Actualité scientifique

janvier 2000

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Par Christophe Jacquemin

Mise au point d'une substance bloquant l'activité de l'intégrase, enzyme permettant la pénétration de l'ADN du VIH dans les cellules cibles
Médecine
Vendredi 28 janvier 2000

Des travaux publiés dans la revue Science du 28 janvier (voir référence en fin de texte) rendent compte de la mise au point d'une nouvelle substance qui permettrait de lutter contre le virus de l'immunodéficience humaine (VIH-1) chez les patients résistants aux thérapies actuelles.
Si les médicaments aujourd'hui disponibles empêchent le virus de se reproduire à l'intérieur de la cellule infectée en désactivant la protéase et la transcriptase (deux des enzymes du VIH), certaines souches sont devenues résistantes à ce remède. C'est pourquoi l'équipe du professeur Daria J. Hazuda, des laboratoires Merck, s'est attaquée ici à l'intégrase, autre enzyme, capitale pour le virus car elle lui permet la pénétration de son acide désoxyribonucléique (ADN) dans le génome de la cellule visée.
Après avoir testé près de 250 000 composés chimiques différents, les chercheurs ont fini par en trouver un bloquant l'activité de cette enzyme. Ce composé agit au moment ou l'intégrase permet aux éléments de l'ADN du virus de se joindre à celui de la cellule.

  • Science, 27 janvier 2000, Volume 287, Numéro 5453 , pages 646 à 650 : "Inhibitors of Strand Transfer That Prevent Integration and Inhibit HIV-1 Replication in Cells", par Daria J. Hazuda (dariahazuda@merck.com), Peter Felock, Marc Witmer, Abigail Wolfe, Kara Stillmock, Jay A. Grobler, Amy Espeseth, Lori Gabryelski, William Schleif, Carol Blau,Michael D. Miller.
    (Departement de recherches sur les antiviraux, dse laboratoires de recherche Merck - West Point, PA 19486, USA).

    NB : L'accession à l'abstract de cet article n'est possible qu'après inscription à l'accès gratuit "Science online" (cliquer ensuite dans l'option "Register free")


    D'autres essais ont déjà été réalisés par d'autres équipes, en vain, pour empêcher l'intégrase d'agir. Mais les composés utilisés alors ne visaient pas ce mécanisme particulier de l'enzime, soulignent ici les chercheurs :"l'activité de notre composé est uniquement due à la suppression de l'une des fonctions de l'intégrase, celle du transfert des éléments d'ADN".
    A suivre...



Existence d'une vie microbienne sur un satellite de Jupiter ?
Astronomie/biologie
Jeudi 27 janvier

Dans une communication parue aujourd'hui dans la revue Nature (cf. références en fin de texte), le chercheur américain Christopher Chyba avance qu'une forme de vie microbienne pourrait exister sur Europe, un des quatre plus gros satellites de Jupiter.

Europa            Le diamètre d'Europe est de l'ordre de
3160 kilomètres, soit sensiblement
celui de la Lune.
Image prise le 7 septembre 1996 par une caméra de télévision à bord de la sonde Galileo, durant sa seconde orbite autour de Jupiter.
© Deutsche Forschungsanstalt fuer Luft (Berlin).


Pour cela, le scientifique s'appuie, d'une part, sur l'avis de certains planétologues qui, au vu de clichés et de mesures effectuées par la sonde américaine Galileo, affirment qu'Europe abrite un océan sous son sol glacé. Des craquelures courbes visibles sur le sol du satellite jupitérien pourraient en effet résulter des effets de marées causés par l'attraction de Jupiter, selon des modélisations effectuées sur ordinateur par une équipe de chercheurs dirigée par Gregory Hoppa, de l'université d'Arizona (Tucson).

Vue de la surface d'Europa, prise par la sonde Galileo, le 27 juin 1996
Surface d'Europa , prise par Galileo (27/06/1996) © JPL

D'autre part,  Galileo, lors d'un récent survol, a enregistré des variations du champ magnétique qui, pour les cheurcheurs du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de Pasadéna (Californie) pourraient être dues à la présence d'un conducteur électrique, tel qu'un océan liquide légèrement salé. Ainsi, la croûte d'Europe pourrait être un vaste océan souterrain de 100 km d'épaisseur, situé à 100 km de la surface, recouverte de glace.

Modèle possible de la structre d'Europa
Modèle possible  de la structure d'Europa

Dès lors, l'action des particules chargées de la magnétosphère de Jupiter sur la croûte glacée de cet océan pourrait suffire à la production de molécules organiques et oxydantes capables d'alimenter une vie à la surface du satellite, la condition nécessaire à ce phénomène étant que ces molécules soient en relation avec cet océan. Selon le chercheur, cette molécule pourrait être le formaldéhyde (HCHO). Rappelant que, sur Terre, la bactérie Hyphomicrobium a cette molécule comme seule source de carbone : il pourrait en être de même sur Europe.

Nature, 27 janvier 2000 (brief communications), vol 403 : "Energy for microbial life on Europa", par Christopher F. Chyba.

A suivre, mais cet article emploie tellement de conditionnels..., qui font cependant partie des possibles.

OGM : 39,9 millions d'hectares cultivés en 1999, dans 12 pays
Environnement
Mercredi 26 janvier

logo de l'ISAAA   Selon les chiffres de l'ISAAA  (International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications), les cultures de plantes génétiquement modifiées dans le monde ont atteint 39,9 millions d'hectares en 1999, soit un chiffre en hausse de 44% par rapport à 1998.

Selon cet Institut international spécialisé dans le recensement des OGM, ces cultures -principalement le soja, le maïs, le coton et le colza- sont réalisées pour les trois-quarts aux Etats-Unis (72%, avec 28,7 millions d'hectares), suivis par l'Argentine (17%, avec 6,7 millions d'hectares), le Canada (10%, 4 millions d'hectares) et la Chine (1%, avec 300 000 hectares, surtout du coton).
Très loin derrière viennent l'Australie et l'Afrique du Sud (100 000 hectares chacune), le Mexique, l'Espagne (30 000 hectares de maïs modifié), la France et le Portugal (1000 hectares chacun de maïs modifié) et, depuis cette année 1999, la Roumanie et l'Ukraine.
Depuis 1992, on est passé de un pays cette anné-là, à douze en 1999, qui cultivent désormais des OGM.

Il s'agit de soja (58%), de maïs (28%), de coton (9%) et de colza (9%). Les modifications génétiques consistent à une résistance aux herbicides (71% des OGM) et aux insectes (22%).
L'augmentation des cultures d'OGM a été spectaculaire en 1999 : la hausse a été de 60% en Argentine, 40% au Canada et 40% aux Etats-Unis. Dans ce dernier cas, 50% du soja produit est modifié et résiste aux herbicides (15 millions d'hectares) ; 33% pour le maïs (10,3 millions d'hectares). En Argentine, le soja modifié représente 90% de la culture du soja.
Selon les fédérations  professionnelles américaines, 50% du soja et 20% du maïs américain sont exportés.
Au Canada, 62% du colza est modifié (3,4 millions d'hectares).
Les ventes totales de cultures génétiquement modifiées ont représenté quelque 2,3 milliards de dollars américains en 1999 (soit près de 15 milliards de francs), soit une hausse de 30% par rapport à l'année précédente. Depuis son démarrage commercial en 1995, ce marché a été multiplié par 30. On estime qu'en que ce marché devrait atteindre 3 milliards de dollars cette année (18,5 milliards de francs), et 8 milliards de dollars (52 milliards de francs) en 2005.

Le Gouvernement américain a demandé cette année aux agriculteurs de diminuer leur production de maïs génétiquement modifié par crainte d'une récolte engendrant une nouvelle génération d'insectes qui présenteraient une résistance aux herbicides présents dans cette graminée (voir chronique du 17 janvier dernier).

L'embryon humain en trois dimensions sur le net
Images scientifiques/médecine
mardi 25 janvier

embryon         L'embryon humain sera bientôt visible à ses différents stades, par tranches, en trois dimensions sur le net, ce qui va permettre aux spécialistes, cliniciens, étudiants mais aussi  à tout un chacun d'observer l'évolution de l'anatomie du foetus au cours du temps. Ce projet, mis en place aux USA par l'Institut national de la santé et du développement humain de l'enfant (NICHD), s'attache à présenter des images en 3D de l'embryon, de la conception à la huitième semaine. Cet ensemble a pour objectif d'étudier l'évolution de l'embryon afin de mieux comprendre son processus de développement, ainsi que les malformations ou les maladies qui l'affectent.

Quelques images (obtenue par résonance magnétique) sont déjà disponibles sur le site (http://embryo.soad.umich.edu/index.html), qui doit s'enrichir progressivement jusqu'à sa pleine expression en juillet prochain.
Les clichés, qui pourront être examinées à l'écran sous différents angles, montreront l'embryon dans son entier, de l'extérieur, mais également par tranches : il sera ainsi possible d'observer les organes, de l'intérieur, suivant les stades d'évolution. Selon le NICHD, cet ensemble permettra d'éudier l'évolution de l'embryon pour mieux comprendre
Ces clichés seront également montés sous forme de film, afin de permettre aux internautes de suivre le développement du foetus dans ses premières semaines.

foetus âgé de 23 jours vue en coupe sagittale
Foetus âgé de 23 jours, vu en
coupe sagittale - © NICHD

               

foetus âgé de 23 jours, vue en coupe transversale
Même foetus , vu en
coupe transversale - © NICHD


Décidément, l'actualité tourne autour de la 3D (voir chronique d'hier).

Une cartographie de la Terre en 3 dimensions
Espace/cartographie
Lundi 24 janvier 2000

logo de la mission cartographie en 3D   La navette spatiale américaine Endeavour va cartographier, début février, la Terre en trois dimensions par l'utilisation d'une technologie radar sophistiquée, qui fera certainement le bohneur des scientifiques, mais aussi celui du Pentagone...

Six astronautes, dont un Allemand et un Japonais participeront à cette mission de 11 jours, le lancement de la navette étant prévu le 31 janvier prochain depuis le centre spatial Kennedy, à Cap Canaveral en Floride.
A bord d'Endeavour, qui sera en orbite à 235 km d'altitude, deux antennes radar (l'une située dans la soute de la navette et l'autre au bout d'un long mât teléescopique de 60 mètres de long) , recueilleront les ondes réfléchies par la surface, enregistrant ainsi les variations d'altitude de la croûte terrestre.
    schéma de disposition des antennes radar sur la navette Endeavour
© NIMA


Par la technologie de l'interférométrie radar, qui consiste à croiser des faisceaux radar entre eux, les scientifiques escomptent dresser la carte topographique de la Terre en trois dimensions. La définition horizontale sera de 30 mètres et la précision verticale de six mètres.
Les mesures dans l'espace, qui dureront neuf jours, permettront de couvrir une large bande comprise entre 60° de latitude nord et 56° de latitude sud , ce qui représente environ 80% de la surface terrestre (et 95% des zones peuplées). Thomas Hennig, responsable du projet à l'Agence nationale américaine de cartographie et d'imagerie (NIMA), agence dépendant du département de la défense, a rappelé qu'il n'existait à l'heure actuelle que 5% de la Terre cartographié avec cette définition de 30 mètres et que cette mission allait permettre de "passer à 80%, avec une multiplication par deux en termes de précision".

La publication des données (mille milliards de mesures, soit l'équivalent de 15 000 disques compacts) se fera sous le controle du Pentagone. Dès  lors, seules les photographies avec une définition de 90 mètres seront mises à la définition du public. Celles d'une définition de 30 mètres seront contrôlées par le département de la Défense mais pourront cependant (pour certaines) être utilisées sous certaines conditions par les scientifiques de la NASA (voire d'autres organismes).

Pour ne pas mourir idiot : Intérêt de cette cartographie 3D

  • Sur le plan civil : les retombées d'une cartographie en trois dimensions de la Terre sont considérables. Cela va d'une meilleure observation des failles sismiques en passant par la modélisation des flots de lave volcanique, de l'évaluation des risques de glissements de terrain ou des inondations, sans parler de l'ingénierie civile (ponts, barrages, oléoducs, circuits routiers, transports...). Ceci peut être aussi utile à la planification urbaine, au trafic aérien ou encore à une meilleure répartition de la couverture hertzienne pour les télécommunications.
  • Sur le plan militaire : les Etats-Unis vont disposer d'une carte quasi-complète de la Terre, non seulement extrêmement précise et entièrement numérisée (donc transportable sur ordinateur) mais aussi uniforme et cohérente, comparée au "patchwork" de données disponibles aujourd'hui provenant de sources variées et disparates.
    Utilisation possible des données : systèmes de guidage d'armement (missiles de croisière), opérations tactiques, pénétration aérienne en territoire ennemi à basse altitude, simulateurs de vol, planification logistique...


Ajout du 21 février 2000 :
99,6% des terres immergées cartographiées par la navette Endeavour
Espace/cartographie
La navette spatiale a terminé sa mission le 21 février 2000, après avoir cartographié  pendant presque 10 jours plus de terrain qu'il n'était prévu au départ, soit quelque 99,6% des terres immergées (environ 123 millions de kilomètres carrés). Il manque donc aux américains seulement 208 000 kilomètres carrés, dont la plus grande partie se trouve en Amérique du Nord, mais qui a déjà été précédemment cartographiés avec précision avec d'autres moyens (certainement des moyens militaires).
Cette cartographie a été effectuée pour les besoins de l'Agence d'imagerie et de cartographie NIMA (qui dépend du département américain de la défense) et qui a payé 200 millions de dollars pour cette mission, d'un coût total de 364 millions de dollars.Avec une définition horizontale inégalée de 30 mètres et une précision verticale de six mètres, cette carte est la plus détaillée et précise de la surface terrestre jamais réalisée.

La compétition fait rage : Spot, l'un des leader de la vente d'images satellitaires de la Terre, risque désormais d'avoir beaucoup de mal à garder sa place au niveau du marché.

Un basculement possible des pôles terrestres de 15 à 20 degrés à la fin du Crétacé
Géophysique
Vendredi 21 janvier

Deux géophysiciens américains, William Sager et Anthony Koppers, affirment dans la revue Science de ce vendredi 21 janvier 2000 (voir référence en fin de texte), que la Terre a roulé sur elle-même à la fin du Crétacé, il y a 84 millions d'années, résultant en un basculement des pôles de 15 à 20 degrés sur une période de deux millions d'années. Ce déplacement soudain de l'axe de la Terre pourrait avoir eu pour effet de déplacer à la surface de la planète les continents et les océans dix fois plus rapidement que le mouvement induit par la tectonique des plaques. Selon les chercheurs, ce bouleversement aurait également eu pour effet de complètement modifier les climats en diverses régons du globe, peuplé alors de dinosaures.
Dans leurs travaux, les chercheurs s'appuient sur l'enregistrement de variations fossiles du champ magnétique terrestre conservées dans la lave solidifiée de volcans de la plaque Pacifique, qu'ils ont datées. Ils ont ainsi mis ainsi en évidence, autour de - 84 millions d'années, un glissement polaire très brusque. Ce glissement équivaudrait à un déplacement de 110 cm par an vers le sud de l'océan, alors que la vitesse habituelle de déplacement des plaques tectoniques est d'environ 10 cm par an.

  • Science 21 janvier 2000 (articles recherche), volume 287, pages 455 à 459 : "Late Cretaceous Polar Wander of the Pacific Plate: Evidence of a Rapid True Polar Wander Event", par William W. Sager  (1) et Anthony A. P. Koppers (2)
    (1) Département d'océanographie de l'université A&M du Texas
    (2) Institut de Géophysique et de planétologie, SCRIPPS, de l'université de Californie, à la Jolla (San Diego)


    NB : L'accession à l'abstract de cet article n'est possible qu'après inscription à l'accès gratuit "Science online" (cliquer ensuite dans l'option "Register free").


Une société américaine acquiert des brevets de clonage
Génétique/clonage/industrie
Jeudi 20 janvier 2000

La technique de clonage utilisée pour la brebis Dolly a été brevetée en Grande-Bretagne par la société américaine Geron Corporation, qui a racheté l'année dernière la société Roslin Bio-med Ltd, créée par les concepteurs de Dolly, les docteurs Keith Campbell et Ian Wilmut, chercheurs du Roslin Institute d'Edimbourg. en Ecosse.
Dès lors, toutes les prochaines tentatives de clonage utilisant la technique d'implantation d'un noyau d'une cellule à une autre (technique dite de "transfert nucléaire") seront soumises à versements de droits à la Geron Corporation, société spécialisé dans la découverte, le développement et la commercialisation de produits pouvant traiter le cancer et d'autres maladies liés à la dégénérescence et au vieillissement.

Etablissements publics à caractère scientifique
et technologique : une autonomie budgétaire largement fictive, selon la Cour des Comptes
                                                     

Démocratie
Mercredi 19 janvier

Dans son rapport annuel publié ce jour, la Cour des Compte estime que les établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST), malgré le progrès apporté par la loi de 1982, disposent d'une autonomie budgétaire "largement fictive" et que la gestion des personnels présente des "situations préoccupantes" (http://www.ccomptes.fr/Cour-des-comptes/publications/rapports/rp1999/rp1999_17.htm).
Au cours des deux dernières années, la Cour a en effet contrôlé six de ces établissements (Le Centre national du machinisme agricole, du génie rural et des eaux et des forêts (CEMAGREF), l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), l'Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (INRETS), l'Institut national de recherche en informatique et automatique (INRIA), l'Institut de recherche pour le développement (IRD), l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM)), ainsi qu'un Etablissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (IFREMER). Selon le rapport, l'autonomie budgétaire des organismes est largement fictive, malgré leur statut, dans la mesure où la discussion budgétaire des organismes est conduite directement par le ministère chargé de la Recherche, qui négocie avec le ministère du Budget. Il s'en suit des des démarches de reconduction budgétaire favorisées, qui laissent peu de marge aux dirigeants des établissements pour mener les arbitrages stratégiques ("Tout se passe comme si les ministères de tutelle entendaient gérer eux-mêmes la procédure d'élaboration budgétaire et d'allocation des ressources).
Selon la Cour, les responsabilités entre les ministères et les établissements devraient être clairement partagées. Les responsables des organismes devraient être désignés et jugés en fonction de leur capacité à atteindre les objectifs qui leur seraient fixés dans des contrats pluri-annuels. Par ailleurs, "les comptes financiers rénovés (que la Cour des Comptes appelle de ses voeux) devraient constituer un élément essentiel d'appréciation de leur gestion".
La souplesse de gestion apporté par la loi de 1982 aboutit à des difficultés de correspondance entre le budget de l'Etat et ceux des établissements. La répartition des dépenses comporte des imprécisions ou des incohérences ; enfin, les comptes souffrent d'une nomenclature hétérogène, qui entraîne leur opacité. Une amélioration sensibles des systèmes d'information financière et la promotion d'une véritable contractualisation entre des tutelles et les établissements permettraient de résoudre ces difficultés, estime la Cour.
Pour ce qui concerne la gestion du personnel, quatre types de "situations préoccupantes" ont été relevées : forte augmentation des dépenses de personnel permanent, au détriment des budgets de la recherche, absence de gestion prévisionnelle des effectifs, vieillissement des équipes, faible mobilité des chercheurs, que ce soit d'un site à un autre ou vers l'extérieur (université ou industrie). "Le statut de 1983 n'a pas eu les effets escomptés en la matière".
Un bon point toutefois : la proportion de personnels sous contrats (CDD notamment, où il existe une grande diversité de situation, quant au financement) reste limitée,  note la Cour. A l'INRIA, par exemple, elle ne dépasse jamais 10 %.

Le CEA en progrès

Le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), déjà épinglé dans le passé pour les "graves insuffisances" de sa politique d'achats a fait des "efforts" mais connaît encore des "faiblesses sérieuses", selon le rapport de la Cour des Comptes. Celle-ci constate que certaines de ses critiques et recommandations, faites pour la période 1987-1993, ont été prises en compte : instauration de budgets d'achat pour chaque responsable, appel public systématique pour les marchés supérieurs à 1 million de francs, création d'une mission d'assistance aux affaires commerciales, recours accru au marché et à la concurrence et contrôle pour certains marchés marchés particuliers, comme les produits dangereux.
Toutefois, "des faiblesses sérieuses sont encore constatées", note le rapport 1999. La connaissance des marchés reste faible, les indicateurs de performance doivent être améliorés et le contrôle des contractants mieux précisé, juge la Cour.
Les magistrats estiment donc nécessaire la poursuite des efforts dans le secteur des achats, notamment en harmonisant davantage les méthodes de la direction des applications militaires et celle du secteur civil.
Par ailleurs, le CEA a pris en compte les recommandations de la Cour émises en 1998, sur la comptabilisation et le financement des charges futures du cycle nucléaire (démantèlement des usines, traitement et stockage des déchets). Ainsi, le montant de ces charges inscrites hors bilan a été porté de 37,3 milliards de francs HT en 1997 à 50,2 milliards de francs en 1998. La Cour constate toutefois que les mêmes incertitudes deumeurent sur le financement futur de ces charges et souhaite qu'une solution soit trouvée à l'occasion du prochain contrat d'objectifs qui était en cours d'élaboration en juin 1999.


Quelques lectures

Adoption du Budget Civil de Recherche et de Développement 2000 à l'Assemblée nationale (chronique Admiroutes)

Projet de loi de finances pour 2000       "Etat de la recherche et du développement technologique" Rapport annexe au Projet de loi de finances pour 2000 (Jaune Recherche)
(téléchargement pdf - 170 pages, 800Ko)

Brochure : principaux organismes de recherche Pour en savoir plus sur les organismes de recherche
(téléchargement pdf -  52 pages 1004 Ko)

68 électrodes dans le cortex pour donner une vision artificielle à un aveugle
Electronique/médecine
Mardi 18 janvier 2000

Jerry, américain de 62 ans, aveugle depuis l'âge de 36 ans "voit" et reconnaît des lettres de six centimètres de haut à une distance d'un mètre cinquante (soit une vision de 20/400). Le secret : une micro-caméra reliée à un micro-ordinateur, lui même relié au cerveau du patient par le biais de 68 électrodes disposées à la surface du cortex cérébral responsable de la vision.
Fruit de recherches démarées il y une trentaine d'années, cet appareil réalisé par le Dobelle Institute de New-York et de Zurich représente le travail de plus de 300 scientifiques, ingénieurs et médecins qui ont participé à sa mise au point.

lunettes équipées d'une micro-caméra
© Photos  : Dobelle Institute
  Les lunettes que porte Jerry sont équipées d'une caméra miniature (couplée à des senseurs à ultrason) reliée à un micro-ordinateur de quatre kilogrammeset demi porté à la hanche. Un télémètre miniaturisé, placé en haut de la tempe gauche, permet d'évaluer les distances.
Cet appareillage simplifie les images vidéo et les signaux indiquant la distance, et déclenche un second ordinateur qui transmet des impulsions à des électrodes de platine implantés sur le cortex.

Schéma général du dispositif

Vue aux rayons X des électrodes implantées derrière l'oreille droite     Les signaux sont transmis au cerveau par le biais de 68 électrodes insérées dans la boîte crânienne, derrière l'oreille droite.
Ces électrodes agissent sur certaines cellules du cerveau, qui ont pour fonction de percevoir les points de lumière. Ce sont elles qui nous indiquent la limite entre les zones claires et sombres.

Les 68 électrodes, faites de fils de platine de 1 millimètre de diamètre, dessinent un réseau hexagonal sur la feuille de platine qui les porte. Chaque électrode est reliée par un fil isolé par une gaine en téflon à un connecteur enfermé dans un boîtier en carbone, fixé sur le crâne et d'où part un câble branché sur l'ordinateur. Celui-ci reçoit les images captées par la microcaméra et les traite pour en extraire des signaux, adressés à chacune des électrodes. Ces dernières délivrent des impulsions électriques de 10 à 20 volts dans le lobe occipital droit. Pour produire une image, les électrodes reçoivent un train de six pulsations de 1 millisecondes chacune, à une fréquence de 30 Hz. Les essais ont montré qu'un rythme de quatre images par seconde donnait les meilleurs résultats, chaque électrode engendrant la création de un à quatre phospènes (points lumineux se détachant sur fond noir) très rapprochés.Ce sont ces points blancs sur fond noir, que l'aveugle apprend à "lire", lui procurant une acuité visuelle (restant cependant très faible), dans un champ de vision étroit, limité à  69 degrés, à cause du type de caméra employée. Ce qui n'a pas empêché Jerry de pouvoir se déplacer dans un environnement non familier, y compris dans le métro de New-York. Avec ce système, Jerry est capable, par exemple, de compter les doigts d'une main.
Avec de nouvelles améliorations, dont un plus grand nombre d'électrodes (qui permettrait d'améliorer la résolution) et des ordinateurs plus puissants, le système pourrait fournir un traitement pour la plupart des cécités de l'enfant et de l'adulte. Il pourrait par ailleurs être utile pour des personnes dont la vue est très basse car le cerveau des voyants répond aux mêmes stimulations que celui des aveugles.

Les travaux menés par l'Institut Dobelle ont démarré depuis plus de 20 ans. En 1978, cet aveugle a déjà reçu un implant dans son cerveau. Les résulats enregistrés aujourd'hui ont été obtenus avec la cinquième génération de ce dispositif (implants aujourd'hui en platine, dernier progrès de l'électronique....)
Quelques exemplaires de ce système de vision artificielle devraient être commercialisés  pour la fin de cette année.
Les implants rétiniens constituent également une belle voie de recherche dans le domaine.
Une équipe de Francfort travaille sur l'animal : le signal est transmis à la rétine dans laquelle est implantée une puce.

Une prothèse visuelle électronique connectée au nerf optique d'une aveugle
Mercredi 3 avril 2000
Grâce aux travaux des chercheurs de l'Université belge de Louvain, en particulier du neurologue Jean Delbeke (projet qui groupe une quinzaine de laboratoires et d'entreprises européennes), une femme porte depuis plusieurs mois un rudiment d'oeil artificiel. Dans moins d'un mois, cette femme sera réopérée pour recevoir une antenne fixée sur son crâne et supprimer ainsi les fils qui affleurent sur sa peau.
Le dispositif est différent de celui étudié par l'Institut Dobelle (voir plus haut)  car ici, les électrodes sont branchées directement sur le nerf optique. Une microcaméra fixée sur une paire de lunettes envoie les images dans un petit ordinateur accrochée à la taille de la patiente et les signaux sont renvoyés vers les lunettes qui les diffuse vers une antenne située dans le crâne, sous la peau. Ces signaux alimentent une puce de stimulation qui pilote des électrodes branchées sur son nerf optique.
Pour l'instant, la patiente apprend à distinguer des formes géométriques simples.

Cette technique, dont les recherches n'en sont encore à leur début, ne peut s'appliquer qu'aux personnes ayant déjà vu dans leur vie et disposant d'un nerf optique en bon état. 



A lire également : Une rétine électronique pour les aveugles? (chonique du mardi 4 juillet 2000)


Une réduction de la production de maïs génétiquement modifié décidée par le gouvernement américain
OGM et agriculture
Lundi 17 janvier

Selon le Washington Post, le Gouvernement américain a demandé aux agriculteurs de réduire leur production de maïs génétiquement modifié. Cette restriction est dictée par la crainte que la récolte provoque des dégâts écologiques et engendre une nouvelle génération d'insectes qui présenteraient une résistance aux insecticides présents dans le maïs .
Rappelons par ailleurs que l'an dernier, selon une étude préliminaire, des chercheurs de l'université Cornell aux USA ont indiqué que le pollen du maïs modifié pourvait tuer les larves des abeilles-reines.

Selon les restrictions décidés par le gouvernement, avec effet immédiat, les agriculteurs doivent désormais consacrer entre 20 et 50% de leurs champs au maïs traditionnel....

L'occasion de rappeler l'existence d'un dossier consacré aux OGM (datant de 1998) sur le site de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) .
On pourra également consulter l'article "OGM: prudence", paru en décembre 1996 dans le courrier de l'environnement de l'INRA, ainsi que "Dissémination d'organismes génétiquement modifiés : la prudence est-elle possible".

Tetra, premier singe clone
Génétique et clonage
Vendredi 14 janvier 2000

Le singe Tétra, premier primate clone   Voici Tetra, le premier primate jamais cloné. Il est issu des travaux d'une équipe américaine dirigée par Anthony Chan, du Centre des primates de Beaverton (ouest Oregon). Il s'agit d'un singe rhésus, une race souvent utilisée dans les expérimentations. Annoncé dans la revue Science du 14 janvier (voir référence en fin de texte), l'existence de Tetra représente, selon les auteurs de l'étude, un nouveau bond dans les recherches sur la production de mammifères sur mesure pour la recherche médicale.

"La naissance de Tetra, une femelle en bonne santé clonée à partir d'un quart d'embryon, prouve que cette approche peut produire des petits, vivants", a souligné le Pr Chan. L'importance de cette naissance est qu'il s'agit de singes, nos plus proches cousins, dont certains partagent 98% de notre acide désoxyribonucléique, support matériel de l'hérédité. Ses conséquences pour la recherche médicale, soulignent par ailleurs ses auteurs, peuvent être colossales. La production de primates identiques permettrait de fournir des modèles atteints de maladies et vérifier ainsi l'efficacité de thérapies innovantes.
A l'heure actuelle, on utilise des souris identiques comme modèles pour étudier les maladies humaines. Mais certaines affections inoculées sur les souris ne prennent pas. Et pour d'autres, plus complexes, comme la maladie d'Alzheimer, ces rongeurs ne sont pas adéquats. "Cette recherche est un pas encourageant qui pourrait accélérer le travail de milliers de scientifiques qui cherchent des thérapies pour des centaines de maladies", souligne Gerald Schatten, co-auteur de l'article. "Si beaucoup de chercheurs vont continuer à trouver les souris utiles pour l'étude de certaines maladies, la plupart reconnaissent qu'un autre modèle est nécessaire en ce qui concerne les affections touchant l'homme, pour combler le fossé entre les souris et les personnes malades", déclare-t'il. Selon lui, "des singes identiques représentent la prochaine étape logique pour trouver les réponses qui permettront de sauver des vies". Le chercheur a rappelé que la médecine de l'avenir passait par "les thérapies réalisées à partir des gènes et de la cellule (...) qui laissent imaginer la reconstitution de coeurs abîmés par des attaques, des dommages à la moelle épinière ou le diabète. Dans ce domaine, des singes identiques sont les modèles les plus sûrs et les plus appropriés pour perfectionner des thérapies avant les essais cliniques sur l'homme"
La formule adoptée par les chercheurs pour cloner ces singes ne permet cependant pas d'obtenir plus de quatre animaux identiques.
Les chercheurs ont utilisé un embryon, attendant qu'il soit formé de huit cellules. Ils l'ont ensuite partagé en quatre groupes de deux cellules chacun, qu'ils ont placé dans un premier temps dans des oeufs vidés de leur contenu. Puis ils ont implanté cet ensemble chez des femelles. "Cloner en divisant (un embryon) fournit des petits génétiquement identiques", souligne le Pr Chan. Tetra est née après 157 jours de gestation sans problème et l'équipe du Centre de Beaverton attend de nouvelles naissances, dont deux jumeaux qui seraient appelés Romulus et Rhésus.

  • Science, 14 janvier 2000, Volume 287, Numéro 5451 , pages 317 à 319 : "Clonal Propagation of Primate Offspring by Embryo Splitting", par A. W. S. Chan, T. Dominko, C. M. Luetjens, E. Neuber, C. Martinovich, L. Hewitson, C. R. Simerly, G. P. Schatten.

    NB : L'accession à l'abstract de cet article n'est possible qu'après inscription à l'accès gratuit "Science online" (cliquer ensuite dans l'option "Register free")


    Précisons qu'il ne s'agit pas ici d'un clonage réalisé sur le modèle de la brebis Dolly.
    Il existe en effet deux clonages distincts : 
    - le clonage "vertical", celui dont est issu Dolly, consiste à créer un être à l'identique d'un adulte sans reproduction sexuée, mais en reprogrammant le noyau d'une cellule de sorte à lui faire redémarrer le programme de la vie ;
    - le clonage "horizontal", celui de Tetra, qui n'est ni plus ni moins que l'exagération du phénomène de la gémellité : à partir d'un embryon conçu à l'aide d'un ovule et d'un spermatozoïde, qu'on laisse se développer in vitro, on crée deux, quatre, six ou huit autres embryons semblables, par simple division. C'est ce qui se passe dans les grossesses gémellaires qui donnent lieu à la naissance de ce que l'on appelle de "vrais jumeaux".
    C'est ce qu'on fait ici les chercheurs avec le singe, avant de réimplanter les "jumeaux" chez des femelles différentes, qui ont joué le rôle de mères porteuses.

    Ce qui est nouveau dans cette expérience est le fait d'avoir réussi à créer des jumeaux dans une espèce où il n'en existe pratiquement pas à l'état naturel. La technique décrite dans Science est déjà utilisée depuis plus de 10 ans chez les vaches, les brebis et les lapines. Pour ce qui concerne l'homme, ce type de clonage est certainement possible. Il a d'ailleurs déjà été tenté expérimentalement en 1993 à l'université de Washington par des biologistes qui ont utilisé des embryons humains anormaux, non viable à terme. L'une des utilisations pourrait êtrela création d'un embryon jumeau pour faire des tests génétiques avant de retransférer l'autre embryon dans l'utérus maternel. 



    Pour élargir le débat

    • Appel au refus du clonage humain, lancé par des biologistes de renom (vigilance organisée au niveau européen):
      http://www.vigilclonage.com


     


Des neurones inhibiteurs..., pour la meilleure marche du cerveau
Neurobiologie
Jeudi 13 janvier 2000

Une étude à paraître demain dans la revue Science (voir référence en fin de texte) révèle que certains neurones  permettent d'ordonner le cerveau en décidant à tout moment quels sont les messages à transmettre et à qui les envoyer.
Dans cette étude, les chercheurs de l'équipe d'Henry Markram, de l'Institut israélien Weitzmann décrivent pour la première fois en détail l'activité de ces "neurones inhibiteurs" (NI), nom qui leur a été donné en raison de leur  faculter à contrôle d'autres neurones, évitant ainsi aux fonctions du cerveau de devenir désordonnées.
Ces neurones ne représentent que seulement10 à 20% de l'ensemble, mais sont essentiels pour la mémoire et l'acquisition des connaissances. Ainsi, la plupart des maladies neurologiques telles que la maladie d'Alzheimer ou l'autisme ont pour origine un mauvais fonctionnement de ces cellules, qui ne sont alors pas capables de supprimer certraines informations.
L'équipe de scientifiques a découvert que les types de NI sont beaucoup plus variés qu'on ne le pensait jusqu'à présent et a réussi à déterminer le processus suivant lesquel ces neurones contrôlaient leurs voisins.
Les NI établissent avec les neurones qu'ils gouvernent des connexions complexes, synapses qui filtrent les messages commandant la cessation de toute activité. Ces synapses fonctionnent comme des interrupteurs ultra-rapides, permettant à l'inhibition d'être régulée au millième de seconde près et avec l'intensité désirée.
Chaque NI entretient des connexions avec des milliers de neurones voisins : ces interrupteurs leurs permettent de changer la destination des messages vers tel ou tel type de neurone selon le but recherché par l'organisme. Cette organisation permet par ailleurs à chaque groupe de NI de s'occuper simultanément et différemment de tous les neurones dont il a la charge. Rajoutons par ailleurs qu'une discussion s'instaure entre les NI et les neurones visés pour déterminer quelle connexion doit être mise en place pour filtrer les informations transitant entre les deux. Selon les auteurs, cette interaction permettrait à chaque neurone d'être inhibé d'une façon particulière. Enfin, les NI seraient capables de déterminer quels sont, dans le cerveau, les neurones qui partagent la même fonction. Ils pourraient ainsi sélectionner un groupe particulier pour en contrôler en même temps tous les neurones.

 

Utiliser l'ADN comme ordinateur chimique pour les calculs complexes

Bio-informatique
Mercredi 12 janvier 2000

Une équipe américaine dirigée par Lloyd Smith de l'université du Wisconsin s'est servie de brins d'ADN comme "ordinateur chimique", afin de résoudre des calculs complexes, explique un article à paraître demain dans la revue britannique Nature (c.f référence en fin de texte). Ces travaux, sans portée pratique dans l'immédiat, montrent un peu plus la faisabilité d'une technologique qui n'en est qu'à ses balbutiements.

Si les brins d'ADN contiennent des informations, ils peuvent aussi les traiter : cette particularité a été exploité par les auteurs, montrant ainsi qu'il devrait être possible de résoudre par ce moyen des problèmes de calcul trop complexes pour des ordinateurs classiques. En effet, les plus complexes des problèmes de calcul sont ceux où le nombre de réponses possibles (et donc le temps de calcul) augmente avec le nombre de variables:  chaque solution doit donc faire l'objet de nouveaux calculs pour vérifier une série de critères.
L'équipe de scientifiques a transposé les données du problème sous forme de séquences génétiques, utilisant les caractéristiques chimiques des brins d'ADN pour éliminer les mauvaises solutions. Pour cela, ils ont encodé toutes les solutions possibles en les transposant sous forme de séquences génétiques. Les brins portant ces séquences ont été fixés à une surface en or, puis exposés à des brins d'ADN comportant chacun des séquences génétiques complémentaires, correspondant à l'un des critères requis pour la bonne solution du problème. Dès lors, les solutions fausses (celles ne remplissant pas l'un des critères) correspondent aux brins qui n'attirent pas les brins complémentaires : repérées de cette manière, elles peuvent être détruites par un enzyme s'attaquant spécifiquement à ces brins. Les brins restants sont ceux remplissant tous les critères demandés. Ces derniers peuvent donc être décodés pour fournir les solutions correctes du problème.

Nature, 13 janvier 2000(letters), vol 403, page 865-867 : "DNA computing on surfaces", par Qinghua Liu, Liman Wang, Anthony G.Frutos, Anne E. COndon, Robert M. Corn, LLoyd M. Smith.

Les ordinateurs classiques, qui fonctionnent grâce à des microprocesseurs, seront limités par une technologie risquant de se heurter très vite aux limites physiques de la miniaturisation. Dès lors, les chercheurs rêvent d'utiliser la vaste capacité de stockage qui permet à l'ADN, et à son cousin chimique l'ARN, de contenir les schémas complexes des organismes vivants.
Dans la plupart des recherches déjà menées, l'ADN se trouvait en suspension dans des éprouvettes remplies de liquide. Ici, l'ADN est fixé sur un support solide. Ces technologies restent toutefois encore trop rudimentaires , incapables de s'attaquer aux problèmes complexes traités actuellement par les ordinateurs "classiques".
Les chercheurs ont ici codé des brins d'ADN synthétique pour contenir les 16 solutions possibles à un problème simple. Les machine, renfermant chacune 100 000 milliards de brins, ont résolu le problème... avec toutefois l'aide de l'homme.


Une nouvelle voie de recherche dans lutte contre le paludisme ?
Médecine
Vendredi 7 janvier 2000

Un des mécanismes de la reproduction des parasites du paludisme vient d'être élucidé par une équipe de chercheurs de l'Institut Pasteur, qui espère ainsi ouvrir une toute nouvelle voie de recherche pour lutter conter cette maladie. Les travaux  (voir référence en fin de texte) des biologistes Richard E. L. Paul et Anna Raibaud et ceux des chercheurs de l'institut de zoologie de Longres, publiés dans la revue "Science" du 7 janvier 2000, montrent que la fabrication des globules rouges par l'homme infecté sert de signal d'alarme au parasite qui se met alors à produire plus de cellules mâles pour pouvoir assurer sa reproduction. La fabrication des globules rouges annonce en effet au parasite que le système immunitaire de l'homme -ou de l'animal infecté- qu'il réagit à sa présence et va tenter de l'éliminer. Cette compréhension de la manière dont les cellules se déterminent sexuellement fait rêver les scientifiques, qui espèrent trouver un mécanisme capable de bloquer cette transformation, et donc l'infectiosité du parasite. "Nous en sommes encore très loin, mais s'il est possible de pousser le parasite à produire des cellules 100% mâles ou 100% femelles, il deviendrait alors inopérant", explique Richard Paul.
C'est la prédominance, jusqu'à présent inexpliquée, de ces cellules femelles sur les cellules mâles qui a attiré l'attention des scientifiques. Au tout début de l'infection, il y a jusqu'à huit fois plus de cellules femelles mais cette proportion se modifie au cours du temps et les cellules mâles deviennent finalement presque aussi nombreuses que les cellule femelles.
Pour vérifier le rôle direct de la fabrication de globules rouges sur le choix du sexe, les chercheurs ont suivi l'évolution du parasite pendant toute la durée de l'infection. En démontrant ainsi que les mécanismes de la détermination du sexe des parasites du paludisme résultent d'une adaptation à l'environnement, les scientifiques ouvrent une voie totalement nouvelle de recherche.

A propos du paludisme

moustique   Appelé aussi malaria (mauvais air, en italien) en raison de sa prédominance dans les régions humides et marécageuses, le paludisme est la plus répandue des maladies tropicales, tuant une personne toutes les12 secondes à la surface du globe. Très souvent, la victime est un enfant. La maladie frappe de 300 à 500 millions de personnes, et tue chaque année entre 1,5 et 2,7 millions, neuf fois sur dix en Afrique.
A ce jour, il n'existe toujours pas de vaccin et la résistance aux médicaments disponibles est devenue un grave sujet de préoccupation dans de nombreux pays.
Produite par un protozoaire parasite du sang (Plasmodium falciparum), elle est transmie par un moustique femelle. La maladie se manifeste par des accès de fièvre intermittente, s'accompagnant d'anémie ou d'une altération de l'état général.
Selon les données de l'ONUSIDA, le paludisme, question mortalité a été récemment rattrapé par le SIDA.


  • Science, 7 janvier 2000, volume 287 n°5450, pages 128 à 131: "Sex Determination in Malaria Parasites, par Richard E. L. Paul, Timothy N. Coulson, Anna Raibaud, and Paul T. Brey

    NB : L'accession à l'abstract de cet article n'est possible qu'après inscription à l'accès gratuit "Science online" (cliquer ensuite dans l'option "Register free").

Une équipe de chercheurs suisses décode le prion humain

Biophysique
Mercredi 5 janvier 2000

L'équipe suisse du professeur Kurt Wüthrich (Institut de biologie moléculaire et biophysique de Zürich) a réussi à décoder la structure en trois dimensions du prion humain, l'un des facteurs principaux dans la maladie de Creutzfeldt-Jakob, dont la nouvelle forme est transmise par un boeuf atteint d'encéphalite spongiforme bovine (ESB, dite maladie de la vache folle). Cette étude (voir référence en fin de texte) a été publiée hier dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (comptes rendus de l'académie des sciences américaines) du 4 janvier 2000.
Kurt Wüthrich, qui travaille sur cette question depuis 5 ans, avait déjà décodé la structure en troisdimensions du prion de la souris.
La structure du prion sain chez l'homme est identique à celle du prion de la souris ou du hamster. Celle-ci regroupe différents éléments, avec notamment un fil mobile, une structure dite "domaine spérique", formée de 3 spirales appelées hélices alpha, et une structure en forme de dépliant, appelée feuillet bêta. Ce domaine sphérique est soupçonné de déclencher des maladies comme celle de Creutzfeldt-Jakob et de l'encéphalite spongiforme bovine. D'ici avril, le scientifique zürichois espère décoder le prion du boeuf, ce qui va permettre de comprendre plus précisément le passage à l'homme de la maladie de la vache folle. En effet, la proximité structurelle des prions humains et de l'animal résulte d'une composition chimique quasi-identique.

  • "NMR solution structure of the human prion protein", par Ralph Zahn, Aizhuo Liu*, Thorsten Lührs, Roland Riek, Christine vonSchroetter, Francisco López García, Martin Billeter, Luigi Calzolai, Gerhard Wider, and KurtWüthrich, in Proceedings of the National Academy of Sciences, volume 97, pages 145 à 150, 4 janvier 2000

A consulter : programme français de recherche sur les encéphalopathies spongiformes subaiguës transmissibles (ESST) et les prions

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Tombera, tombera pas ? Trois spécialistes anglais se penchent sur le destin de la planète
Espace
Mardi 4 janvier 2000

Lord Sainsbury, ministre britannique des Sciences, a désigné ce jour une équipe de trois spécialistes qui va étudier les risques de destruction de la terre par un astéroïde géant. Cette équipe est censée apporter des suggestions au Centre national spatial britannique sur la meilleure façon dont la Grande-Bretagne peut contribuer aux efforts internationaux de protéger la planète contre une frappe venue de l'espace.
Présidée par Harry Atkinson, 70 ans, ancien président du Conseil de l'Agence spatiale européenne, et assisté de ses deux autres membres, Crispin Tickell, 69 ans, expert en environnement, et David Williams, 62 ans, professeur d'astronomie à l'université de Londres, elle doit remettre un rapport au milieu de l'année .

A ma connaissance, aucun des astéroïdes ou comètes connus circulant dans les parages de la terre est censé présenter un quelquonque danger dans un avenir proche... Mais bon, il est vrai qu'au cours de ces derniers millions d'années, la terre a reçu ça-et-là des bolides d'une taille suffisante pour provoquer des destructions, ne serait-ce par exemple l'impact d'un objet il y a 65 millions d'années qui, croit-on, serait responsable de la mort des dinosaures (d'autres théories penchent pour des éruptions volcanique massives en Inde). En tous cas, une chose est sûre : une collision gigantesque est prévue entre notre galaxie, la Voie Lactée, hôte de notre système solaire, et sa voisine Andromède. Qu'on se rassure car selon les scientifiques, ce choc de titans n'est pas à craindre avant trois milliards d'années.

Pour ce qui concerne les morts programmées, signalons que le seul télescope français qui participait à la recherche des astéroïdes (observatoire de la Côté d'Azur) doit fermer sa coupole à partir de la semaine prochaine, faute de budget. Sa réouverture possible est suspendue à la décision du conseil scientifique de l'observatoire,  qui décidera en septembre prochain des prochains programmes d'observations.

 

Pour ne pas mourir idiot

Echelle des destructions causés par des chutes d'astéroïdes
(d'après les estimations de Mark Balley, de l'obervatoire d'Armagh en Grande-Bretagne)


Le nombre de victimes dépend principalement du lieu de l'impact, en zone peuplée, désertique ou encore en mer. Les astéroïdes de moins de 50 mètres de diamètre sont en général détruits par leur passage dans l'atmosphère. Selon les derniers calculs de David Rabinowitz, de l'université de Yale, il y aurait 700 astéroïdes croisant régulèrement l'orbite de notre planète.

  • 50 à 100 mètres de diamètre : l'équivalent d'une bombe atomique de 10 à 100 mégatonnes, soit entre 700 et 7000 fois la puissance de la bombe d'Hiroshima. L'impact laisse un cratère allant jusqu'à 1 km de diamètre et peut détruire une grande ville. Probabilité d'impact : une à deux fois par siècle,
  • 100 à 500 mètres de diamètre : 10 000 à 500 000 mégatonnes, soit un cratère de 5 km de dimètre. Un département ou une région française entièrement détruite,
  • 500 mètres à 2 km de diamètre : 10 000 à 500 000 magatonnes, soit un cratère de 20 km. Un impact sur la terre ferme rase un pays de la taille de la France et affecte le climat de la planète pendant des années en rejetant des poussières dans l'atmosphère. Si l'objet tombe en mer, les tsunamis (raz-de-marées) créés affectent les rives de continents entiers. Des dizaines de millions de victimes. On compte environ un impact tous les 200 000 ans.
  • de 2 à 10 km de diamètre : cratère de 20 à 100 km de large. Equivaut à l'astéroïde qui aurait entraîné la disparition des dinosaures, il y a quelque 65 millions d'années. Dans un cas comme celui-là, c'est l'humanité qui y joue sa survie.


logo université 2000     366 conférences au Conservatoire national des arts et métiers pour comprendre la nature et les enjeux scientifiques
du XXIème siècle

Culture scientifique
Mardi 4 janvier 2000

Depuis le 1er janvier, et durant toute l'année 2000, le Conservatoire national des arts et métiers accueille l'Université de tous les savoirs. Organisée par la Mission 2000, cette grande manifestation de célébration des connaissances consiste en 366 conférences (une par jour) données par les plus grands spécialistes, véritable tour d'horizon du savoir humain.  
Qu'est-ce que la vie, comment nous soignerons-nous,y-a-t'il encore des sciences humaines, demain quel travail, perspectives sur les mathématiques actuelles, les grandes questions de la cosmologie, la Terre, les océans, le climat, robots et automates, l'Homme et l'informatique, la société du risque et de l'extrême, réflexions sur la croyance et les convictions... : voici quelques-uns des thèmes qui seront abordés. 200 cents conférences seront ainsi consacrées aux sciences et techniques, 100 aux sciences humaines et sociales, une soixantaine aux grands problèmes culturels. Les conférences du mois de décembre seront programmées dans le cours de l'année 2000 en fonction des demandes du public.


Conférences gratuites au CNAM,
amphi Paul Painlevé, 292 rue St-Martin, 75003 Paris

- à 18h30 du lundi au vendredi
- à 11h00 les samedi, dimanche et jours fériés

Durée : 55 minutes, suivies d'un débat de 30 à 40 minutes


Prochaines conférences
(voir ici le programme prévisionnel complet)
5 janvier       Origine  et position de l'homme dans l'évolution : la connexion chromosomique (Bernard Dutrillaux - Institut Curie)
6 janvier La biodiversité (Jean-Claude Mounolou - Université Paris XI)
7 janvier La co-évolution (Claude Combes - Univesité de Perpignan)
8 janvier Le dialogue moléculaire des symbioses (Jean Denarié - INRA)

Le public ne s'y trompe pas : lorsqu'on nous propose quelque chose d'intelligent, on s'y précipite. La conférence inaugurale, donnée le 1er janvier par François Jacob sur le thème "Qu'est-ce que la vie", a fait amphi plus que complet. L'amphi Paul Painlevé n'a que 500 places. Résultat : presque autant de personnes refoulées. Un succès qui ne s'est pas démenti le lendemain avec la conférence d'André Brack "La vie : origine et distribution dans l'univers" , ni d'ailleurs les deux jours suivants (Jean-Pierre Changeux : "la chimie du cerveau" et Antoine Danchin "l'identité génétique"). Dès lors, une retransmission vidéo doit être prévue simultanément dans une autre salle.
Et c'est là qu'internet vient à la rescousse : les conférences sont archivées au format Real Audio, téléchargeable sur le site de l'hebdomadaire Télérama, partenaire de cette manifestation. Des extraits des conférences sont diffusés par ailleurs sur France Culture, du lundi au vendredi, de 11h30 à midi.
N pourrarmett

Un million de dollars pour comprendre comment notre cerveau jongle avec les chiffres
Sciences cognitive
Samedi 1er janvier 2000

Stanilas Dehaene, 33 ans, chercheur en sciences cognitives à l'INSERM, commence bien l'année 2000 : il vient de décrocher une bourse de 1 million de dollars attribuée par la fondation américaine McDonnel pour décrypter la manière dont notre cerveau jongle avec les chiffres. A la tête d'une équipe d'une dizaine de chercheurs, Stanislas Dehaene va notamment étudier les raisons pour lesquelles près de 5% des enfants souffrent de "dyscalculie", équivalent, côté chiffres, de la dyslexie.

Des résultats qui  promettent d'être très intéressants car outre une meilleure connaissance du fonctionnement de notre cerveau, on s'attend aussi à ce que ces recherches permettent enfin d'évaluer les méthodes d'apprentissage des mathématiques.

http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/science/actu/2000/janvier.htm
Droits de diffusion