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Premiers commentaires sur le Rapport de Mission
"Développement Technique de l'Internet" de Jean-François Abramatic
Site Web : http://mission-dti.inria.fr

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13 pages

par Jean-Paul Baquiast

22-6-99

Ces commentaires, résultant d'une lecture encore trop rapide, sont destinés à donner aux lecteurs d'Admiroutes l'envie d'aller eux-mêmes sur le site du rapport, afin de s'y informer, préciser les points pouvant les intéresser directement, participer le cas échéant au forum de discussion ouvert par l'auteur et, finalement, se persuader qu'il leur est possible d'agir dans leur sphère pour aider la France à rattraper le retard croissant qu'elle entretient encore , selon la mise en garde de J.F. Abramatic, dans le domaine de l'Internet.

En italique rouge, mes commentaires.
En noir, des extraits, jugés par moi significatifs, du texte de J.F.Abramatic
J.P.Baquiast, 22 juin 1999


- Observations générales:

- le rapport est une mine quasiment inépuisable d'informations pratiques ou techniques, complétée d'un grand nombre de sites de référence dont la consultation régulière permettra d'assurer l'actualisation des données du rapport. A ce titre, ce travail devrait devenir l'instrument permanent de tous ceux qui veulent jouer un rôle tant soit peu actif pour l'entrée dans la société de l'information. Ceci est vrai aussi bien sur le plan des utilisations, notamment dans les services publics, que en ce qui concerne les questions techniques, économiques ou juridiques.

- le rapport est présenté sous forme de l'hyper-texte, ce qui veut dire qu'il ne prendra toute sa valeur pédagogique que s'il est lu et actualisé à l'écran. Néanmoins, les résumés fournis  et imprimables sous forme papier sont suffisamment parlants pour donner une idée satisfaisante du contenu d'ensemble.

- la connaissance qu'à l'auteur des réalisations des administrations françaises, comme d'ailleurs des retards affichés encore par certaines d'entre elles, nous parait un peu courte. Mais ceci s'explique. M. Abramatic n'est pas un spécialiste de l'administration .

- en ce qui concerne les conséquences "politiques" à tirer des constatations qu'il présente, le rapport est assez allusif, et laissera beaucoup sur leur faim.  Des propositions très intéressantes sont faites, mais un peu sur le mode du "il n'y a qu'à". Les processus décisionnels à mettre en oeuvre, dans un pays comme la France dont l'on connait les résistances au changement, ne sont pas suffisamment analysés. Il est vrai que ce n'était pas la mission confiée au rapporteur.

Prenons l'exemple de la loi de juillet 1996 sur l'ouverture des télécommunications à la concurrence, qui sert de base à l'action de l'Agence de Régulation des Télécommunications . L'auteur, à juste titre, lui impute les freins aux innovations en matière d'Internet,  freins responsables de notre retard (difficultés pour l'accès gratuit , la tarification des communications  au forfait, la mise en place d'accès à haut débit). Il propose d'établir un cadre réglementaire spécifique pour une durée limitée afin de favoriser les expérimentations.

De même, il déplore l'insuffisante présence française dans les groupes de travail et de normalisation concernant l'Internet de nouvelle génération. L'expérience montre que dans ces domaine comme dans les autres champs de propositions,  rien se se fera si un véritable nouveau programme politique n'était élaboré, avec des moyens publics et des dispositifs mobilisateurs des forces sociales renforcés, et cela dans des délais très courts. Ce programme devrait sans doute être présenté par le gouvernement comme un Pagsi n°2, et ceci même alors que le premier n'est pas terminé. L'accélération de l'histoire de l'Internet, et l'aggravation de la concurrence, le justifient amplement. Une intervention plus forte des collectivités publiques dans ces domaines serait sans doute mal reçue par les tenants du libéralisme pur et dur, mais elle serait au contraire à présenter comme entrant dans ce que doit être le rôle de l'Etat afin de soutenir les intérêts vitaux d'une collectivité, et l'égalité des possibilités d'accès aux nouveaux réseaux et contenus. Sinon, nous serons en présence d'un rapport de plus, ne nous empêchant pas de continuer à manquer les trains qui partent tous les jours sans nous. Le problème est d'importance, et nous y reviendrons.

En attendant, c'est à chacun, et notamment aux associations et organismes qui militent dans la sphère de l'Internet, d'en tirer les conclusions "politiques" qu'ils jugeront utiles. L'ISOC-France, notamment, et pourquoi pas Admiroutes, me paraissent pouvoir dès maintenant entretenir des débats sur ces questions (voir en annexe deux points de vue émanant de l'ISOC).

- présentation de la TABLE DES MATIÈRES

Synthèse 1
Rapport  
  Partie A : Moteurs du Développement Technique de l'Internet  
  Applications et Usages 15
Technologies et Standards 29
  Partie B : Composants Techniques de l'Internet  
  Réseaux de Transport 41
Boucle Locale 57
Interconnexions 71
Services d'Infrastructure 77
Équipements 91
  Partie C : Environnement Economique et Politique  
  Modèles Economiques 95
Réglementations 107
Glossaire des Acronymes 113
Annexes 123

La lecture in extenso de la synthèse s'impose, et pourrait suffire à un lecteur pressé et déjà bien informé. Les principales recommandations y figurent. Dans la partie A, ce sont les développements sur les technologies et standards qui nous paraissent les plus originaux, dans des domaines où la France est malheureusement peu présente au plan international. La partie B intéressera surtout les personnes insuffisamment informées des différents composants techniques de l'Internet. Ce ne sont pas seulement les industriels qui sont concernés, mais aussi les utilisateurs que nous sommes, si nous voulons obtenir des Pourvoirs Publics et des industriels eux-mêmes des décisions favorables aux développement des usages, auxquels évidemment nous attachons la priorité. La partie C enfin présente des observations et propositions certes intéressantes, mais dont il  a déjà été souvent discuté dans la communauté Internet. La bonne question à se poser, non abordée de front ici, est de savoir si les Pouvoirs Publics français, et plus généralement ceux qui font la décision en France dans ces domaines (financiers, économistes, juristes) adoptent bien les bonnes mesures pour remédier à nos différents retards.

- Extraits de la synthèse et commentaires.

Moteurs du Développement Technique de l'Internet

Applications et Usages

La croissance de l'Internet est provoquée par les applications. Si le courrier électronique est la plus ancienne application, sa charge sur l'infrastructure est restée modeste jusqu'à ce jour, étant donné le type (principalement du texte) des données échangées. Le Web a facilité l'accès à des images et, surtout, accéléré la navigation d'un service d'information à un autre. Les débits engendrés par l'usage du Web ont donc rapidement représenté la part la plus importante du trafic de l'Internet (aujourd'hui, un peu plus de 60%). Le déploiement futur d'applications impliquant le transfert de données audiovisuelles (téléphone, vidéoconférence, télévision) engendrera de nouveaux types de trafic et provoquera des demandes nouvelles sur l'infrastructure (bande passante mais aussi qualité de service temps-réel). Dans un autre domaine, on peut imaginer qu'une fois déployés les services d'infrastructure, le commerce électronique demandera de fournir aux utilisateurs une qualité de service largement supérieure à celle qui est disponible actuellement.

Comme toute technologie, l'Internet peut être utilisé pour le meilleur, le pire, le moyen ou le médiocre. Les applications disponibles déterminent les usages et, par conséquent, les modèles culturels associés. A titre d'illustration, le Web a été développé comme outil de travail coopératif par Tim Berners-Lee, au CERN, pour aider les physiciens des hautes énergies à collaborer à travers l'Europe. Les premières versions de logiciels permettaient à l'utilisateur de publier aussi bien que de naviguer, donnant aux fonctions de création (écriture) et d'apprentissage (lecture) le même poids. Le succès de Mosaic, le premier navigateur multiplateformes développé au NCSA (National Center for Supercomputing Applications), a rendu dissymétriques lecture et écriture, la fonction navigation étant seule supportée. Plus récemment, une évolution connue sous le nom de technologie "push" a voulu imposer un modèle de diffusion où l'utilisateur s'abonne et reçoit sans effort les informations sélectionnées par le fournisseur de service. Ce rapide historique montre comment la disponibilité d'outils logiciels peut conduire à des usages bien différents et ouvrir ou fermer des opportunités essentielles. Par exemple, on n'enseigne pas les mêmes choses aux élèves si les outils mis à leur disposition permettent de créer des services ou s'ils permettent seulement de parcourir des services créés par d'autres. En fonction du choix éducatif choisi, l'infrastructure technique nécessaire ne sera pas la même.

Ces paragraphes nous paraissent essentiels dans la mesure où ils insistent sur un point constamment mis à l'honneur au sein d'Admiroutes: la nécessité, y compris dans l'administration, de développer soi-même, tout de suite, et avec les moyens du bord, le plus d'usages créatifs possibles. De consommateur passsif, sur le mode du téléspectateur, le citoyen,  le salarié, le chef d'entreprise, doivent devenir  dès maintenant des auteurs-producteurs. La technologie le leur permet. La société a besoin d'eux. Pourquoi attendre, si l'on veut notamment rattraper le retard français.

Technologies et Standards

Le développement de nouvelles fonctionnalités de l'Internet est assuré par des organisations construites à cet effet. Les plus connues sont l'IETF (Internet Engineering Task Force) et le W3C (World Wide Web Consortium). Ces organisations associent laboratoires de recherche, industriels, fournisseurs de services, utilisateurs, pour conduire l'évolution de l'Internet et de son application aujourd'hui majeure, le Web. Dans tous les cas, les nouvelles fonctionnalités sont mises au point "directement" sur l'Internet. Les premières versions de logiciels mettant en oeuvre les innovations sont déployées librement. Les exemples les plus célèbres sont le Web initial (issu du CERN à Genève), Mosaic, Apache, le serveur Web le plus employé encore à ce jour, malgré la présence d'offres commerciales multiples et prestigieuses. L'usage de logiciels libres préside ainsi à la mise au point puis au déploiement des nouvelles caractéristiques et nouvelles applications sur l'Internet. Etre un acteur du développement de l'Internet exige de participer aux travaux de cette communauté qui construit collectivement l'Internet de demain.

Enfin, la faisabilité de ces nouvelles applications, le réalisme de ces nouveaux usages, l'efficacité de ces nouveaux protocoles et formats sont largement dépendants de l'évolution des performances et fonctionnalités des composants matériels et logiciels des équipements d'informatique et de télécommunications. L'Internet a été conçu pour pouvoir tirer parti des progrès accomplis dans chacun de ces domaines. Par exemple, les développements techniques qui permettent d'utiliser, en 1999, les objets mobiles (téléphones cellulaires, assistants personnels) ou les télévisions comme terminaux d'accès à l'Internet sont rendus possibles par l'intégration et la baisse des coûts de revient des composants de base de ces matériels. De même, les progrès accomplis dans les technologies de télécommunication permettent d'envisager le déploiement d'infrastructures offrant des bandes passantes supérieures de plusieurs ordres de grandeur à celles qui sont disponibles aujourd'hui.

Là encore, il s'agit de paragraphes essentiels à méditer. Se prétendre intéressé par Internet et refuser de s'informer d'abord, participer ensuite, dès lors qu'il s'agit de travaux concernant les technologies et les standards, est parfaitement irréaliste. Croire que ces questions n'intéressent que les chercheurs ou les industriels, ou qu'ils sont du domaine réservé de la puissance dominante, les USA, conduit directement à une dépendance accrue. L'exemple, cité, des logiciels libres, montre ce que des initiatives déterminées parties des utilisateurs peuvent obtenir. L'on peut rappeler aussi l'importance, souvent signalée ici, de la standardisation XML, pour les utilisateurs finaux eux-mêmes.

Or combien d'entre nous sont allés sérieusement chercher de l'information sur le site du W3C, par exemple, et se faire une idée des enjeux en cause?

Composants techniques de l'Internet

Réseaux de transport
....
Boucle locale

De nombreuses solutions techniques sont en train d'émerger, permettant de choisir la solution appropriée aux problèmes très variés posés par le déploiement local de l'Internet (métropoles, zones industrielles, ..., habitat dispersé) :

  • Réseau téléphonique : aucun investissement d'infrastructure nécessaire, nécessite seulement l'équipement du terminal d'accès (en pratique, modem sur PC),
  • xDSL : utilise l'infrastructure filaire du réseau téléphonique, nécessite des équipements spécifiques chez l'opérateur et chez l'usager,
  • Câble : utilise l'infrastructure du réseau installé pour la télévision, nécessite l'équipement du terminal d'accès,
  • Boucle radio : dispense d'une infrastructure filaire, sensible à la géographie, nécessite l'équipement du terminal,
  • Boucle GSM : utilise l'infrastructure de téléphonie mobile, nécessite l'évolution du logiciel des téléphones cellulaires,
  • Satellites : nécessite le développement d'une infrastructure lourde, fournit une large couverture, nécessite l'équipement du terminal.

L'influence de réglementations conçues avant l'Internet est aujourd'hui particulièrement forte. Les progrès en qualité de service que l'on pourrait attendre des développements techniques sont souvent ralentis par des réglementations peu favorables aux initiatives nouvelles.

C'est là qu'il conviendrait qu'en France, relayant ou complétant les orientations proposées par le Premier ministre dans le cadre du Pagsi, des décisions concrètes soient prises pour que disparaissent rapidement tous les grands et petits blocages qui subsistent encore, au plan réglementaire ou en ce qui concerne la lecture qu'en donnent les "autorités", les opérateurs, les praticiens eux-mêmes. L'exemple des difficultés qu'éprouvent encore, par exemple, les collectivités locales quand il s'agit de compenser les inégalités d'accès à Internet et encourager les usages innovants, est caractéristique de ce qu'il ne faudrait pas faire lorsque l'on a un retard à rattraper.

Interconnexions

Réseau de réseaux, l'infrastructure de l'Internet se construit grâce aux interconnexions entre les réseaux élémentaires mis en place par les fournisseurs de services ou les grandes organisations disposant de leur propre infrastructure. La topologie de l'Internet, en perpétuelle évolution, est la caractéristique essentielle qui détermine le service rendu, sa qualité, sa performance. Si les questions techniques soulevées par ces interconnexions font l'objet de travaux significatifs pour améliorer les performances, les principaux problèmes à ce niveau tiennent aux modèles économiques pratiqués. Les concepts de "peering" (échange de trafic sans compensation financière) et de "transit" (échange de trafic avec compensation financière) aboutissent à une situation où les fournisseurs de services disposant du plus grand nombre de serveurs "intéressants" sont en situation d'imposer leur "loi économique". Ceci aboutit actuellement à un profond déséquilibre entre les Etats-Unis (où l'on trouve, par exemple, 80% des sites Web) et le reste du monde.

Il faudrait beaucoup plus qu'actuellement encourager la création de sites "auteurs" en France, y compris bien sûr dans le domaine des administrations et des collectivités locales (sans parler des associations et des particuliers). Chaque commune ou association, , par exemple, devrait avoir le sien, quelle que soit sa taille.

Par ailleurs, au fur et à mesure que la capillarité de l'infrastructure technique de l'Internet se densifie, le besoin de développement d'interconnexions locales augmente pour tirer le meilleur parti de la bande passante disponible.

Services d'infrastructure

Bâti sur une infrastructure matérielle, l'Internet est cependant fondamentalement une infrastructure logicielle. En particulier, la plupart des fonctionnalités nouvelles (qui constituent donc des opportunités pour de nouveaux acteurs) peuvent très souvent être fournies grâce à une offre logicielle. Les services indispensables au déploiement réel, c'est à dire à la construction de la société de l'information, sont :

  • Connexion et hébergement
  • Adressage et nommage
  • Annuaires
    Dans le domaine des annuaires, l'administration doit pouvoir jouer un rôle incitatif pilote, en généralisant rapidement la mise en place d'annuaires compatibles et constamment mis à jour, sur le mode LdAP.
  • Sécurité
  • Protection de la vie privée et des données personnelles
  • Etiquetage du contenu

Ces services se développent de manière distribuée, indépendamment les uns des autres. Ils contribuent tous, cependant, à augmenter la confiance que l'utilisateur peut avoir envers l'infrastructure Internet.

Equipements

Le déploiement de l'Internet a été à l'origine du développement d'une offre variée de produits. Un marché largement dominé par l'industrie américaine s'est ainsi créé. La valeur ajoutée se trouvant souvent entre le réseau et l'usager final, cette industrie a pris une importance considérable malgré sa jeunesse grâce à son déploiement dans le grand public. Les opportunités existent cependant d'apporter de nouvelles solutions ou fonctionnalités au gré du déploiement de nouvelles applications.

L'auteur insiste ici sur quelques atouts spécifiques à la France ou à l'Europe, malheureusement, pensons-nous, bien mal exploités encore: la carte à puce, le GSM, la télévision numérique.

Environnement économique et politique de l'Internet

L'histoire des technologies et de leur impact sur la société a permis de développer un modèle séquentiel où l'idée naît et murit dans un laboratoire, où le transfert de technologie permet à un entrepreneur de développer un produit ou un service, où l'adoption par le marché fait l'objet, enfin, du déploiement commercial. Dans le cas de l'Internet, idée, recherche, prototypage, produits, services, applications et usages s'entremêlent, accélérant la mise au point des produits et leur adoption par les utilisateurs. Cette caractéristique a, bien évidemment, des conséquences essentielles sur le développement technique de l'Internet.

Modèles économiques

Le fait que l'évolution de l'Internet "n'appartient à personne" ou "appartient à tout le monde" pose des questions de type nouveau à ceux qui cherchent à développer une nouvelle activité économique. On a souvent répandu l'idée fausse que l'Internet était gratuit. La vérité est que les modèles économiques font, eux-mêmes, l'objet d'innovations et l'on voit des sociétés majeures changer de modèle économique à plusieurs reprises en quelques années. Sous un autre angle, les relations entre fournisseurs de services en termes d'interconnexion font l'objet de négociations où la créativité est de mise. Enfin, la mise en place des services d'infrastructure (annuaires, nommage, sécurité, protection du consommateur, ...) n'a pas encore trouvé de modèle économique suffisamment convaincant pour permettre le déploiement massif. Ce sont donc non seulement des produits et services qu'il convient d'inventer mais également des mécanismes de marché.

Parmi les questions que l'on peut se poser figurent les arbitrages entre

  • tarification au forfait ou au temps,
  • abonnements gratuits ou payants,
  • équipements (matériels ou logiciels) gratuits (revenus tirés des services) ou payants,
  • revenus venant de la publicité ou revenus collectés à la transaction,
  • investissements privés ou investissements publics.

Réglementations

Dans un environnement aussi évolutif, la fonction de réglementation est un défi permanent. La jeunesse des technologies pousserait à attendre le déploiement alors que les conséquences sociétales déjà perceptibles poussent à intervenir rapidement. Une attention particulière doit alors être accordée au réalisme des réglementations envisagées. L'Internet étant sans frontière (et donc sans douanes), une législation ne peut être mise en oeuvre sans tenir compte de l'existence ou non de législations dans les autres pays. De plus, la rapidité du déploiement exige des règlements une capacité de passage à l'échelle dont le rythme dépend du marché et non des capacités de l'administration chargée de l'application de la loi. Un soin particulier doit être accordé aux expérimentations avant de finaliser les réglementations. Enfin, le dialogue et la médiation doivent être préférés, à ce stade, à la régulation et à l'application trop directe de règles conçues pour un environnement désormais bouleversé par l'émergence de l'Internet.

Le développement technique de l'Internet est facilité par l'ouverture à la concurrence des télécommunications, désormais largement engagée à travers le monde. Par ailleurs, le rôle d'infrastructure pour la société de l'information associe le développement de l'Internet à d'autres réglementations relatives à des questions aussi variées que

  • la cryptologie et ses applications,
  • la protection de la vie privée et des données personnelles,
  • la protection des droits d'auteurs,
  • la protection de la propriété industrielle,
  • la protection contre les contenus et comportements illicites.

De manière générale, la construction de l'environnement réglementaire de la convergence est un défi majeur présenté à la communauté internationale. L'Internet a atteint un stade de développement suffisant pour que les interactions entre l'environnement réglementaire et le développement technique constituent désormais un des facteurs décisifs dans la poursuite de la dynamique de déploiement.

La nécessité d'expérimenter, sur des échelles plus ou moins larges, avant de réglementer, n'est guère comprise en France. Nous en avons une preuve récente en matière de dématérialisation des marchés publics. Dans ce domaine essentiel des téléprocédures, l'administration semble préférer s'interroger (et interroger les citoyens) sur les modifications du code des marchés, avant de mettre en place des expérimentations, nécessairement longues et complexes, portant sur des chaines dématérialisées complètes de la dépense. Or seules ces expérimentations permettraient de suggérer les modifications idoines du Code et des jurisprudences.

Situation en France

Un retard qui s'accroît

Le développement technique de l'Internet en France a pris du retard par rapport aux Etats-Unis mais aussi par rapport à la Grande-Bretagne, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Scandinavie, l'Australie ou Hong Kong. Les efforts entamés récemment permettent aux utilisateurs français d'apprécier les bénéfices que l'utilisation de l'Internet peut apporter. Cependant, ces efforts sont insuffisants pour combler le retard accumulé. Par de nombreux aspects, le retard se creuse. Le développement de l'Internet dans les autres pays connaît en effet une accélération nourrie par le déploiement des PC dans les foyers, par la détermination des chefs d'entreprise (souvent encouragés par des tarifs de liaisons avantageux) et par un environnement réglementaire qui met, en première priorité, le déploiement de l'Internet.

Pour ce qui concerne les administrations françaises, ajoutons que, en dépit d'un évident effort de mise à niveau, les ministères et surtout les services territoriaux de l'Etat et les collectivités locales, sont encore loin du niveau des plus performantes d'entre leurs homologues au plan européen et mondial - notamment en ce qui concerne le travail coopératif en réseau.

Favoriser l'émergence d'un marché européen

L'intégration européenne offre des opportunités nouvelles qui pourraient permettre de combler une partie du retard (par exemple le passage à l'Euro peut être favorable au déploiement du commerce électronique). De plus, l'Europe bénéficie d'atouts dans des domaines (téléphonie mobile, télévision numérique, carte à puces) où l'Internet ne fait que ses premiers pas. Enfin, l'Europe approche l'évolution de la législation relative aux technologies de l'information (directives) de manière coordonnée. Cela peut créer des opportunités de marché pour les services d'infrastructure en particulier (sécurité, protection du consommateur, étiquetage du contenu, ...).

Qui se préoccuppe de ces questions dans le "concert" européen? Qui en a traité lors des récentes élections au Parlement européen?

Prendre en compte le développement de l'Internet dans le processus de dérégulation

La dérégulation des télécommunications est une condition nécessaire au déploiement de l'Internet. Cependant, la France, en particulier, et l'Europe, en général, vivent simultanément le développement de l'Internet et le processus de dérégulation des télécommunications. Cette situation n'a pas présidé au développement de l'Internet aux Etats-Unis. Le financement fédéral américain a en effet permis la naissance puis le déploiement de l'Internet dans les milieux académiques, créant une première infrastructure et, surtout, une génération de compétences américaines sans équivalent aujourd'hui en Europe. C'est à partir de cette infrastructure, de ces compétences... et d'une application conçue en Europe, le Web, que l'économie américaine à la recherche d'une nouvelle frontière a entrepris de développer de nouveaux marchés. Si l'Europe et la France se contentent de faire jouer la règle unique du marché au nom du respect de la dérégulation, l'avantage américain est tel que l'écart devrait continuer à se creuser en faveur des nouveaux entrants (MCI WorldCom, Cisco, AOL/Netscape, Yahoo, ...) ou des leaders reconvertis (Microsoft, Sun, IBM, ...).

Aujourd'hui, la priorité opérationnelle donnée à la mise en oeuvre de la dérégulation des télécommunications constitue un frein au déploiement de l'Internet, par exemple dans le développement de la boucle locale (forfait deuxième ligne, usage du câble, déploiement de l'ADSL, ...).

Demain, des questions de même nature se présenteront dans le domaine de l'audiovisuel.

Devons nous comprendre que l'auteur, comme beaucoup d'entre nous, notamment au sein d'Admiroutes, recommande que la puissance publique en France ( au plan national ou local, mais aussi européen, si possible) investisse encore un peu en faveur du développement d'Internet? Où le faire et comment  le faire méritent discussion. Ne rien faire serait, pensons-nous, se donner des verges pour se faire définitivement battre par le reste du monde. Ce point devrait faire l'objet de priorité dans les programmes politiques de ceux qui estiment que l'Etat peut encore jouer un rôle utile, en faveur de la croissance et de l'intégration.

Nous n'avons pas de commentaires particuliers à faire concernant la suite de l'examen de la situation en France.

Recommandations

Les pouvoirs publics ont fait du développement de l'Internet une priorité pour l'entrée de la France dans la société de l'information. Toutefois, comme l'évolution et le déploiement de l'Internet s'effectuent de manière essentiellement décentralisée, la place des pouvoirs publics est délicate à préciser et doit relever d'un positionnement original. Par exemple, les idées de "plan" ou de "gouvernance" doivent être laissées de côté en faveur d'une approche reposant sur
  • l'exemplarité plutôt que l'autorité,
  • la médiation plutôt que la régulation,
  • l'investissement public sélectif pour faciliter la généralisation des investissements privés.

En tout état de cause, le succès ne viendra qu'avec l'engagement des forces du marché et l'adoption par les entreprises et le grand public.

***

Les recommandations sont formulées pour atteindre trois objectifs.

Créer des produits et services

L'Internet est encore largement un domaine d'opportunités. La création de nouveaux contenus et de nouveaux services est ouverte aux initiatives nouvelles. Pour participer de manière significative au développement technique de l'Internet, il faut également être présent aux endroits où l'Internet de demain se conçoit.

Construire la confiance

La confiance des utilisateurs implique la satisfaction de besoins essentiels (sécurité, respect de la vie privée, ...). Les logiciels et services d'infrastructure doivent permettre de répondre à ces besoins. Pour les opérateurs techniques (opérateurs de télécommunications, fournisseurs d'accès, hébergeurs, ...), le manque d'informations quantitatives sur le fonctionnement de l'Internet (qualité de service, trafic, applications utilisées, ...) rend difficile le dimensionnement de leur offre. Le développement d'un réseau d'observatoires doit permettre de remédier à cette situation. Enfin, l'évolution de l'environnement réglementaire doit être adapté pour lever les incertitudes nées de l'émergence de l'Internet.

Augmenter les performances

Les efforts sur la boucle locale sont prioritaires pour offrir, à court terme, un accès performant aux utilisateurs. Dès que le déploiement de nouvelles boucles sera engagé, les interconnexions locales devront progresser pour optimiser l'acheminement des contenus de proximité. Enfin, le déploiement d'applications audiovisuelles demandera l'évolution de l'infrastructure du réseau de transport (accroissement des bandes passantes, adaptation des protocoles).

Moteurs du Développement Technique de l'Internet

Applications et Usages

Favoriser le développement

  • des applications auteurs (logiciels de conception et de gestion de sites, ...)
  • des applications de la convergence (logiciels de téléphonie et vidéo sur IP, ...)

Développer les formations d'enseignement supérieur

  • aux technologies logicielles et matérielles de l'Internet
  • à l'administration des réseaux et des sites
  • à la création et à l'utilisation des services

Technologies et Standards

Enrichir la culture de l'Internet et des technologies de la convergence

  • Donner la priorité aux technologies de l'Internet dans le financement public des efforts de recherche
  • Créer une fondation pour le développement de logiciels libres
  • Favoriser la prise en compte des dimensions économique et sociale dans le développement technologique par l'organisation d'échanges pluridisciplinaires
  • Renforcer la participation française aux organismes de standardisation (IETF, W3C) et aux manifestations scientifiques internationales

Composants techniques de l'Internet

Réseaux de transport

Permettre la recherche et le développement de nouvelles applications par

  • le lancement d'une version nationale de l'Internet du futur
  • le développement de réseaux régionaux métropolitains

Boucle locale

Favoriser l'utilisation de toutes les technologies

  • Réseau téléphonique : Permettre l'utilisation d'une deuxième ligne, dédiée à Internet, à des conditions favorables
  • ADSL : Accélérer le déploiement en créant les conditions d'un marché concurrentiel
  • Câble : Créer les conditions d'une exploitation efficace de l'infrastructure existante
  • Boucle locale radio : Encourager les expérimentations et le déploiement
  • Permettre aux collectivités territoriales de participer à la création de réseaux à haut débit pour l'accès à Internet

Avec pour objectif de généraliser, à terme de cinq ans, les accès locaux avec les performances suivantes :

  • Grand Public : >1 Mbit/s
  • PME : >10 Mbits/s
  • Grandes Entreprises : >100 Mbits/s

Interconnexions

Développer une culture de l'interconnexion Internet en encourageant la transparence

  • Créer un observatoire pour mesurer l'état des infrastructures Internet en temps-réel (trafic, points de congestion, ...)
  • Organiser la certification des procédures d'interconnexion des couches basses
  • Encourager la mise en place de points d'interconnexion locaux pour optimiser l'architecture du réseau
  • Contribuer à l'amélioration des interconnexions au niveau européen

Services d'infrastructure

Construire la confiance en s'appuyant sur la décentralisation des responsabilités

Connexion et hébergement

  • Encourager l'élaboration et la diffusion d'indicateurs de qualité pour les services de connexion et d'hébergement sur Internet

Adressage et nommage

  • Créer une autorité de certification des sites afin de garantir l'identification des sources d'information et de services

Sécurité

  • Mettre en place des autorités de certification gérées par des administrations et des organismes publics
  • Mettre en place une structure d'échange et de coordination chargée de l'information sur les risques et alertes

Protection de la vie privée et des données personnelles

  • Lancer dans l'administration française des plateformes expérimentales conformes aux modalités de la directive européenne et de la future loi

Etiquetage du contenu

  • Encourager le développement de systèmes d'étiquetage "positif" dans un but pédagogique
  • Encourager l'étiquetage déclaratif du contenu auprès des fournisseurs d'information

Equipements

Mettre l'accent sur les atouts, éliminer les freins

  • Utiliser le savoir-faire français en commerce électronique (services et terminaux intelligents, carte à puce)
  • Favoriser l'émergence et le succès des sociétés de haute technologie par un environnement attractif

Environnement économique et politique

Modèles économiques

Permettre la coexistence de modèles économiques différents

  • Encourager la concurrence des différents modèles économiques sur la boucle locale (tarification forfaitaire ou au temps pour l'accès à Internet, ...)
  • Assurer la transparence des prix de transport
  • Encourager la variété des modèles économiques pour les services (publicité, paiement à la transaction, ...)

Réglementations

Reconnaître l'Internet comme la plateforme de la convergence entre l'informatique, les télécommunications et l'audiovisuel

  • Etablir un cadre réglementaire intermédiaire (pour une période de cinq ans) pour favoriser les expérimentations
  • Donner la priorité à la médiation plutôt qu'à la régulation
  • Construire un environnement législatif adapté à la convergenceCes recommandations doivent être déclinées pour tous les types d'usages : recherche, entreprises, administrations, éducation, culture et grand public. Les actions associées qui peuvent être assumées par les pouvoirs publics différeront donc en conséquence. On peut en suggérer quelques exemples, sans s'y limiter :

Recherche

En premier lieu, la communauté de la recherche française doit s'approprier l'outil efficace que constitue l'Internet pour communiquer et partager l'information afin de :

  • diffuser l'information scientifique et rendre accessibles les résultats sous forme électronique (rapports de recherche, actes des colloques et conférences, thèses, bases de données, revues...) ;
  • mettre en place des communautés d'intérêts thématiques parmi les chercheurs (courrier électronique, forum de discussion, archives de documents, sites de référence et portails dédiés...) ;
  • favoriser l'exploitation des fonds documentaires par l'Internet (mise en ligne des index et thesaurus, moteurs de recherche thématiques, numérisation des documents, applications d'annotation...) ;
  • favoriser la constitution d'équipes pluri-disciplinaires et multi-sites (grâce aux outils de travail coopératif, au télétravail, aux annuaires...).

Cette généralisation de l'usage d'Internet doit s'appliquer non seulement aux domaines de l'informatique et des télécommunications mais à l'ensemble des activités de recherche (physique, mathématiques, biologie, médecine, écologie, sciences humaines...). Au delà de la communauté française, le caractère international de l'Internet doit permettre de fédérer et renforcer l'ensemble de la recherche des pays francophones.

D'autre part, le développement des applications auteurs est certainement un rôle que la recherche en informatique française, au premier niveau mondial dans le domaine de la conception logicielle, pourrait assumer avec talent. L'incitation peut revêtir différentes formes : allocations de recherche spécifiques, concours, incitation à la création d'entreprises, vulgarisation des principes de développement de logiciels libres, ...

Entreprises

Former les formateurs à l'usage et à la création des sites Internet des entreprises pourrait être assuré au niveau des structures publiques et para-publiques, nationales et régionales, en rapport avec les entreprises et en particulier avec les PME : mairies, chambres de commerce, Conseils Régionaux, APCE, etc.

Administrations

Le développement des bonnes pratiques de création, d'usage et d'administration des sites Internet, Intranet et Extranet pourrait être une priorité dans l'administration française. Par le caractère d'exemplarité et du fait de la vaste audience adressée par l'administration, cette mesure pourrait avoir un impact maximal sur l'ensemble des catégories socio-professionnelles françaises.

Education

C'est sans doute dans l'éducation que l'effet de levier peut être maximal, avec des retours à long, moyen et court termes du fait d'effets cumulés sur les enfants, les adolescents, les parents, et les enseignants. Citons en particulier :

La formation des formateurs, en particulier les enseignants, à la création et à l'utilisation des sites Internet et intranet, pourrait être une priorité majeure. Pour cela, les formations devraient adresser tous les étages de la chaîne de l'enseignement, y compris et en priorité les inspections académiques, les IUFM, les médiapôles, etc., chaque étage ayant pour mission de démultiplier au maximum son action de formation pour finalement atteindre chaque enseignant. Inversement, favoriser l'équipement et les initiatives individuelles de chaque enseignant en faveur de sa propre formation permettrait d'atteindre le but plus rapidement.

Les écoles et les universités pourraient être des acteurs exemplaires dans le développement des sites francophones et multilingues. Des travaux tels que exposés, devoirs et autres comptes rendus d'études pourraient être menés, délivrés et évalués sous forme électronique.

Culture

La capacité des organismes culturels à développer des sites francophones et multilingues vulgarisant et pérennisant le patrimoine français sur l'Internet est déterminante. C'est à ce prix que la culture française, et plus largement les valeurs françaises, garderont la place importante qu'elles ont toujours su occuper au niveau mondial.

Grand Public

Des centres de ressources locaux favorisant la formation et le développement de contenus pourraient être généralisés dans les structures administratives locales, en particulier dans les mairies.

Comme indique précédemment, ces recommandations (qui pourraient évidemment faire l'objet de discussions détaillées) posent surtout la question du modus operandi. C'est quasiment une question de sciences politiques: qui peut en France, aujourd'hui, préciser et mener à bien un tel programme? Nous reviendrons prochainement sur cette question, laquelle nous paraît mériter un peu de réflexion politique. Pourrait-on espérer aussi que les diverses Ecoles administratives, entre autres, s'en saisissent comme objet de mémoires, thèses, etc?  

Annexe. Position de l'Internet-Society France
Communiqué de Presse Paris, le 21 Juin 1999

l'Internet Society France salue le rapport Abramatic sur le Développement technique de l'Internet

Le chapitre francais de l'Internet Society (ISOC France) salue la parution du rapport de Jean-François Abramatic sur le "Développement technique de l'Internet", réalisé à l'initiative du Secrétaire d'Etat à l'Industrie (http://mission-dti.inria.fr). Pour la première fois, un rapport met l'accent sur le statut d' "infrastructure" de l'Internet et en propose une analyse à la fois claire et systématique. Ce document peut jouer, auprès des acteurs privés et publics en France, un rôle pédagogique essentiel.

Comme l'indique Jean-François Abramatic, les statistiques positives du développement de l'Internet en France tendent à masquer la réalité d'un retard que nous attribuons à trois facteurs clé :

- La faible "performance" de l'Internet dans notre pays, tant en ce qui concerne les accès locaux que les artères et les noeuds d'interconnexion. Le coût de la bande passante et le retard pris dans le déploiement de formules d'accès local à haut débit limitent le développement des usages, notamment de la part des entreprises et des administrations dont le débit de connexion à l'Internet est couramment 10 à 20 fois inférieur à celui de leurs homologues d'outre-Atlantique.

- Le modèle de tarification au temps des accès locaux à l'Internet, commun à la plupart des pays européens, qui rend l'usage de l'Internet beaucoup plus onéreux, et par là moins "naturel", que dans les pays où le développement des usages est le plus avancé.

- La faible présence des entreprises francaises dans le développement des technologies réseau et applicatives de base, qui nous placent en position de suiveurs, y compris en matière d'usages.

En d'autres termes, si la prise de conscience est réelle en France, il reste beaucoup à faire pour permettre à la France de s'approprier pleinement les enjeux de l'Internet et participer de manière active à son développement et son évolution.

L'ISOC France souscrit aux recommandations formulées dans le rapport, mais regrette que celles-ci soient présentées sous la forme d'une liste, sans mettre en avant quelques priorités majeures telles que :

- La mise en place rapide d'un cadre réglementaire qui, sans pénaliser le développement à long terme de la concurrence dans les télécommunications, favorise l'émergence rapide d'accès locaux rapides et/ou forfaitaires en faveur des particuliers et des entreprises ;

- L'urgence d'un plan d'action ambitieux en faveur des recherches techniques et applicatives sur l'Internet "nouvelle génération", au double niveau français et européen ;

- L'amélioration et la transparence des interconnexions au niveau français et européen ;

- Le développement d'un savoir-faire, d'acteurs et de réseaux d'échange françaisen matière de sécurité sur l'Internet.

Dans ce cadre, l'ISOC France participera au débat ouvert par Jean-François Abramatic et encourage tous ceux que le développement de l'Internet en France concerne ou intéresse à lire le rapport et apporter leur contribution.

Contact Presse

France Miremont Internet Society France
france@imaginet.fr
Tél / fax : +33 (0)1 48 58 14 34

Daniel Kaplan, Vice-Président Internet Society France
france@imaginet.fr
Tél : +33 (0)1 53 33 88 81

De : "Didier.Lebrun", membre de l'Isoc  Didier.Lebrun@ilink.fr

Je n'ai pour l'instant lu ce rapport qu'une seule fois en profitant d'un voyage en train et je n'ai pas le temps en ce moment de l'analyser et de le commenter autrement que superficiellement. Je préfère cependant faire passer brièvement mes premières impressions en attendant d'y revenir plus tard.

Ce rapport contient effectivement beaucoup de bonnes choses et insiste sur l'infrastructure en tant que moyen mis à disposition, sans préjuger des usages et des contenus, ce qui va à mon avis dans le bon sens. J'ai toutefois relevé au passage quelques omissions regrettables que ce forum va peut être pouvoir contribuer à réparer:

1 - le chapitre "applications et usages" cite la recherche, les entreprises, les administrations, l'éducation, la culture et le grand public en tant que consommateur, mais omet se faisant 2 catégories qui sont loin d'être négligeables pour la dynamique de l'Internet, à savoir:

- les associations et ONGs, qui outre leur rôle historique, constituent encore une part notable de l'Internet et un des moteurs les plus puissants de son développement

- les particuliers en tant qu'acteurs (producteurs via les sites persos de documentations, d'idées, de contenus éducatifs, de baromètres sociaux et de plein d'autres choses), ce qui n'est pas sans conséquence lorsqu'on parle de dissymétrie des flux; exemple: le développement de Linux et des logiciels libres ne nécessite-t'il pas autant de flux en upload qu'en download de la part des individus qui le font vivre ?

2 - Le chapitre boucle locale mentionne à peine les RLANs, et pas du tout l'étalement de spectre (900 MHz, 2,4 GHz et 5,8 GHz), alors que c'est actuellement à l'échelle mondiale la technologie d'accès local radio la plus expérimentée en transmissions sous IP et aussi la plus cohérente avec les principes de l'Internet (robustesse, compatibilité petits moyens, interconnexion progressive, partage des ressources); l'essentiel du bref chapitre sur la boucle locale radio est accordé aux technologies à fréquences élevées dont la robustesse est beaucoup plus douteuse (sensibilité à la météo notamment), qui offrent certes plus de débit, mais au prix d'un rapport portée/puissance nettement moins avantageux, donc plus coûteux; par ailleurs, les technologies radio ne sont envisagées que sur la base de fréquences allouées à des opérateurs spécifiques, et pas du tout en tant que plage de fréquence libre partagée par tous les utilisateurs comme c'est la cas des ISM bands. (Voir http://www.ilink.fr/~dl/implic/ran/index.html pour pour de plus amples explications et documentations à ce sujet).

http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/internet/abramati.htm