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Préparation à la monnaie unique. Technologies de l'information. Situation des Etats/membres.
par NESTOR*.* le 08/04/1997 |
NB: NESTOR*.* s'exprime ici à titre personnel.
Les décisions politiques et le calendrier relatifs à l'adoption de la monnaie unique sont désormais irrévocables. Les précisions techniques nécessaires à la conversion des procédures et des applicatifs comptables ou de gestion ont été apportées, soit au niveau communautaire, quand la décision relève de ce niveau, soit à celui des Etats-membres. Le passage à l'euro se fera, dans les délais convenus. L'euro représentera pour toute l'Europe un avantage dont les effets favorables se feront sentir de longues années.
Ces considérations n'empêchent pas de signaler les difficultés que vont affronter dans les années qui viennent l'ensemble des administrations et des entreprises européennes, pour faire face au passage simultané à la société de l'information, à l'an 2000 et à l'euro. Il ne s'agit pas de proposer de reculer l'échéance, mais d'accélérer et faciliter les travaux permettant de tenir l'échéance.
1. L'ensemble des entreprises européennes, industrielles et de services
(banques et assurances incluses) vont se trouver fragilisées, tout
au long de la période 1997-2002 et au delà, par la
nécessité de s'adapter (souvent rattraper leur retard) au regard
des développements de la société mondiale de
l'information pilotés par les USA (Global Information Infrastructure
ou Internet, Global Information Society ou Commerce Electronique). Pour ce
faire, elles devront systématiquement numériser leurs
données, dématérialiser et reconcevoir (reengeeniring)
leurs procédures et leurs structures, reclasser voire licencier des
personnels, avec les difficultés sociales prévisibles.
2. Dans le même temps, elles seront attaquées, dans le monde et en Europe même par des concurrents américains, voire asiatiques qui auront quelques années d'avance sur elles en termes de maîtrise des outils et savoir-faire de la société de l'information, et qui seront soutenues pour ce faire par leurs administrations respectives. On sait que la Maison Blanche fait actuellement du commerce électronique sur Internet (venta, achat, paiement en ligne) le cheval de Troie permettant de s'introduire dans les économies nationales.
On sait par ailleurs, selon les estimations actuelles, que 40 à 60%
des emplois crées aux USA le sont dans le secteur des technologies
de l'information (TIC). Il ne s'agit donc pas de " petits boulots "
inoffensifs. Il s'agit d'investissements massifs faits sur le Web pour proposer
des outils modernes de pénétration commerciale. Les millions
de pages en cours d'écriture par les entreprises US investissant dans
le domaine du commerce électronique, représenteront des centaines
de millions d'heures de travail. De tels investissements sont censés
pouvoir être amortis rapidement.
3. Le passage à l'euro, combiné avec la nécessaire modernisation des architectures et des applications informatiques, apporte une contrainte supplémentaire aux entreprises européennes. Cette contrainte est difficile à inscrire dans le temps, compte-tenu de l'incertitude sur le phénomène dit de porosité, résultant lui-même de la plus ou moins grande préférence pour l'euro que manifesteront les acteurs économiques durant la période intermédiaire 1999-2002.
On ne mentionne pas ici le passage à l'an 2000, qui touche l'ensemble
des entreprises mondiales. Constatons seulement que pour beaucoup d'entreprises
américaines, le problème est déjà traité,
ou le sera prochainement. En Europe, beaucoup de responsables ont laissé
s'accumuler les échéances, qui viendront toutes ensemble en
1998-99.
4. Répètons-le, ces constatations ne doivent pas être prises comme des arguments pour faire reculer ou modifier le calendrier adopté au sommet de Madrid. Elles doivent seulement conduire à rappeler que la préparation à toutes ces échéances conjuguées doit être considérée comme un chapitre essentiel des investissements à consentir par les économies et les Etats européens durant les 3 prochaines années.
A ce sujet, il faut exclure l'espoir de pouvoir sérier les contraintes, par exemple en privilégiant le passage à l'euro par rapport aux autres adaptations. Il serait impensable, dans un monde où l'environnement compétitif change tous les 6 mois, de conserver plusieurs années des structures ou des informatiques obsolètes, sous prétexte de passage à l'euro.
Or, selon des estimations apparemment fiables, une grande majorité
des entreprises des pays supposés " in " n'a pas
commencé à se préparer, y compris parmi les plus
grandes. Les PME/PMI ignorent purement et simplement le problème.
Les administrations, bien que plus conscientes des échéances,
réagissent très inégalement d'un Etat à l'autre.
La plupart, aujourd'hui, ont à peine commencé la cartographie
détaillée de leurs applications.
6. Il semble de même qu'une majorité de fournisseurs
européens (SSII, opérateurs de télécoms, industriels)
ne soient guère plus sensibilisés, et ne cherchent pas à
offrir (au delà de personnels en régie) les solutions
spécifiques, techniques, d'ampleur exceptionnelle, que demanderont
inévitablement les clients.
7. A l'inverse, il semblerait que les entreprises de service
américaines (banques, SSII) se soient depuis déjà
2 ans préparées à vendre en Europe des outils techniques
et des produits monétiques et commerciaux évolués. Certaines
sociétés de logiciels semblent même prêtes à
inclure gratuitement la conversion à l'euro dans leurs programmes
de gestion.
8. Selon divers indices, des concurrents non européens des entreprises européennes préparent des manoeuvres quelque peu inhabituelles, mais de bonne guerre. L'on conçoit aisément qu'une entreprise prête depuis longtemps à livrer la bataille de l'euro puisse déstabiliser un adversaire qui ne serait pas prêt, en lui imposant, directement ou par sous-traitants ou clients interposés, un brutal afflux de transactions en euro.
En principe, une entreprise ne devrait pas être autorisée à
imposer de l'euro à ses fournisseurs ou clients. En fait, les rapports
de force joueront.
9. D'autres types de coups, relevant de la concurrence déloyale, sont à prévoir, dans les secteurs commercialement sensibles. L'urgence devant laquelle se trouveront, face aux échéances non préparées, les entreprises européennes, les conduiront à faire appel in extremis à des consultants extérieurs. Parmi cette assistance pourront se trouver des informateurs économiques ou des déstabilisateurs travaillant pour la concurrence.
1. Le premier danger est l'impréparation des entreprises et de nombreuses administrations. Il est encore temps de réagir, mais dans quelques semaines, avec la relâche estivale 1997, il sera trop tard.
Compte-tenu du rôle joué par les Etats dans le passage à l'euro, la première mesure à envisager consisterait à ce que les Chefs d'Etat ou de gouvernement, au niveau européen mais aussi au niveau national, mobilisent personnellement les acteurs par un discours fort et répété. Ce discours mettrait évidemment en valeur, face aux risques, les enjeux à saisir et avantages potentiels des changements en cours. Il se situerait dans la perspective incontournable de la transition vers la société de l'information.
Les Chefs d'Etat devront être relayés, vis-à-vis des entreprises et des banques par les ministères de l'industrie ou équivalents des Etats-membres, que l'on n'entend guère à présent. Ce sont ces ministères qui devraient en premier lieu mobiliser le tissu industriel, et les PME/PMI..
Recommandation: un discours mobilisateur des Chefs d'Etat.
2. Le second danger découle d'une sous-estimation des moyens nécessaires aux investissements. Il serait irréaliste, dans les entreprises comme dans les administrations, d'imaginer que l'on puisse faire face à ces échéances sans une augmentation sensible des ressources financières et des moyens humains - ceci durant une période d'au moins 5 ans.
On peut grossièrement estimer à 20 ou 30% des dépenses informatiques annuelles les crédits supplémentaires à affecter, pendant cette période, au passage à la société de l'information, à l'an 2000 et à l'euro. Il en serait de même des moyens humains.
A dépenses exceptionnelles ressources exceptionnelles. Il serait intéressant de gager les dépenses par des anticipations sur gains de productivité futurs (gains apportés par la monnaie unique et la restructuration des entreprises et des administrations). Les mécanismes sont à trouver.
Dans les procédures budgétaires de type français, pourquoi ne pas prévoir au budget des charges communes un fonds d'investissement remboursable sur quelques exercices.
Recommandation: provisionner sur 5 ans un surcoût substantiel
d'investissement en informatique et organisation.
3. Le troisième danger vient de la lourdeur des procédures réglementaires s'imposant à l'achat public et à la gestion des personnels administratifs. Les Codes des Marchés européens imposent aux administrations des délais de passation des marchés publics, certes légitimes en temps normal, aujourd'hui parfaitement insupportables (6 à 9 mois) compte tenu du fait que beaucoup de programmes devront être réécrits avant 1999. Il faut donc mettre d'urgence en place des procédures accélérées de visa, n'excluant pas cependant le nécessaire contrôle de légalité.
En ce qui concerne la mobilisation éventuelle des personnels administratifs susceptibles de prendre en charge en interne la conversion des programmes, il sera également nécessaire, dans certaines administrations, de prévoir des dispositions exceptionnelles destinées à faciliter la mobilité.
Recommandation: alléger à titre exceptionnel, et surtout
accélérer, les procédures administratives réglementant
l'achat public et la mobilité des personnels.
3. Un troisième danger tient à ce que l'Europe ne sait pas valoriser les atouts dont elle dispose.
Le cas est particulièrement évident en matière de monnaie électronique, qui sera au coeur, non seulement d'un passage réussi au commerce électronique, mais de la conversion à l'euro. L'interbancarité, l'usage sécurisé de la carte bancaire et du porte-monnaie électronique, les réseaux très développés de terminaux universels de paiement, constituent des atouts européens considérables.
Des travaux récents en matière de signature électronique, validés par les services compétents offrent des protocoles sécurisés supérieurs à ceux actuellement utilisés par la plupart des opérateurs mondiaux en matière de commerce électronique. La banque européenne, mais aussi le commerce électronique et les téléprocédures administratives, doivent en tirer les conclusions qui s'imposent: reconnaissance et utilisation.
Recommandation: soutenir les réseaux et les outils monétiques
de la banque européenne.
4. Un quatrième danger vient du l'insuffisante préparation de la Commission européenne elle-même, responsabilité partagée avec celle des représentants nationaux aux Comités de gestion. Une première priorité consiste à entreprendre la conversion à l'euro, dès 1999, des applications informatiques et d'échange de données communautaires (IDA de la DG3, Télématiques-administrations de la DG13, et plus généralement les programmes suivis, secteur par secteur par les différentes DG sectorielles (douanes, marchés publics, statistiques, informations, etc). Il n'y aura pas de secteurs qui ne soient touchés.
Une seconde priorité serait de mettre en place une cellule commune de communication et de sensibilisation (political awareness) aux exigences et contraintes. Cette cellule ferait en permanence la synthèse des travaux et des difficultés des Etats-membres, dans l'ensemble des questions techniques évoquées ci-dessus (c'est-à-dire, si possible, en incluant les questions concernant la passage au commerce électronique et à l'an 2000).
Recommandation: préparer à l'euro les procédures
communautaires, faire circuler et évaluer de façon permanente
les expériences nationales.
Rappel des recommandations:
- un discours mobilisateur des Chefs d'Etat.
- provisionner sur 5 ans un surcoût substantiel d'investissement en informatique et organisation.
- alléger à titre exceptionnel, et surtout accélérer, les procédures administratives réglementant l'achat public et la mobilité des personnels.
- soutenir les réseaux et les outils monétiques de la banque européenne.
- préparer à l'euro les procédures communautaires,
faire circuler et évaluer de façon permanente les expériences
nationales.