L'enseignement à distance public
doit-il être gratuit ou payant?

2 pages Jean-Paul Baquiast jp.baquiast@chello.fr

 8 Janvier 2001

Un débat s’est instauré, à partir d’interventions diffusées sur la liste Temps-réels et sur la liste Admiroutes, concernant la gratuité des contenus éducatifs en ligne provenant du secteur public éducatif.

Pour les uns, les administrations, en ce domaine comme dans beaucoup d’autres, doivent respecter leurs missions de service public : faciliter à un coût aussi faible que possible l’accès du plus grand nombre aux produits de leur activité. Comme l’inégalité d’accès à la culture et à la connaissance est malheureusement une composante des sociétés actuelles, il est du devoir des adminiçstrations  de mettre gratuitement à la disposition de ceux ne pouvant pas se les procurer sur le marché les ouvrages, cours, thèses, références qu’elles produisent. Ceci intéresse d’abord les établissements d’enseignements proprement dits, depuis le primaire jusqu’au supérieur. Mais toutes les autres structures publiques, par exemple les bibliothèques, devraient poursuivre les mêmes objectifs. Cette gratuité se ferait à un coût très faible, compte-tenu des facilités offertes aujourd’hui par l’Internet. Par ailleurs, l’esprit pionner de celui-ci : donner sans attendre nécessairement de rémunération, serait ainsi revivifié.

Pour les autres, décider – unilatéralement en France, car les autres pays n’ont généralement pas la même approche – la gratuité d’accès aux contenus pédagogiques aurait un triple inconvénient : déstabiliser les entreprises privées pratiquant le e-learning, entreprises de plus en plus nombreuses comme l’on sait - prêter le flanc à des attaques devant l’OMC au motif de distorsion de concurrence dans le domaine des services (l’enseignement comme la santé, sous la pression irrésistible du secteur marchand, étant de plus en plus considéré comme devant être un domaine de libre-concurrence) – et finalement décourager les structures publiques elles-mêmes d’investir en matière de télé-enseignement  et même d’enseignement, l’impossibilité de rémunérer ces investissements décourageant la recherche et la production. On fait valoir sur ce dernier point que, contrairement à l’illusion selon laquelle la mise en ligne se fait à un coût marginal, il y aura des coûts considérables, tant en personnel qu’en logistique, à assumer pour offrir une offre pédagogique de qualité face aux investisseurs privés.

Comme toujours, la solution la meilleure paraît être un compromis entre  ces deux thèses. Voici quelques élèments de solutions que je vous propose, afin de réalimenter la discussion.

Il convient pour ce faire  de préciser quel objectif général l’on recherche, sous le terme générique d’enseignement à distance :

-         alimenter les enseignants, les établissements et les étudiants-élèves eux-mêmes en contenus scentifiques et culturels de base pouvant servir de matière première à leurs enseignements. En ce cas, c’est le web tout entier qui est utilisable, et les institutions nationales, comme les auteurs estimant pouvoir publier gratuitement sur ce même web, doivent être encouragés à le faire sans se poser le problème du retour sur investissement. Ainsi les ministères devront-ils mettre en ligne, comme le gouvernement français le leur demande d’ailleurs, les stocks considérables de documents, images et autres sources actuellement numérisées et archivés mais non accessibles. De nombreux éditeurs  feront de même, en partie ou totalement,  ne fut-ce qu’à titre d’appel. C’est ainsi que les revues scientifiques mettent souvent en ligne leurs principaux articles. Il faut bien voir que ne pas faire cela laisserait sans concurrence intellectuelle les innombrables articles et documents publiés gratuitement par les auteurs, enseignants ou institutions de nombreux pays étrangers.

-         Former des élèves et étudiants à distance, afin de leur permettre de passer des examens et concours. Une telle solution n’a d’intérêt pour les « apprenants » que s’ils peuvent effectivement acquérir des diplômes et des qualifications professionnelles. Dans ce cas,  la personnalisation de l’enseignement, et les modalités, très spécifiques, surtout au plan international, de passation et de reconnaissance réciproque des diplômes, exigent des investissements importants, qui doivent être rémunérés par des « droits d’inscription » couvrant, en gros, le coût de la dépense. Rien n’empêche par contre un Etat donné de compenser ces coûts, à l’égard de  populations supposées ne pouvoir les prendre en charge elles-mêmes, par des systèmes de type « bourse ». Si de telles formations sont destinées à des étudiants de pays en développement clairement identifiés, le même système de bourse, en coopération bilatérale ou le cas échéant pris en charge sur le plan multilatéral par des ONG ou institutions internationales telles l’Unesco, peut être envisagé.

-         Entre ces deux extrêmes, on trouvera le cas posé par l’écriture de didacticiels ou contenus multimédia pédagogiques destinés à alimenter les établissements d’enseignement  de toutes natures. Le besoin sera de plus en plus important. Plus les établissements auront de connexions à Internet, plus les enseignants, élèves et parents souhaiteront trouver de tels produits sur le web. On peut dans cette perspective admettre la double présence de produits réalisés par des entreprises, acquis contre une rémunération (comme les livres scolaires actuels) et de produits réalisés par des enseignants ou des tiers, et fournis gratuitement. Il en existe déjà beaucoup. Quelle motivation auront en ce cas les auteurs ? On peut en imaginer plusieurs : rendre service (eh oui!), acquérir une expérience réutilisable, se faire connaître ou reconnaître dans leur milieu professionnel ou dans tel ou tel cercle scientifique ou médiatique. Il y a encore, dans la mise en forme et la diffusion des connaissances,  de nombreuses opportunités de bénévolat, particulièrement opportunes lorsque la société s’achemine vers les 35 heures, qui ne relèvent en rien du e-business.

http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/educ/gratuite.htm
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