EURO ou
le rapprochement des échéances

Compte-rendu résumé de l'EuroITforum du 2 Octobre 1997 à Bruxelles

Jean-Paul BAQUIAST, le 6 octobre 1997

Le Forum était destiné à la sensibilisation des industriels du secteur des technologies de l'information, et accessoirement à celles des utilisateurs du secteur privé, notamment les PME/PMI. La Commission était représentée par le vice-président Bangemann et le Commissaire Thibaut de Silguy, ainsi que par deux Directeurs Généraux, MM. Micossi (Industrie) et Verrue (Recherche).

Voici les points forts qui peuvent en être dégagés:

1. Accélération des échéances.

D'une façon générale, les propos des représentants de la Commission ont profondément changé par rapport à ce qu'ils étaient avant l'été. Selon eux, sans remettre en cause le ni-ni (nul n'est obligé de traiter de l'euro, mais nul ne peut se faire refuser l'euro), il sera indispensable d'être "fully euro-compliant" ou "Tout-euro" pour le 1.1.99, qu'il s'agisse d'administrations ou d'entreprises. Tous les experts, disent-ils, prévoient un fort engouement pour l'euro dès le 1er janvier 1999. Les informaticiens, a dit M. de Silguy, ne pourront pas prétendre qu'ils n'ont pas été prévenus. Que signifie exactement être fully euro-compliant ou tout-euro au plan technique? Personne ne l'a précisé. On peut supposer: pouvoir traiter l'euro en majeur, et la devise nationale en exception, dans toutes les applications.

En ce qui concerne les administrations, pour la plupart des grands industriels, tel IBM, la chose est claire: le Tout-euro demandé consiste à accepter dès 1999 les déclarations sociales et fiscales en euro. Les grands déclarants internationaux ne pourront se permettre de maintenir des comptes déclaratifs en plusieurs devises.

Par ailleurs, M. de Silguy a indiqué que 7 Etats ont déjà annoncé des Plans de basculement nationaux . Ces Plans, pour lui, marquent l'évolution en faveur du Tout Euro. "L'on passe du plus tard possible au plus tôt possible". L'Allemagne finaliserait le sien ces jours-ci. La France s'y prépare également.

Ces perspectives admises, les entreprises informatiques soulignent les difficultés qui les attendent, et qui attendent leurs clients, tenant notamment au renchérissement et à la raréfaction des informaticiens. Mais ce n'est pas une raison, affirment-elles, pour retarder les échéances. C'en est une au contraire pour sonner la mobilisation générale. Or toutes déplorent l'absence de prise de conscience des directions générales et même souvent des directions informatiques.

2. Le problème des PME/PMI.

L'absence de conscience des enjeux de la part des PME/PMI européennes est dénoncé à l'unanimité. Le reproche s'étend à leurs conseils de gestion, fournisseurs de progiciels, etc.

Pour M. Bangemann, le problème dépasse l'euro. C'est l'adaptation des PME au commerce électronique qui est en cause. Il faut profiter de l'euro, qui impose un changement radical, pour obliger les PME à entrer dans la société de l'information, en s'équipant et se connectant.

De l'avis général, une action forte de communication s'impose. La Commission, sollicitée, ne veut pas en être seule responsable, mais accepte l'idée d'une action conjointe avec les E/M. L'information est suffisante, selon M. de Silguy, mais mal diffusé. Les participants réclament de véritables plans nationaux en matière de PME/PMI. Les Chambres de Commerce et d'Industrie, les Chambres de métiers ou équivalentes, doivent être mobilisées. Les éditeurs de logiciels et progiciels également.

En dehors des " grands messes " qui s'imposeront en matière de communication, l'accord se fait sur la nécessité de multiplier les sites et les contenus Internet, présentant notamment des documents-cadres, vade-mecum, etc..

3. L'appel à de nouveaux managers ou nouveaux modes de gestion.

Les technologies de l'information, de l'avis général, supporteront l'essentiel du défi à relever. Malheureusement, de l'avis de beaucoup d'intervenants, elles ne sont pas convenablement dirigées. Restant encore de la responsabilité des informaticiens, alors que les hiérarchies ne s'y intéressent pas assez (du moins en Europe), elles ne seront pas mises au service de la restructuration des entreprises, de la modernisation des méthodes de travail, qui s'imposent du fait de l'entrée dans la société mondiale de l'information.

Les entreprises américaines, par contre, se sont déjà préparées à ce défi. L'ouverture de la zone euro leur fournira une occasion, attendue, de déployer leurs nouvelles armes. Ce n'est pas le cas des européennes.

Prendre prétexte de l'euro, et de l'an 2000, pour repousser les nécessaires refontes (reengeeniering), pourrait être fatal, y compris aux entreprises apparemment encore très fortes dans leur secteur de marché.

L'idéal, réalisable selon beaucoup d'intervenants, serait de faire en même temps l'ensemble des réformes applicatives qui s'imposent, en introduisant l'euro et l'an 2000 dans des systèmes de gestion de type Internet considérablement assouplis et rendus plus flexibles et évolutifs. Ce qui ne serait pas possible avec les " gros systèmes " le devient avec Internet.

Beaucoup de participants souhaiteraient que la Commission prenne l'initiative d'un discours politique en ce sens à l'attention des E/M, y compris de ceux qui ne seront pas dans la lère vague euro. (UK notamment...). La Commission ne le souhaite pas, et considère que c'est aux industriels de prendre l'initiative. C'est à eux qu'il appartient de sensibiliser le monde économique à ces nouveaux aspects de la gestion d'entreprise.

Une solution intermédiaire consisterait à ce que, dans le cadre d'un Groupe de travail industriels -utilisateurs avertis, ces problématiques soient développées et illustrées par des exemples concrets. Un Livre vert ou Blanc pourrait être produit assez vite (2 à 3 mois) La Commission pourrait s'y intéresser, mais ce serait aux E/M, soit à titre public, soit dans le cadre d'initiatives privées, de décliner le message à l'intention des correspondants nationaux.