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Les technologies de l'information au service de la modernisation du service
public
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6 pages |
par François Staechele Premier vice-président au Tribunal de grande instance de Metz (France) | 5-10-99 |
| Introduction
I. De nouveaux modes de communication avec les citoyens
II. Transformer les modes de communications internes
III.. Les perspectives
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Introduction
Le ministère de la Justice français a fait ses premiers pas dans lInternet vers 1995-96. Le seul objectif visé était alors de présenter la justice française au monde et au justiciable français en particulier. Il nétait pas question de recourir à ce nouveau moyen de communication pour améliorer le fonctionnement interne de ladministration. Les propositions que, dès cette époque, avaient faites certains praticiens de créer un groupe de travail pour étudier les conditions de son utilisation au sein de linstitution judiciaire nont pas même été examinées. Plusieurs facteurs expliquent cette attitude. Le principal est sans doute la méconnaissance de lintérêt technique de lInternet en tant que moyen de communication interactif. Il était alors considéré comme un gadget dangereux dont ladministration ne pouvait attendre que des inconvénients. Une circulaire en a dailleurs interdit lusage, aussi bien dans les palais de justice que dans les services du ministère, circulaire qui est restée en vigueur pendant plusieurs années.
Il faut reconnaître que la réputation sulfureuse que la presse française faisait à lInternet, les risques réels que pouvait générer pour les réseaux locaux des juridictions et de ladministration centrale un dispositif dont les règles de sécurité nétaient pas encore clairement définies, le sous-équipement chronique des juridictions en matériel informatique, la faiblesse du budget du ministère de la justice, la difficulté de faire comprendre les bénéfices que linstitution pouvait retirer de la communication électronique et lattentisme, voire linertie de lencadrement judiciaire, pouvaient difficilement conduire à la révolution des esprits que suppose le recours à lInternet dans une administration.
Le changement de gouvernement, le discours dHourtin de Monsieur Jospin, Premier ministre, puis la redéfinition complète et concrète des objectifs du gouvernement en la matière, exprimée dans un remarquable document intitulé le " plan daction du gouvernement pour la société de linformation " (PAGSI) ont profondément bouleversé le paysage de lInternet français et ont donné aux administrations une impulsion sans cesse réactivée depuis lors. Comme tous les autres ministères, celui de la Justice a décrit les efforts particuliers quil a faits pour le développement de lInternet dans son secteur, dans un document appelé " programme daction ministériel pour la société de linformation " (PAMSI).
Cette impulsion gouvernementale au plus haut niveau avait cependant été précédée par des initiatives des praticiens, magistrats notamment, lesquels accompagnent aujourdhui la mise en place du réseau des réseaux dans ladministration judiciaire et participent activement aux instances mises en place pour définir le contenu, lobjet et les méthodes qui doivent gouverner le développement pratique du PAMSI
Cet exposé reprendra ces éléments, en analysant successivement les changements apportés grâce à lInternet aux modes de communication avec les citoyens, aux modes de communication internes à ladministration judiciaire, avant dévoquer les perspectives à court terme lesquelles engloberont les partenaires de la justice et les autres administrations dans le cadre dun extranet.
I. - De nouveaux modes de communication avec les citoyens
A. - Laccès à linformation juridique
Larrivée de lInternet dans le paysage judiciaire français a coïncidé avec une nouvelle stratégie de la gestion des conflits dans la société civile. Jusque là, lun des axes majeurs de la politique judiciaire était de développer aussi largement que possible laccès au juge. Cette politique a cependant rapidement trouvé ses limites du fait de lengorgement des juridictions. Désormais, une priorité est donnée au développement, non seulement de laccès au juge, mais surtout de laccès au droit, priorité qui doit avoir pour effet de prévenir les conflits et de faciliter des règlements non juridictionnels et ainsi, de permettre laccès au juge sans asphyxier le service public de la justice.
LInternet se prête évidemment merveilleusement à cette nouvelle politique. Cette volonté de mettre en ligne les données publiques essentielles se distribue en plusieurs volets :
- Lenrichissement du corpus dinformations juridiques pratiques mis à la disposition des citoyens, non seulement par le site Web du ministère de la justice mais aussi par les autres ministères (par exemple le ministère des finances dont la direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes diffuse de nombreuses pages dinformation des consommateurs ou celui du Médiateur de la République) ;
- Une présentation de lhistoire, de lorganisation et du fonctionnement de la justice que vient compléter une riche documentation, journellement actualisée sur des sujets de société intéressant la justice et les projets développés par le Garde des Sceaux, les expositions organisées par le ministère, et des éléments statistiques, le tout étant facilement accessible grâce à un moteur de recherche et un plan-guide
- La mise en ligne du Journal officiel de la République française, à la fois dans des pages Web (mise en ligne du J.O. du jour, ainsi que des cinq derniers numéros) et par une très intéressante liste de diffusion privée dAdminet, permettant de recevoir dans sa boîte aux lettres les articles dudit Journal officiel, filtrés selon les mots clés définis par lutilisateur ;
- La création dun site public daccès aux textes essentiels (http://www.legifrance.gouv.fr/LEGIFRANCE) qui met en ligne une quantité considérable de codes et lois (mis à jour) ainsi que les arrêts fondamentaux du Conseil constitutionnel, du Conseil dEtat, de la Cour de cassation et de la cour des comptes ;
- Le soutien technique et financier à la création de pages Web par les juridictions et les services extérieurs du ministère, pages destinées à donner aux justiciables les informations qui lui sont nécessaires pour lexercice concret de ses droits et la connaissance de ses institutions locales ; La création dune mission de recensement et la mise en uvre dun plan de numérisation, permettant à terme de mettre à la disposition du public, lensemble des circulaires, ainsi quune part importante ce quon appelle communément la " littérature grise ", cest-à-dire essentiellement les travaux de recherche et les rapports commandés par le ministère.
- Limplantation de bornes interactives dans les palais de justice et les Maisons de la justice et du droit.
Il est cependant un domaine où la diffusion au grand public de linformation juridique a progressé moins rapidement : celui de la diffusion de la jurisprudence.
Les décisions du Conseil constitutionnel sont certes offerts au grand public, mais on peut douter de lutilité pratique de cette diffusion pour le commun des justiciables, dès lors quen France, le juge ne peut contrôler la constitutionnalité des lois. Les arrêts essentiels de la Cour de cassation ou du Conseil dÉtat sont mis en ligne également sur le site Legifrance. Cependant, la diffusion des bases de données juridiques créées par ladministration faisant lobjet dun monopole concédé à un concessionnaire (la société O.R.T.), par application dun décret très controversé du 31 mai 1996, il ny a que fort peu de décisions mises en ligne en accès gratuit. Les professionnels, et notamment les magistrats (ces derniers aux frais du ministère de la justice) peuvent cependant trouver la jurisprudence complète de la Cour de cassation et plusieurs autres bases de données juridiques fort riches en accès payant, sur le site Jurifrance géré par la société O.R.T. Un mouvement se dessine actuellement, qui a pour objectif de permettre à la justice de se " réapproprier sa production " pour les besoins de son fonctionnement habituel, dans le cadre de son réseau privé virtuel dont il sera question ci-après. Des études sont en cours pour mettre à la disposition de tous les magistrats la jurisprudence de la Cour de cassation et pour favoriser la création dateliers de jurisprudence régionaux.La Cour suprême publie cependant sur son propre site, le contenu de son bulletin dactualité, qui recense régulièrement les sommaires de ses arrêts les plus intéressants. Une fois que le fond de ces bulletins sera accessible par un moteur de recherche, la haute juridiction sera en mesure doffrir au justiciable et au praticien du droit un incomparable panorama de sa jurisprudence, bien plus utile et plus exploitable quune collection exhaustive de ses décisions en texte intégral.
B. - La communication interactive avec les citoyens
Les services de lInternet vont bien au-delà de la simple mise à disposition dinformations. Ils permettent aussi des échanges interactifs. Le site du ministère de la justice permet ainsi à chaque justiciable dadresser un message au ministère de la justice. Mais ce nest là quune forme de communication embryonnaire. Le gouvernement a des ambitions bien plus importantes.
Les voici résumées.
1. - La généralisation du courrier électronique
Conformément aux dispositions générales du PAGSI, applicables à lensemble des administrations, chaque juridiction, chaque service déconcentré a été pourvu dune adresse électronique et des moyens matériels pour sen servir. Il a été concomitamment décidé que chaque magistrat et chaque fonctionnaire en relation avec le public sera doté dune adresse électronique, de manière à permettre linstauration dune pratique aussi générale que possible déchanges électroniques non seulement à lintérieur des services, mais encore avec le public (30.000 postes répartis en 1900 sites, à lhorizon 2000). Lensemble de ces adresses a donné lieu à un plan dadressage normalisé. Un annuaire des correspondants publics du ministère est en cours délaboration qui sera complété, à brève échéance, par des annuaires des instances représentatives des professions juridiques et judiciaires qui sera interfacé avec les annuaires des autres ministères. Lensemble formera la base dune infrastructure à clefs publiques assurant la délivrance et la gestion des clés nécessaires à lauthentification des messages et à leur chiffrement.
Ces avancées technologiques seront accompagnées de réformes du droit de la preuve (authentification, signature électronique, force probante des documents numérisés, nouveaux supports de stockage, etc.) indispensables pour permettre à ces moyens de communication nouveaux de donner toute leur mesure. Un projet de loi en ce sens est en cours délaboration.
Ces perspectives donnent lieu à une réflexion méthodologique sur le traitement du courrier électronique qui est menée au sein de chaque entité administrative, en vue de lélaboration dune charte générale dutilisation de ces nouvelles technologies et de parvenir à une définition concrète et évolutive, service par service, des processus de distribution, de traitement, de validation des messages administratifs et des règles darchivage du courrier.
2.- Dématérialiser les procédures administratives et développer les téléprocédures
Le ministère de la justice a procédé à la mise en ligne de formulaires administratifs numérisés au format .pdf sur le serveur Admifrance. On y trouve les rubriques suivantes :
- Actions en justice : demande daide juridictionnelle, greffe, frais de justice, surendettement, injonction de payer ;
- Casier judiciaire : demande dextrait ;
- Contraventions routières : avis, carte-lettre ;
- État-civil : fiche individuelle ou familiale et acquisition de la nationalité française.
Lusager peut ainsi afficher les formulaires sur son écran et les imprimer. Il ne lui est cependant pas encore possible de réexpédier les formulaires renseignés par la voie électronique. Les réflexions, menées notamment par le groupe de travail constitué au sein de la direction des services judiciaires et les expériences réalisées par certaines juridictions en liaison avec les professionnels du droit, permettent néanmoins denvisager un développement plus ambitieux des téléprocédures, concernant des démarches simples se rapportant à des contentieux de masse. Les développements futurs devraient progressivement permettre au justiciable de renseigner le formulaire à lécran et de le renvoyer par lInternet, puis à ladministration de le traiter de manière aussi automatique que possible. Dores et déjà, tout nouveau formulaire utilisé dans les rapports entre le public et un service relevant du ministère de la justice sera systématiquement mis en ligne.
Ces orientations supposent la mise en place de serveurs locaux ou régionaux, permettant une relation directe entre le justiciable et les juridictions. Lorientation probable, compte tenu de la nature particulière de lactivité judiciaire, sera sans doute de privilégier la dématérialisation des procédures proprement dites, cest-à-dire les relations entre linstitution judiciaire et les professionnels du droit, dans le cadre sécurisé dun extranet. Une telle entreprise appelle de lourds investissements préalables en câblage des bâtiments, en renouvellement de matériel et de logiciels et en personnels. Elle exige aussi une concertation approfondie avec les professionnels du droit, eu égard à la disparité des outils informatiques selon les professions et les régions et à lenthousiasme très inégal avec lequel desdits professionnels accueillent ces nouvelles technologies.
En dehors de lactivité proprement juridictionnelle, les téléprocédures peuvent être développées sans restriction pour les démarches à caractère strictement administratif. Ainsi, ladministration pénitentiaire (APNET) sest-elle engagée dans lélaboration de formulaires permettant de faire acte de candidature aux concours ou de réclamer des autorisations ou des pièces justificatives de situation (par exemple : les certificats de présence dans les établissements pénitentiaires, les demandes de permis de visite (pour les familles de détenus), les demandes de mutation du personnel, etc.).
De la même manière Le Service de lInformation et de la Communication a intégré sur le site Web du ministère une page permettant de se procureur un formulaire de demande de d'extrait de casier judiciaire que les utilisateurs pourront imprimer et renvoyer au Casier Judiciaire National. La mise en ligne de ce formulaire réduit notablement le nombre de rejets résultant de demandes incomplètes.
3. - Une gestion électronique des concours administratifs
Avec le développement du chômage, les demandeurs qui se présentent à des concours administratifs sont innombrables et posent de sérieuses difficultés dorganisation à ladministration judiciaire. La présentation des concours, la gestion des inscriptions et de la notification des résultats par lInternet apportent une notable simplification.
II. - Transformer les modes de communication internes
Laccessibilité aux services et au droit offerte au justiciable grâce à lInternet est appréciable, mais plus précieux encore sont les services quil rend au fonctionnement interne de ladministration judiciaire. Si le ministère de la justice français a rapidement compris lintérêt de lInternet en termes dimage pour la justice, il a été cependant été beaucoup plus réticent à lintégrer dans ses schémas directeurs. A cet égard, il a été précédé par les initiatives mises en uvre par les magistrats eux-mêmes.
Les listes de discussion des magistrats
Deux listes de magistrats ont ouvert la voie de la communication électronique dans le monde judiciaire. La première en date est une liste internationale de magistrats francophones du nom de JUGENET, hébergée à Montréal, administrée par un juge de la cour municipale de cette ville (Denis LALIBERTE). Créée en 1995, elle compte actuellement près de 430 membres, issus dune trentaine de pays différents du globe. Les Français y sont majoritaires. Cette liste permet des échanges conviviaux, la découverte au jour le jour des législations et des pratiques des autres pays, lorganisation de rencontres, la coopération entre magistrats, etc. De nombreux magistrats du ministère de la justice français en font partie.
La seconde liste, du nom de THEMIS-FRANCE est une liste consacrée dune part au développement de lInternet judiciaire français et de lautre, aux échanges relatifs au droit applicable sur le sol français. Elle compte environ 270 membres de tous grades et de tous horizons : magistrats judiciaires, de lordre administratif, des juridictions financières, en détachement dans des juridictions internationales comme la Cour de justice des communautés européennes ou le Tribunal pénal international pour la Yougoslavie de La Haye, magistrats en fonction au ministère de la justice ou détachés à létranger comme magistrats de liaison ou coopérants. On peut ajouter quil existe dautres listes nationales de magistrats de par le monde, notamment en Belgique (Thémis-Belgique) en Amérique du Sud, au Portugal, en Allemagne (IUDEX) et bien sût aux États-Unis et dans le Canada anglophone (Jurist L) auxquelles appartiennent souvent les membres non Français de Jugenet. Des représentants de lUnion internationale des magistrats et de lassociation européenne des magistrats sont membres de Jugenet et tiennent ainsi les magistrats informés de leurs travaux.
Ces listes présentent des avantages considérables pour la mise en place dun intranet judiciaire national :
- Elles permettent à leurs membres de se familiariser avec les outils informatiques et les programmes de communication dans un climat détendu et dédramatisé. Lentraide y est bien sûr de rigueur.
- Elles procurent à tous un flux de courrier abondant et régulier, indispensable pour pouvoir intégrer linternet à son environnement de travail quotidien et pour en banaliser lutilisation et la maîtrise.
- Elles permettent à la réflexion sur lutilisation de ces nouvelles technologies de mûrir dans un contexte particulièrement fertile, à la fois pratique et théorique, national et international. De nombreux membres de ces listes font dailleurs partie des groupes de travail et de réflexion qui ont été constitués au ministère de la justice pour réfléchir au développement de lintranet judiciaire.
Ces listes de discussion ont aussi donné lieu à la diffusion dun certain nombre de pages Web présentant des organismes professionnels et leur production, tels que lAssociation nationale des juges de lapplication des peines, lassociation nationale des praticiens de la Cour dassises ainsi que des syndicats professionnels de magistrats. On peut penser quelles préfigurent celles que lon verra bientôt sur le RPVJ dont il va être question maintenant..
B. - Le réseau privé virtuel du ministère de la justice (RPVJ)
1. - Structure
a) - Organisation et définitions
Il sagit dun réseau privé mis à disposition du ministère de la justice aux termes dun marché public, par lun des plus grands fournisseurs daccès à lInternet de France, la société Oléane, filiale de la société France Télécom.
Cet intranet permet non seulement lutilisation des outils standards de lInternet dans le cadre sécurisé des échanges administratifs, mais aussi laccès à lInternet public, les serveurs étant protégés par des pare-feu et divers dispositifs destinés à interdire les intrusions et piratages en tous genres. Lensemble des flux électroniques transite par les serveurs de lintranet. Les documents attachés font lobjet dun traitement anti-viral actualisé en permanence. Lensemble des serveurs est installé dans les locaux du ministère de la Justice. La confidentialité des échanges entre magistrats sera assurée par chiffrement, la réglementation française ayant été récemment libéralisée sur ce point.
Les connexions à ce réseau privé se font selon 3 modalités principales, qui correspondent à des tarifs et à des coûts de fonctionnement différents :
- Les connexions individuelles " Dial " se font par modem, à un tarif proche de celui pratiqué par les autres fournisseurs daccès. Ce mode de connexion est adapté pour les postes isolés ou les agents fonctionnant en " travail déporté " (télétravail) ou en déplacement.
- Les connexions " Call " raccordent un réseau local plus ou moins important à lintranet, via une connexion RNIS à 64 kbps. Il sagit encore de connexions temporaires, mais leur coût dest plus fonction du nombre dagents en ligne.
- Les connexions permanentes offrent un accès illimité et fixe à un réseau ou à un ensemble de réseaux interconnectés. Elles supposent un serveur local et des agents de maintenance spécialisés. Cest la solution la plus économique et la plus confortable pour connecter un nombre important dagents sur un site important. Plusieurs sites pilotes fonctionnent déjà sur ce modèle.
A terme, toutes les cours dappel devraient être dotées dune connexion permanente et dun serveur local gérant messagerie et pages Web, selon un modèle répliquant le serveur actuel de la Chancellerie.
b) - Les services offerts par lintranet
Les services offerts sont ceux, classiques, de lInternet. Leur originalité ne réside que dans les contenus.
(1). Le courrier électronique, forums et listes de discussion
(a) - Les services de messagerie
Chaque agent en relation avec le public sera doté dans lannée dune adresse électronique personnelle. Dautres adresses sont créées qui se déclinent en
- adresses structurelles (adresses des entités administratives)
- adresses fonctionnelles (adresses des services - ou de serveurs - essentiellement à lusage des partenaires institutionnels de la justice).
Ces adresses permettent une libre communication aussi bien dans lintranet quavec linternet public. Lobjectif visé est de pouvoir supprimer, à tout le moins fortement réduire, le recours aux modes classiques de transmission du courrier et de réaliser de substantielles économies en frais postaux, téléphoniques, de télécopie, de déplacement, de photocopie, tout en accélérant notablement léchange des messages.
(b) - La diffusion des circulaires et notes administratives : listes de diffusion
Les frais dexpédition des circulaires et notes internes à ladministration seront réduits de manière drastique par le recours à des listes de diffusion, lesquelles permettront dadresser, pour un coût dérisoire et de manière instantanée, la masse considérable des documents de service, tant entre ladministration centrale et les cours dappel et services extérieurs quentre les cours dappel ou services extérieurs et les juridictions et services locaux.
Dans le même temps, sera constituée pour être mis en ligne sur le Web, une base de données des circulaires du ministère actuellement publiée dans un " bulletin papier ". Cette diffusion vient compléter le nombre considérable de documents, rapports et discours publiés sur les sites Web des ministères.
La diffusion des rapports de recherche commandés par le ministère (littérature grise) suivra le même sort.
(c) - Les listes de discussion thématiques ou fonctionnelles
Alors que les listes de diffusion (encore appelées de distribution), univoques par nature, ont pour fonction de prendre en charge les flux dinformation descendants, les listes de discussion et des forums permettent des échanges interactifs, soit thématiques (discussions autour de problèmes juridiques) soit fonctionnelles (listes composées dagents remplissant les mêmes fonctions) ou axés sur des projets (groupes de travail chargés de réfléchir à des réformes ou de suivre la réalisation dun projet). La Direction de ladministration générale et de léquipement du ministère sest pourvu dun serveur de liste auquel les différentes autres directions confient progressivement les listes quelles créent.
Il existe ainsi actuellement une liste de discussion utilisée par la commission Internet de la direction des services judiciaires et deux forums de discussion (bogue de lan 2000, introduction de lEuro). La direction de ladministration pénitentiaire a ainsi lancé une liste consacrée au " Plan dexécution des peines " correspondant à une réforme récente, la direction des affaires criminelles et des Grâces élabore quant à elle les outils permettant une lutte plus efficace contre la délinquance économique et financière, le Service des Affaires européennes et internationales (SAEI) quant à lui organise ainsi la communication avec ses correspondants à létranger et les magistrats de liaison.
(2) - Les pages Web
Lintranet offre une liberté de création et daccès à linformation impossible sur lInternet public, en raison notamment du monopole de diffusion des bases de données juridiques reconnu à la société O.R.T. et du caractère nécessairement confidentiel de certaines informations en matière judiciaire.
- (a)Les bases de données
Lintranet permet la libre diffusion des bases de données judiciaires. Il suscitera sans doute aussi la création de nouvelles bases, comme celles des experts judiciaires, des auxiliaires de justice ou encore des réservoirs dinformation spécialisés en certaines matières : délinquance économique et financière, lutte contre les trafics en tous genres, base de données de ressources pour le placement des mineurs en difficulté, fichier national des détenus, etc. Tous ces outils rendront indiscutablement la justice plus rapide et plus efficace.
- (b) Les magazines électroniques
Chaque direction de ladministration centrale peut présenter ses orientations de politique judiciaire, les illustrer en une forme de gazette électronique interne aux services. Cest ce qua déjà commencé à faire ladministration pénitentiaire.
Chaque structure présente sur lintranet a la possibilité dy développer ses propres pages Web, soit dans une perspective locale, soit dans une perspective nationale. Les maîtres mots restent cependant le décloisonnement des services de ladministration centrale et la mutualisation des ressources.
- (c) Les pages de service
Lintranet est un outil tout indiqué pour tenir au courant les magistrats et fonctionnaires de toutes sortes dinformations, relatives notamment à la sécurité sur le Web, aux virus, aux nouveautés en matière de matériel et de logiciels, etc.
- (d) Les pages de convivialité (initiatives culturelles, services sociaux)
Une place sera réservée aux organismes à caractère social telle que le Mutuelle des personnels du ministère de la Justice. La question de lallocation despace disque aux syndicats na pas encore été abordée. Pour linstant, certains dentre eux se présentent sur des sites extérieurs : LUnion syndicale des magistrats (USM) sur le site du Juripole, le Syndicat de la Magistrature sur le site personnel de lun de ses membres, le mouvement des Magistrats Européens pour La Démocratie et les Libertés (MEDEL) sur un site international hébergé au Portugal, lAssociation européenne des magistrats, (AEM) lUnion internationale des magistrats (UIM) sur le Site de Jugenet au Québec et sur son site miroir au Juripole de Lorraine.
(3) - File Transfert Protocol (FTP)
Lintranet offre également une base de téléchargement de textes, de logiciels, de " patches " réparant des bogues, de signatures de virus, de textes, de formulaires, de documents de formation, etc.
(4) Les visioconférences
Le caractère très éclaté des institutions judiciaires contraint souvent magistrats et fonctionnaires à de nombreux et onéreux déplacements, parfois pour des réunions fort brèves. LInternet permettra de les réduire au minimum incompressible, en ouvrant la possibilité de " rencontres virtuelles " en visioconférence, notamment entre les responsables de ladministration centrale et les chefs de services déconcentrés. Des salles et des postes spécialisés seront équipés à cet effet.
Cette technique pourrait également être appliquée, moyennant quelques modifications législatives,
- pour permettre aux juges dinstruction dassister à distance à certains actes dinstruction, pour entendre de manière non traumatisante des enfants victimes dabus sexuels, voire pour interroger à distance des personnes détenues à létranger ou posant des problèmes de sécurité. Il nest cependant pas encore question daudiences de jugement virtuelles comme il est parfois suggéré dans dautres pays.
- pour développer des formes nouvelles de formation continue avec les Écoles du ministère ou pour organiser des " congrès virtuels " regroupant des spécialistes dans certains domaines du droit.
c) - Les responsabilités dans la société de linformation
Lorsquil est question de diffuser de linformation officielle, surgit nécessairement la question de la responsabilité du contenu des messages. Se pose aussi la question de savoir quels mécanismes de contrôle il convient de mettre en place.
En matière de courrier électronique, est responsable du contenu dun message, soit le chef de service lorsque le message a été diffusé sous son autorité, soit celui qui la rédigé, lorsquil est diffusé en son nom propre et avec son adresse personnelle ou en cas de faute détachable du service.
En ce qui concerne les pages Web : le responsable de la structure est responsable de ce quelle publie. Une validation préalable est donc impérative.
Pour les listes de diffusion : sera responsable celui qui aura ordonné la diffusion du document et le cas échéant celui qui aurait procédé à la diffusion ;
Sagissant des listes de discussion et les forums : chacun est responsable de ses propres contributions. Ladministrateur a la possibilité de désabonner lun des membres en cas de manquement aux règles préétablies gouvernant la liste, mais il nassume pas pour autant la responsabilité des contenus. Il pourrait cependant en être autrement dans les listes ou les forums " modérés ", cest-à-dire les listes dans lesquelles aucun message nest diffusé sans laccord du modérateur.
Ces nouveaux outils conduiront nécessairement à une réflexion sur lorganisation des nouveaux circuits de décision encore quil nexiste pas de raisons particulières de ne pas appliquer les principes de responsabilité traditionnels.
Sagissant du contrôle, il a été décidé de laisser à chaque agent le libre accès aussi bien aux services offerts par lintranet que par lInternet public. Ce choix, fondé sur la confiance dans le sens de la responsabilité des agents, a été motivé par la nécessité de permettre à chacun davoir accès aux inépuisables ressources documentaires offertes par le réseau des réseaux et de se familiariser aussi rapidement que possible et de manière évolutive avec les nombreux outils de cette nouvelle technologie. Il favorisera les initiatives locales et la créativité des services.
2. - Fonctionnement
a) - Le dispositif de formation professionnelle.
Sans un dispositif de formation adapté, la création dun intranet serait dune efficacité illusoire. Les grandes Écoles du ministère (École nationale de la magistrature (ENM), École nationale des greffes, (ENG) École nationale dadministration pénitentiaire, (ENAP) le Centre National de Formation des Éducateurs de la Protection judiciaire de la Jeunesse (CNFEPJJ) se sont dotés des équipements nécessaires et mettent en uvre un plan de formation dans 3 directions : formation initiale des agents nouvellement recrutés, formation continue des agents en place et formation des formateurs.
LÉcole nationale de la magistrature a ainsi installé une salle multimédia dune vingtaine de postes dont la moitié raccordée à lInternet par le câble, a embauché trois techniciens spécialisés dans lInternet, a défini un véritable schéma directeur, en référence aux objectifs du ministère. Non seulement elle forme les auditeurs de justice aux NTIC, mais à très court terme elle se dotera dun serveur autonome, publiera les travaux de ses enseignants et des auditeurs. Son installation permet doffrir des stages de formation continue aux magistrats en juridiction.
LÉcole nationale des greffes a, elle aussi, aménagé des salles permettant lenseignement des NTIC. Son objectif est de former tous les personnels des greffes à lutilisation de ces nouvelles technologies. La priorité est cependant donnée, comme il est naturel, à la formation des formateurs qui, dans chaque ressort de cour dappel, seront un appui local au développement de ces technologies ainsi quaux responsables de la gestion de linformatisation et à leurs adjoints.
Beaucoup despoirs sont mis dans le recours à lautoformation, grâce aux listes de discussion, aux forums, à la visioconférence, et aux instruments de formation qui seront diffusés. Sur le plan pédagogique, un CD-ROM de formation à lInternet est en cours de réalisation. Il est probable aussi que le pression des enfants des agents et la vulgarisation du commerce électronique seront aussi de puissants facteurs dapprentissage pour tous.
b) - Courrier électronique et structures hiérarchiques
Il na échappé à personne que lextraordinaire souplesse offerte par la messagerie est de nature à modifier profondément la circulation de linformation et par voie de conséquence daffecter le foisonnement des circuits hiérarchiques.
Sil est évident que ce nouvel outil nest pas une justification du contournement des règles hiérarchiques fixées par le Code de lorganisation judiciaire, il est cependant vain, voire préjudiciable de vouloir brider autoritairement la " circulation horizontale " de linformation. Il apparaît donc nécessaire de fixer les règles dune déontologie de la communication quil appartiendra à chacun de respecter, dans lintérêt bien compris dun fonctionnement optimum du service. Une utilisation bien comprise des facilités de la messagerie, qui permet les envois en copie et les transferts de messages avec une extrême facilité, devrait permettre aux responsables hiérarchiques dêtre parfaitement informés du fonctionnement de leur service et même de se constituer des dossiers électroniques permettant de mobiliser beaucoup plus facilement quactuellement les renseignements qui leur sont nécessaires.
c) - Incidence sur lorganisation des services
Le fait que les services seront en relation par Internet, tant avec le public quavec les professionnels du droit quavec les autres membres de lintranet, conduira à mettre en place de nouvelles structures propres à gérer convenablement ces communications. Il est ainsi probable quà court terme, il faudra créer des emplois de " cybervaguemestres " qui auront la responsabilité de filtrer le courrier arrivant du public, de le réorienter, de répondre aux questions les plus simples comme le font déjà les services daccueil. Il conviendra sans doute aussi, après un temps dexpérimentation, de multiplier limplantation de bornes télématiques, permettant aux justiciables arrivant au palais de justice dobtenir les renseignements diffusés sur les pages Web du ministère.
Chaque service devra par ailleurs sorganiser pour être en mesure de gérer sa boîte aux lettres électronique, définir à cet égard, le rôle du magistrat et de son secrétariat, etc. On assiste en réalité à la naissance dune nouvelle culture professionnelle, qui trouvera son plein emploi dans les autres outils beaucoup plus performants encore qui verront le jour dans les années à venir : ceux permettant un traitement automatisé des messages électroniques.
C. - LInternet et la justice administrative
- de permettre un accès à un service de documentation commun ; Les magistrats disposent déjà de lapplication Ariane qui recense toute la jurisprudence administrative et qui est couplée avec un traitement de texte et un moteur de recherche. Ils disposent aussi dun outil de gestion et de suivi des dossiers.
- de mettre en place une messagerie et un serveur de forums ;
- de permettre le transfert électronique des dossiers et leur consultation entre les différents niveaux de juridiction.
III. - Les perspectives
La puissance de lInternet tient principalement à luniformisation des protocoles de communication qui permet une circulation de linformation affranchie des limitations imposées par les disparités de matériels, de systèmes dexploitation, de logiciels, etc. Cette standardisation va entraîner un profond bouleversement des réseaux locaux qui, à terme fonctionneront pour lessentiel au standard TCP/IP. On se rend compte que dans ces conditions, lintranet va bouleverser lorganisation interne du travail juridictionnel, en développant les performances des réseaux internes et en permettant leur interfaçage avec les réseaux des professionnels partenaires de la Justice.
A. - Développer les performances des services en termes dutilisation du réseau
Une fois que les services auront pris lhabitude de travailler quotidiennement avec lInternet, que les bases de données internes seront disponibles pour chacun, se développeront non seulement les ressources documentaires à la disposition des magistrats, mais également les possibilités de travail en réseau : gestion administrative des ressources humaines et financières des juridictions et services extérieurs, gestion électronique du tableau de service, des salles daudience, des documents, workflow, etc. envahiront progressivement tout lespace judiciaire. Les circuits que suivent actuellement les dossiers se simplifieront, les procédures de décision se clarifieront dans la mesure où lensemble des éléments décisoires pourra être réuni en un dossier électronique accessible instantanément à lensemble des responsables de la chaîne décisoire, même disséminés sur une large aire géographique.
La standardisation des protocoles de communication aura peut-être des effets plus importants encore sur les réseaux locaux et sur lorganisation du travail bureautique dans les palais de justice, que sur les communications entre les diverses structures de linstitution judiciaire. La modification en profondeur des méthodes de travail imposera un renouvellement complet de la réflexion sur lorganisation des services et les circuits de procédure.
B - Moderniser les méthodes de communication avec les partenaires de la justice
Si lintroduction des standards de lInternet modifie nos habitudes travail, la création dun extranet incluant nos partenaires habituels sera sil se fait une révolution bien plus fondamentale encore. Dans les entreprises nord-américaines surtout existe depuis longtemps une normalisation des échanges de données informatiques (EDI). Mais nulle part, sauf peut-être en Australie, les standards de lEDI ne semblent avoir pénétré le monde judiciaire. La complexité et surtout la spécificité des procédures de chaque pays ne poussent sans doute pas à une normalisation internationale des échanges judiciaires, et moins encore le fait que les partenaires des juridictions soient très nombreux, structurés en unités de taille très variée et dune mentalité très individualiste.
Larrivée de lInternet va cependant changer cet état de choses.
Jusquà présent, les juridictions (plus exactement les ministères de la justice) et les professions libérales qui sétaient informatisés, avaient fait élaborer à grands frais des logiciels " verticaux " spécialisés. Puis, lon sest avisé que tous y gagneraient si ces logiciels pouvaient communiquer. On a donc, à grand frais encore, tenté de les rendre communicants. Mais cette manuvre sest avérée difficile, pour de multiples raisons : fragilité des sociétés informatiques travaillant avec les ministères (le marché est étroit), incompatibilités logicielles, inexistence de standards déchanges, évolution rapide des techniques de communication, etc.
Les nouveaux outils de lInternet invitent à inverser la problématique : plutôt que dessayer de rendre communicants des logiciels judiciaires, il sagit de judiciariser les logiciels de communication et de profiter ainsi dune interface très évoluée, adaptable à moindres frais aux particularités de la justice et surtout à lhétérogénéité de nos partenaires, peu familiarisés avec linformatique pour lessentiel. Il devient ainsi possible denvisager :
- soit une interface " littéraire " quapprécient des juristes en froid avec les opérateurs booléens ;
- soit de concevoir des échanges de formulaires préétablis dont lutilisation permet la création de dossiers électroniques offrant toutes les garanties de fiabilité, de sécurité, dauthentification, de non-répudiation, etc. quun professionnel du droit peut attendre dun outil de travail qui prend en charge, non une gestion comptable de stocks, de client ou de facturation, mais celle dun suivi et de gestion dune procédure judiciaire ;
- soit des échanges respectant les exigeantes normes internationales EDIJUSTICE.
Si ces perspectives se réalisent, la mise en état des affaires civiles, voire linstruction des affaires pénales, vont se trouver modifiées au point que les métiers de greffe changeront de nature.
Conclusion
LInternet peut être la clé qui permettra le décloisonnement de linstitution judiciaire, tant dans son fonctionnement interne que dans ses relations avec les autres administrations quavec le public. Une chance à saisir pour la Justice. La saisira-t-elle ?
De moyens importants (au regard du budget de la justice), une mobilisation considérable des professionnels du droit et des services des ministères de la justice sont nécessaires pour parvenir à des résultats significatifs en termes déconomie et dinteropérabilité. Une révolution des mentalités sera nécessaire aussi : prendre la mesure de limportance de la communication dans la " maison justice " Il y faudra une patiente maïeutique pour une difficile gestation
voir aussi le courriel de François Staechele
http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/justice/geap.htm
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