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AN 2000, EURO et OPPORTUNITES de MODERNISATION |
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Nota bene: ce document ne présente aucun caractère officiel.
Il n'engage donc pas l'administration.
mis à jour le 01/07/1996
Les administrations et plus généralement l'ensemble des organismes et personnes disposant d'une gestion informatique, dans le monde entier, se trouvent confrontés à deux événements inéluctables, l'un de date certaine et aux modalités bien définies, le changement de siècle dans la numérotation calendaire; l'autre, étalé dans le temps et de modalités encore non totalement définies, le passage à l'Euro. Pour être complet, il faut aussi mentionner, en France et dans quelques pays européens, l'introduction de la nouvelle numérotation téléphonique à 10 chiffres, dès la fin de 1996.
Dans les 4 à 6 années qui viennent, par ailleurs, la plupart des organisations vont s'interroger sur l'opportunité de refondre en profondeur l'architecture et les outils de gestion de leurs systèmes d'information, afin de s'ouvrir à de nouvelles applications en réseau, de nouveaux outils, ou répondre à de nouveaux besoins, notamment en termes d'économie de gestion ou de restructuration. Beaucoup, ayant déjà pris cette décision, en supporteront pendant toute la période les diverses charges et risques d'indisponibilité.
Dans ces trois cas, les organisations vont être soumises à une contrainte majeure: ne perturber que le moins possible leur exploitation informatique, qui répond à des besoins vitaux ne supportant pas la moindre interruption de service ou la moindre aggravation des taux d'erreurs ou de panne. Elles devront également provisionner les ressources humaines et budgétaires nécessaires à la prise en charge de l'ensemble des nouveaux travaux. Des choix stratégiques importants s'imposent donc.
La mise en place de convertisseurs répondra en principe aux besoins. Mais il ne s'agit pas de solutions simples. Les programmes en service actuellement sont le plus souvent anciens, faisant appel à des couches superposées au fil du temps de matériels et logiciels, raccordées par des artifices aussi divers que parfois compliqués, sinon improvisés. De plus, ces programmes sont, sauf exceptions, fort mal ou non documentés, les techniciens ou les dossiers ayant le plus souvent disparu aujourd'hui. C'est particulièrement le cas dans les administrations, pour des raisons diverses dont on ne fera pas ici l'analyse.
Les événements précités, passage à l'Euro, à l'an 2000 et à la nouvelle numérotation, touchent d'innombrables instructions, réparties dans d'innombrables programmes et matériels. Il est pratiquement impossible aux responsables informatiques d'en obtenir une liste exhaustive, compte-tenu du fait que les différentes générations de programmeurs ont généralement considérés qu'ils avaient toute liberté de spécifier comme ils l'entendaient le traitement des informations relatives à des données considérées comme secondaires.
La seule solution de sécurité consiste donc à documenter ou redocumenter l'ensemble des programmes en service, et à l'intérieur de ceux-ci, identifier l'ensemble des instructions concernant les événements considérés, afin de les modifier le moment venu. Quand il s'agira de micro-informatique ou de réseaux locaux, il faudra parallèlement faire l'inventaire (généralement très mal tenu) des parcs et applicatifs locaux. L'objectif est de nettoyer les bibliothèques de programmes, en établissant une cartographie précise des éléments physiques et logiciels des systèmes opérationnels, ainsi qu'une présentation convenable des listings permettant soit le balayage automatique, soit l'intervention manuelle.
Ce ne sera qu'au vu des résultats de ce premier travail qu'il conviendra d'examiner la question, plus délicate, de savoir si tel programme ou telle application devrait être réécrit, soit pour être modernisé localement, soit pour répondre à une volonté de refonte générale des système d'informations- ou si, notamment en ce qui concerne l'unité monétaire, la mise en place de convertisseurs ou traducteurs suffirait à répondre aux spécifications fonctionnelles qui auront été précisées dans l'intervalle.
La redocumentation des programmes, comme l'analyse, instruction par instruction, de certains d'entre eux, constitue une tâche considérable. La documentation ou redocumentation, pour sa part, ne peut être automatisée. Le balayage de programmes convenablement documentés peut l'être à la rigueur, sous surveillance humaine. Ces travaux nécessiteront de nombreux mois et un nombre difficilement estimable, globalement, d'hommes/années.
Certaines administrations disposeraient éventuellement des ressources humaines nécessaires, au sein de leurs effectifs informatiques. Encore faudrait-il les constituer en équipe et les former ou les motiver. Pour la plupart des administrations, le recours aux sociétés de service s'imposera, ce qui ne les dispensera pas de surveiller les travaux de très près.
Indépendamment de toute perspective de passage à l'Euro, les administrations françaises, comme toutes les administrations et entreprises informatisées européennes, vont se trouver obligées, dans les prochaines années, de prendre en compte trois changements de grande ampleur:
- au plan technologique, le passage d'une architecture centralisée et non communicante à des architectures décentralisées, en réseau, communiquant systématiquement avec les correspondants extérieurs. En termes plus techniques, on parlera de systèmes clients-serveurs, d'Internet et d'autoroutes de l'information, de cartes à mémoire, de relations avec les mobiles, etc. Il faut évoquer également, en matière de logiciels, le développement de puissants systèmes-experts d'ingénierie de la connaissance et d'aide à l'acquisition et au contrôle des données. Pour la plupart des administrations, notamment, il ne serait pas concevable, tant pour des raisons de coût que d'efficacité, d'en rester aux architectures et outils actuels, datant souvent de plus de 20 ans.
-au plan fonctionnel, le passage à la société de l'information, caractérisée notamment par la dématérialisation des entités et des procédures, la mondialisation ou globalisation du théâtre d'intervention, la nécessité de répondre à la multiplication des concurrences, quel que soit le secteur, public ou privé. Ce passage entraînera d'importantes refontes dans le contenu des applications. En ce qui concerne par exemple l'assiette, le recouvrement et le contrôle des droits et taxes, les facteurs précités obligeront à revoir une bonne partie du mode de travail actuel des administrations intéressées, et donc la presque totalité de leurs programmes.
-au plan politico-administratif enfin, pour ce qui concerne l'Europe, le développement des réseaux transeuropéens entre administrations, résultant de la coopération administrative désormais nécessaire dans la plupart des domaines. Ces réseaux se construisent actuellement, pour le compte des quinze Etats-membres de l'Union, autour d'architectures et de fonctionnalités définies par la Commission et certaines administrations nationales seulement. Ils s'imposeront cependant à l'ensemble. L'exemple à évoquer dans notre domaine est le réseau CCN-CSI développée par la DG21 (douanes et droits indirects). En simplifiant, on peut dire que les informatiques douanières nationales se comporteront comme des terminaux virtuels d'un réseau à 15 partenaires. Les administrations nationales doivent, non seulement tenir compte des spécifications ainsi définies, mais si possible participer à la suite des travaux de spécification et de mise en oeuvre, tout en adaptant leurs propres procédures.
Dans la mesure où ces différentes contraintes vont, inéluctablement, s'imposer aux administrations et entreprises, celles-ci se verront obligées de choisir entre différentes stratégies:
- soit les traiter indépendamment les unes des autres. Il en résulterait, non seulement la multiplication de travaux redondants et coûteux, mais une quasi-certitude d'échec dans tous les domaines, vu l'insuffisance des moyens budgétaires et surtout humains actuellement disponibles, ou prévisibles dans les 5 ans. .
- soit donner la priorité au plus inéluctables (euro et passage à l'an 2000) en sacrifiant les autres évolutions. Le résultat serait désastreux à terme, puisque les organismes se retrouveraient dans 4 à 6 ans avec des programmes certes adaptés à la nouvelle unité monétaire et au nouveau calendrier, mais obsolètes sur tous les autres plans. L'informatique confirmerait la mauvaise réputation qu'elle a déjà dans certains esprits: celle de coûter très cher pour des résultats fonctionnels non adéquats aux besoins.
- soit enfin tenter de combiner les différentes approches, dans une démarche nécessairement innovante et nécessitant une mobilisation générale des ressources et des énergies. Il conviendrait de: - repenser les schémas directeurs des systèmes d'informations en y intégrant les conséquences des contraintes évoquées précédemment - refondre, de façon nécessairement étalée dans le temps compte tenu des moyens disponibles, les applications au plan fonctionnel et technique - redocumenter complètement, puis modifier localement, les programmes ou restes de programmes qui demeureront en activité entre 1999 et 2002. En bonne méthode, ces trois démarches, faute de temps, devraient être menées en parallèle, dans le cadre d'un PERT priorisant l'inéluctable.
Les travaux correspondant doivent commencer sans attendre, notamment pour la sensibilisation des hiérarchies, la désignation de responsables et l'inventaire des composants du système d'information.
Il faut également préciser au plus tôt les contenus et les modalités des services qui seront demandés par les utilisateurs finaux aux prestataires de service extérieurs.
Les considérations qui précèdent laissent à penser que tous ceux qui souhaitent voir les administrations se moderniser en profondeur doivent saisir l'opportunité du vaste toilettage imposé par le passage à l'Euro pour promouvoir des perspectives de modernisation abordant le fond des questions non encore résolues. Un dialogue avec les usagers s'impose à cette occasion, pour tenir compte des exigences du terrain, souvent négligées par les pères historiques de l'informatisation des administrations, qui ne disposaient pas des outils de dialogue existant aujourd'hui.
Jean Paul BAQUIAST, le 4 juillet 1996