Quel portail pour l'administration ?

logo réforme de l'Etat

2 pages

 par Pierre Mayeur

30-9-1999

L'administration française est naturellement hiérarchisée et segmentée. Le développement de l'Internet dans le secteur public peut faire craindre que l'on ne reproduise les schémas verticaux traditionnels et qu'il soit impossible d'établir des réseaux de type horizontal.

La consultation des sites Internet des différents ministères montre, comme l'a noté l'un des participants au forum, leur difficulté presque congénitale à établir des liens hypertexte. D'un ministère sur une entité du secteur privé, ce qui s'explique aisément. Mais également d'un ministère sur un autre ministère, ce qui est a priori plus étonnant.

On notera que même les deux sites de l'administration qui jouent actuellement un rôle de "portail" effectuent des liens hypertexte de manière indirecte : Admifrance, répertoire des sites de l'administration, par l'intermédiaire d'une base de données, alors même que la mise à jour de pages HTML ne semblait pas une tâche herculéenne (cf. les réalisations d'Adminet depuis quatre ans, alors même que ce serveur est mis à jour par une seule personne) ; Legifrance, site gratuit des données juridiques essentielles, par l'utilisation de "frames", qui "encapsulent" les serveurs publics : serveur du Conseil constitutionnel, serveurs des assemblées parlementaires...

Les "processus" faisant intervenir plusieurs personnes publiques sont ainsi éclatés : par exemple, un projet de loi sera consultable dans sa version initiale sur le serveur de tel ou tel ministère, consultable dans sa version amendée sur le serveur des deux assemblées parlementaires, consultable dans sa version définitive sur Legifrance.

La création du site internet.gouv.fr, à la suite du PAGSI du 16 janvier 1998, marque -de ce point de vue- une rupture importante, par l'utilisation massive des liens hypertexte.
 

Un portail de l'administration ou un portail du citoyen ?

Il convient de s'interroger sur un certain nombre de définitions. Aujourd'hui, plus de quinze ans après la décentralisation et à l'heure de la construction européenne, que signifie réellement "administration" ? Se définit-elle par le haut, c'est-à-dire par le Gouvernement ("le Gouvernement dispose de l'administration", selon l'article 20 de la Constitution) ou se définit-elle par le bas, c'est-à-dire par l'administré ? Ce dernier se trouve en effet confronté à de nombreuses administrations : locales, d'abord, nationales, ensuite, européennes enfin. Mais même au niveau des administrations centrales, le Gouvernement n'est pas l'interlocuteur unique ; le pouvoir des autorités administratives indépendantes (CNIL, CADA, ART, CSA...) est là pour le montrer, de même que le rôle des administrations sociales : URSSAF, caisses d'allocations familiales, caisses d'assurance maladie, etc.

D'où un choix important qu'il conviendra de trancher : souhaite-t-on réaliser le site portail du Gouvernement, le site portail de l'administration ou le site portail du citoyen ?

Si l'on souhaite réaliser un serveur de communication gouvernementale, il faudra effectivement s'en tenir aux différents ministères et à leurs services déconcentrés ("administrations de l'exécutif"). Le choix du ".gouv.fr" s'impose de lui-même.

Si l'on souhaite réaliser un serveur portail de l'administration, il faudra se poser la question du champ d'extension, ce que n'a pas réellement fait la Documentation française avec Admifrance.

Si l'on souhaite réaliser un serveur portail du citoyen ("portail France"), projet certes beaucoup plus complexe -parce qu'obligeant à une coordination sans hiérarchie (par exemple, le Gouvernement n'a aucun moyen de contraindre la CNIL à mettre en ligne son rapport)- il sera nécessaire de trouver une désinence beaucoup plus large (www.france.fr ou même www.fr).

L'équipe de rédaction du portail France pourrait très bien être une équipe mixte de contractuels du secteur privé et de personnels de l'administration... au sens large, c'est-à-dire ne provenant pas uniquement des administrations centrales parisiennes. Cette équipe serait placée sous la responsabilité d'un comité de pilotage représentatif des grandes forces participantes (ministères, collectivités locales, juridictions, autorités administratives indépendantes...)

Quelle charte pour le portail ?

La contribution de Jean-Michel Yolin -de même qu'un certain nombre d'interventions des forums- rappelle qu'un portail se doit de disposer d'une page d'accueil la plus simple et la plus rapide possible. On insistera sur la nécessité de ne pas proposer de "frames" sur les pages les plus importantes.
La règle des "trois clics" peut être difficile à observer pour un site proposant une information très riche et très complète. Il importe qu'au-delà de la page d'accueil, le reste des pages soit très simple à télécharger.

La valeur ajoutée d'un serveur portail par rapport à des initiatives privées (Adminet) est de pouvoir et de devoir procéder à des mises à jour régulières. Les utilisateurs passant par un tel serveur s'attendent à une information validée, voire certifiée. D'où l'importance des liens hypertexte. Il conviendra de vérifier si les serveurs cible sont correctement mis à jour, au moins sur la page sur laquelle porte le lien hypertexte.

Schématiquement, les sites publics ont connu jusqu'à maintenant deux étapes :
 

Au-delà, la constitution d'un portail nécessite une véritable troisième étape des sites publics. Cette troisième étape peut se définir par trois éléments :
 

 

Quels contenus pour le portail ?

Un portail ressemble grosso modo à une "coquille vide", puisqu'il donne accès par définition à d'autres serveurs. Néanmoins, le portail France pourrait proposer un certain nombre de services, aujourd'hui inexistants sur les serveurs officiels, ou mis en valeur de manière insuffisante :

- Un classement intuitif par listes (exemples de Yahoo, Voila,...)
Il sera nécessaire de partir de la demande, et non de l'offre. L'internaute n'a que faire d'une page d'accueil qui se contenterait d'égréner une liste des ministères français. S'il consulte, c'est qu'il est à la recherche d'un renseignement, d'une information. Le portail doit être orienté client, selon la formule de Jean-Michel Yolin.
La suggestion d'un "my yahoo", émise par l'un des participants au forum, apparaît excellente....mais commençons par réaliser un yahoo !

- un accès aux données publiques
On attend du "portail de l'administration" qu'il permette de résoudre les contradictions entre le décret sur les bases de données juridiques du 31 mai 1996 et la pratique (discours d'Hourtin, création de Legifrance diffusant le Journal officiel depuis le 1er janvier 1998). Une des conséquences du portail serait ainsi l'abrogation de ce décret. Par exemple, si un internaute demande la consultation d'un décret ou d'une loi antérieure à 1998, la mise en ligne devra être effectuée dans les quinze jours.

De toute façon, il apparaît inéluctable que les droits et les garanties des citoyens pour l'accès à l'information publique via le réseau fassent l'objet de dispositions législatives. Par exemple, il faudra établir clairement la validité des informations juridiques diffusées sur l'Internet, et non se contenter de renvoyer à la version papier du Journal officiel, qui seule "fait foi".

- la présence de forums
Il serait difficile d'exclure a priori les forums. Les cahiers de doléances, lancés par des associations privées, pourraient être non seulement consultables à partir du portail, mais exploités par l'équipe éditoriale du comité éditorial du Portail (cf. contribution de Jean-Paul Baquiast).

- le moteur de recherche
Un grand moteur de recherche des sites publics français reste à construire.
Trois moteurs de recherche existent actuellement :
 

Le meilleur est le troisième...

- les nouveautés des sites publics
Cette revue de presse électronique est actuellement réalisée par Adminet (cf. http://admi.net/cawa). Le concept de cette page devrait être repris par le portail. Il serait nécessaire d'inciter les responsables des sites publics à faire part de leurs "nouveautés".

- les services de téléprocédures aux entreprises (cf. la contribution de Jean-Paul Baquiast Le portail de l'administration, devant le tribunal du peuple).

- une ouverture internationale
Le serveur pourrait être un excellent vecteur de promotion. Une présentation détaillée de la France en plusieurs langues pourrait être ainsi accessible à partir du portail, ce qui nécessiterait simplement une reprise de ce qui existe déjà sur france.diplomatie.fr.

Voir aussi courriel des lecteurs

http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/reforme/portail.htm