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A quoi servira internet dans l'administration?

accuail internet

2 pages

par Jean-Paul Baquiast et Philippe Baron

13-4-99

Au fur et à mesure que les mois vont passer, de plus en plus de gens s'interrogeront sur les résultats du programme d'action gouvernemental pour la société de l'information, appliqué à l'administration. L'on voudra faire des bilans et des évaluations.

Certains de ces bilans, dont certains sont déjà d'ailleurs en cours de réalisation, se limiteront au plus facile : nombre d'agents connectés, de sites webs ouverts, de formulaires et procédures dématérialisées, de documents mis en ligne, de réponses apportées aux questions posées dans les forums, etc.

Mais il ne faudra pas se restreindre à cela. Il faudra évaluer les apports du travail en commun, de la réorganisation des méthodes de travail, de l'augmentation de la compétence et, disons-le, du plaisir à travailler des agents, permis par le déploiement d'Internet.

Ce genre de question oblige à dépasser le point de vue technique pour se donner une vue globale du rôle de l'administration et de son aptitude à remplir ce rôle. Hervé Serieyx, dans un interview récent à France Inter (sur son dernier livre, " Il faut reprendre la Bastille " dont l'éditeur n'a pas été indiqué), déplorait que les administrations territoriales de l'Etat n'aient pas encore assez pris l'habitude de travailler en commun dans les départements et les régions. Il comparait les résultats de ce travail, quand il a pu avoir lieu grâce à quelques directeurs innovants, avec ce qui se passe là où persistent les vieilles routines. Il suggérait des indicateurs globaux mettant ces résultats en évidence, par exemple nombre d'emplois ou d'entreprises crées. Mais il n'insistait pas particulièrement sur le rôle d'Internet pour la mise en réseau des administrations et la facilitation du travail en commun. C'est qu'il s'agit là de phénomènes encore peu répandus, et donc peu étudiés, surtout de la part d"observateurs sans doute peu familiers d'Internet.

Dans un esprit différent, Yves Cannac, ancien président de la Cegos et expert du Medef, insiste dans un rapport de l'Institut de l'Entreprise sur la nécessité de réduire le montant des dépenses publiques (54% du PIB en 1997). Il constate que ce coût ne diminue pas en France, voire s'accroît, contrairement à ce qui se passe dans les autres pays du G7. Il déplore que manquent les moyens du contrôle parlementaire et politique sur ces dépenses, et sur leur bien-fondé. Ceci oblige, selon lui, à s'interroger, sans beaucoup d'éléments de réponse, sur la fonction économique de la dépense publique, et sur ceux qui en bénéficient. L'investissement et la croissance économique en profiteraient moins que les revenus des fonctionnaires.

Même si ces deux points de vue nous paraissent un peu hâtifs, et sans doute d'une inspiration trop libérale, voire " patronale " au sens combatif du terme, nous ne pouvons éviter de répondre aux questions posées: non seulement chercher à savoir où vont les dépenses publiques, et quelles sont leurs retombées économiques, mais aussi si une meilleure organisation du travail par Internet peut ou non diminuer les coûts ou améliorer les résultats des administrations. Pour répondre à de telles questions, il faut éviter les points de vue dogmatiques, mais s'appuyer sur des expérimentations et sur des mesures de terrain. Ce sont celles-ci que nous voudrions suggérer maintenant.

Dans l'esprit des évaluations réalisées par diverses administrations étrangères (voir l'excellent travail fait par Bruno Oudet pour le Commissariat général au Plan " http://www-leibniz.imag.fr/PLAN ", notamment la partie consacrée aux Reinvention labs américains NB: la deuxième partie de ce travail est en cours d'élaboration, et sera publiée progressivement par le Plan), il serait tout à fait possible d'organiser un concours entre un certain nombre de services déconcentrés de l'Etat et de collectivités locales, dans un certain nombre de départements pilotes, afin de mesurer les résultats produits par une utilisation aussi inventive que possible du travail en commun par Internet - en dehors ou en complément des attributions spécifiques de chacune des administrations.

L'on définirait un certain nombre d'objectifs quantitatifs ou quantitatifs-qualitatifs permettant de mesurer les résultats de ce travail. Cela pourrait être, pour chaque département :

Cette liste n'est évidemment pas limitative. Elle devrait faire en fait l'objet d'un travail très attentif, afin de prendre des indicateurs significatifs de ce que l'on cherche : l'amélioration en profondeur du travail administratif et la mise en évidence de ses résultats. Une étude en commun de ces indicateurs, avec des entreprises publiques ou privées des départements pilotes serait utile.

Il serait intéressant également d'associer l'opération à la mise en place d'observatoires locaux de la qualité des services publics, tels qu'envisagés par exemple dans les Cahiers de doléances et de projet.

Pour participer utilement à ce type de concours, les administrations de l'Etat devraient être encouragées par leurs tutelles à prendre des initiatives. Les difficultés, notamment d'ordre réglementaires, qui pourraient gêner ces dernières, devraient être traitées en souplesse, par exemple sous forme d'autorisations provisoires à déroger aux textes bloquants. Ceci signifie qu'un accompagnement par les Pouvoirs Publics, sous l'autorité d'un ministre à désigner, serait sans doute indispensable.

http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/internet/aquoiser.htm