Présentation à la presse du rapport du Sénateur LAFFITTE sur les inforoutes

Le 18 février 1997 - Sénat  (pour obtenir le rapport complet cliquez ici)

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

ASSEMBLÉE
NATIONALE  

SÉNAT

OFFICE PARLEMENTAIRE D 'ÉVALUATION
DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES

O. 97 74

Paris, le 18 février 1997

 COMMUNIQUÉ À LA PRESSE

INFOROUTES: DEVANT L'AGGRAVATION D'UN RETARD
DONT LES CONSÉQUENCES POURRAIENT ETRE DRAMATIQUES,
LE SÉNATEUR LAFFITTE EN APPELLE À
UN INDISPENSABLE SURSAUT

    "Les formules nuancées ou les expressions diplomatiques ne sont pas de mise. Il faut crier et être brutal quand on a mal pour l'avenir de son pays et de sa culture ".

    De fait, c'est un véritable cri d'alarme que jette M. Pierre LAFFITTE, sénateur des Alpes-Maritimes, fondateur de la technopole de Sophia-Antipolis, dans le rapport qu'il vient de publier, au nom de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques sur l'entrée de la France dans la société de l'information.

    Sans mâcher ses mots, celui-ci ne dissimule ni le dépit (voire l'exaspération), ni l'inquiétude que lui inspire le retard pris par la France et l'Europe dans ce domaine et lance un appel à la mobilisation.

I - Dépit devant le gaspillage de nos atouts

    En effet, nous nous retrouvons aujourd'hui à la traîne, malgré notre avance initiale en matière de télématique (Minitel), d'ATM et de cartes à puce, malgré la puissance de nos industries et de nos opérateurs dans le domaine des télécommunications, malgré notre potentiel de recherche, le dynamisme de nos PME innovantes, l'élan provoqué par l'appel d'offres gouvernemental du 25 novembre 1994.

    Nous risquons, en outre, de ne pas profiter des opportunités de valorisation de notre patrimoine culturel et de promotion de la francophonie qu'offrent les nouvelles techniques d'information et de communication.

Pourquoi ?

    L'importance des enjeux est mal comprise par la plupart des décideurs européens et tout particulièrement français.

    - La "majestueuse lenteur" de beaucoup d'acteurs (parmi les pouvoirs publics, les industriels.. .) contraste avec la rapidité de l'évolution des technologies concernées.

       Les expérimentations en cours, notamment, prennent un retard préoccupant.

   - Les crédits dégagés pour financer les recherches, les expériences et les réalisations (corome l'informatisation des carnets de santé...) sont insuffisantes alors que des centaines de milliers d'emplois, surtout de jeunes, sont en jeu.

    - certaines grandes entreprises, notamment du secteur financier, font preuve de frilosité;

    - les initiatives, qu'elles soient privées (celles des créateurs d'entreprises innovantes) ou publiques (par exemple, en matière d'éducation ou en milieu urbain) ne sont pas suffisamment encouragées;

    -le dogmatisme libéral naif de certains des membres de la Commission européenne ou de nos partenaires de la Communauté constitue un handicap.

    Pourtant, le recours à des moyens publics, que nos concurrents ne se privent pas d'utiliser, permettrait de compenser la faible dynamique d'un marché encore embryonnaire.

II - Inquiétudes suscitées par de telles carences.

    A. Sur le plan économique:


Crainte

    B. Sur le plan culturel

risque de "vassalisation" (pour reprendre l'expression du Sénateur CLUZEL) dans un monde dominé par les industries de contenus américains ou, tout du moins, d'une diminution de notre rayonnement international et d'un déclin de l'utilisation de notre langue.

III - Un appel à une forte mobilisation

    Estimant qu'il il n'est pas trop tard pour réagir , M. LAFFITTE préconise la poursuite de cinq priorités:

1. Un effort de sensibilisation et de formation tendant à renforcer la demande des utilisateurs.

Une spirale vertueuse pourrait être ainsi enclenchée, diminuant les décalages entre l'offre technique, celle des fournisseurs de contenus et les usages qui en sont faits.

2. L'intensification des expérimentations, susceptibles de dynamiser l'offre et d'encourager la demande;

3. La conception de stratégies adaptées, notamment sur le plan industriel, pour que l'Europe ne soit pas seulement utilisatrice mais aussi créatrice de technologies nouvelles de l'information. Ainsi, pourrait-elle parer l'effet d'aspiration vers l'Amérique du Nord de son potentiel d'innovation et de création d'emplois.

Global One, qui regroupe France Télécom, Deutsche Telekomm et l'américain Sprint devraient conclure, à cet effet, une alliance avec les promoteurs aux États-Unis des "ordinateurs de réseaux" (Sun, Oracle, etc.), minitels améliorés à vocation mondiale

4. La créstion de contenus, par la mise en place, avec l'aide de l'État, de centres de ressources multimédia et par le soutien à de petites équipes dynamiques, appelées à coopérer avec de grands éditeurs.

5. Enfin, la contribution des technologies de l'information à la réforme des pouvoirs publics.

    Alors qu'elles sont, aux États-Unis, les moteurs de l'informatisation de la société, les collectivités locales, en France, restent trop souvent en attente ou bien leurs initiatives demeurent limitées et méconnues.

    S'agissant de l'État, il ne suffit pas d'ouvrir un site web et de donner quelques informations, c'est une véritable "croisade pour la numérisation" qui doit être menée pour rendre les administrations plus efficaces, économes et attentives aux administrés.

    Seul un marché dopé par une "expérimentation", une sensibilisation, et des commandes publiques importantes, peut en définitive, à l'heure actuelle, tirer les offres de services et d'infrastructures.

    Les efforts de rattrapage de notre retard dans la marche vers la société de I'information doivent, en outre, être: