Pourquoi les préfets devraient-ils tous
utiliser (personnellement) Internet ?

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Par Jean-Paul Baquiast  jean-paul.baquiast@wanadoo.fr

08-06-01

Ce texte, encore provisoire, n'exprime que le point de vue personnel de son auteur. Il suppose que le lecteur connaisse les rudiments de l'Internet administratif.

Il est possible que, dans une future réforme de l'Etat, le préfet disparaisse ou voit ses attributions modifiées, parallèlement d'ailleurs avec une modification des compétences ou des frontières des collectivités locales. En attendant, les préfets constituent un rouage essentiel de la présence de l'Etat sur le territoire, et sont chargés de responsabilités importantes. Au-delà de celles-ci, ils jouent un rôle informel considérable, au cœur des mouvements affectant la société française. Il est donc indispensable qu'ils se dotent de tous les outils modernes leur permettant de faire face à ces responsabilités. Parmi ces outils vient en premier Internet, devenu désormais indispensable à toutes les administrations, pour la prise de décision, la gestion et la communication.

Malheureusement, beaucoup de responsables, parmi lesquels beaucoup de préfets, considèrent encore Internet soit comme un gadget à visiter occasionnellement, par curiosité, de chez soi, si on en a le temps, soit comme un réseau d'échange interne à la fois spécialisé et complexe, intéressant les tâches de police générale, dont la manipulation est à réserver à des techniciens, sous la responsabilité d'ensemble du ministère de l'Intérieur et de sa célèbre DTI.

Cette vue est désormais dépassée. Dans le cadre du Programme d'action pour la société de l'information, lancé en 1997/98, les différents ministères commencent à prendre toute la mesure des possibilités considérables de l'Internet pour la modernisation en profondeur des administrations et de leurs relations avec les citoyens. Les préfets ne peuvent rester à l'écart de ce mouvement.

Nous pourrions ici dresser la liste des attributions préfectorales, en montrant pour chacune d'elles le rôle de l'Internet et des réseaux. Mais il paraît plus stimulant d'essayer de nous mettre à la place d'un haut-fonctionnaire tel que le préfet, en nous demandant à quoi Internet peut nous servir. Sur le mode américain, qui est volontiers simpliste, dressons une courte liste de ce pourraient être les " mauvais réflexes " d'un préfet encore réfractaire au phénomène Internet, avec les réponses que nous pourrions y faire.

Les Français n'utilisent pas Internet, sauf une petite minorité. S'ils le font, ce n'est pas pour communiquer avec l'administration. Ils préfèrent les contacts personnels

Les chiffres montrent que de plus en plus de citoyens sont des internautes actifs, et qu'ils deviendront de plus en plus exigeants et influents. Avec le développement des points d'accès publics, cette population s'étendra à des administrés relativement déshérités. Les services qui n'auront pas ouvert de guichets en ligne réactifs seront de plus en plus critiqués. Des associations ou entreprises pourront se substituer à eux. Cela par ailleurs se saura très vite, grâce au bouche à oreille sur le net.

Je n'ai pas le temps ni d'apprendre à me servir d'un micro-ordinateur en réseau, ni de surfer sur le web.

Il est certain que les journées d'un préfet sont longues. Mais s'il estime que l'utilisation d'Internet est désormais pour lui aussi indispensable que, par exemple, la lecture des rapports que lui font ses services, il trouvera le temps nécessaire, et les meilleures méthodes pour acquérir en peu de temps la pratique indispensable.

Le site web de la préfecture ne sert pas à grand chose. Personne ne le consulte. Il suffit d'y mettre l'adresse des services, et quelques renseignements pratiques. Sa gestion peut être confiée à un intérimaire, ou sous traitée à une société de service.

Le site web devient le front-office d'un service, qu'il soit territorial ou national. C'est à partir de lui que le public (sinon l'administration centrale) jugera de l'efficacité administrative et politique du service - et de son chef.... Plus on y trouve d'informations, y compris en dehors des compétences immédiates de ce service, plus le site devient utile à ceux qui le consulte. Le préfet doit apprécier très souvent l'efficacité de son site, en le consultant lui-même et en le comparant à d'autres. La gestion du site doit être confiée à une équipe techniquement et administrativement compétente, très proche du chef, mais néanmoins disposant d'une grande marge d'initiative créatrice.

Je n'ai pas besoin d'utiliser moi-même l'intranet de la préfecture, ou les divers intranets interministériels qui se mettent en place, par exemple dans le cadre des Systèmes d'informations territoriaux (SIT). Mes services, voire ma secrétaire, le feront mieux que moi.

Si les services de la préfecture, comme d'ailleurs les services déconcentrés et collectivités locales connectés aux SIT, ne constatent pas concrètement que le préfet est " en ligne " sur le réseau, leur motivation s'effondrera assez vite. Le préfet doit abandonner chaque fois que possible les outils qu'il connaît bien, comme le téléphone ou le fax, pour mettre sa marque sur les différentes messageries internes

Moins je publierai  d'informations sur mon site, moins j'aurai d'ennuis.

Un site vide d'informations originales décourage effectivement les visiteurs, ainsi que d'éventuelles critiques ou polémiques. Mais celles-ci, au cas où elles auraient des raisons d'être, se produiront par des voies plus souterraines, plus pernicieuses. Il faut au contraire publier le maximum d'informations non personnelles, ou ne relevant pas directement d'un besoin de confidentialité. Le site doit être l'endroit où le citoyen souhaitant s'informer trouvera facilement tout ce qu'il trouverait dans une solution classique en faisant le siège des bureaux et des responsables.

Il est impensable que j'ouvre au public, sur mon site, des boites à lettres ou des forums, et plus encore que j'y intervienne moi-même. L'interactivité dégénère très vite. De toutes façons, je n'ai pas le temps de dialoguer avec tout le monde..

L'interactivité suppose des spécialistes de la communication pour effectivement décourager les malveillants, mais surtout pour répondre aux vraies questions. Tout le travail qui sera fait là ne sera pas fait ailleurs. Il y a donc une réorganisation des tâches à entreprendre. Quant aux messages adressés directement aux préfets, il faudra, dans le cadre de cette réorganisation, que des interventions personnelles de celui-ci puissent avoir lieu chaque fois que la situation l'exigera. C'est une nouvelle façon d'exercer le métier, qui ne supprimera pas pour autant les contacts humains…au contraire…

Les personnels de la préfecture ne sont pas mûrs pour travailler en réseau

Tous les services, toutes les entreprises, se heurtent à cette difficulté. Tous parviennent plus ou moins à la résoudre. Il existe divers moyens de négocier la participation des agents, pour le plus grand bénéfice de l'organisation du travail, mais aussi pour une amélioration réelle des conditions de travail. Ce sera au préfet lui-même de s'en occuper.

Ce n'est pas à la préfecture de servir de pilote pour la dématérialisation des procédures administratives. Les difficultés techniques et juridiques sont telles qu'il faut laisser faire les administrations centrales. Celles-ci donneront en temps utile les instructions nécessaires, par exemple le ministère de l'Intérieur (téléprocédures concernant les titres administratifs ou l'approbation des délibérations des collectivités locales..), le ministère des Finances (dématérialisation de la commande publique)…

Il est certain que les téléprocédures recèlent beaucoup de difficultés, voire de risques administratifs. Mais si le préfet ne fait pas connaître aux administrations centrales son souci de voir des solutions modernes se mettre en place, si ce n'est son désir de servir de cobaye, beaucoup de retards seront pris, au détriment de tous.

A quoi me servira d'explorer le web, ne fut-ce que de temps en temps. On y trouve plus d'insanités que de choses utiles

Le web, dès lors que l'on sait s'en servir, est une extraordinaire porte ouverte, non seulement sur le monde, mais sur le département et la région. On y trouve pratiquement tout ce qui bouge, ou qui à l'inverse, fait problème, dans la sphère administrative, économique, politique. Négliger cette source d'information équivaudra vite, pour un préfet, à ne plus lire la presse régionale.

Rappelons pour finir les principes de la culture Internet, qui s'opposent directement à ceux d'une culture administrative en passe de devenir obsolète :
- faire moi-même et avec les moyens du bord
- ne pas trop demander d'autorisations
- respecter strictement les normes et standards de l'Internet
- récupérer tout ce que les autres ont déjà fait mieux que je ne le ferais
- faire connaître mon expérience, qu'elle soit positive ou négative

http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/reforme/prefet.htm
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