Actualité scientifique

août 1999

accueil actu-science 1999
Par Christophe Jacquemin


Manger moins pour vivre plus vieux
Vendredi 27 août 1999

Selon une étude parue ce 27 août dans la revue Science (voir référence en fin de texte), le fait de manger moins permettrait de retarder le vieillissement en agissant sur certains gènes impliqués dans ce phénomène. Cette découverte pourrait mener à la mise au point de médicaments prolongeant la vie.
Si de nombreuses études ont montré que manger peu allongeait l'espérance de vie, celle-ci en expliquerait pour la première fois les raisons en suivant les changements de certains gènes au cours du vieillissement, ainsi que l'influence du régime alimentaire sur leur évolution. L'action sur 6387 gènes a été examiné sur deux groupes de souris, l'un suivant un régime normal et un autre pour lequel il a été réduit de 24%. Les chercheurs ont ainsi découvert qu'un très petit nombre de gènes (moins de 2% de ceux étudiés) ont changé notablement au cours de l'expérience. Or il s'agissait de ceux impliqués dans certaines tâches biologiques comme la réponse à la tension, la reconstitution des protéines ou la production d'énergie, causes du vieillissement. Toutefois, chez les souris sous-nourries, certains de ces gènes sont restés presques intacts. "Il s'agit d'un pas important pour notre compréhension des conséquences de restrictions caloriques dans l'alimentation", souligne le professeur Weindruch, co-auteur de l'article.
Les scientifiques, qui souhaitent étendre leurs recherches aux singes et à l'homme, notent que leur technique permet de dresser une carte génétique du vieillissement et de suivre les effets des aliments ou des médicaments sur les gènes qui en sont responsables. "Il y a de nombreuses implications", note Richard Weindruch. "Si nous pouvons comprendre les mécanismes moléculaires en cause, nous pourrions peut-être mettre au point des médicaments imitant les effets de restrictions caloriques et agir ainsi sur le veillissement".

  • Science, 27 août 1999, volume 285 n° 5432 : "Gene Expression Profile of Aging and Its Retardation by Caloric Restriction", signé Cheol-Koo Lee, Roger G. Klopp, Richard Weindruch, and Tomas A. Prolla

A savoir : Le site web de Science propose après inscription (cliquer dans l'option "Register free") un accès gratuit à "Science online".

Il semblerait bien que manger moins conduit à vivre plus vieux. A ce propos,  dans un autre domaine et pour alimenter le débat, me vient à l'esprit un livre "Le programme de longue vie" du Dr Jean-Paul Curtay et de Thierry Souccar, paru aux éditions du Seuil en avril dernier, et qui a soulevé une véritable polémique. Au travers des travaux scientifiques les plus récents liés à la nutrition, les auteurs y soulignent que la recette pour une longue vie consiste à rechercher les aliments les plus denses en vitamines, minéraux, acides gras, de préférence aux calories vides et, si besoin, d'avoir recours à certains compléments nutritionnels. Résultat : une volée de bois vert  de la part de nutritionnistes (voir http://www.sciences-et-avenir.com/polemique/nutri_ltr.html) et la réponse de Thierry Souccar (http://www.sciences-et-avenir.com/polemique/). Moi, il me semblait pas mal du tout ce livre.
Alors, si quelqu'un a des lueurs, j'aimerais qu'il m'explique.
Christophe Jacquemin

Progrès décisif dans la connaissance sur la fabrication des protéines
Jeudi 26 août 1999

La revue scientifique britannique Nature n° 400, parue le jeudi 26 août 1999, annonce qu'un progrès décisif dans la compréhension de la fabrication de protéines (sans lesquelles la vie serait impossible) vient d'être obtenu par deux équipes de chercheurs (voir références des deux articles  publiés en fin de texte) .
Utilisant la cristallographie à rayons X, les chercheurs ont établi une carte en trois dimensions de la structure des deux principaux composants (sous-unités) du ribosome des bactéries. Rappelons que les ribosomes sont des constituants complexes de l'organisme, essentiels pour la fabrication des milliers de protéines nécessaires à la vie des cellules.
Selon  le biophysicien américain Malcom S. Capel, co-auteur de l'un des articles "cette recherche représente techniquement et scientifiquement un tour de force (...). Ces résultats représentent un pas de géant dans la compréhension sur la manière dont les organismes vivants fabriquent les protéines".

Les antibiotiques stoppent de nombreuses infections en bloquant la production des ribosomes des bactéries, empêchant ainsi leur prolifération. Dès lors, une meilleure connaissance de la structure des ribosomes devrait contribuer à la mise au point d'antibiotiques plus efficaces.
Les ribosomes sont par ailleurs utilisés dans l'industrie chimique pour la fabrication d'enzimes. Les nouvelles informations apportées par ces travaux pourraient s'avérer également utiles dans le domaine industriel.

Les constituants 30S et 50S du ribosome travaillent ensemble pour générer des protéines dans toutes les cellules vivantes. Ils contribuent à traduire le plan de fabrication de la protéine à partir du code génétique et à s'assurer du résultat.

Deux articles:

  • "Structure of a bacterial 30S ribosomal subunit at 5.5 Å resolution", signé William M. Clemons JR, Joanna L. C. May, Briant. Wimberly, John P. McCutcheonN, Malcom S. Capel & V. Ramakrishnanes.
    L'étude, qui porte sur la sous-unité 30S de la bactérie Thermus thermophilus, émane du travail conjoint d'une équipe de chercheurs américains (université de l'Utah, Salt Lake City et laboratoire Brookhaven) et de l'équipe de Venki Ramagrishnanes de Cambridge (Medical Resarch Concil, Royaume-Uni)

  • "Placement of protein and RNA structures into a 5 Å-resolution map of the 50S ribosomal subunit", signé Nenad Ban, Poul Nissen, Jeffrey Hansen, Malcom Capel, Peter B. Moore & Thomas A. Steitz.
    Cette étude, réalisée par l'équipe conduite par Nenad Ban et Thomas A. Steitz (université de Yale, Newhaven, Connecticut), porte sur la sous-unité 50S de la bactérie Haloarcula marismortui.

NB : un résumé très succinct en anglais peut être obtenu auprès du site web de Nature, après inscription gratuite (attention, pour que l'inscription aboutisse, il faut absolument cocher sur quelque chose à la rubrique State/Region:* du questionnaire, même si ce n'est pas adapté à votre pays).

La NASA capture de l'anti-matière
Wed, 18 Aug 1999 16:32

Un ballon gigantesque envoyé aux frontières de l'atmosphère par les scientifiques de la NASA a collecté des particules d'anti-matière, a annoncé le 16 août dernier le centre spatial Goddard, basé à Greenbelt (Maryland). Cette expérience, dirigée par le professeur Shuji Orito -université de Tokyo-, pourrait accréditer la théorie de l'existence de galaxies entières formées d'anti-matière.

Haut comme un immeuble de 60 étages, le ballon emportant a son bord un instrument de détection de fabrication japonaise a décollé le 11 août du Canada pour un vol ascensionnel de 38 heures, le conduisant a 32 kilomètres d'altitude.

"Nous avons collecte d'excellentes données, qui devraient comprendre plusieurs centaines d'anti-protons parmi les centaines de millions de particules de rayons cosmiques qui sont passés a travers notre détecteur", déclare le professeur Orito. Si des anti-protons ont déjà été détectés par le passé (ils peuvent en effet résulter de la simple collision de particules de matières dans l'espace interstellaire), les chercheurs américains et japonais espèrent ici mettre en évidence la présence d'anti-hélium, pratiquement impossible à créer par collision et qui devrait alors avoir une origine autre. La détection d'anti-hélium pourrait accréditer l'hypothèse que des pans entiers de l'Univers sont constitués d'anti-matière. Une révolution pour l'astrophysique !

Affaire a suivre...

http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/science/actu/1999/aout.htm
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