamment en
Europe, avec l'Homme de Cro-Magnon, ont vécu jusqu'au
milieu de la glaciation de Würm (environ - 30 000 ans). Il est possible
que leurs ancêtres, les prénéandertaliens (découverts
en Angleterre, en France et en Italie), aient été isolés
dans diverses régions au cours de l'ère glaciaire
précédente, celle-ci les obligeant à s'adapter à
un climat rigoureux. Ils auraient ensuite donné naissance au
véritable type de Neandertal, dont les premiers spécimens datent
d'environ 200 000 ans.
La morphologie du Néandertalien atteint son plein
développement, il y a quelque 120000 ans,
cest-à-dire à la fin de lavant-dernière
glaciation (Riss). Les fossiles européens dont lâge
est postérieur sont souvent appelés Néandertaliens
classiques ou typiques : cest à partir deux que la
morphologie de cette population peut être décrite, morphologie
constituée de caractères archaïques hérités
de leurs ancêtres, de caractères évolués quils
partagent avec les hommes modernes et de caractères
spécifiques :
-
taille moyenne, 1,65 m environ,
-
squelette extrêmement robuste avec des os épais et des
insertions musculaires marquées,
-
membres relativement courts avec de fortes articulations,
-
cage thoracique très large,
-
crâne volumineux, avec une cavité cérébrale dont
la capacité est équivalente à celle de lhomme
actuel, soit environ 1 400 cm3 (de 1 200 à
1 500 cm3), mais dont la forme (longue, large et
basse) est différente de la notre, avec la plus grande partie
de la masse cervicale rejetée vers l'occiput
-
région postérieure du cerveau qui porte, comme chez tous
les représentants archaïques du genre Homo, un bourrelet osseux
transversal, mais ici divisé en deux lèvres dans sa partie
médiane,
-
front fuyant, face prognathe, pommettes peu marquées, arcades
sourcilières proéminentes et menton très effacé
-
orifice auditif externe qui occupe une position relativement plus
élevée que chez lhomme moderne...
Vivant essentiellement de la chasse et de la cueillette, l'homme de Neandertal
était un remarquable technicien, comme en témoignent les industries
moustériennes. Par l'examen de ses dents, on sait que son alimentation
était principalement carnée mais qu'il ne dédaignait
pas les végétaux, en particulier les fruits. Son habitat
était relativement sommaire : grottes ou huttes rudimentaires. En
revanche, il enterrait ses morts et utilisait, pour ses rites, des colorants
à base d'ocre et des objets sacrés (fossiles, cristaux ou
curiosités naturelles). Il dépassait rarement l'âge de
quarante ans, bien qu'on ait trouvé des ossements d'hommes
âgés de soixante ans.
Les Néandertaliens ont disparu dEurope, probablement il
y 30000 ans, cédant la place aux Homo sapiens sapiens (Cro-Magnons).
Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer
cette disparition :
-
luttes de territoire (Cro-Magnons dotés dune industrie plus
performante et dune organisation plus structurée) ,
-
inadaptation aux changements de climat,
-
"absorption génétique" par nos ancêtres directs
(hypothèse qui ne semble plus tenir, avec la publication parue aujourd'hui
dans Nature et qui corrobore des travaux déjà publiés
en 1997)
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Nature du 30 mars 2000, n°404, pages 490 à 493:
"Molecular
analysis of Neanderthal DNA from the northern Caucasus", par Igor
V. Ovchinnikov, Anders Götherström, Galina P. Romanova, Vitaliy
M. Kharitonov, Kerstin Lidén et William Goodwin.
NB : Les résumés succincts en
anglais, voire des articles complets parus sur le site
web de Nature peuvent être obtenus, après
inscription
gratuite (attention, pour que l'inscription aboutisse, il faut absolument
cocher sur quelque chose à la rubrique State/Region:* du questionnaire,
même si ce n'est pas adapté à votre pays).
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Du fait d'une longue cohabitation en Europe entre
hommes de Néandertal et de Cro-Magnon, certains pensaient donc
que les Européens pouvaient descendre de l'homme de
Néandertal. Cette étude (comme celle de 1997) montre
qu'il n'en serait rien. Elles viennent aussi contredire une
découverte effectuée l'année dernière au Portugal,
découverte très controversée, d'un squelette d'enfant
vieux de 26500 présenté comme hybride des deux
espèces. |