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Centrale du Blayais.
Une Commission Locale d'Information (CLI) dans la tempête |
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| 2 pages | Pierre Delacroix; contact sepanso.fed@wanadoo.fr | janvier 2000 |
Ce texte, communiqué par notre partenaire Radiophare, donne un exemple de fonctionnement d'une Commission Locale d'Information. Des cellules de ce type, rediffusant leurs compte-rendus sur Internet, joueront à l'avenir un rôle essentiel pour informer les citoyens de l'évolution de situation à risques ou à problèmes. Nous estimons qu'il s'agit de formules indispensables permettant de rapprocher les citoyens des services publics - même si de telles cellules ne peuvent pas espérer fonctionner sans quelques frictions. BaquiastMalgré notre analyse très critique de la politique énergétique française, et en particulier de sa dimension nucléaire, notre association a choisi de participer à La Commission Locale dInformation de la Centrale nucléaire du Blayais, partant du principe quil fallait saisir loccasion dy peser dans le bon sens, celui de la transparence de linformation. La réticence même des élus à créer cette Commission elle na vu le jour, malgré nos demandes réitérées, quen 1991, soit 10 ans après la divergence du premier réacteur ! plaidait pour sa création. Mais ce nest cependant pas sans réserves que nous avons participé, tant notre expérience des « acteurs » du nucléaire avait été négative.
La CLI du Blayais a fonctionné, et plutôt bien, malgré quelques réserves mineures. Mais la tentation est restée forte de la cantonner dans un simple rôle dappui pédagogique auprès des populations, aux dépens du rôle moteur dun système dinformation vigoureux quelle pourrait jouer.
Certes, on a pu sans obstacle faire passer des remarques critiques, user du droit de contre-expertise, et les débat sont toujours restés courtois et ouverts. Mais linformation, dans la plupart des instances para-publiques de ce genre, vise dabord à rassurer.
Le premier accroc sérieux sest produit avec laffaire des convois contaminés de combustible nucléaire irradié vers La Hague, en 1998. Certes, les consignes de silence qui ont permis de camoufler cette faute navaient pas été prises au niveau de la centrale du Blayais. Mais quelque chose sest passé là qui a marqué.
En soi, on le sait, lincident nétait pas gravissime. Ce qui létait, cétait ce retour au mensonge par omission, aux vieilles habitudes de rétention de linformation que depuis Tchernobyl et les remous qui avaient suivi, on croyait en voie de disparition. Cest en tout cas ainsi que nous lavons ressenti.
Cest bien pourquoi les problèmes dinformation survenus à loccasion de la tempête de Décembre nous ont choqués.
A loccasion de ces événements, des lignes de défense des réacteurs ont été défaillantes. Or de cela, il na pas été question de façon explicite dans la presse. Au contraire, les communiqués de presse sont restés rassurants : « Sud-Ouest » du 29 Décembre évoque une situation « sans danger » et parle « détat darrêt sûr ». On mesure lambiguïté du tableau, quand dans le même temps la Direction de la Sûreté Nucléaire (DSIN) à Paris reclasse lincident du niveau 1 au niveau 2 («défaillances importantes des dispositions de sécurité »).
Cest vrai que « à aucun moment, les 3 barrières de sûreté (sous-entendu : les gaines de combustible, les cuves et systèmes primaires des réacteurs, et les enceintes des bâtiments-réacteurs) nont perdu leur intégrité » . Si lon sen tient à ce domaine particulier, cela signifie quil ny a pas eu à Braud ce jour-là de risque de rejets radioactifs accidentels. Mais cela na rien à voir avec lautre problème qui est la mise en cause des systèmes de sécurité (Injection de Sécurité Réacteur et Aspersion de Sécurité de lEnceinte) - qui a justifié le classement de laffaire par la DSIN au niveau 2 de léchelle INES. On le voit, EDF ne ment pas.
Simplement, on parle de plusieurs choses, en mettant en valeur celle qui rassure. Comment faut-il qualifier ce type de communication ?
Si la CLI avait pu fonctionner normalement , ses membres nauraient pas manqué de sinterroger aussitôt sur les problèmes posés par la neutralisation par inondation des systèmes de sûreté, ou sur celle des prises deau par colmatage, et sur leur présentation au public. Autant de questions quil aurait été intéressant de poser à ce moment, parce quelles touchaient à la crédibilité de linformation diffusée, dont il est évident quelle a masqué un certain nombre de données. Jai parlé, et je maintiens, de rétention dinformation. Mais qui aurait pu poser ces questions impertinentes ? La CLI ne la pas pu, pour la bonne raison que ses membres, à la différence des élus et de la presse, nont jamais été destinataires personnels du moindre communiqué. La CLI, dont les autorités préfectorales comme EDF connaissent pourtant les téléphones, fax, et adresses électroniques.
Alors, à quoi sert la CLI ?
Nous avons pris conscience de lambiguïté de son positionnement et de son rôle à loccasion dun exercice de sécurité en 1998, en consultant lorganigramme des institutions de crise nucléaire, où la CLI ne figurait nulle part. A notre suggestion, ses membres ont alors joué le rôle dobservateurs impartiaux externes au dispositif rôle qui sest dailleurs avéré positif. Néanmoins, on a limpression que cette Commission reste mal positionnée, ses compétences et son rôle, mal définis : peu utile hors la crise, gênante pendant la crise.
Oui, elle gêne : à part les médias - qui cherchent, comme léthique et la prudence les y incitent toujours plus, à « croiser » les informations, à confronter les analyses des uns et des autres qui peut saccommoder de voir en pleine crise une cellule dobservateurs, délectrons libres, sinterroger sur la communication des acteurs de la crise ? Ni lopérateur EDF, tétanisé par la peur dune mauvaise image, ni les services de lEtat tenus à la réserve, ni les élus ou lautorité préfectorale, soucieux avant tout déviter la panique, et préoccupés par les dégâts de la tempête. Ainsi sexplique, me semble-t-il, lostracisme dont la CLI a été victime.
Tout sest bien achevé, Dieu merci. Mais si la situation avait été différente, comment la population, bercée pendant des années de propos lénifiants, aurait-elle réagi ? Dans cette « société vulnérable » la tempête du 28 Décembre 99 a amplement démontré cette vulnérabilité ! - la vigilance devrait être la règle. Cest le contraire que produit ce type dinformation , c manque déducation au risque. Le réveil, que je ne souhaite pas, mais que la statistique rend inévitable, risque dêtre très dur.
Pierre DELACROIX
Président de la SEPANSOSEPANSO, 1 rue Tauzia, 33800 Bordeaux
http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/environ/blayais.htm