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INTERNET : PRESENTATION, ENJEUX ET INTERETS POUR L'ADMINISTRATION FRANCAISE(Gilles BAUCHE le 27 mai 1997 - environ 20 pages) |
Quatre idées en introduction :
Internet est un paradoxe ambulant : voilà un réseau inventé par les militaires mais qui se présente aujourd'hui comme une joyeuse anarchie, qui constitue à la fois une révolution - la Banque Mondiale compare dans son dernier rapport l'Internet à la révolution industrielle du XIXe siècle - mais qui n'est en même temps qu'une simple rencontre, une convergence, comme disent les spécialistes, entre trois technologies du 20ème siècle que nous connaissons très bien, et qui sont le téléphone, l'ordinateur et la télévision. Ces trois technologies se télescopent aujourd'hui après s'être longtemps ignorées et ceci va probablement modifier profondément la façon dont nous nous éduquons, dont nous consommons, dont nous travaillons, et peut-être même dont nous nous comportons : imaginez que nous puissions à présent regarder notre téléphone et répondre à notre télévision. Paradoxe encore, puisque, bien qu'apparemment gratuit, Internet excite les convoitises des plus grands groupes économiques, que ce soit dans l'informatique, les médias ou les grands groupes de télécoms. Paradoxe aussi, puisque les plus ardents défenseurs de ce réseau se comptent parmi les rangs à la fois des libertaires, ex soixante-huitards de la Silicon Valley, mais aussi parmi les capitaines d'industrie libéraux du monde entier, réunis autour d'un même slogan : " information wants to be free ", gratuite au sens des libertaires, libre de toute ingérence étatique pour les libéraux. Paradoxe enfin, puisque la France, pionnière en matière de commerce électronique grâce au Minitel, se retrouve aujourd'hui en queue de peloton des pays industrialisés sur ce réseau - on y reviendra.
D'autres chiffres en vrac qui reflètent mieux que tout discours la portée actuelle de l'Internet :
C'est que tout est parti de là, et, pour les observateurs, c'est aujourd'hui toute l'économie américaine qui amorce sa réorganisation autour d'Internet. Ce mouvement touche dans ce pays tous les secteurs d'activité, y compris même son administration. Ainsi 92 % des entreprises du " Fortune 500 " bâtissent actuellement leurs Intranets. De très nombreuses nouvelles sociétés se créent - et créent de l'emploi - dans le domaine des technologies de l'Internet (1 million d'emplois créés l'an dernier), des services nouveaux apparaissent, le commerce et la monnaie électroniques émergent, le "telecommuting" (télétravail) est une réalité pour plus de 7 millions de salariés américains, des villes entières se "numérisent" ainsi que l'ensemble des écoles. L'administration américaine, poussée par la Maison Blanche, n'est pas en reste. Il faut probablement y voir là les résultats de la volonté politique du pouvoir exécutif américain et notamment du vice-président Gore pour qui les "autoroutes de l'information" ne sont pas autre chose que l'Internet, en tout cas aujourd'hui.
Cette évolution constatée aux Etats-Unis ne sera pas neutre pour le reste du monde : l'Internet va accentuer la globalisation de l'économie mondiale, de nouvelles chaînes de valeur ajoutée vont se créer, éliminant au fur et à mesure les anciennes.
On remarquera d'ailleurs sur ce plan, que l'économie américaine ne fait qu'adopter ce pour quoi l'Internet a été mis en oeuvre il y a 25 ans, à peine une génération, sous l'égide du Ministère de la Défense américain : rendre plus réactive l'industrie américaine de l'armement et de la course à l'espace face à l'URSS... Comme quoi nous n'avons peut-être pas encore épuisé toutes les conséquences de la Guerre Froide...
- un défi pour l'emploi : les nouvelles technologies mises en oeuvre autour d'Internet ont un impact fort sur la croissance et l'emploi. Une étude récente, publiée par le Wall Street Journal, leur attribue le tiers de la croissance enregistrée aux États-Unis en 1996. Plus récemment, une étude réalisée par le cabinet Booz-Allen et Hamilton estime à un million d'emplois le manque à gagner d'ores et déjà dû au retard de l'Europe dans les technologies de l'information.
- un défi pour nos entreprises : l'Internet est une opportunité économique pour le quatrième exportateur mondial et nos entreprises ne peuvent ignorer ce nouvel outil qui leur permet à un coût minime de toucher un marché mondial et de travailler avec des partenaires éloignés.
un défi pour la culture francophone : au moment où nous peinons à mettre en place un CNN à la française, l'Internet pourrait être un formidable outil de rayonnement de la France au plan international pour notre culture et notre langue.
un défi pour l'Etat : l'utilisation des nouvelles technologies dans l'Administration doit être le pivot de la modernisation de l'Etat pour que le service public travaille mieux, coûte moins et apporte un plus grand service pratique aux citoyens.
Avant d'aborder le vif du sujet, je souhaite faire un détour
d'1/4 d'heure par une présentation rapide d'Internet, qui permetra
à ceux qui sont encore novices en la matière et, à vrai
dire, nous le sommes tous encore, tant les choses évoluent rapidement
sur Internet, de se faire une idée des possibilités de ce
réseau.
Internet, c'est de la télématique comme le Minitel, puisqu'on utilise le téléphone et l'informatique, mais c'est à l'échelle 1000 : vous avez la rapidité de transmission parce qu'Internet peut aller au minimum 24 fois plus vite que le Minitel, ceci vous permet d'avoir des écrans conviviaux en couleur avec images et son, de passer d'un serveur à un autre par lien hypertexte, vous pouvez lancer des recherches dans l'Internet par mots clés, ce qui met tout le savoir du monde au bout de vos doigts, vous pouvez envoyer instantanément du courrier par messagerie électronique, vous pouvez télécharger des fichiers, par exemple des bouts de films ou des livres entiers, et vous avez une couverture internationale que le Minitel n'a jamais eue.
Je voudrais vous présenter rapidement trois dimensions de l'Internet : le Web, le courrier électronique, les forums, sachant qu'une multitude d'autres possibilités existent sur le réseau.
Nous pourrions faire une démonstration de net-surfing aujourd'hui. Avec un petit ordinateur portable, il suffirait de se connecter via une ligne de téléphone pour vous montrer le réseau Internet en direct. Mais je ne suis pas sûr que cela serait une bonne chose. Il y a une magie de l'écran qui casse la démonstration, la découverte d'Internet demande plus d'une heure d'initiation dans un cyber-café ou dans une conférence et c'est d'autant plus long qu'au départ, on se sent expatrié dans un monde qui a ses codes et ses traditions, sans guide du routard ou sans guide bleu.
Tentons une visite guidée sur des transparents. Imaginez-vous devant votre ordinateur, de préférence multimédia, c'est-à-dire muni de haut-parleurs, car vous allez pouvoir écouter en direct France Infos ou le dernier succès de Madonna, et d'un bon écran couleurs, car vous allez pouvoir regarder en quasi direct le journal de France 3 ou télécharger des extraits du " Cinquième élément ". Vous êtes relié par modem au bon vieux réseau téléphonique. Sur le "disque dur" de votre ordinateur, vous avez un logiciel de "navigation", sans lequel l'internaute serait comme un surfeur privé de planche. Vous avez par ailleurs souscrit un contrat d'abonnement avec un "fournisseur d'accès" (traduisons : un pont vers la galaxie INTERNET). Vous voici paré.
Tapez votre première adresse "INTERNET". Je vous suggère : "http://www.admiroutes.asso.fr".
(Transparent)
Compliqué ? Pas tant que ça : ce sésame que constitue chaque adresse INTERNET, est une fois pour toutes mémorisé par votre navigateur dans vos marque-pages. A quoi renvoie-t-il ? Dans l'exemple ici choisi, " http://www.admiroutes.asso.fr ". est l'adresse INTERNET du site de l'association Admiroutes. Le sigle http, vous le retrouvez dans toutes les adresses Internet : il fait référence à l'HyperTexte Transfer Protocol, le protocole qui vous permet de surfer sur Internet. WWW, c'est la référence tout aussi habituelle au World Wide Web, la toile d'araignée mondiale. Admiroutes parle de lui-même, asso, c'est l'abréviation du nom de domaine réservé aux associations à but non lucratif et fr, c'est l'abréviation de France. Les adresses Web sont toujours constituées de cette manière : les noms sont composés de plusieurs noms de domaine séparés par un point : par exemple, dans " info.bio.cmu.edu. ", " info " est le nom d'un ordinateur ayant une adresse sur Internet, et " bio " celui du serveur dont il dépend, situé dans le département de biologie de l'université Carnegie Mellon de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Quant au réseau " edu ", il relie tous les ordinateurs de l'Education nationale aux États-Unis (transparent).
Au sommet de l'arborescence d'Internet, six domaines principaux ont été définis aux États-Unis à la naissance d'Internet : " com " pour les organisations commerciales, " edu " pour les universités, " gov " pour les organismes gouvernementaux non militaires, " mil " pour les militaires (héritage de l'Arpanet créé initialement par et pour la Défense américaine), " org " pour les organisations non gouvernementales, " net " pour les ressources du réseau. Mais le développement mondial d'Internet a conduit à créer un nouveau domaine pour chaque pays, comme " fr " pour France ou " ca " pour Canada.
Une fois connecté au site d'Admiroutes, plusieurs images et icônes s'affichent en toile de fond. Plusieurs modes de recherche vous sont ouverts : par thème ou par organisme. Cliquez par exemple sur " Admifrance ". Vous voilà instantanément transporté sur le site de la documentation française recensant tous les organismes publiques présents sur le Web.
(Transparents)
De là, par recherche libre ou par recherche d'activités, vous pouvez accéder par exemple au site de la Bibliothèque nationale de France. En quelques clics de souris, vous voici rendu sur l'exposition virtuelle de heures du Duc de Berry.
(Transparent)
La première griserie de l'internaute, c'est cela : "dériver" le long de chaînes associatives, au gré de vos curiosités ou de vos fantaisies, en rebondissant d'un site à un autre, par un simple "clic" de souris. Le navigateur gardant la trace de votre quête, vous pouvez à tout moment revenir en arrière et opérer d'autres choix aux carrefours précédents ...
Le Web est une tentative pour faciliter la navigation dans l'information. La grande idée du Web est que le texte que vous lisez à l'écran contient des références et que le renvoi à ces différences est dynamique.
C'est une grande différence par rapport au papier - sur lequel vous avez des notes de bas de page, des parenthèses, des renvois, etc..., comme pour les textes officiels où vous avez des visas, des considérants. Les textes juridiques que vous lisez, si vous en avez le courage, dans le Journal Officiel, sont de vrais plats de spaghettis avec de nombreux renvois. L'idée géniale du Web, c'est que quand vous lisez un texte sur écran et qu'un mot renvoie vers une autre information qui est ailleurs, au Japon ou aux Etats-Unis, vous trouvez un lien, un repère, un tag, qui apparaissent par exemple en bleu. Le miracle se produit quand, avec votre souris, vous appuyez sur la zone bleue : vous partez ailleurs chercher l'information.
La magie de ce système, c'est que le lien peut vous conduire n'importe où, à une page juste à côté sur le même serveur, créée par la même personne, ou en Australie, à l'autre bout de la planète, à un endroit où vous n'aviez pas prévu d'aller, où peut-être vous ne souhaitiez pas aller, pour découvrir autre chose. Si vous n'y prenez garde, de proche en proche, vous êtes comme le Petit Poucet dans une FNAC planétaire où tout le savoir du monde, sons, textes, images, vous est accessible.
Je dis qu'on peut se perdre sur Internet. C'est vrai et c'est moins vrai aujourd'hui. Car derrière votre logiciel de navigation, il y a maintenant le plus puissant des outils que l'on n'aurait jamais osé imaginer il y a encore quelques années et que peut-être d'ailleurs beaucoup de gens formés à la vieille école ne peuvent imaginer, ce sont les moteurs de recherche.
(Transparent)
Autrefois, quand on voulait fouiller dans une bibliothèque, on était obligé de passer par un index ou un thesaurus, sur un support carton ou informatique, avec une structure de l'information arborescente. On classe : droit, économie, géographie, histoire. A l'intérieur, il y a l'histoire ancienne, l'histoire récente. On classe par date. Il y a une logique de classement. Quand on va plus loin, il y a des mots-clefs ou un thesaurus, tout un système que l'on enseigne aux documentalistes. Cela a fait ses preuves, mais c'est lié à un certain état de la technologie où l'on a du mètre linéaire, on classe dans des armoires et il faut retrouver le document.
Le moteur de recherche met à la corbeille tout ce système de thesaurus et d'index. C'est la possibilité, pour des outils électroniques modernes, d'aller chercher directement, à l'intérieur du texte, l'information qui vous intéresse. Sur Internet, vous allez sur un de ces moteurs de recherche, vous tapez le mot-clé qui vous intéresse, et trois secondes après, vous obtenez une liste de plusieurs dizaines à plusieurs milliers de sites qui touchent de près ou de loin à l'objet de votre recherche (transparent).
Avec ses milliards de pages, son million de serveurs d'information et ses au moins soixante millions d'utilisateurs actuels, habituels ou occasionnels, le Web ne résume cependant pas INTERNET.
Le courrier électronique ("E-mail") est peut-être son moteur le plus puissant, parce qu'il offre quatre "plus" par rapport au courrier classique :
- instantanéité de la transmission ou presque ;
- caractère personnel (et donc portable ) du numéro d'abonné
- modération du tarif (communication téléphonique locale) ;
- possibilité d'"agrafer" aux messages des fichiers de données de taille conséquente (images, sons, rapports, programmes informatiques). Il vous faut en moyenne 30 minutes pour faxer un document de 50 pages : avec le mail, il faut en moyenne 3 minutes.
Une adresse E-mail est constituée de deux parties : le nom d'utilisateur ou login name, et l'adresse Internet du serveur de messagerie dont il dépend, séparés par le caractère " @ " (caractère typographique appelé " arobase " qu'il faut prononcer " at "), comme dans l'adresse électronique de Bill Clinton : " Président@whitehouse.gov ". Un message qui est envoyé à l'adresse " Président@whitehouse.gov " sera reçu par le serveur de messagerie de la Maison Blanche, puis stocké dans la boîte aux lettres de Bill Clinton dont le login name est " President ", jusqu'à ce que celui-ci (ou plus certainement ses services de communication) le récupère. Vous pouvez m'écrire à l'adresse Gbauche@aol.com.
Le cabinet d'études américain Odyssey a étudié en décembre 1996 les motivations des internautes : 32 % utilisent le réseau pour le mail, 25 % pour des travaux de recherche, 22 % pour s'informer et se distraire. En 1995, le courrier électronique a dépassé pour la première fois aux États-Unis le courrier classique (snail mail, littéralement : " courrier-escargot ") en nombre total de messages délivrés. Il y a eu ainsi environ 95 milliards de messages " e-mail " et 85 milliards de messages postaux ordinaires aux États-Unis. on estime que l'an dernier c'est 1,65 billion (mille millards) de messages qui ont été envoyés, et que, cette année, ce chiffre passera à 2,6 billions de messages, comprenant les messages originaux, les copies conformes, les renvois de courrier, les listes de diffusion, la publicité non sollicitée, etc..
Autre dimension d'INTERNET : les "forums", regroupés autour de centres d'intérêt, dans lesquels chacun vient déposer ses questions et ses réponses. Désordre ? Je dirais plutôt théorie du chaos : toutes les incursions que j'y ai faites m'ont frappé par le climat de sérieux qui y règne et l'équilibre somme toute miraculeux qui s'y instaure entre offreurs et demandeurs de solutions aux problèmes les plus "pointus" sur des sujets aussi divers que la biologie moléculaire, le cinéma japonais, le cerf-volant, les animaux domestiques, la Bosnie, tous les auteurs possibles et imaginables dans la littérature de tous les pays, la musique ou l'art en général...
Après ce détour, je voudrais revenir au coeur du sujet :
Tous les demi-siècles environ, une série d'innovations majeures bouleverse les méthodes de production du capitalisme et la hiérarchie des nations industrialisées. (Transparent). A chaque fois, comme l'avaient observé Kondratiev et Schumpeter dans les années 20, le cycle se décompose en deux temps : 25 ans où la croissance s'intensifie grâce à la diffusion des nouvelles techniques dans le tissu industriel et à la construction d'infrastructures, 25 ans de faible activité et de montée du chômage, causés par la difficulté à trouver un nouveau souffle. Le mariage de la puce informatique et des télécoms pourraient amorcer une nouvelle phase ascendante, tout comme les précédentes innovations l'avaient fait.
1790 : machine à vapeur, métier à tisser (construction d'usines)
1845 : réseaux de chemins de fer et d'électricité
1895 : voiture, moteur à explosion (réseau routier)
1945 : aviation, informatique, plastique
1995 : téléinformatique, réseaux (Internet, Intranet, Extranet...)
(Projection d'un transparent.)
Les images que je vais vous projeter sont des courbes. Les mathématiciens appellent cela des courbes exponentielles et vous rencontrerez beaucoup de courbes de ce genre au sujet d'Internet, des courbes qui progressent très rapidement.
(Transparent)
Vous voyez ici qu'avant les années 90, le réseau existait, il existe depuis une trentaine d'années, les chiffres ici sont une indication extrêmement intéressante. On arrive à fin 1994, cela continue.
Si vous extrapolez, mais c'est bien entendu une vue de l'esprit, vous arrivez à connecter la planète entière dans moins de dix ans.
(Transparents)
Je voudrais insister sur un aspect de la courbe exponentielle : non seulement le nombre de connectés augmente à une vitesse fulgurante (en gros, depuis le début de la conférence, il y a une demi-heure, 500 personnes se sont connectées pour la première fois à Internet et 30 nouveaux serveurs ont été créés !), mais en plus, le nombre d'interconnexions possibles entre les internautes grandit encore plus vite.
Il ne faut jamais oublier que l'Internet est un réseau de télécommunications point à point. L'avantage d'un réseau point à point, c'est que chaque individu raccordé bénéficie de la présence des autres raccordés : en économie des télécommunications, on appelle cela l'effet de club. Plus le réseau offert est important, plus le club est attrayant et plus les demandes d'accès au réseau se manifestent. Initialement, lorsque le réseau est de taille modeste, seuls les individus disposant d'un fort revenu expriment une demande. Au fur et à mesure que la taille du réseau s'accroît, le club attire, par effet d'avalanche, les individus motivés par l'extension du service rendu, c'est-à-dire par la mise en communication avec un nombre croissant d'interlocuteurs potentiels. C'est quelque chose que l'on a constaté très nettement dans le cas du réseau téléphonique français : la pénurie de l'offre de réseau, jusqu'au début des années 70, se traduisait par des délais de raccordement dissuasifs et décourageait la demande. Les efforts consentis dans les années 70 ont accéléré la croissance du réseau qui, en 10 ans, de 1975 à 1985, a quadruplé, en passant de 6 à 23 millions de lignes principales.
Aujourd'hui, avec l'Internet, vous constatez un même effet de rétroaction positive de l'offre sur la demande, ce qui explique la croissance fulgurante des nouveaux connectés.
Ceci est très important car il ne faut pas oublier que la révolution culturelle de l'Internet, c'est que vous connectez ensemble l'intelligence des internautes derrière leurs machines et non pas seulement des ordinateurs entre eux.
Pour mieux comprendre ce phénomène d'explosion combinatoire, il suffit d'imaginer un enfant arrivant dans une cour de récréation. La présence de cet enfant supplémentaire aboutit à une augmentation du bruit, non pas par simple addition d'un jeu de cordes vocales, mais parce que les nouvelles possibilités d'interaction entre cet enfant et les autres provoquent une intensification du brouhaha. Et lorsque cet enfant rentre en classe, le bruit ne diminue pas par simple soustraction mais du fait de la réduction du nombre d'interactions possibles entre cet enfant et tous les autres.
C'est précisément ce phénomème d'interactions à croissance exponentielle qui explique que le " tout " Internet ne se réduit pas à la simple somme de ses connectés. Sur Internet, chaque nouvel élément nourrit le système tout entier dont il accroît les capacités. Plus le réseau grandit, plus ses composantes sont performantes car elles se nourrissent des autres parties, alors que dans un système à structure pyramidale, comme la télévision ou la radio, l'ajout d'un élément (un poste supplémentaire) n'a aucune incidence sur le fonctionnement général.
J'ai déjà beaucoup parlé du Web, de la
" toile ", mais je ne l'ai pas encore défini. C'est un mot
que l'on emploie beaucoup. Web veut dire toile d'araignée.
Pourquoi toile ? Revenons aux origines, en fait très
récentes, de l'Internet.
Je voudrais revenir un instant sur la naissance de l'Internet. Contrairement à ce que l'on dit encore souvent en France, Internet n'est pas le produit de l'impérialisme américain, Internet n'est pas sorti tout armé de l'esprit du Pentagone pour étendre sa toile sur la planète.
(Transparent)
Il y a eu quatre âges de l'Internet, celui des Militaires, puis celui des Mandarins, des Mordus et, à présent, nous y sommes déjà, l'âge des Marchands.
Nous sommes en 1957 : l'URSS vient de remporter une bataille en pleine Guerre froide en lançant le premier Spoutnik. Affolé, le ministère de la Défense américain crée l'Agence pour les projets de recherche avancée (ARPA, Advanced Research Project Agency) afin de renforcer les développements scientifiques susceptibles d'être utilisés à des fins militaires.
En 1962, émerge l'idée d'un réseau de communication qui resterait opérationnel même si des portions entières du réseau tombaient en panne ou étaient détruites. Le principe de cette toile d'araignée est de relier en maille chaque ordinateur à plusieurs autres. On obtient un réseau, mais un réseau qui n'a pas de centre. C'est l'idée de base du Web.
A vrai dire, il est un peu incorrect de parler d'une toile d'araignée car celle-ci a un centre : l'araignée qui l'a construite pour capturer des insectes et s'en nourrir. Or, Internet est un réseau qui n'a pas de tête, qui est composé de maillons. C'est un réseau maillé qui a une propriété voulue au départ et encouragée par l'armée américaine : pouvoir résister à une attaque nucléaire. Si vous prenez un système centralisé, comme le plateau d'Albion, où vous avez une tête localisée, vous êtes vulnérable aux attaques étrangères. En revanche, le Web est un système qui n'a pas de tête propre, composé de machines capables de communiquer entre elles et de se reconfigurer en fonction des destructions éventuelles de telle ou telle machine ou de tel ou tel lien.
Pour sécuriser les liaisons, la Rand imagine que les ordinateurs communiqueraient entre eux en s'envoyant des messages découpés en " paquets d'informations " indépendants, contenant leur adresse de destination et qui se reconstituent à l'arrivée. C'est un peu comme si vous envoyiez à un correspondant un roman découpé sur plusieurs centaines de cartes postales.
(Tranparent)
En cas de disparition soudaine d'un tronçon (en cas d'attaque nucléaire par exemple), les paquets pourraient trouver par eux-mêmes un autre chemin. La force du réseau est donc d'être conçu comme une hydre qui peut perdre énormément de têtes sans cesser de fonctionner. Les principes fondateurs de l'Internet sont posés.
Mais l'idée d'un réseau d'ordinateurs n'est pas seulement dûe à la psychose de la Guerre Froide: il y aussi la volonté de rentabiliser un potentiel de calcul très coûteux en le rendant accessible à distance. C'est pourquoi l'ARPA confie en 1969 la réalisation d'un réseau expérimental à quatre " supercalculateurs " d'universités. La première mise en oeuvre du réseau, appelé ARPAnet, est réalisée à l'université de Los Angeles, avant que des noeuds supplémentaires soient rajoutés, toujours sur la Côte ouest, à Stanford, Santa Barbara et à Salt Lake City.
(Transparent)
1972 : ARPAnet interconnecte déjà une bonne quarantaine d'institutions à travers les Etats-Unis, comme le MIT ou la NASA. Le problème, c'est que prolifèrent dans le monde des réseaux d'ordinateurs fondés sur des protocoles de communication très différents les uns des autres. Se pose alors la question des standards de connection. Lors d'une légendaire Conférence sur les communications informatiques tenue à Washington, Vinton Cerf prend à vingt-neuf ans la tête d'un groupe de travail qui deviendra fameux et existe toujours, l'InterNetwork Working Group (INWG) afin de répondre à ce redoutable défi : créer un protocole permettant à tous les ordinateurs et tous les réseaux existants de se relier entre eux.
1974 : les travaux de ce groupe " interconnexion " aboutissent à la publication des premiers protocoles de communication de ce qu'on n'appelle pas encore l'Internet. Vinton Cerf pose la première pierre de l'édifice : le protocole TCP (Transmission Control Protocol). La grande idée de ce protocole c'est d'être à la fois assez souple pour faire fonctionner quantités d'ordinateurs incompatibles entre eux et d'être gratuit. Les sociétés et les personnes qui ont développé le protocole Internet le faisaient pour les besoins de la recherche et pas pour gagner de l'argent. Ce devait être un support de réflexion.
De ce fait, la mise en relation des machines entre elles s'est faite de façon assez naturelle, dans la mesure où tout chercheur a une préoccupation : savoir si le sujet sur lequel il travaille n'a pas été déjà exploré ailleurs, dans un simple souci d'économie de moyens et de temps. Il cherche toujours à savoir si quelqu'un d'autre n'a pas trouvé avant lui, à en profiter si cela est possible et à chercher au-delà.
Donc, le comportement du chercheur -l'absence de préoccupations économiques- a conduit à interconnecter très vite les machines utilisées dans les centres de recherche, ce qui a donné lieu à la création de liens, d'un réseau.
Durant toutes ces années, une révolution silencieuse s'opère sur l'ébauche du réseau mondial : la messagerie électronique apparaît à l'initiative des chercheurs qui forment alors la totalité des utilisateurs. Les usages du courrier électronique s'imposent très vite. Travail coopératif de groupe, échanges rapides de notes, bavardages sans but... Le réseau qui commence à regrouper la communauté scientifique mondiale devient le lieu d'échange et de publication de la science fondamentale (c'est ainsi que les cartes du génome humain ont été transmises dès leur découverte sur le réseau). Internet hérite également de la situation traditionnelle des universitaires dont le rôle est de transmettre la science au travers de l'enseignement et des publications scientifiques. Les notions de partage de l'information qui sont aujourd'hui encore au centre de la communauté d'Internet viennent en résonance avec cette situation fondatrice de la recherche universitaire. L'échange d'informations sur Internet se constitue autour du théorème de base : " Sur le réseau, quelqu'un doit savoir"
Le développement de l'Internet reste inaperçu jusqu'aux années 90 parce qu'il est confiné au monde universitaire mais aussi parce que l'utilisation de la messagerie ou l'accès à ses bases de données obligeaient à maîtriser un vocabulaire ésotérique. Il n'était pas rare de devoir taper des commandes du type " ls -l | grep ^d | cut -c' ' -f 2,4 | sort | uniq ").
C'est en 1989, l'année de la chute du Mur de Berlin, qu'intervient une autre " révolution de velours ", celle de l ' " hypertexte ". Dans sa forme la plus rudimentaire, l'hypertexte est comparable au système des renvois en bas de page ou des notes croisées encyclopédiques. À l'ère des ordinateurs et des grands réseaux de communication, l'hypertexte, c'est du texte qui contient des liens donnant accès à d'autres textes situés au même endroit ou dans les mémoires d'autres ordinateurs éparpillés à travers le monde.
En mars 1989, Tim Berners-Lee, informaticien au CERN de Genève, publie l'article " Hypertexte et le CERN ". J'insiste sur Genève : même si Internet est né aux Etats-Unis, l'invention de l'hypertexte, donc du Web, qui est à l'origine du développement fulgurant de l'Internet, est bien né en Europe. Tim Berners-Lee s'inspire en fait de Ted Nelson, artiste et informaticien visionnaire affligé d'un syndrome psychologique affectant les capacités d'attention. Nelson, qui perdait régulièrement le fil de ses pensées, imagina un logiciel l'aidant à pister les voies qu'empruntaient son cerveau. Il baptisa ce logiciel Xanadu, et, dans l'esprit de Ted Nelson, Xanadu était, dans la lignée de la vision de Borges, appelé à devenir une " bibliothèque universelle " où l'esprit pourrait naviguer à volonté.
Si le grandiose projet de Nelson, à qui l'on doit le terme " hypertexte " en 1965, ne s'est jamais réalisé, faute de moyens, l'hypertexte, lui, est bien vivant, puisqu'il est l'outil central du World Wide Web, qui abonde en liens hypertextes et établit des liens entre documents de toute nature, texte, image, son et vidéo, très éloignés géographiquement, linguistiquement et temporellement.
Et le Web, comme on l'appelle le plus souvent, a connu, grâce à la simplicité d'utilisation de l'hypertexte, un succès fulgurant, au point que sa taille doublerait tous les mois et demi et que le nombre de connectés est exponentiel : au rythme des nouvelles connexions, toute la population mondiale serait branchée sur Internet... en 2004 !
Le succès d'Internet et du Web est aujourd'hui tel que la tentation d'en tirer profit est irrésistible. Nous entendrons beaucoup parler dans les mois à venir de la guerre entre Microsoft et Netscape pour la maîtrise des logiciels de navigation sur le Web, du " conflit du terminal ", entre ordinateur multimédia et téléviseur intelligent, ou de l'émergence de systèmes rendant économiquement viables les transactions sur le réseau. Tout ceci ne représentent que les prémisses de la mercantilisation de l'Internet. Depuis 1995, la composante commerciale d'Internet croît plus vite que son noyau originel, attisant la crainte d'une " dénaturation " d'Internet. Tout le défi qui se posera aux internautes, dans le futur " âge des marchands ", sera de rester intelligemment présents dans la poursuite de la circulation du savoir sur les réseaux.
Je voudrai à présent dire un mot des enjeux
économiques, sociaux et culturels de l'Internet.
Vous avez aujourd'hui un débat qui consiste à se demander si on pourra faire de l'argent sur l'Internet. La réponse est oui, même si certains affirment encore en douter, surtout en France.
Je voudrais développer ici l'idée que la
migration des entreprises vers le commerce et la monnaie
électroniques, via Internet, est inéluctable.
(Transparent)
Dans dix ans, 20% des dépenses des ménages transiteront par Internet. Cette estimation faite fin 1996 par le cabinet Booz, Allen & Hamilton parait peut-être trop optimiste, mais qui aurait cru, en 1982-1983, que le Minitel allait donner naissance à un marché de plus de 9 milliards de francs de chiffre d'affaire annuel ? Internet se trouve aujourd'hui dans la situation de l'annuaire électronique d'il y a quinze ans.
La migration des entreprises vers le monde de l'Internet est inéluctable. Le raisonnement économique très simple, se fonde sur quatre éléments :
- flux d'information aboutissant à la décision d'achat (catalogues électroniques, téléachat... ) ;
- flux financiers ou monétaires de règlement de l'achat (monnaie électronique, télépaiement) ;
- flux administratifs liés à la réalisation de l'achat (EDI : édition de documents informatisés)
La seule exception à la dématérialisation des flux reste celle des flux physiques, c'est-à-dire l'acheminement des produits jusqu'au consommateur. Et encore, cette exception disparaît-t-elle pour les " marchandises délivrables par voie électronique " ce qui est désormais le cas de tous les produits constitués par de l'information (articles, livres, images, sons... ).
Dès lors, rien n'empêche d'envisager une rémunération " à l'acte ", où l'utilisateur paiera 5 centimes pour aller voir telle page de tel journal, 5 francs pour télécharger tel fichier important. Cent ou deux cent mille requêtes par jour comme en connaissent beaucoup de sites, facturées seulement 10 centimes, cela représente entre 4 et 7 millions de francs par an.
Ce qu'on appelle aujourd'hui " l'Intranet ", devrait se généraliser d'ici un an aux Etats-Unis puisque 92 % des entreprises du " Fortune 500 " bâtissent actuellement leurs Intranets. Il s'agit de la reconstruction, à l'intérieur d'une barrière supposée solide, d'un univers à l'image du Web et donc de l'utilisation dans l'organisation interne des entreprises et des administrations des technologies extraordinaires de l'Internet.
Les raisons de la mise en place d'Intranets sont simples : faire des économies de frais généraux (notamment en limitant, voire en supprimant l'édition et la circulation du papier en interne), et permettre ainsi à l'entreprise d'être très réactive à son marché en ayant en plus, des liens directs par l'Internet avec ses partenaires, fournisseurs, clients, prospects... que ceux-ci se trouvent aux Etats-Unis, en Europe ou ailleurs.
Ainsi les ordinateurs des boutiques Benetton enregistrent et transmettent en temps réel aux usines les caractéristiques des pulls ou des chemisiers les plus demandés. La firme attend le dernier moment pour les teindre et adapter sa production aux goûts de sa clientèle, facilitant, sur le modèle de Toyota, le développement flexible d'une " production de masse sur mesure ".
Faisons un peu de veille technologique (ou d'intelligence économique comme on dit aujourd'hui). Prenez le cas par exemple du Web d'Auto-by-Tel (http://www.autobytel.com), créé par un ancien concessionnaire de voitures. Ce service s'adresse pour l'instant à une clientèle sachant précisément ce qu'elle veut... ou ne veut pas et, notamment, avoir à faire à un vendeur commissionné sur la vente.
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Tentez l'expérience : vous faites votre choix pour une Nissan 7 cv, avec telle option, telle couleur. Vous remplissez à l'écran une demande de cotation de prix qui sera automatiquement envoyée dans la boîte aux lettres électronique du concessionnaire Nissan le plus proche de chez vous. Qui fait par ailleurs partie du réseau Auto-by-Tel. En retour, celui-ci vous proposera dans les 48 heures son "best price". Depuis sa création en mars 1995, près de 400 000 "purchase requests" ont ainsi été passés par Auto-by-Tel. 60 % des demandes de cotation ont donné lieu à une vente on line (comparée aux 20 % environ des visites en concession).
Ce service est gratuit pour le consommateur. Il est financé par les 1.500 concessionnaires du réseau Auto-By-Tel, qui payent chacun, pour en faire partie, 1.500 $/mois. L'intérêt pour le concessionnaire, c'est que dans le processus d'achat traditionnel, il doit dépenser en moyenne 400 $ de publicité locale pour vendre une voiture neuve. Sans compter la commission du vendeur.
Au total, 3 milliards de $ de chiffre d'affaires pour les concessionnaires ont transité par Auto-by-Tel en 1996. Auto-by-Tel ne va pas en rester là. Accord avec Carpoint (sur MSN de Microsoft : http://www.carpoint.msn.com) qui recense toutes les caractéristiques techniques, photos, etc... de toute l'offre de voitures neuves proposée sur le territoire américain (900 voitures tous fabricants confondus). Ce qui permettra à Auto-by-Tel de toucher une nouvelle couche de clientèle moins informée sur le marché de la voiture. Ces acheteurs potentiels auront là toute la documentation nécessaire, toujours à jour... et feront ensuite leur demande de cotation.
Par ailleurs Auto-by-tel passe des accords avec des financiers (offre de crédit et de leasing on line), des grands revendeurs de voitures d'occasion, etc...
Bref, le " one stop shopping " est en train de naître. Le consommateur peut non seulement acheter sa voiture, mais aussi la financer, et l'assurer de la même façon : grâce à quelques coups de clics sur sa souris. Alors que pour faire la même chose dans le monde traditionnel, il devait rendre visite à pas moins de 3 intermédiaires : sa banque, la concession automobile, son assureur... Sans compter l'Administration locale chez nous pour obtenir l'immatriculation de son véhicule et les " papiers " correspondants nécessaires.
Gain de temps, donc gain d'argent : rien que pour cela, le consommateur américain sera de plus en plus incité à prendre une connexion à l'Internet.
Qui plus est, certaines entreprises américaines, ayant une " vision " encore plus éclairée que d'autres, profitent de ce " reingeneering généralisé " pour tenter d'organiser sous leur ombrelle des marchés entiers. Cas par exemple de General Electric avec BusinessPro/Webtrade (appel d'offres en ligne), d'IBM avec PetroConnect, Integrion, etc...
Des communautés électroniques vont se créer au niveau mondial, sous la houlette d'une banque, d'un opérateur de télécommunications, d'un éditeur de logiciels, de presse, ou de nouveaux venus... de nouveaux intermédiaires....
Bref, l'Internet va accélérer le mouvement de globalisation et modifier en profondeur nos systèmes économiques.
Et les " capitaines d'industrie " d'aujourd'hui risquent d'avoir de sérieux problèmes s'ils ne s'adaptent pas rapidement.
L'Internet remet en effet les pendules à l'heure : tout le monde se retrouve sur la ligne de départ. Dans l'absolu et toutes choses égales par ailleurs, la grande banque new-yorkaise ou londonienne a autant de chance de survivre au début du troisième millénaire que la petite société créée par trois galopins dans un garage en Californie pour organiser sur l'Internet en temps réel le marché financier mondial.
Prenez le cas par exemple de Lombard Brokerage Inc (http://www.lombard.com), un "discount broker " de San Francisco qui fait déjà 55% de son chiffre d'affaires sur l'Internet, et qui offrira aux Européens dans les mois à venir, l'achat et la vente d'actions d'entreprises cotées sur nos places boursières.
(Transparent)
Les boursicoteurs français iront donc acheter/vendre leurs actions de France Telecom sur le site de Lombard. Ils y seront incités car le coût de l'achat/vente sera moins cher qu'ailleurs. Actuellement en effet, le " fee " demandé par Lombard pour un achat de 2.000 actions d'une entreprise comme IBM est de l'ordre de 15 $ (contre 900 $ pour une banque américaine traditionnelle).
Dans deux à trois ans, le responsable de Lombard m'a expliqué qu'il ne demandera plus aucun frais de courtage. Le trading sera gratuit. Le chiffre d'affaires de Lombard sera basé sur les revenus publicitaires (du fait du trafic de plus en plus important constaté sur le site : quelques centaines de milliers de hits/jour dès aujourd'hui) et sur la gestion du float correspondant aux encours des comptes de leurs clients...
Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de le constater mais
les dîners en ville sont un enfer dès que vous avez le malheur
de dire que vous vous interessez à Internet. Voici quelques syndromes
parmi d'autres de l' "internophobie " avec des arguments
définitifs pour pouvoir terminer tranquillement votre
dessert.
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| " Syndrome Dutroux " | Internet favorise la pédophilie. Les pédophiles font du racolage sur les newgroups, s'échangent des adresses et des images. | Les pédophiles, tout comme les néo-nazis et les terroristes, n'ont pas attendu Internet pour prospérer. Internet permet d'ailleurs d'arrêter les pédophiles. En 1995, au Royaume-Uni, avec l'opération " Starbust ", la police a démantelé un réseau de pornographie enfantine. |
| " Syndrome Playboy " | Les internautes s'intéressent surtout aux messageries roses et aux sites érotiques. | Le sexe fait partie des " usages " grâce auxquels une partie des consommateurs se familiarise avec les services nouveaux. On l'a constaté pour le magnétoscope, la télé payante, le Minitel, le CD-Rom. |
| " Syndrome des canuts de Lyon " | Internet entraînera un processus de destruction/création d'emplois avec une certitude, c'est que les pertes d'emploi sont plus prévisibles que les gains, parce que le mouvement de destruction est déjà perceptible avec les délocalisations d'emploi et l'amélioration de la productivité des entreprises (les exemples de la télésaisie à Hong Kong, de Swissair télétraitant son système de réservation en Inde ou de Siemens faisant sa télémaintenance informatique aux Philippines, montrent bien que la brèche est déjà largement ouverte). | La plupart des économistes prévoient que le secteur de l'information sera le moteur de la croissance du XXIe siècle, comme l'automobile après guerre ou l'aéronautique dans les années 70. L'économie donnant de plus en plus de place aux services, au secteur tertiaire, l'information devient un quasi-facteur de production, (l' " économie immatérielle "). Internet va donner son élan au télétravail. L'Internet aurait créé dans le monde en 1996 1,1 million d'emplois, d'après le Livre Blanc du Global Internet Project créé par Jim Clark, President de Netscape. |
| " Syndrome EuroDisney " | Internet est un nouveau porte-voix pour le modèle culturel américain. C'est l'Internet vu comme cheval de Troie de l'impérialisme culturel américain. | Internet, réseau mondial, est aussi un outil de communication locale ou régionale. Notre langue est menacée, mais ni plus ni moins qu'elle ne l'a été dans notre histoire. On parlait français à la cour de Saint-Petersbourg. Dans le domaine de la culture, on peut se battre, mais pour les affaires, on ne défendra pas la langue en dressant des murs et en interdisant aux hommes d'affaires français de parler anglais. On défendra notre langue en la parlant un peu plus sur le réseau, pour montrer notre culture et non pour éviter de parler anglais. |
| " Syndrome du digital homeless ou du sans-abri numérique " | Internet accroît les inégalités entre " info-riches " et " info-pauvres ", c'est-à-dire entre ceux qui ont les moyens financiers et culturels de se brancher sur le réseau des réseaux et les autres. Il y a plus de téléphones à Manhattan que dans toute l'Afrique. | Internet est un formidable outil de développement culturel et scientifique. Grâce à ses groupes de discussion, ses archives publiques fournissant en ligne, gratuitement, des textes de référence, des images, des sons, Internet favorise la coopération intellectuelle et scientifique entre les pays du Nord, du Sud et de l'Est. |
| " Syndrome Gubler " | Internet spolie les auteurs en permettant à n'importe qui de publier des oeuvres protégées. | Internet fait découvrir de jeunes auteurs. Chacun peut publier ses oeuvres car le coût de mise en ligne est quasi nul. |
| " Syndrome Big Brother " | Internet permet d'établir des profils d'individus, de cerner ses centres d'intérêt grâce aux " magic cookies ", et de le pister dans ses moindres faits et gestes sur le réseau. | Internet facilite la vie quotidienne car il suffit de définir ses centres d'intérêt pour accéder à un journal personnalisé. Un peu d'astuce ou de cryptage permet toujours de déjouer les oreilles indiscrètes du réseau. |
| " Syndrome Bande à Baader " | Internet favorise la communication entre terroristes. La généralisation du cryptage, sous la pression des entreprises commerciales et des libertaires du réseau, ne fera qu'accentuer ce phénomène. | Internet peut aider à repérer les terroristes, en fonction des machines d'où ils émettent leurs messages. S'ils sont cryptés, ils pourront être déchiffrés sur demande des autorités policières ou judiciaires, car le principe du tiers de confiance va s'imposer. |
CFPP/27 mai 1997/Gbauche@aol.com
Les taux de pénétration de la micro-informatique
permettent une mesure assez fine de la perméabilité d'un pays
aux nouvelles technologies de l'information. Au petit jeu des chiffres, la
Suisse devance les États-Unis, avec 350 PC pour 1000 Helvètes
contre 325 micro-ordinateurs par milliers d'Américains. Puis viennent
les Australiens (275), les Norvégiens (270), les Danois (265). La
France du Minitel arrive bonne dix-septième derrière
la Belgique, et Singapour. La Finlande gagne la course au nombre de serveurs
(des ordinateurs directement connectés à l'internet), avec
plus de 500 unités par dizaine de milliers d'habitants. Les
États-Unis, finissent encore deuxième avec un peu plus de la
moitié du score scandinave (305). A cette aune, la France perd 3 places
et se retrouve vingtième, devançant de très peu
l'Italie, l'Espagne et la Corée du Sud. Ces résultats sont
évidemment décevants pour la quatrième puissance
économique mondiale qui revendique un siège au Conseil de
sécurité de l'ONU, un autre au G7, et le maintien
du Français comme langue de travail au sien de l'Union Internationale
des Télécommunications. Au delà de l'amour propre national
qui est égratigné par ces contre-performances électroniques,
c'est la question de l'avenir de ce secteur économique clé
qui est posé, alors même que France Telecom, Bull et Thomson
sont à vendre.
Les Français n'ont pas vu partir le développement du réseau Internet parce qu'en France, une politique nationale a donné la priorité au Minitel. Le Minitel a connu également un très beau développement, le parc actuel doit être de 7 millions de postes. Ce développement a fortement masqué la croissance du Web. Voilà donc le phénomène qui fait qu'en France, Internet n'est apparu qu'extrêmement récemment. Il a explosé un peu comme une bulle qui a affleuré dans un paysage Minitel devenu un peu saturé, un Minitel qui ne s'était pas développé dans les autres pays.
Je ne reviendrai pas sur ce qu'est le Minitel. Le Minitel a laissé croire au public qu'il était le vecteur quasiment monopolistique d'informations courantes, essentielles ou banales comme l'annuaire du téléphone, l'un de ses premiers produits, et plus récemment, des produits assez sophistiqués comme les réservations de places à la SNCF ou la possibilité de lire son compte de banque ou de procéder à de petites transactions, voire de commander à des sociétés de vente par correspondance.
Depuis douze ans, grâce au Minitel, les Français ont développé une culture de la télématique et acquis une expérience que les Américains n'ont pas. Il aura fallu dix ans pour que la population française apprenne le geste de fouiller dans le Minitel. Les étrangers (Américains, Japonais...) viennent en France remarquer ce phénomène de société : le Français moyen est habitué à chercher dans le Minitel. Cela a pris des années. Aucun pays étranger ne fait, à la même échelle que les Français, le geste de réserver son billet de train sur un Minitel. La France possède donc une culture technologique acquise par l'expérience du Vidéotex : elle est pour l'instant encore le premier pays dans le développement du commerce électronique (plus de 35% du chiffre d'affaires de la CAMIF passe par le Minitel ; la Redoute et les Trois Suisses atteignent les 20% ; l'ensemble de la VPC, 12,5,%. six millions de terminaux Minitel permettant l'accès à 23 000 services transactionnels produisant un chiffre d'affaires annuel de 7 milliards de francs).
De ce fait, en France, l'outil habituellement utilisé
dans les familles est plutôt le Minitel, alors que l'ordinateur, qui
a les mêmes capacités en plus puissant et qui peut se comporter
comme un émulateur de terminal d'accès au Minitel, est encore
très peu répandu. Le résultat, c'est que la France
connait un faible taux de pénétration de l'informatique " en
ligne ". L'existence d'une
télématique nationale freine en France l'engouement pour Internet.
Utilisant déjà le Minitel, les Français ressentent
moins que les autres le besoin de se connecter à d'autres
réseaux au moyen de micro-ordinateurs encore coûteux (il
faut compter 8 000 FF pour une machine communicante de bonne qualité).
Pour ces raisons, seulement 15% des foyers français sont
équipés d'un micro-ordinateur, contre 28% des allemands, et
35% des américains. Alors que six millions et demi de Minitels sont
en service dans l'hexagone, seuls un million de modems - indispensables pour
permettre à un micro-ordinateur de télécommuniquer -
équipent les PC et Macintosh français. Fin 1996, la France
comptait quatorze millions d'utilisateurs du Minitel pour un nombre
d'utilisateurs d'Internet d'au plus 500 000 personnes (350 000 dans les
entreprises et 150 000 particuliers).
Les habitudes minitélistes, le coût excessif des communications en comparaison de la quasi-gratuité des communications locales américaines et la domination de la culture anglo-saxonne contrarient l'expansion d'Internet dans l'Hexagone. Or Internet attire un million de nouveaux utilisateurs chaque mois dans le monde. Au Canada, le nombre de " sites Web " double chaque trimestre.
Celui qui n'est pas connecté risque d'être
évincé de la compétition
économique. Cela s'est produit dans le milieu
de la recherche au début des années 90 et c'est le cas à
présent dans l'entreprise.
L'utilisation d'Internet est une pratique
courante dans le monde américain des affaires: plus de 70 % des
patrons américains ont accès à Internet et ont ouvert
un accès aux salariés travaillant sous leur responsabilité
(étude Dataquest).
Il y a encore un an, quand on recherchait " vin de Bordeaux " sur Internet avec des moteurs de recherche, on trouvait à la vente du vin californien ou australien, mais il n'y avait aucun vin français disponible. Le retard de la France dans sa présence sur Internet se traduisait par un handicap de présence commerciale, de vitrine industrielle sur le Web. Ce retard est en voie de correction. A présent, quand vous cherchez du vin de Bordeaux, vous en trouvez, à vrai dire encore très peu, sur le Web.
(Transparent)
En ce qui concerne les grandes entreprises, prenez le cas du
secteur automobile. Je me souviens que dans les premiers groupes de travail
sur le multimédia auxquels je participais en 1995, les responsables
de la communication de Renault ou Peugeot disaient " Ce n'est pas
sérieux, ce n'est pas ma politique de communication ". Aujourd'hui,
Renault est sur le Web parce que Peugeot y est allé un peu avant et
parce qu'en l'absence de Renault sur le Web, tout le monde y parlait de Renault,
mais pas forcément de la manière dont Renault l'aurait
souhaité. C'était la même chose pour les banques. Il
a fallu qu'une petite banque, le Crédit Mutuel de Bretagne, se lance
pour que le Lyonnais, le CCF, Paribas et les autres suivent.
On est pourtant loin du compte. Les sites français restent des sites-vitrines.
Prenez la vente par correspondance. Les sociétés de ce secteur avaient déjà été échaudées par une grève historique de la poste qui avait incité les Trois Suisses et la Redoute à aller sur le Minitel. Aujourd'hui, les vépécistes vont sur Internet, mais ils y vont mal. Ils n'y vont pas de façon ordonnée. Ils y vont avec des moyens lourds parce qu'ils mettent en ligne leur catalogue papier. Vous connaissez les catalogues de VPC : ils sont gigantesques. Si vous les mettez tels quels sur le Web, personne n'aura jamais la patience de les feuilleter car on ne feuillette pas un document sur le Web de la même façon que sur papier. C'est ce que j'appelle le Web-vitrine.
C'est pour cela qu'il est frustrant de visiter les sites des entreprises sur le Web. Si vous avez déjà fait l'expérience de visiter les sites Web des grandes compagnies françaises, qu'y avez-vous trouvé ? Des Web-vitrines avec le mot du Président, le rapport annuel, une liste de produits, un bel organigramme, le tout en multimédia avec logo animé. Et après ? Avez-vous trouvé un réel service ? Dans le meilleur des cas, il y a une boutique, mais avez-vous trouvé les vendeurs, et où est la caisse ? C'est ce que j'appelle le " commerce interruptus " : aucune interactivité, rien ne se passe.
L'intérêt d'un catalogue est de déclencher un acte de vente. Si vous n'offrez pas en même temps l'information sur le produit et la possibilité de commander, vous perdez beaucoup de chiffre d'affaires. Pourtant, aujourd'hui, à l'instant où je vous parle, la possibilité de commander un produit via le Web existe, la technologie existe, elle suppose le cryptage des données sur Internet, l'identification sure des clients, de la même manière que certains Minitels sont aujourd'hui vendus équipés d'un lecteur de carte à mémoire. Le paiement de la commande sur le Web pose le problème de l'identification certaine de la personne qui commande avec un code d'accès et la possibilité de crypter le code pour qu'un tiers ne puisse pas l'utiliser.
C'est techniquement possible, mais on attend pour cela la sortie des décrets permettant la libéralisation de la cryptographie en France. La cryptographie, ou chiffrement, est la technique qui consiste à modifier un fichier de façon à le rendre illisible par les personnes auxquelles il n'est pas destiné. La cryptographie n'a rien de nouveau. Son histoire commence avec Jules César qui se défiait de ses messagers et codait ses messages en remplaçant la lettre a par la lettre d, le b par le e, et ainsi de suite. Seul celui qui connaissait cettre règle du " saut par trois " pouvait déchiffrer les messages de l'empereur. Aujourd'hui, grâce à la cryptographie, un message peut emprunter n'importe quel type de réseau, public ou privé, français ou étranger sans risque. Sur le trajet, une " oreille " peu scrupuleuse pourra lire le message mais il n'aura aucun intérêt pour elle : elle ne saura pas le déchiffrer.
Il faut savoir que jusqu'à l'année dernière,
notre pays était le seul, avec la
Turquie, l'Iran ou la Russie, à posséder une législation
contraignante sur la cryptographie. Tous nos partenaires autorisent
déjà le chiffrement. Nous vivons donc, encore aujourd'hui,
dans une " exception cryptographique " française, en attendant
que des décrets d'application de la loi sur les Télécoms
passée l'an dernier permettent de libéraliser effectivement
le régime de la cryptographie en France.
Face au rouleau compresseur américain, la vieille Europe paraît très en retard. Moins il est vrai dans les pays de l'Europe du Nord (Angleterre, Bénélux, Allemagne, Pays Scandinaves), beaucoup plus dans les pays latins (France, Italie, Espagne). Les décideurs européens (responsables d'entreprises, hommes politiques, etc...) n'ont pas encore pris pleine conscience du phénomène. Les Français en particulier. Pourquoi ?
La raison fondamentale est simple : les décideurs américains ont acquis au cours de leur cursus universitaire une culture " clavier " (ils savent utiliser un micro-ordinateur et sa souris, ils savent faire un couper-coller, ils ont utilisés le mail dans leur université, etc...), alors que leurs homologues européens en sont toujours à une culture "papier". Ces derniers n'utilisant pas à titre personnel ces nouvelles technologies, ne peuvent donc imaginer le monde qui arrive, et prendre les décisions et assumer les risques qui s'imposent. Mais, de toutes les nations occidentales, la France semble la plus réfractaire à la prise de conscience de ces enjeux. Il est vrai que la culture française, notamment celle des décideurs politiques (au sein des entreprises comme des administrations), reste profondément littéraire et juridique. La technologie est ignorée, souvent considérée comme d'essence inférieure.
Or la meilleure façon de comprendre, c'est encore d'utiliser soi-même la chose. De vivre avec.
Selon certaines études, 60% des cadres américains (dirigeants, hommes politiques) ont une boîte aux lettres électroniques sur l'Internet : le fameux email. En Europe, la proportion est probablement inférieure à 5%, avec de fortes disparités par pays, les membres de l'élite des pays de l'Europe du Nord étant plus utilisateurs de ce moyen de communication que ceux du Sud. En France elle doit être très faible... Peu de décideurs français utilisent ces moyens de communication, et même notre Président de la République ne savait pas ce qu'était un " mulot " il y a encore peu de temps...
Or, comme l'ont dit aux USA, sans email, vous êtes " no where ", un " digital homeless ", un " sans-abri numérique ". Autant mettre la clef sous le paillasson et arrêter vos affaires. L'email devient l'instrument privilégié du système économique américain, et va devenir celui de la vie sociale en général dans ce pays.
Cette différence de pratique et d'appétence pour ces nouvelles technologies de communication entre l'élite américaine et l'élite européenne en général et française en particulier, a...
La première conséquence : les dirigeants européens et français considèrent l'informatique et les télécommunications comme un centre de coût et, comme tout centre de coût, il s'agit d'en limiter l'expansion et les budgets.
A l'inverse, le dirigeant américain considère ces technologies comme un investissement, destiné, comme tout investissement, à créer de la richesse, de la valeur ajoutée et, en définitive, des emplois.
Vérification : une étude récente de Mc Kinsey montre qu'en 1994, les dépenses de logiciel et de services informatiques par salarié s'élevaient à 84 dollars dans l'industrie aux Etats-Unis, contre 54 en France et 67 en France.
La nuance est donc d'importance : l'élite américaine pense que ces nouvelles technologies de communication créent des emplois, l'élite française pense au contraire qu'elles tuent des emplois.
Or, une part non négligeable de la croissance constatée en 1996 aux Etats-Unis serait due à l'Internet, de même qu'une bonne partie des emplois qui ont été créés. Tout comme les limousines de Detroit dans les années 50, l'ordinateur et le téléphone sont devenus les moteurs de l'expansion américaine actuelle, au point que sur les trois dernières années, les technologies de l'information comptent pour plus du quart de la croissance (deux points sur les huit de gagnés entre 1994 et 1996). (Transparent)
Ce supplément de richesses a permis de donner une accélération à la fameuse " Job Machine " américaine qui fait rêver l'Europe. Selon Business Week, 9 millions de personnes sont aujourd'hui employées dans ces secteurs, soit 7 % des américains ayant un travail. La seule industrie du logiciel emploie désormais plus de salariés que l'automobile. Mieux encore, ce nouveau pan de l'économie bénéficie d'un climat si favorable que les salaires distribués y augmentent de 4 à 5 % par an : la révolution technologique est généreuse à la fois en croissance, en emplois et en salaires. E c'est précisément l'investissement des entreprises qui tire cette croissance du secteur. D'après les données fédérales américaines, les achats de matériels et de logiciels ont fortement augmenté à partir de 1993 (transparent) pour atteindre plus de 3,5 points de PIB en 1996, soit 250 Mds USD.
La seconde conséquence, c'est que les Américains risquent de bientôt organiser nos marchés :
Les consommateurs européens ne sont pas plus sots que les consommateurs américains. Ils se connecteront à l'Internet, avec d'ailleurs des terminaux de plus en plus simples d'emploi (décodeur Internet pour téléviseur, téléphones intégrant l'accès à l'Internet), pour profiter de ces nouvelles chaînes de valeur ajoutée.
Le tout à présent est de savoir qui va organiser ces chaînes en Europe.
Il est à craindre aujourd'hui que cela soit les Américains qui, de chez eux, (avec l'Internet c'est très facile) pourraient organiser nos propres marchés pour nos propres consommateurs. Les sociétés américaines qui lancent de nouvelles chaînes de valeur ajoutée, veulent investir la vieille Europe plus rapidement que l'an passé...
(Transparent)
Outre les exemples déjà cités, prenez le
cas de Vicinity (http://www.vicinity.com), qui réalise un système
de pages jaunes cartographiques (FindIt, MapIt, DriveIt), et dont Harold
J.Logan, le responsable, est actuellement en train de négocier un
accord avec notre IGN national pour lancer prochainement les pages jaunes
cartographiques de l'Ile-de-France... Trouver sur un site américain
le quincaillier de Boulogne-Billancourt pour acheter une clef de 8 : un comble...
Trois rapport récents auscultent le retard de la France sur l'Internet.
- Le rapport de février 1997 du Sénateur Pierre Laffite propose un constat sec : la France n'est finalement que la fille du Minitel et du pianotage à deux doigts et a manqué le train de la révolution numérique. Peu de propositions concrètes, plutôt des pistes d'action.
- Le rapport du député Patrice Martin-Lalande, d'avril 1997, présente 134 propositions avec un spectre large, de la réduction de l'impôt sur le revenu en cas d'équipement informatique familial, en passant par la création d'un intranet éducatif, jusqu'au soutien financier pour les communes désireuses de s'équiper en points d'accès publics au multimédia. C'est un rapport qui fait référence par la richesse de ses propositions.
- Le rapport en cours d'élaboration du Sénateur Trégoüet, doit être remis le 7 juillet prochain. Particularité notable, il fait appel aux internautes sur un site remis à jour hebdomadairement.
De la même façon que la IIIème République a promu en France l'instruction obligatoire et universelle au monde de l'écrit, il faudra des " hussards noirs du multimédia " pour acclimater les écoliers à l'univers numérique. Il nous faut un Jules Ferry de l'Internet. On dénombre en moyenne 1 micro-ordinateur pour 38 élèves. Pour atteindre le ratio de nos voisins, il faudrait multiplier le parc au minimum par trois.
Bien sûr, toutes les avancées dans la pédagogie interactive ne remplaceront jamais l'appêtit pour le savoir, qui reste l'enjeu fondamental de toute ambition éducative. Mais l'accès dès l'école primaire à des enseignements sous une présentation multimédia (via les CD-ROMS ou via Internet), aiderait à familiariser les élèves à l'accès interactif à l'information. Cet accès réduira le risque " d'analphabétisme fonctionnel " auquel expose l'élévation continue du niveau de connaissances requises pour vivre en accord avec les conditions de la vie moderne.
Plus ambitieusement, et quand bien même l'interactivité ou toute autre avancée dans l'acquisition ludique de connaissances ne dispenseront jamais de l'apprentissage des bases d'une culture solide ou du travail personnel, cet accès permettra de démocratiser de nouvelles pratiques culturelles auprès des jeunes générations.
Plus utopiquement enfin, la pratique du multimédia ou des réseaux à l'école, par sa capacité à faciliter chez les élèves une mémorisation à la fois textuelle, visuelle et auditive, pourra aider à transformer les actuels " exclus de l'écrit " en " élus de l'écran ".
Mais, au-delà des réflexions en cours dans l'Education
nationale et à la Culture en vue d'éviter
l'apparition d'un clivage entre les
connectés et les délaissés, les " haves "
et les " have nots ",
a - L'Etat utilisateur. L'administration française traite de l'information : c'est son métier. Il serait donc paradoxal qu'elle ne s'équipe pas elle-même des outils les plus performants en ce domaine :
- A chaque agent volontaire sa station de travail en ligne et son adresse électronique. Utopique il y a quelques mois, cette orientation paraît aujourd'hui réaliste à moyen terme, sur la base du volontariat des agents. L'ordinateur relié aux réseaux de données est à présent aussi indispensable que le téléphone ou le fax quand les entreprises privées et les autres administrations (FMI, Banque mondiale, OCDE), s'équipent en masse.
- Des intranet administratifs. Déjà répandu dans les entreprises privées, ce réseau Internet sécurisé contre les agressions informatiques, qui relierait les administrations entre elles (centrales et services décentralisés), est indispensable pour lutter contre les cloisonnements administratifs et rétablir entre les directions administratives des relations de travail plus horizontales.
b - L'Etat pourvoyeur
- L'Etat pourvoyeur de contenus. Nul n'est censé ignorer la loi. Les ressources offertes par Internet (hypertexte, instantanéité de la communication) pourront redonner sens à cet adage juridique maltraité par l'inflation normative. Or nombre d'informations publiques diffusées gratuitement aux Etats-Unis (budgets détaillés et rapports d'activité des agences américaines, textes officiels, lois en discussion, une profusion de statistiques sur nombre de sujets, le texte intégral des publications du Government Printing Office, équivalent français de La Documentation française, des Journaux officiels et de l'Imprimerie nationale), sont payantes en France. L'administration doit donc augmenter le nombre de services au public sur Internet : corpus légal et réglementaire, renseignements fiscaux et douaniers, statistiques et autres... La générosité administrative est payante sur Internet : les économies engendrées, en simplifiant la vie quotidienne des citoyens, seront supérieures au manque à gagner.
Les grandes uvres du domaine public français devraient être numérisées et délivrées électroniquement sur Internet, à l'instar du " projet Gutenberg " (500 bénévoles américains ayant pour objectif de mettre en libre accès sur Internet 10 000 livres du domaine public anglo-saxon en 2001). C'est en fournissant gratuitement ces uvres dans leur version originale que l'on parviendra à faire rayonner la culture française. Avec près de 70 000 titres libres de droits - sur 100 000 en cours de numérisation - la Bibliothèque nationale de France est à la tête d'un immense capital de textes. Elle pourrait, dans l'optique de service public qui est le sien, mettre ces livres en libre accès sur le réseau.
- L'Etat pourvoyeur de services au public
- Mise en place d'un " guichet administratif unique ", c'est-à-dire d'une interface commune à des administrations différentes qui apparaîtront sur Internet comme une entité commune. La mise en place d'un " réseau virtuel administratif " pour les créateurs d'entreprise est une priorité afin de leur permettre de réaliser en une seule opération l'ensemble des opérations administratives nécessaires à leur démarche. La généralisation des possibilités pour l'administration d'émettre des actes individuels (permis de construire, passeports, permis de conduire... ) ou des duplicatas de titres d'état-civil est également une piste à explorer rapidement sur la base d'expérimentations-pilotes dans les collectivités locales. L'Internet est le moyen idéal pour harmoniser et simplifier les procédures administratives, supprimer les errances hasardeuses des citoyens d'un guichet physique à un autre, rompre avec les complexités d'administrations éclatées ou mal coordonnées et fournir une réelle permanence du service.
240 milliards de francs par an, c'est le prix du temps perdu par les Français pour remplir des formulaires, faire la queue à la préfecture ou à la Sécu... Aux États-Unis, ce temps public, mesuré plus finement depuis dix ans, est évalué à 6,6 milliards d'heures, soit un coût de 150 à 350 milliards de dollars. Au total, l'addition s'élève à 10 % du PIB américain, contre 3 % en France.
- Mise en place de téléprocédures en matière de marchés publics. Dans ce domaine, Bercy joue un rôle important par ses propres achats mais aussi par le rôle prescripteur de la Commission Centrale des Marchés. La généralisation dans un premier temps de la publication des appels d'offre et des avis d'attribution sur serveurs électroniques, puis dans un second temps la possibilité de recevoir les propositions des entreprises par la même voie permettra d'accélerer les délais d'examen, de diminuer les coûts et d'accroître la transparence. C'est pour ces motifs que l'administration fédérale américaine impose, sous le concept d' " electronic commerce ", la généralisation des téléprocédures en matière d'achats publics.
CONCLUSION :
L'Internet représente pour l'administration française deux grands défis.
Premier défi, d'ordre technique : il consiste à s'assurer que les questions de vitesse et de connectivité entre les réseaux sont prévues dans les systèmes déjà en place, et que ces systèmes peuvent sans problème passer à une plus grande échelle.
Le deuxième défi, d'ordre diplomatique, consiste à créer un cadre international qui soit stable, compétitif, prospectif et sensible aux questions d'équité sociale que pourraient entraîner des changements rapides.
À l'évidence, des liens existent entre ces deux éléments. Toutefois, je crois que le grand défi, et peut-être le plus difficile, sera de mettre au point un cadre international satisfaisant.
Certains proposent une solution élégante aux problèmes associés au cadre d'une infrastructure d'information mondiale ; ils disent aux gouvernements de ne pas s'en mêler. Leur message dit en substance que le gouvernement n'a pas de rôle à jouer dans le cyberespace ; ils prétendent que ce type d'intervention est voué à l'échec, et que la technologie, libertaire de par sa nature, contournera, évitera et, de façon générale, déjouera les tentatives maladroites des bureaucrates pour la réglementer.
Je vais peut-être vous surprendre si je vous dis que je sympathise énormément avec ce point de vue. Dans le monde dynamique des technologies de l'information, l'approche minimaliste - où le gouvernement fait le serment d'Hippocrate : " dans le doute, abstiens-toi " - est celle qui marche le mieux.
Mais il serait faux de prétendre que les technologies des communications ne sont que des produits génériques sans retombées importantes pour les individus, les cultures, les sociétés et les nations.
À mon avis, les technologies de communication de l'information sont en passe de réorganiser en profondeur les industries et les sociétés à une échelle sans précédent depuis la révolution industrielle. Il n'est donc pas surprenant que les gouvernements examinent les conséquences de ces changements, notamment dans les domaines de l'emploi, de l'économie et de la souveraineté nationale. En tant que citoyens et contribuables, nous serions choqués de voir le gouvernement rester impassible dans de telles circonstances.
Qui plus est, il arrive que des occasions se présentent d'élaborer une politique gouvernementale éclairée qui facilite le changement et l'adaptation. Je citerais ici l'exemple du gouvernement américain, dont l'encadrement judicieux de la métamorphose de DARPA-net a marqué une étape mémorable dans l'industrie. On peut dire que ces décisions précoces ont mené à la création de l'Internet.
Notre grand problème, c'est que nous n'avons pas encore fait l'acte de foi nécessaire pour pleinement exploiter les nouvelles technologies.
Ceci m'amène à un point fondamental : pour réussir la transition à une administration qui soit rompue à la technologie, il faut en faire une priorité au niveau de la gestion.
À mon avis, seulement environ 10 % de l'effort est d'ordre technique ; le reste du travail se fait en arrière-plan et tient à la culture organisationnelle, aux priorités en matière de ressources humaines et aux procédures opérationnelles.
Et, franchement, la résistance la plus forte viendra des niveaux supérieurs de l'organisation. Les jeunes agents s'adaptent facilement à la technologie et, si on sait les mettre à contribution, peuvent être des moteurs du progrès et de l'innovation technologique. Les grisonnants, toutefois, peuvent faire problème. Mais remarquez-bien que je ne dis pas qu'ils sont désuets.
Comment surmonter leur résistance ? L'éducation requise devrait porter non seulement sur les utilisations des nouvelles technologies, mais sur ce qui est nécessaire pour gérer les gens dans un nouvel environnement moins hiérarchique.
Il y a aussi la diffusion de l'information au public. Même aujourd'hui, les gouvernements voient l'information comme une source de pouvoir qui a de la valeur dans la mesure où elle reste secrète. Cette notion est culbutée par le concept du " pouvoir mou ".
En utilisant ce pouvoir, on peut dicter les conditions du débat et accroître notre influence en partageant l'information. Cela signifie d'engager le public et la communauté internationale dans des discussions et un débat permanents beaucoup plus que cela n'a été le cas dans le passé.
Enfin, il y a le principal défi auquel sont confrontées toutes les bureaucraties, - passer de la gestion verticale à la gestion horizontale des enjeux transversaux. Bon nombre de bureaucraties, surtout celles des gouvernements, ont une approche très schizophrénique des technologies de l'information. Elles veulent profiter des avantages d'une meilleure circulation de l'information, mais elles hésitent à la permettre dans la pratique.
Certaines auraient tendance à vouloir recréer dans leur espace virtuel la Grande muraille de Chine ou une Ligne Maginot électronique... Je suis convaincu qu'à l'instar de leurs prédecesseurs malheureux, de tels murs deviendront eux aussi désuets. INTERNET : PRESENTATION, ENJEUX ET INTERETS POUR L'ADMINISTRATION FRANCAISEIntroduction :1 - Un sujet insaisissable et paradoxal2 - Quelques ordres de grandeur3 - Toute l'économie américaine amorce aujourd'hui sa réorganisation autour d'Internet4 - Cette lame de fond pose de vrais défis à la FrancePRESENTATION D'INTERNET PAR L'EXEMPLE1 - Web et Net-surfing2 - E-mail et forumsI - L'AMORCE D'UNE NOUVELLE REVOLUTION INDUSTRIELLE DONT LES ENJEUX ECONOMIQUES, SOCIAUX ET CULTURELS SONT A LA FOIS CONSIDERABLES ET IMPREVISIBLES A - L'AMORCE D'UNE NOUVELLE REVOLUTION INDUSTRIELLE1 - Une explosion du nombre de connectés2 - Les trois âges de l'Internet, où comment l'esprit vint aux ordinateursa - 1er âge : 1957 - 1971- L'ère des militaires et de l'ARPANETb - 1972 - 1988 - L'époque des "Mandarins" c - 1989 -1996 - Le temps des "Mordus" et du WebB - Des enjeux considérables dont on mesure mal encore la portée1 - Les enjeux économiques et financiers : une migration inéluctable des entreprises vers le monde de l'Interneta - dématérialisation des fluxb - émergence de systèmes rendant économiquement viables des micro-transactionsc - "recalibrage des niveaux de productivité"d - émergence du concept du "one stop shopping"2 - Les enjeux culturels et sociaux : que faut-il penser d'Internet ?II - UN RETARD FRANCAIS QU'IL SERA DIFFICILE DE COMBLERA - Un retard paradoxal qui devient inquiétant :1 - Des atouts que la France ne parvient pas à valoriser 2 - A l'heure de la globalisation de l'économie, ce paradoxe rend la situation française vulnérable a - Quelques exemples montrant l'étendue des problèmes à résoudre pour que l'Internet devienne une véritable place de marché en France b - Des racines culturelles profondesc - Deux conséquences négatives B - QUELLE STRATEGIE POUR L'ETAT EN FRANCE ?1 - Le premier rôle pour l'Etat, ce sera évidemment l'éducation2 - Plus généralement, l'Etat peut créer en France un environnement favorable à l'usage de l'Internet.(CFPP/27-V-1997 Gbauche@aol.com)