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Minitel et InternetLe 17 mars 1997 par Jean-Paul BAQUIAST |
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La longue expérience française du Minitel fait généralement dire que nous n'avons pas de complexe à nous faire face au développement mondial de l'Internet.
Même si, en France, le nombre des PC connectés à l'Internet est un des plus bas du monde occidental, l'on fait valoir les 6 à 8 millions de terminaux Minitel et les dizaines de millions de personnes les ayant utilisé. Le nombre des services en ligne et leur chiffre d'affaire (5 à 8 Millards de F) est aussi mentionné pour illustrer la vitalité du secteur.
Les défenseurs du Minitel indiquent aussi que les utilisateurs de cet outil ont acquis une pratique de l'interactivité et des ergonomies complexes qui les rend particulièrement aptes à maîtriser le moment venu celles de l'Internet.
Michel ALBERGANTI (Le Monde du 8 mars 1997) a développé, après bien d'autres bons esprits, l'argumentaire opposé. Selon lui, comme pour de très nombreux observateurs français et étrangers, le Minitel est devenu un boulet pour la France. Le coût à la connexion va de 130F à 500F l'heure, contre 100F par mois + le coût de la communication local pour Internet. Le matériel coûte à l'acquisition presqu'aussi cher qu'un Network computer. L'internationalité est pratiquement inexistante (sauf en ce qui concerne l'annuaire téléphonique international). Les perspectives de développement, toujours annoncées, ne se concrétisent pas.
Plus grave, les entreprises offrant de l'information en ligne s'efforcent de conserver le marché facile et captif que leur permet le kiosque. Dans la mesure où, notamment par accord avec les administrations, elles disposent de sources exclusives d'informations, elles ont tout intérêt à continuer à les vendre par petites quantités et au prix fort, plutôt que les mettre gratuitement, en grandes quantités, à la disposition du monde entier.
Ce seraient donc les citoyens et les entreprises françaises que pénaliseraient les défenseurs du Minitel. Plutôt que leur apprendre à utiliser systématiquement l'information disponible, pour des usages aussi bien professionnels que culturels ou récréatifs, ils les maintiendraient dans l'infantilisme informationnel: l'information est chère, il faut éviter d'en faire usage.
Un exemple récent, que nous n'approfondirons pas ici, a beaucoup ému la communauté des internautes français. C'est celui de l'information juridique. Mais l'on pourrait sans doute en dire autant de bien des secteurs des informations en ligne sur le Vidéotex, dès lors qu'il s'agit de données institutionnelles, dont l'offre n'est pas soumise à la concurrence.
Sans doute devrait-on regarder autrement l'offre de services commerciaux. Si telle entreprise ouvre un serveur 3615 (voire 3619) pour proposer un dentifrice, et si elle trouve des clients acceptant de consulter son site à ce prix, tant mieux pour elle. Rien n'empêche une entreprise concurrente d'ouvrir un site Internet , doté d'éclatantes images de maxillaires, accessible gratuitement, pour commercialiser ses propres produits d'hygiène bucco-dentaire.
Cette observation nous met sur la voie de ce que pourrait être une position française ménageant les acquis du Minitel sans compromettre le développement d'Internet:
1. Cesser de dire ou laisser penser que notre glorieux passé de Minitélistes nous dispense d'investir massivement pour rattraper notre retard en matière d'Internet.
2. A fortiori, lutter contre les lobbies, manifestes ou plus discrets, qui interviennent auprès des Pouvoirs Publics pour empêcher la prise de mesures destinées à encourager le passage de la France à la société mondiale de l'information, via Internet et les autoroutes de l'information.
3. Par contre, ne pas rechercher systématiquement à hâter la mort du Minitel,. Si des utilisateurs y trouvent encore leur compte, libre à eux, dès lors que la concurrence sur le marché de l'information reste ouverte. Il n'y a pas de raisons a priori pour souhaiter le remplacement d'une entreprise française de service en ligne par une entreprise étrangère.
4. Exercer une amicale pression sur France Télécom et les offreurs de services Vidéotex pour que cet ensemble migre , si le marché le permet, sur l'Internet payant, c'est-à-dire sur les solutions du Commerce électronique. Les techniques, notamment celles du paiement en ligne, à la page, existent dorénavant, de même que les services de type Place de marché. Il ne reste plus, le cas échéant, qu'à reconstituer le système du kiosque, pour ceux qui jugeront pertinent de le faire. Rappelons que le kiosque permet de rémunérer à la fois l'opérateur de réseau, l'offreur de service à valeur ajouté, et l'offreur de l'information vendue.
5. Pour ce qui concerne les administrations, définir ce qui relève de la communication gratuite ou de service public, et ce qui relève de la commercialisation des données publiques. En ce cas, il leur faudra fixer le juste prix, compte-tenu de la nécessité d'amortir leur coûts, sans concurrencer indûment, par des prix cassés, les entreprises privées. Il y aura là de nombreuses occasions de recours contentieux, pour les amateurs procéduriers, mais ainsi va la vie.