EURO, Internet, Carte à microprocesseur: le nouveau triangle d'or

Jean-Paul BAQUIAST, le 7 janvier 1997

1. Les trois côtés du triangle.

Les années 1997-2002 verront en Europe la conjugaison de trois phénomènes d'origine différente, qui peuvent créer des opportunités commerciales et économiques considérables pour ceux qui sauront les saisir.

Ce sera d'abord l'EURO, qui donnera au secteur bancaire comme plus généralement à l'ensemble des professions industrielles et commerciales (ainsi d'ailleurs qu'aux administrations) une occasion unique de dépoussiérer leurs habitudes mentales, leurs produits et leurs comportements. En France, les banques vont se trouver soumises à une intense concurrence de leurs homologues des pays Euro (et des autres). Des produits d'épargne en Euro, des comptes-courants, des instruments de paiements modernes, tels le porte-monnaie électronique, seront offerts à la clientèle dès 1999. Ce dernier, par exemple, utilisable pour les petits achats, résoudra de nombreux problèmes de conversion et même de société (petite criminalité) pour les personnes peu habituées aux opérations de change ou à faible revenu.

Internet, pour sa part, explosera dès 1997 dans le domaine des opérations sécurisées et du commerce électronique. Ledit commerce portera tout autant sur l'achat-vente de biens matériels et services que sur l'accès payant à des " contenus " informationnels et intellectuels. Les Galeries marchandes en ligne, le paiement par porte-monnaie électronique sécurisé, multiplieront les occasions de toucher de nouvelles clientèles, y compris chez les petits acheteurs excentrés.

Enfin, dans les deux cas, l'on fera largement appel au troisième côté de ce nouveau Triangle d'or, la carte à microprocesseur (carte et lecteur). Celle-ci, après une longue latence, verra également son marché décoller vraiment à partir de 1997, non seulement en Europe mais dans le monde (hors sans doute les Etats-Unis). Les applications traditionnelles (achat-vente par carte de crédit, télécoms, santé) seront rattrappées par des services et applications nouveaux: protection d'accès aux ordinateurs et réseaux sur Internet, porte-monnaie électronique déjà cité, pour le paiement en ligne, carte-ville, carte-citoyen, etc. Les administrations publiques auront également là aussi une opportunité essentielle de modernisation (titres administratifs et télé-procédures sécurisées).

Ce sera en fait la carte à microprocesseur qui permettra en grande partie l'essor dans les deux domaines précédemment évoqués, l'Euro et Internet, en offrant l'interface inviolable, économique et techniquement fiable entre les grands systèmes et les individus, fussent-ils peu enclins à pratiquer les technologies de l'information.

Il est quasiment certain, notamment, qu'Internet et la carte évolueront de concert, en s'appuyant l'un l'autre. Il n'est que de prendre l'exemple de la désormais irrésistible évolution d'Internet vers les Networks Computers (NC) reliés à des bases de données en ligne. La carte à microprocesseur deviendra, dans cette perspective, le système d'exploitation " usager " du NC, auqul s'ajouteront ses fonctions de comptabilisation et paiement des dépenses. L'immense marché potentiel de la formation et de l'éducation sera le premier à en tirer profit.

2. Qui seront les bénéficiaires de ces nouvelles opportunités et de ces nouveaux chiffres d'affaires?

Ce seront d'abord les pays européens, à commencer par les plus dynamiques d'entre eux. Les français pourraient jouer un rôle déterminant, s'ils savaient se défaire du scepticisme national qui les caractérise encore face aux trois phénomènes évoqués, l'Euro, l'Internet et la carte à microprocesseur. En ce dernier domaine pourtant leurs industriels tiennent des positions clefs.

Les banques, le commerce et, dans leur sillage l'industrie et les services profiteront évidemment en premier lieu de la diversification et de l'ouverture des marchés, de l'apparition de nouveaux métiers et emplois, s'ils savent s'y adapter. Les professionnels, en France, ont-ils pris la mesure du phénomène, à l'échelle qui conviendrait? Le GIE Carte Bleue, par exemple, saura-t-il en temps utile offrir des porte-monnaie électroniques au commerce de détail, face à la concurrence allemande, hollandaise ou italienne?

Les industriels des technologies de l'information verront se renouveller et surtout s'étendre vers le bas le marché des ordinateurs, des réseaux et des systèmes-cartes. Le NC et la carte, comme indiqué, pourraient par exemple atteindre en 5 ans un taux de pénétration analogue à celui de l'actuel minitel, si les services en ligne suivent parallèlement. Les opérateurs de télécommunications verront également croître considérablement le Delta-trafic, sur le segment grand public, celui des communications locales.

L'usager enfin devrait bénéficier de tous ces développements, tant en économies qu'en facilités de service.


Les avantages attendus ne viendront pas spontanément, cependant. Non seulement, secteur professionnel par secteur professionnel, les entreprises les plus dynamiques devront redoubler d'effotrts et d'imagination face à une évolution toujours plus rapide, et à la concurrence accrue, mais il sera sans doute aussi indispensable d'orchestrer, au niveau national et européen, les transformations qui s'accompliront. Un discours plus mobilisateur, tant du côté des Pouvoirs Publics que de l'économie et finalement, des citoyens eux-mêmes, devra s'organiser. Des mesures d'accompagnement et de normalisation seront à envisager. Nous y reviendrons ultérieurement.