Lédition 1997
Réalisée sous la direction de Daniel Kaplan
En collaboration avec
Laurent Giraud et Hervé Leduc
Avec le concours de
Pierre Huet
Henri de Maublanc
Et le soutien critique du Conseil dAdministration de lAFTEL
LES PROPOSITIONS DE LAFTEL
1- QUELLES SONT LES PRIORITÉS ?
Une part significative des recommandations que lAFTEL, comme la plupart
des professionnels, formulaient en 1995 a été suivie
deffet.
Les enjeux que représente lInternet, notamment pour les entreprises,
nous semblent toutefois exiger une mobilisation encore plus grande de la
part des acteurs économiques comme des pouvoirs publics.
1.1- Les priorités
Cest avant tout à partir des entreprises que se développera
lInternet. La pénétration de lInternet dans le
grand public est positive, mais elle est aujourdhui moins importante
pour notre pays quun développement fort et rapide de la pratique
de lInternet dans nos entreprises :
-
en interne, parce quIntranet et Internet contribueront à rendre
nos entreprises plus réactives, plus productives, plus ouvertes sur
leurs clients et leur marché, en résumé plus
compétitives ;
-
en direction de leur environnement (clients, administrations, fournisseurs,
partenaires...), en mettant à profit les différents outils
mis à disposition sur le réseau pour mieux servir, mieux vendre,
sinformer et informer, agir plus vite, communiquer moins cher...
Une action dincitation à léquipement des particuliers
en micro-ordinateurs communiquants ne serait bien sûr pas négative,
mais elle ne nous semble pas prioritaire. Ce qui retient le public, ce
nest pas le coût des micros (qui baisse dailleurs), mais
labsence dhabitude (laquelle sacquerra avant tout au travail)
et de besoin, ainsi que le coût des communications et des services.
Sil y a un effort à fournir en matière de prix, cest
sur ces derniers points quil doit porter.
Pour lentreprise, mais aussi pour les particuliers, lInternet
ne se limite pas à la Toile. Linsistance médiatique sur
le " Web " (ainsi que lémergence de terminaux
dédiés au Web) ont un impact négatif sur lInternet,
car elle en masque la vraie nature : un réseau à vocation
universelle, " le téléphone de lordinateur ".
Il est encore plus important de développer la pratique du courrier
électronique que laccès à la Toile : le courrier
électronique est lune des " killer
applications " qui va permettre le développement du
réseau (le sexe et les annuaires sont deux autres candidats
crédibles à ce statut non exclusif). Il nous semble avoir vocation
à devenir lune des composantes du " service universel "
des télécommunications.
En matière de commerce électronique, lurgence ne consiste
pas nécessairement à ce que toutes nos entreprises se mettent
à vendre sur le réseau. Il faut bien sûr tester, apprendre,
développer notre présence dans les systèmes
dintermédiation commerciale et financière sur les
réseaux. Mais aujourdhui, les utilisateurs cherchent surtout
des informations, des contacts, des services pour conclure ensuite,
hors ligne. Au-delà de la vitrine, mais peut-être en
deçà de la vente, cest dans les " catalogues
intelligents " et dans le service client quil faut investir de
manière rapide et massive...
... Mais dans quelle langue ? Parmi les multiples arguments invoqués
pour expliquer le manque dappétence des français vis
à vis de lInternet, celui de la langue nous semble insuffisamment
mis en avant. Les consommateurs français ne se rendront pas en masse
sur une place de marché dans laquelle on ne parlerait presque toujours
quAnglais. A linverse, les entreprises françaises
nélargiront pas leur marché si elles ne parlent pas
dautres langues. Un effort prioritaire doit être consenti pour
favoriser le développement, sur la Toile notamment, dune offre
de services dorigine française, au moins bilingues.
1.2- Quatre grandes orientations
Considérant ce qui précède, lAFTEL suggère
que laction des pouvoirs publics, comme des acteurs économiques,
sorganise autour des quatre priorités suivantes :
-
Favoriser laccès à lInternet des entreprises et
des particuliers
-
Soutenir activement la création de produits, services et contenus
français et européens
-
Clarifier le régime juridique des accès et des communications
sur lInternet
-
Faire progresser, par lusage des réseaux, la modernisation de
létat et la valorisation du patrimoine culturel français
2- LES QUATRE ORIENTATIONS PRIORITAIRES DE LAFTEL
Parmi les propositions formulées ci-dessous, certaines reprennent
nos priorités de 1995. Dautres ont reçu un début
dapplication. Notre objectif est à la fois dencourager
à poursuivre les efforts accomplis et de suggérer quelques
nouvelles pistes.
2.1- Favoriser laccès à lInternet des entreprises
et des particuliers
Recommandations aux pouvoirs publics
-
Rapprocher loffre de prestations de courrier électronique du
" service universel " des télécommunications :
-
en permettant aux opérateurs de service universel, comme à
leurs concurrents (et dans les mêmes conditions) de proposer des offres
à leurs abonnés ;
-
en ouvrant aux concurrents des opérateurs de service universel, au
coût marginal, un accès à la base dabonnés
des opérateurs pour proposer de telles offres ;
-
en rendant possible linscription automatique et gratuite de ladresse
électronique dans lannuaire universel, et lécriture
de messages à partir des annuaires électroniques ;
-
en envisageant la création dun numéro particulier,
tarifé en dessous du prix des appels locaux, accessible à tous
les opérateurs et limité à léchange de
courriers électroniques.
-
Encourager la baisse des prix des services de télécommunications
(et tout particulièrement : des liaisons spécialisées
et des communications locales), grâce à une concurrence de plus
en plus vive, notamment :
-
en facilitant laccès des entreprises aux réseaux
" alternatifs ",
-
en autorisant la téléphonie sur le câble.
-
Accélérer léquipement des lieux publics
denseignement, de documentation et de recherche en accès Internet.
Cette politique doit saccompagner dune véritable formation
et information des personnels, sans quoi les " prises Internet "
resteront, comme cest souvent le cas aujourdhui, inexploitées.
-
Favoriser, dans lattribution des aides au conseil (FRAC), les projets
Internet et Intranet.
Recommandations aux acteurs économiques
-
Transformer lactuel Kiosque Micro en un véritable " Kiosque
Internet " grâce auquel les utilisateurs occasionnels pourraient,
sans nécessairement payer un abonnement :
-
accéder , après identification, à lensemble de
lInternet (possible sur le 36 01 15 15, cette forme daccès
na fait lobjet daucune promotion, notamment du fait des
faibles performances actuelles du réseau) ;
-
accéder directement, sans avoir à sidentifier, à
des services au format html, ceux-ci pouvant éventuellement
bénéficier de formes de rémunération de type
Kiosque (au temps et/ou à lacte).
-
intégrer dans ce " Kiosque Internet " laccès
aux services Télétel et TVR, et à terme fusionner tous
les réseaux daccès en un seul, le réseau se chargeant
de reconnaître le terminal appelant et de sadapter à ses
capacités.
-
Multiplier les offres de connexion aux entreprises de toutes tailles, dans
des conditions de prix et de performances améliorées :
-
accès via des liaisons spécialisées, dont le
prix en France doit baisser de manière très significative ;
-
accès Numéris, dont les avantages en termes de débit,
mais aussi de rapidité détablissement des communications,
peuvent en faire un puissant vecteur de développement de lInternet
;
-
accès hertziens et satellitaires ;
-
accès via les réseaux câblés...
2.2- Soutenir activement la création de produits, services et contenus
français et européens
Recommandations aux pouvoirs publics
-
Aligner la TVA sur les services en ligne de presse et dédition
sur le régime normal appliqué pour ces activités (2,10%
et 5,50%), sous réserve bien sûr que les services proposés
soient de même nature. Le taux de 20,6% est pénalisant pour
les consommateurs et conduit à des incohérences croissantes,
par exemple lorsquune même édition est vendue sur
différents formats. Rappelons que certaines agences de presse (Reuters...)
ont obtenu ce taux de TVA réduit pour la délivrance en ligne
de leurs dépêches.
-
Envisager la création de fonds dinvestissements dédiés
au multimédias et à lInternet, sur le modèle fiscal
des Sofica.
-
Orienter une part importante des aides à linnovation ou à
la création vers lInternet, en favorisant tout
particulièrement :
-
les projets à vocation exportatrice
-
les projets à vocation culturelle
-
les projets à vocation sociale
-
les projets tendant à renforcer la place du français dans
lInternet
-
la création de " services support " tels que les annuaires,
les outils de recherche, les services de traduction, les systèmes
dintermédiation...
-
Favoriser la création et lexpérimentation, sur
lInternet, de téléservices dintérêt
général, notamment dans les domaines de lenseignement,
de la médecine, de lassistance aux personnes dépendantes,
etc.
Recommandations aux acteurs économiques
-
Développer de manière massive, en interne aux entreprises comme
en externe, la pratique du courrier électronique.
-
Sengager dès maintenant dans le commerce électronique,
sans attendre lhypothétique émergence de standards universels
et " parfaits " de paiement et de sécurité.
-
Favoriser une continuité et une complémentarité, du
côté de loffre comme de la demande, entre Télétel
et lInternet :
-
développer les services permettant daccéder à
certaines ressources de lInternet, en priorité le courrier
électronique, depuis un Minitel ;
-
améliorer les outils et les passerelles daccès à
Télétel depuis lInternet, les mettre à disposition
des fournisseurs daccès qui le désirent et mettre à
disposition des éditeurs dannuaires de lInternet, au
coût marginal, la base de données des services Minitel ;
-
favoriser lévolution du terminal Minitel vers une intégration
des spécifications Network Computer.
-
Augmenter la valeur ajoutée des plate-formes daccès à
lInternet :
-
un service clients digne de ce nom
-
des outils de connexion simples
-
des services de guidage, dassistance, dannuaires...
-
Produire de plus en plus de services en plusieurs langues.
-
Intensifier leffort de conversion aux EDI et la participation
française aux travaux de normalisation, notamment dans le domaine
des EDI " ouverts ".
Recommandations aux pouvoirs publics et aux acteurs économiques
-
Rassembler les efforts privés et publics en faveur du développement
des différentes formes de " Network Computers ",
en favorisant notamment :
-
ladaptation des " filières " des terminaux existants
(dont le Minitel) aux standards NC ;
-
le développement des outils, des méthodes et des techniques
qui conditionnent lexistence du " modèle
distribué " dinformations et de programmes associé
au concept NC.
-
Contribuer au développement du multilinguisme sur lInternet
:
-
soutenir (au niveau national et dans le cadre des programmes européens
correspondants) le développements doutils et de services de
traduction, de bases de données et de dictionnaires multilingues,
etc.
-
stimuler, dans le cadre de la coopération, laccès et
lusage de lInternet de la part des pays en voie de
développement, et tout particulièrement des pays francophones.
-
développer le multilinguisme des services créés en France.
-
Favoriser, notamment par des actions de sensibilisation, de partage
dinformation, de formation, lutilisation productive de
lInternet par les entreprises et les administrations :
-
courrier électronique
-
travail en commun, " groupware "
-
télétravail
-
relation clientèle
-
commerce électronique inter-entreprises, etc.
-
Renforcer la présence française dans les organismes de
standardisation (IETF, W3C...)
-
Soutenir la candidature française à lorganisation de
la conférence annuelle de lInternet Society, INET 98
2.3- Clarifier le régime juridique des services et des intervenants
sur lInternet
LAFTEL a publié en juin 1996 " Le Droit du Multimédias
- de la télématique à lInternet ". Nous
nous contentons de rappeler quelques-unes des recommandations du rapport
:
Recommandations aux pouvoirs publics
-
Définir par la loi les obligations des fournisseurs de services et
daccès, en tenant compte du rôle particulier des fournisseurs
daccès à lInternet.
-
Etendre par la loi les compétences du Conseil supérieur de
la télématique (CST), en le chargeant dappliquer la
réglementation des services en ligne et en lui attribuant des moyens
de surveillance des services.
-
Mettre en place une collaboration internationale, notamment dans le but de
favoriser la recherche des sources des infractions, lidentification
de leurs auteurs et lapplication de sanctions.
-
Clarifier, dans un sens libéral et respectueux des libertés
privées, les conditions de mise en uvre des dispositions de
la Loi de réglementation des télécommunications relatives
à la cryptographie, notamment en ce qui concerne :
-
le statut et les conditions dagrément des " tiers de
confiance "
-
les conditions daccès par les autorités aux conventions
de chiffrement
-
les conditions dhomologation des logiciels de chiffrement.
-
Faire progresser rapidement la réflexion sur les chantiers juridiques
suivants :
-
la validité juridique des signatures électroniques, des certificats
numériques, des résumés numériques, des horodatages
de documents...
-
le droit dauteur et le droit de citation, en cherchant à adapter
une législation française très protectrice des auteurs
aux réalités de lInternet et de ce quest un document
multimédias.
-
le paiement électronique, en tâchant de faire le partage entre
ce, dune part, ce qui relève de la protection du consommateur
et du système bancaire en généra, et dautre part,
ce qui pourrait relever dune attitude " protectionniste "
des banques.
-
le droit du travail, quil sagit dadapter aux conditions
du travail " en réseau ".
2.4- Faire progresser, par lusage des réseaux, la modernisation
de létat et la valorisation du patrimoine culturel français
Développer la pratique des échanges électroniques par
les administrations publiques
-
En interne : outre une amélioration de lefficacité du
travail (décloisonnement, accélération des échanges,
etc.), un développement volontariste dans ce domaine contribuerait
à la prise de conscience, par les décideurs publics
eux-mêmes, des enjeux réels de la " Société
de lInformation ".
-
Engager vigoureusement lEtat et les organismes para-publics tels que
la Sécurité Sociale dans les EDI, dans le double but de créer
un effet dentraînement sur les acteurs privés et de contribuer
à lamélioration de lefficacité de
ladministration :
-
transmission des déclarations fiscales et sociales
-
paiements de lEtat et à lEtat
-
appels doffres et commandes publiques...
Améliorer la valorisation des données publiques et du patrimoine
culturel français en favorisant le développement
déditeurs spécialisés
-
Libéraliser lusage des données publiques.
-
Les données (autre que les données secrètes ou
individuelles) produites par des organismes publics doivent pouvoir être
rendues accessible aux usagers par lintermédiaire
déditeurs du domaine concurrentiel, qui disposent pour ce faire
de la double compétence éditoriale et commerciale.
-
Dans son rapport Le droit du multimédia - de la télématique
à lInternet, lAFTEL propose ainsi (p. 270)
" que la création ou lextension dun service de
diffusion de données [publiques] soit précédée
dun appel à propositions ou au moins de consultations et quun
examen périodique des services électroniques dinformations
administratives soit organisé ".
-
Rendre accessible, à travers des opérateurs spécialisés
du domaine concurrentiel, la masse des rapports et documents publics qui,
théoriquement disponibles au public, sont en réalité
rendus introuvables par labsence dune politique de diffusion
et la rareté des lieux de consultation.
-
Engager une politique volontariste de valorisation, sur les réseaux
et les supports numériques, du patrimoine historique et culturel de
la France :
-
accélérer les travaux de numérisation des fonds
documentaires (textes et images) des bibliothèques, des musées
et des monuments français
-
associer à ce travail de fond une politique de diffusion et de
valorisation : interconnexion des bibliothèques, création de
services et de supports multimédias gérés et
commercialisés par des éditeurs spécialisés,
etc.