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Une carte personnelle unique pour l'ensemble
des procédures administratives
dématérialisées? |
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nb: le terme de carte est ici utilisé pour carte à
microprocesseur (smart card) et les dispositifs de sécurisation (pin-pad,
protocoles de cryptographie) permettant de la rendre inviolable.
L'on considère généralement
qu'il serait souhaitable, mais utopique, de vouloir doter les individus d'une
carte personnelle unique leur permettant de faire face à l'ensemble
des besoins de transaction dématérialisée dans le domaine
des procédures administratives. La diversité des administrations
et des réglementations semble s'y opposer.
Ce scepticisme tient en partie à la confusion
qui est faite entre le concept de carte d'identification, clef d'accès
aux procédures, et celui de carte fichier portable, qui peut se trouver
chargée d'un nombre potentiellement illimité d'informations.
Pour ce qui concerne les administrations, il parait
préférable d'oublier, sauf cas très limités,
le concept de fichier portable (hormis les identifiants du porteur), pour
se limiter à celui de carte d'identification, que l'on pourra baptiser
d'un nom plus ou moins seyant (carte d'habilitation, carte de
citoyenneté...)
Pour justifier ce qui peut apparaître comme
l'abandon des facilités offertes par l'accroissement constant des
capacités de stokage des cartes à microprocesseur, il faut
se représenter concrètement les procédures auxquelles
un citoyen est généralement confronté, ainsi que les
modalités de traitement des données correspondantes, notamment
sous l'angle de la sécurité. Ce qui est dit ici du citoyen
personne physique peut être transposé à toutes les personnes
morales, qui bénéficieront également d'une identité
certifiée.
Une réserve importante doit être
apportée d'emblée: nous nous plaçons ici dans
l'hypothèse d'un monde où tous les fichiers administratifs
sont informatisés, où toutes les procédures ont
été dématérialisées (faisant l'objet d'EDI
s'enchaînant automatiquement d'ordinateur à ordinateur), et
où enfin les modalités d'entrée-sortie (masque de la
carte, lecteur sécurisé, écran, etc) ont été
normalisées. Dans l'hypothèse, correspondant à la
réalité actuelle, où certains maillons de la chaîne
sont restés manuels, non normalisés ou non connectés,
il redevient néessaire d'implanter sur la carte les informations
permettant de faire le lien entre les éléments informatisés
des systèmes d'information concernés.
Quatre grandes catégories de
téléprocédures
Les procédures auxquelles les administrés
seront confrontés, dans le monde des échanges
dématérialisés, notamment sur Internet, peuvent être
réparties en 4 grandes catégories:
- prouver son identité.
L'identité ne se prouve pas en soi. Il faut apporter la preuve
que l'on dispose d'un enregistrement dans tel fichier administratif, public
ou privé, faisant foi d'un élément se rapportant à
la personne, auquel l'administration responsable de ce fichier, agissant
ici en tiers de confiance, apporte sa caution: nom, date de naissance, adresse,
profession, etc.. Dans ce cas, ce n'est pas la carte elle-même qui
apporte la preuve recherchée, mais le fichier émanant du tiers
de confiance (une administration le plus souvent, éventuellement une
banque), fichier auquel la carte permet un accès personnalisé.
A toute demande d'identité, formulée
sur écran ou autrement, l'administré répond par la
présentation de sa carte (insertion de la carte dans le pad et
entrée du pin ou code personnel). La preuve sera en général
considérée comme suffisante. Sur demande d'un agent de
contrôle, le porteur de la carte pourrait appeler à l'écran
l'enregistrement le concernant, dont la lecture renforcerait en principe
le caractère probant de l'affirmation d'identité. L'enregistrement
appelé par la carte pourrait ensuite être reproduit, transmis
ou édité, mais il perdrait de ce fait tout ou partie de sa
valeur probante.
- adresser une déclaration nominative
à une administration: par exemple une déclaration fiscale.
Les données déclarées n'ont pas à être
dans la carte, elles sont dans l'ordinateur du déclarant (On parle
ici d'ordinateur en termes génériques. Ce peut être un
micro-ordinateur de bureau, un portable, l'ordinateur fourni dans un lieu
public ou encore une borne publique multimedia). Le déclarant extrait
ces données et les expédie à l'ordinateur du centre
des impôts, soit par un programme soit par entrée manuelle.
La carte sert uniquement de signature certifiée: c'est bien M. DUPONT
qui endosse la responsabilité de la déclaration, et c'est bien
à son nom que s'enregistrent, dans le fichier fiscal des contribuables,
les données à l'arrivée. Si la transmission du contenu
de la déclaration doit être confidentialisée, c'est
l'ordinateur du déclarant qui crypte, en fonction des profils de
confidentialité retenus par l'administration, et c'est celui de
l'administration qui décrypte.
- se faire adresser un document
administratif, par exemple une copie de l'acte de naissance. La encore,
la carte sert uniquement de signature: c'est bien M. DUPONT, et non M. DURANT,
qui demande cette copie. Si un droit doit être versé à
cette occasion, la carte de M. DUPONT autorisera l'administration à
prélever le montant du timbre-fiscal sur le compte bancaire de
l'intéressé. La même formule s'appliquera dans tous les
cas où la consultation d'un fichier ou de données administratives
sera payante (par exemple informations statistiques)
- réaliser une procédure complexe, nécessitant la réunion et la fusion de données contenues dans les fichiers de plusieurs administrations, par exemple l'obtention d'un passeport supposant la fourniture d'une copie de l'acte de naissance (Etat-civil), d'une déclaration de vol (commissariat de police), d'une attestation de domicile (quittance EDF).
L'hypothèse généralement
retenue est que le demandeur se fait adresser par télétraitement
ces diverses pièces, avant de se présenter à la mairie.
Il faut au contraire partir de l'idée que la procédure est
déclenchée par la signature certifiée du demandeur,
et qu'ensuite, ce sont les ordinateurs des diverses administrations, de
préférence par EDI (transmission de données conformes
à la norme internationale EDIFACT), qui s'échangeront les
informations nécessaires, en vérifiant à chaque stade
leur pertinence.
Dans ces divers cas, l'on constate que les
données intéressant M. DUPONT se trouvent dans des fichiers
différents, et que les administrations, par accord préalable
entre elles, ont mis en place des applications d'échange
électronique de données, autorisées préalablement
par la CNIL en tant que de besoin, permettant de les communiquer, les rapprocher
ou les traiter pour répondre à des fontionnalités bien
définies.
Ce que contient la carte
La carte de M. DUPONT, dans ces diverses
hypothèses, se borne à affirmer que le porteur dispose de droits
spécifiques dans chaque administration concernée, et que ce
droit peut être vérifié: je suis né à tel
endroit, je suis enregistré auprès de tel CDI, il se trouve
un permis de conduire à mon nom dans le fichier du ministère
de l'intérieur, j'ai fait telle déclaration auprès de
telle autorité " notariale " qui en a conservé la
trace, et finalement, je dispose d'un compte bancaire provisionné
dans telle banque.
La carte de l'administré ne doit pas porter
ces différentes informations, qui ne seraient que les copies des
enregistrements gérées par les fichiers des administrations
ou tiers de confiance. Ceci pour deux raisons: éviter d'encombrer
la carte et surtout, éviter de permanentes mises à jour entre
l'information maitresse (celle du fichier) et l'information miroir (celle
de la carte). Dans certains cas d'ailleurs, il ne serait pas possible de
faire entièrement confiance à l'administré pour la mise
à jour sur la carte des informations le concernant (cas de perte de
points en matière de permis de conduire, par exemple).
De même, les informations ou les documents
délivrés sur sa demande à l'administré ne seront
évidemment pas entrés dans la puce, mais dans l'ordinateur
du requérant, ou dans la borne publique à laquelle il se sera
adressé. Ils seront ensuite imprimés ou retraités à
la demande.
L'identification du porteur permise par la carte
pourrait, sans contraintes particulières, être utilisée
par la plupart, sinon par toutes les transactions relevant du droit privé,
civil ou commercial.
Par ailleurs, la sécurité offerte,
notamment en termes de signature électronique, par l'actuelle carte
bancaire à puce pourrait suffire au plus grand nombre des applications
administratives ou commerciales, compte-tenu des exigences découlant
des profils de sécurité requis actuellement par les
administrations.
En France, deux protocoles présentant une haute sécurité sont actuellement en cours de développement, C-SET et E.COMM. ils présentent une sécurité supérieure à celle offerte par l'actuel SET. Par contre la convergence entre les deux, ainsi qu'avec SET, sera indispensable pour rendre ces protocoles pleinement compatibles et opérationnels au niveau mondial. Elle est semble-t-il en cours de négociation actuellement.
Les administrations pourront envisager cependant,
notamment lorsqu'il s'agira de titres de police administrative faisant l'objet
de trafics et falsifications, que des critères permettant de confirmer
le lien entre la personne et la carte, et le cas échéant de
se passer de toute procédure informatique de contrôle, soient
introduits dans la dite carte, à la fois sur le document plastique
et dans la puce. En fonction des possibilités de la technique et de
la législation, la carte pourrait comporter une photographie et des
relevés d'empreintes digitales, convenablement numérisés,
correspondant ou non à des enregistrements dans des fichiers de police.
D'autres techniques sont à l'étude (fond de l'oeil, signature
vocale, empreinte génétique...)
Par ailleurs, il faut donner à des
autorités de contrôle, dans un certain nombre de domaines, la
possibilité de vérifier les assertions du porteur de la carte,
en dehors de sa bonne volonté (si la carte a été
volée, si le porteur n'est plus conscient ou s'il refuse de s'en servir
pour répondre à l'injonction d'un contrôleur habilité
représentant l'administration concernée). Le cas type est celui
de la vérification de l'existence d'un permis de conduire.
La carte du fonctionnaire chargé du contrôle
Comme la carte, simple attestation d'identité,
ne porte pas en principe dans ce cas d'informations permettant de vérifier
l'affirmation de M. DUPONT " je suis inscrit au fichier des permis de
conduire, avec un reliquat de points adéquat ", et si ledit DUPONT
refuse d'appeler avec sa carte l'enregistrement le concernant, à partir
du terminal de la gendarmerie, il faut que le gendarme dispose d'un droit
d'accès et de recherche dans le fichier, à partir d'un certain
nombre de critères extérieurs à la puce du porteur.
Ce droit lui sera attribué grâce à une carte analogue
à la Carte des Professionnels de Santé française en
matière de gestion de la feuille de soins électronique. Les
droits ouverts au professionnel du contrôle seront définis et
limités à l'avance. Leur exercice pourra être
contrôlé par l'ordinateur de l'administration gestionnaire des
fichiers concernés, afin d'éviter tous abus pouvant provenir
des représentants de l'administration.
Carte, procédure administrative et Internet
Justifier d'une identité ne suffit
évidemment pas à déclencher une procédure
administrative, qu'elle soit simple ou complexe. Dans le cas, souhaitable,
où le porteur ne dispose que d'une seule carte, il devra, avant même
de justifier de son identité, appeler le service ou la procédure
particulière à laquelle il veut s'adresser: état-civil,
percepteur, mairie, etc, pour demander un document , procéder à
une déclaration ou engager une démarche plus ou moins complexe
à base d'EDI.
Pour ce faire, l'administré se trouvera
dans la situation désormais banale d'un utilisateur d'Internet. Par
exemple, dans le cas d'une déclaration fiscale, il devra appeler l'adresse
URL du service recherché, cliquer sur le symbole correspondant à
la procédure souhaitée, télécharger le document
requis, le remplir et l'expédier après avoir, si nécessaire,
signé la déclaration en entrant son numéro d'identification
et sa carte à puce dans le lecteur sécurisé (pin-pad).
En cas de procédure complexe, il n'aura en principe à ne se
préoccuper de rien que d'initialiser la procédure, les
différents ordinateurs des services concernés s'enclenchant
les uns après les autres. Si cependant il intervient à
l'écran, ce ne sera que pour des relances ou réponses
simples.
La marche à suivre ne différera pas dans son principe de ce que permettent déjà les bornes de billetterie automatiques de la SNCF, dans le cas par exemple d'une consultation d'horaire, suivie d'une réservation et d'un paiement. Les usagers des pays disposant déjà de telles facilités ne devraient donc pas se trouver dépaysés.
L'espace administratif européen
Pour finir, il convient de souligner un point
important: l'espace administratif européen se mettant progressivement
en place, il serait illusoire d'envisager de telles solutions dans les limites
réglementaires ou géographiques d'un seul pays. Dès
le début, il conviendra de négocier avec les principaux Etats
voisins, notamment dans le cadre de l'espace SCHENGEN pour ce qui concerne
les contrôles de police et de douane (les entreprises, on l'a vu, seront
également identifiées par des cartes à puce), une
interopérabilité des identifications et des cartes.
On objectera que le niveau d'informatisation et
d'équipement des administrations n'est pas le même d'un pays
à l'autre. Mais l'objection n'est guère valable. En ce qui
concerne l'informatisation des fichiers, les divers pays disposent desolutions
et de ressources à peu près équivalentes. Les données
sont difficilement échangeables, mais ceci tient à d'autres
raisons, notamment le manque de volonté de coopération
manifesté par certains services.
Pour ce qui concerne les moyens des particuliers, entreprises et services de terrain (micro-ordinateurs, lecteurs, émetteurs de cartes, etc), les Etats européens se trouvent à peu près tous dans la même situation de non-équipement, sauf peut-être la France où l'expérience du Minitel, de la carte bancaire à puce et de la billetterie a quelque peu familiarisé les utilisateurs. D'où l'intérêt de convenir dès maintenant de normes et spécifications communes, tant pour les cartes que pour les matériels et les données et messages, afin d'assurer d'emblée l'interopérabilité et surtout, les économies d'échelle.