Projet de réalisation d'un PC de préfecture
pour la prévention des risques et la gestion
des catastrophes au niveau départemental

3 pages

Par jean-paul.baquiast@wanadoo.fr et  alain.cardon@lip6.fr

23-10-01

Avis important : cette note n'engage que leurs auteurs. Elle n'émane d'aucune autorité quelle qu'elle soit. La note est en cours de construction.

Ce projet repose sur les postulats suivants :

Au plan des principes politiques

- Le fatalisme consistant à penser que les situations à risques (menaces technologiques) ne se traduiront pas par des catastrophes, ou que celles-ci se produiront ailleurs et de façon confinée, n'est plus de mise avec le développement sans doute irrémédiable des menaces terroristes. Le politique ne doit donc plus craindre d'évoquer ces perspectives. Au contraire, c'est devenu son devoir de le faire.

- La prévention et la réaction nécessitent donc des investissements humains et technologiques importants, qui seront justifiés par les vies humaines et les dégâts épargnées, mais aussi par l'élévation du niveau de prise de conscience des exigences de sécurité dans la société technologique, ainsi que du niveau de citoyenneté.

Conclusion : il convient donc de réorganiser la gestion publique et l'économie sur la base d'un passage partielle à une forme nouvelle d'affrontement, sans craindre les modifications des habitudes publiques et privées issues du libéralisme et de l'individualisme pouvant en résulter.

Au plan de l'organisation

- Le préfet de département (sauf dans l'hypothèse d'une délégation de responsabilité à l'autorité militaire, en cas de crise de très grande ampleur) ) est la seule autorité de l'Etat habilitée pour coordonner les divers dispositifs de prévention et de lutte, administratifs ou privé. Il est également la seule autorité habilité à assurer la liaison vers le niveau régional (préfet de région), la zone de défense et plus généralement le territoire national et européen. Le préfet dispose d'outils réglementaires lui permettant de mobiliser les moyens civils et militaires, prévus par la loi du 22 juillet 1987 : plan Orsec (organisation des secours) et plans d'urgence, adaptés à la nature de celle-ci : plan d'opération interne (POI), plan particulier d'intervention (PPI), plan de secours spécialisé (PSS) et finalement plan rouge, déclenché au delà d'un certain nombre de victimes.

- La prévention et la lutte incombent en premier lieu aux entreprises gérant des sites ou activités à risque. Le PC de préfecture ne doit pas se substituer à ces entreprises, mais doit s'assurer qu'elles appliquent bien les réglementations et consignes.

- La prévention et la lutte incombent en second lieu à diverses administrations de l'Etat ou du secteur local chargées du contrôle des sites et activités à risques, ainsi que de l'intervention en cas de catastrophes, Là encore le PC de préfecture ne doit pas se substituer à elles, mais s'assurer qu'elles appliquent bien les réglementations et consignes et le cas échéant qu'elles sont convenablement coordonnées. Il lui appartient aussi de veiller (en attirant l'attention des tutelles) à ce que ces services disposent des moyens matériels et humains nécessaires pour faire face à l'aggravation des risques - ce qui n'est apparemment plus jamais le cas aujourd'hui.

En conclusion, le PC de préfecture doit prendre la forme d'un réseau de compétences réparties ou d'agents, permettant l'information du préfet en ce qui concerne la bonne exécution des responsabilités des agents, et son intervention coordonnatrice en tant que nécessaire. Le réseau doit également permettre au préfet d'assurer la liaison avec les autorités supérieures.

Au plan des modes d'organisation et des technologies

- Les agents (entreprises et administrations) comme le préfet doivent disposer des technologies de premier niveau les plus modernes, notamment en ce qui concerne les moyens d'observation (capteurs), les moyens d'intervention, les moyens de visualisation, les moyens de mise en réseau et communication.

- Le préfet, par l'intermédiaire de son PC, doit disposer des technologies de second niveau les plus modernes, en ce qui concerne notamment la mise en synthèse (et en mémoire) des évènements, la tenue de bases de données de référence, la simulation des évènements et des décisions, la liaison avec les autorités supérieures.

- La formation des personnels et des populations à l'utilisation des processus et des technologies, ainsi plus généralement qu'à l'alerte, doit être assurée en parallèle au déploiement de ces processus et technologies.

- L'Intelligence artificielle distribuée fournit désormais des outils précieux pour gérer la difficulté des situations de risque modernes. Mais il s'agit de systèmes complexes au sens organisationnel (modélisation complexe, mise en oeuvre et fonctionnement complexes).   Ce ne sont pas des systèmes simplement techniques, que l'on développe dans un laboratoire et que l'on ajoute à des systèmes anciens pour les piloter. De plus, ils modifient la façon dont le réel est appréhendé par les acteurs, ils modifient les pratiques usuelles des professionnels (la façon dont on opère dans les sites dits à risque et dans leur proximité) et la liberté de manœuvre de chacun (la prétendue liberté fondamentale qui impose de ne rien savoir des mouvements des gens par exemple). Ces systèmes permettent la gestion des situations d'urgence et de crise, ils permettent aussi l'aide à la décision en matière d'aménagement et de préservation de l'environnement. Mais ce sont, et définitivement, des systèmes de contrôle. Si la société ne veut pas être contrôlée, alors, il n'y a pas non plus de sûreté. Ceci dit, l'autorité politique doit les rendre compatible avec les exigences de la démocratie selon des modalités devant faire l'objet d'un large dialogue.

En conclusion, le réseau et le PC de préfecture qui en assure la coordination et le commandement doivent constituer un système technologique et humain à haute performance, sans doute inspiré de ce qui se fait le mieux dans le domaine de l'état-major civil et militaire, susceptible de faire face au plus grand nombre d'éventualités prévues ou non prévues. Des dispositions empiétant sur certaines libertés individuelles formelles seront nécessaires. Elles devront faire l'objet d'une négociation sociale importante, pour ne pas entraîner d'atteintes aux vrais fondements de la démocratie (sans doute un peu sur le mode de ce qu'ont accepté les Israéliens).

Description schématique du système

Le système départemental global comportera plusieurs couches indépendantes mais intégrées, à développer sur des zones géographiques plus ou moins étendues. En fait, la bonne solution consistera à mettre en place de tels systèmes dans les zones à risques, en assurant les coordinations nationales et européennes nécessaires en cas de débordement du risque ou de la catastrophe. Ces couches sont les suivantes :

- une couche cartographique. On déploiera un système d'information géographique (SIG) complet, du type de celui existant à Rotterdam. Rappelons qu'il s'agit, sur une trame cartographique numérique, de mettre en place et maintenir, chaque fois que possible en temps réel, les différentes échelles et les différents objets nécessaires à la gestion de la situation. Un SIG est un instrument de gestion et d'aide à la décision mutualisé. Les différents acteurs (entreprises, services publics…) sont identifiés et apportent leurs éléments aux autres, sans pour autant se dessaisir de leur responsabilités.

- une couche de moyens d'observation (capteurs) et systèmes d'information. Le SIG est alimenté par des données fournies par les acteurs, ou résultant de calculs de synthèse assurés au niveau central. D'innombrables capteurs existent aujourd'hui, par exemple en matière de surveillance électronique, suivi de pollution, etc. Mais leur technologie est encore trop rustique. Il faut pouvoir observer les situations avec différents moyens de type militaire (tous temps, jour/nuit, aéro-satellitaires, etc. Il faut aussi que ces moyens d'observations soient intégrés, en vue de fournir des états de situation globaux, représentant l'immédiat et simulant le futur. Ainsi, le déplacement d'un nuage toxique sera modélisé par des observations au sol et aériennes mais aussi par des simulations météorologiques.

- un réseau de communication, coordination et commandement sécurisé à haut débit (radio-satellitaire crypté) permettant aux acteurs de s'informer réciproquement de façon aussi normalisée que possible, ainsi que de se coordonner pour agir, le cas échéant sous la responsabilité d'une autorité supérieure.

- Une salle de commandement ou salle-opération, à la fois réelle (sécurisée), distribuée et virtuelle, permettant aux différentes autorités d'assurer le rôle d'Etat-Major, sous le commandement final du préfet ou de son représentant habilité. Des logiciels adéquats permettent au commandement d'échapper à la complexité des situations réelles en disposant d'interfaces à taille humaine, un peu comme le pilote d'un Airbus peut en général faire confiance à un joy-stick et quelques visuels intégrant tous les paramètres indispensables au vol. Cette fonction est évidemment indispensable, au service de responsables humains même dotés des qualités techniques et de commandement adéquates. Elle permet aux différents acteurs de se déployer au meilleur moment et lieux possible, sans se gêner les uns les autres et en entrant si nécessaire en synergie. La préfecture, dans le domaine des risques civils, est évidemment le lieu auquel rattacher cette salle, dans l'état actuel de la législation.

Sur cette base, qui comporte on l'a vu de nombreuses technologies mais qui repose pour l'essentiel sur l'action des hommes, viendront s'ajouter des aides à la décisions intelligente faisant appel à l'Intelligence Artificielle (IA). On trouvera d'abord les nombreux systèmes experts ou méthodes d'interprétation des connaissances (data-mining) relevant d'une approche traditionnelle de l'IA, qui ont toujours un rôle à jouer dans les situations bien expertisées. Mais s'ajouteront les assistances offertes par l'IA distribuée, sur le modèle proposé par la note jointe.  On sait que le renseignement en général et l'action de terrain en particulier se heurtent à l'afflux d'informations floues, contradictoires, parfois malveillantes. Il ne s'agit pas de désarmer l' "intelligence" humaine (la fameuse Human intelligence ou Humint), mais d'y ajouter des interprétations suggérées par des systèmes artificiels capables de se représenter eux-mêmes, avec leurs objectifs et leurs cultures. Parallèlement aux simulations classiques, qui ne peuvent s'extraire des données et des hypothèses de départ, des agents artificiels capables de produire des hypothèses, rechercher des solutions optimales par compétition interne, se remettre en cause en fonction des résultats et finalement, apprendre par apprentissage, apporteront des modes de raisonnements proches de celui de l'homme, avec une puissance et une régularité très appréciable dans des circonstances où précisément, les hommes seront très occupés par des urgences plus immédiates. Ceci peut paraître inutilement sophistiqué. Mais il faut bien comprendre les situations auxquelles le commandement aura à faire : des ennemis potentiels eux-mêmes très sophistiqués, bénéficiant de l'effet de surprise susceptible de provoquer des enchaînements de grande ampleur rigoureusement imprévisibles (effet " battement d'aile de papillon " bien connu dans la modélisation des systèmes dynamiques). Des outils adéquats à la menace ne seront pas inutiles. Lorsqu'ils n'existeront pas - ce qui est en général le cas actuellement - il faudra les inventer.

Ultérieurement, dans de nombreux cas, les mêmes techniques d'IAD pourront être implantées sur des robots autonomes véritables, capables d'intervenir isolément ou en groupe dans des théâtres interdits à l'homme, contaminés ou virtuellement explosifs. On voit donc que les applications de ces technologies seraient donc très actuelles et très utiles.

Malheureusement, de tels systèmes, associant matériels, intelligence artificielle et humains sont, on le devine, loin d'être encore des réalités, tout au moins en France. Il serait donc urgent que des projets d'ampleur permettent leur développement, en associant les scientifiques, les techniciens et les équipes d'intervention.

Suite à donner

A ce stade, nous préférons ne faire aucune hypothèse consistant à évaluer les coûts et délais d'implémentation de tels systèmes, à partir de circonscriptions territoriales jugées les plus favorables au développement.

http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/risque/pc2.htm
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