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Projet EMMARapport par Jean-Paul BAQUIAST et François BERTHET20/11/1996 |
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2.1 Evaluation technique.
2.1.1. Rappel des équipements mis en place dans le cadre des programmes précités:
Les programmes se déroulent sur des sites pédagogiques bien déterminés, jouant le rôle de maître d'oeuvre. Ces sites, tous volontaires, sont gérés par une petite équipe provenant des organismes ayant accepté de s'associer dans ces programmes. Ils comportent évidemment des enseignants et des élèves. Les traditions et finalités propres à chaque pays n'empêchent pas un utile début de travail en commun.
Dans ce cadre, les équipements suivants ont été déployés ou sont en cours de développement:
-15 PC multimédia par salle, reliés par réseau local, avec accès à Internet par lignes RTC et RNIS.
- 6 salles pour MMPI et 5 sur Employ (1 par pays membre du projet).
- Chaque salle est dotée d'un serveur, PC maître ou serveur spécifique, qui stocke des programmes pédagogiques mis à disposition. L'interconnexion entre serveurs des différentes classes n'est pas encore réalisée. Elle le sera avant avril 1997.
- Fonctions de sécurisation et de paiement: l'accès aux serveurs sera à cette même date contrôlé par un lecteur de carte à mémoire par PC ( installé mais pas encore en état de fonctionner) et des cartes à mémoire développées spécifiquement.
La carte à mémoire a pour objectif de sécuriser l'accès de l'utilisateur au poste et au réseau, ainsi que de comptabiliser et faire payer ce même accès. La solution retenue est celle du pré-paiement: les cartes sont achetées d'avance à l'opérateur de réseau, par l'organisme (collectivités locales, ANPE par exemple) ou l'individu qui veut en faire usage, dans les limites du crédit qu'il entend y consacrer. A cet effet la carte ouvre des droits d'accès aux réseaux de télécommunications et aux programmes pédagogiques situés sur les serveurs.
La carte est personnelle à son usager, élève ou enseignant, et peut être personnalisée en fonction des besoins du porteur, déterminés soit par celui-ci, soit par les organismes prescripteurs de la formation.
-Autres matériels: 1 poste de visioconférence à la norme H320 par site Employ, des scanners couleurs, appareils photonumériques, presseurs de CD-ROM.
- Normes: les standards retenus sont systématiquement conformes aux normes et standards du marché, en évitant tout développement propriétaire (sauf pour l'instant en ce qui concerne la carte à mémoire, dont la normalisation sera recherchée ultérieurement par le fournisseur). Ce point est essentiel afin de permettra la portabilité dans l'espace et dans le temps, et d'éviter les dépenses et risques inutiles.
2.1.2. commentaires
L'usage pédagogique a commencé en mai 1996 à Nîmes. tous les sites Employ sont en service actuellement. On ne signale pas de problèmes particuliers relatifs aux équipements standards, sauf les questions habituelles de résistance du matériel en milieu scolaire.
Les développements logiciels nécessaires au système carte ont pris du retard et ne seront pas totalement disponibles avant avril 1997.
2.2. Evaluation pédagogique.
L'enseignement reste encore très largement traditionnel, les nouvelles technologies n'étant, cette phase des programmes qu'utilisées de façon marginale. Cependant, des conclusions très intéressantes peuvent déjà être présentées
2.2.1. Accueil d'ensemble
L'accueil est très favorable, tant de la part des professeurs que des élèves. Il est à noter que les élèves en difficulté, qui rejettent plus ou moins les outils et méthodes classiques, acceptent avec intérêt cette nouvelle approche.
Il ne suffit pas cependant de leur mettre en mains les technologies nouvelles. L'expérience montre la plus grande diversité, sinon le plus grand désordre, pour en faire un usage utile au point de vue pédagogique. Tout est à apprendre et à structurer, en reprenant d'ailleurs des expériences déjà faites par ailleurs: par ailleurs comment s'exprimer devant un micro, une caméra (comment maîtriser son discours, son apparence).
2.2.2. Contenus éducatifs:
Les projets ont recherché des produits existants, tant français qu'européens. Ils n'en ont pas trouvé dont la qualité soit adaptée à leurs besoins. Par exemple, pour Employ, les éditeurs reconnaissent l'importance numérique de la population concernée (16-25 ans, chômeurs) mais estiment que cette population ne constitue pas un marché rentable. Le besoin de soutenir l'effort de création de contenus adaptés est pris en compte par la Commission Européenne qui a créée une Task Force Multimédia regroupant les compétences de plusieurs directions générales. Cette Task Force élabore une stratégie et des programmes sur financement européen.
Chaque centre, en conséquence, essaye d'auto-produire des contenus adaptés à la population reçue. Par exemple, les classes de découverte multimédia envoient les élèves en reportage avec des appareils photonumériques, dans le cadre d'un objet et sous un contrôle pédagogique précis. Les images ainsi produites sont intégrées à d'autres connaissances afin de former un ensemble cohérent réutilisable, mémorisé sur CD-ROM dans un premier temps, sur les serveurs de contenus ensuite.
Cette démarche d'auto-production, permettant notamment l'appropriation locale des technologies, est indispensable, très riche d'avenir, mais elle ne supprime pas le besoin de contenus professionnels.
2.2.3. Rôle de l'enseignant.
Qu'on le nomme maître, professeur, formateur ou tuteur, l'enseignant conserve un rôle capital dans l'appropriation des technologies par les jeunes. La génération actuelle (que l'on peut qualifier de génération télévision ou nintendo) est caractérisée par une habitude du zapping, excluant l'approfondissement. L'adulte doit impérativement structurer et orienter l'usage du matériel et des contenus.
La permanence du besoin d'un enseignant au contact des élèves contredit de façon éclatante les craintes de certains personnels redoutant d'être " remplacés par des machines ".
Le seul point à souligner est que le travail fait depuis des siècles par les enseignants pour structurer la pensée à partir de l'usage de l'écrit sur papier, doit désormais être complété par l'apprentissage de l'usage des données numériques (textes, sons, images). Ceci suppose de la part des divers corps enseignants un investissement considérable, afin de tirer le plein parti de ces nouveaux outils.
2.3. Evaluation économique et financière.
2.3.1. Coûts globaux.
Les projets actuels se situent dans un contexte de recherche-développement. La comptabilisation des sommes investies doit être appréciée dans ce contexte: les dépenses sont plus élevées que celles à consentir pour des produits et usages rodés, amortissables sur de larges populations d'utilisateurs.
Le budget total de Employ (matériels, personnels, salles, contenus, etc), par exemple, est de 3,5 millions d'Ecus sur 3 ans (financements mi-communautaires, mi-nationaux). Rapportée aux effectifs bénéficiaires (environ 40.000 jours/élèves sur les 5 sites), le coût de l'heure par élève atteint 80FF, à comparer au coût généralement admis pour la formation classique, de 22 à 50 FF selon la technicité.
Pour que ces coûts par élève diminuent, il est prévu de produire à la fin des 3 ans des packages (matériel, logiciels, contenus, méthodes) à fin de dissémination dans cette catégorie d'organismes de formation. La plupart des enseignements et produits seront d'ailleurs utilisables dans d'autres secteurs éducatifs et de formation.
Les premiers résultats font apparaître une donnée nouvelle, au moins pour le milieu éducatif qui n'en avait pas l'expérience: les coûts de télécommunication qui, sans contrôle, peuvent devenir insupportables. Ceci sans préjudice d'erreurs de gestion catastrophiques (oubli de déconnexion d'une ligne RNIS avec l'étranger, par exemple).
2.3.2. Imputation budgétaire.
Un deuxième élément important concerne l'imputation budgétaire de la dépense. Le téléphone est généralement financé par des crédits de fonctionnement administratif, qui ne peuvent supporter le développement des usages pédagogiques. Se pose également la question de la source du financement, Etat, collectivité locale, organisme spécifique. Il convient donc d'identifier et individualiser les dépenses pour les attribuer à chaque catégorie d'ordonnateurs.
Un troisième élément est à prendre en considération: la possibilité d'un apport financier des parents ou des étudiants, permettant notamment de continuer à se connecter à domicile aux serveurs du réseau. Cette perspective n'est pas à refuser, même si elle appelle la mise en place par les Pouvoirs Publics de dispositifs correcteurs -eux-mêmes à maîtriser- en faveur des élèves émanant de milieux défavorisés.
2.3.3. La carte à mémoire.
Dans tous ces cas, et dans l'immédiat, la technologie de la carte à mémoire présentée plus haut, et ses développements futurs, semble répondre le mieux aux contraintes de terrain.
La carte permettra en effet, comme indiqué ci-dessus, de prépayer la communication téléphonique et l'accès au contenu et de ce fait les droits d'auteurs, copywright, etc. La carte permet par ailleurs, en principe, sinon d'éliminer, du moins de rendre beaucoup plus difficiles, le piratage et diverses formes de fraude.
Pour les " payeurs ", collectivités locales, organismes, parents, etc, la technique de la carte prépayée achetée par l'intermédiaire d'un opérateur-distributeur de cartes, éliminera tous risques de débordement budgétaire. L'orthodoxie budgétaire sera également respectée, dans la mesure où les dépenses pourront être imputées sur les budgets concernés, c'est-à-dire les budgets pédagogiques, en évitant d'avance tout dépassement de crédit et en fournissant tous éléments, aussi fins que souhaités, d'évaluation des usages.
Pour ce qui concerne les parents, traumatisés par les abus du Minitel commis par certains enfants, la carte permettra d'éviter l'imputation de la dépense de télécommunication réalisée à la maison sur la facture du téléphone familial, puisque de prochains logiciels en cours de développement permettront à la carte de prendre en charge les frais de communication afférents à l'usage pédagogique de la ligne de téléphone familiale, dans la limite du budget alloué par ces mêmes parents. A cet égard, la carte peut représenter un cadeau utile à faire aux enfants, concurrençant ainsi l'achat de jeux électroniques.
2.4. Evaluation juridique.
2.4.1. Droits d'auteurs.
Les premières expérimentations confirment l'importance, ressentie dans tous les autres domaines du numérique, de rémunérer et protéger le droit d'auteur, si l'on veut obtenir des produits pédagogiques de qualité. L'expérience française déjà ancienne de l'EAO a montré l'inadéquation d'une politique de labellisation et d'achat groupé, à des tarifs nécessairement médiocres, n'excluant pas cependant le piratage (licences mixtes). Il n'en est résulté aucune activité économique viable.
Le contre-exemple de Microsoft, qui à la même époque, a su se faire payer et se protéger, montre que les Pouvoirs Publics et les utilisateurs, en matière pédagogique, doivent offrir aux entreprises émergentes des règles commerciales permettant leur existence et leur développement.
Ceci suppose, outre le changement de l'état d'esprit régnant encore dans les milieux éducatifs (la pauvreté justifie le vol!), des techniques permettant concrètement la rémunération des services et des investissements intellectuels. C'est le cas de la carte à mémoire présentée ci-dessus.
Ceci est d'autant plus indispensable que les possibilités d'obtenir aujourd'hui l'accès aux innombrables sources numérisées, en plein essor, ne seront ouvertes à l'éducation que dans le plus strict respect des droits audiovisuels. Par exemple, la Banque de programmes en cours de création par la Cinquième, et accessible par un micro doté d'une antenne parabolique (2.500F pour l'antenne et le logiciel), ne pourra se développer que si un paiement des droits à l'unité est effectué.
Pour cette raison, et il faut s'en féliciter, les procès faits au non-respect du droit d'auteur se multiplient à juste titre.
2.4.2. Responsabilité des sites pédagogiques.
La responsabilité civile et pénale des sites pédagogiques est en principe reconnue par les tribunaux dès lors que leurs équipements sont utilisés par leurs usagers pour entrer par effraction dans un serveur extérieur (hackering). Là encore, la sécurisation des accès par carte à puce est un élément indispensable. Même si un élève arrivait à le contourner, la présence de ce dispositif diminuerait la responsabilité du centre. On rappellera que la plupart des contrats d'assurance en cours ne permettent pas la couverture de ces nouveaux risques.
Par ailleurs, les centres doivent protéger les élèves de l'introduction de contenus commerciaux ou criminels. En ce domaine, les techniques qu'utilisent ou utiliseront les fournisseurs d'accès à Internet, devront être reprises et adaptées.
Un dernier point est à signaler, dans le cadre de la législation française de la Loi Informatique et libertés de 1978: la nécessité de déclarer à la CNIL les traitements nominatifs, et d'éviter la production de données pouvant être rattachés à des personnes individualisables (par exemple: profils d'élèves en fonction de la consommation de contenus pédagogiques).
L'objectif est de définir un nouveau programme, appelé EMMA. Il faut poursuivre et étendre les programmes actuels, évaluées en 2. ci-dessus, mais en restant dans la logique expérimentée, c'est-à-dire en tirant parti de leurs enseignements, tant au niveau des difficultés rencontrés que des acquis obtenus.
A ce stade, il convient de définir en quelques paragraphes la logique d'ensemble de l'action éducative proposée. L'on examinera ensuite les 4 volets à développer, dans le cadre d'un ou plusieurs projets européens. L'on conclura par un projet de calendrier à respecter par les partenaires.
3.1. Philosophie d'ensemble du développement des réseaux éducatifs multimédia interactifs.
La multiplication des expériences de terrain impose dorénavant la discussion de quelques principes qui pourraient inspirer l'ensemble des acteurs. L'expérience montre en effet qu'il est dorénavant possible de suggérer, non seulement aux établissements et institutions qui s'engageront dans EMMA, mais plus généralement aux pouvoirs publics et même à l'opinion publique, l'amorce d'une approche commune permettant de satisfaire à l'ensemble des besoins, techniques, pédagogiques, budgétaires, etc. Cette approche commune peut évidemment être déclinée de façon différente selon les traditions culturelles de chaque pays, mais les grandes lignes semblent pouvoir en être identiques.
Un certain nombre de " principes " peuvent la résumer:
3.1.1. Redéfinir et préciser les rôles respectifs de l'Etat, des collectivités locales et de l'Union européenne.
Des trois catégories d'institutions aujourd'hui en charge de la promotion et de la mise en place des réseaux éducatifs: Etats, collectivités locales, Union européenne, nulle ne peut agir seule, sans les autres.
Aucune ne sait cependant, pratiquement, se coordonner avec les autres. C'est ainsi en France que l'Etat (le ministère) n'a pas encore trouvé sa voie propre, entre les collectivités régionales et départementales, riches en initiatives, d'une part, et les groupes de travail et projets qui se développent au niveau européen, d'autre part. Pour éviter que les malentendus actuels ne se poursuivent, il faudrait mieux définir le rôle de chaque niveau institutionnel. C'est ce à quoi doit viser, pour sa modeste part, un projet européen tel qu'EMMA.
Sans épuiser le sujet, nous pouvons suggérer qu'à chaque niveau soient reconnues les compétences suivantes:
- pour l'Etat (ministères de l'Education nationale ou équivalents): connaître et faire connaître les expériences et les réalisations. Pour ceci, des serveurs (Web) modernes et conviviaux rassembleraient les informations venant du terrain (rectorats et académies en France) et organiseraient des discussions et des échanges.
Il incombe également à l'Etat d'assurer l'évaluation pédagogique et administrative des réalisations. En France, ceci devrait devenir systématiquement le rôle de l'Inspection générale, qui doit se doter des moyens humains et techniques d'une telle évaluation. L'évaluation doit porter sur les 4 plans déjà évoqués ci-dessus: technologique, pédagogique, économique et budgétaire, juridique. L'assistance d'auditeurs externes habitués aux problèmes rencontrés est souhaitable.
Enfin, l'Etat doit veiller, dans le domaine des réseaux éducatifs, au respect des grandes obligations de service public. Ceci peut aller jusqu'à rendre obligatoire des normes techniques (internationales) de communication et de message, afin de permettre la desserte de tout le territoire national et communautaire.
- aux collectivités locales, compte-tenu de leurs compétences budgétaires et de leur pouvoir d'initiative, au plus près des acteurs locaux, incombera le rôle de promoteur et d'investisseur, tant sur le plan des réseaux que de l'accès aux contenus. Les plates-formes développées par leurs soins pourront associer avec profits d'autres partenaires, afin de mieux insérer les établissements d'enseignement dans la réalité de terrain.
Il serait souhaitable cependant que, dans le cadre de l'action régulatrice et normative de l'Etat, évoquée au § précédent, celui-ci veille à faire connaître et faciliter la dissémination des expériences réussies, comme à faciliter la résolution des difficultés rencontrées.
- le niveau européen enfin jouera un rôle essentiel dans ce dispositif, en encourageant les approches et expérimentations communes entre Etats-membres ou collectivités territoriales. Ceci aurait un triple but: investir en commun dans la recherche-développement, faire bénéficier chacun de l'expérience des autres, assurer un minimum d'homogénéité dans les niveaux de développement.
3.1.2. Assurer en priorité l'appropriation par les enseignants, élèves et parents d'élève.
Il faut éviter d'équiper les établissements a priori (câbler, doter de matériels) afin de prévenir l'effet dit, en France, " Informatique pour tous ". Pour bien faire, il faudrait attendre que les équipements et contenus soient demandés, par des utilisateurs déjà convaincus de leur intérêt.
Pratiquement, ce n'est pas toujours possible. Par contre, il est toujours possible de ne faire utiliser ces équipements et contenus que par des classes volontaires.
- Pour provoquer ce volontariat, la technique des " classes de découverte ", pratiquée à plus ou moins grande échelle, parait la meilleure. Une classe de découverte fait acte de volontariat. Revenue dans son établissement d'origine, si la découverte a été réussie, elle est la première à demander de retrouver les matériels et contenus qu'elle avait appris à manipuler ou à créer.
3.1.3. Proportionner strictement les dépenses aux ressources.
Aucune politique ne peut raisonnablement reposer sur une croissance sans contrôle des dépenses. L'on se trouve en matière éducative exactement dans la même problématique qu'en matière de protection sociale: la survie d'un système public passe par la maîtrise des dépenses. Ceci signifie d'une part adaptation des consommations aux budgets publics disponibles annuellement, mais aussi imputation correcte des dépenses, par nature d'affectation budgétaire (distinguer les budgets locaux et nationaux, le fonctionnement de l'investissement, la gestion du pédagogique, etc.
Ceci est d'autant plus nécessaire qu'en matière de réseaux éducatifs, notamment pour les établissements secondaires, ni les administrations, ni les chefs d'établissements, ni les enseignants ou élèves n'ont encore conscience de la nature, de l'importance et de l'imputation des différents chefs de dépense.
Lorsque des ressources privées (parents, par exemple) seront appelées à contribuer à l'effort éducatif, cette même rigueur de gestion s'imposera.
Aucun projet viable ne peut se construire si, en fin d'exercice, les différents niveaux " dépensiers " découvrent des factures imprévues, non couvertes par des provisionnements adéquats. Il vaut mieux en faire moins et avec sécurité, qu'engager des démarches ambitieuses tournant à la faillite budgétaire, et induisant donc des découragements durables.
La carte à mémoire retenue dans l'actuel programme Employ, et les développements techniques à attendre des solutions dites du " commerce électronique ", assurent à cet égard une sécurité indispensable.
3.1.4. Rémunérer convenablement les fournisseurs de contenus et les auteurs.
Aucune politique sérieuse de contenus ne verra le jour, si les promoteurs de réseaux éducatifs ne prennent soin, dès l'origine des projets, de prévoir une rémunération adéquate des détenteurs de contenus existants, comme des auteurs susceptibles de produire des contenus futurs.
Une politique de rémunération s'accompagne inévitablement d'une politique de protection des droits, afin d'éviter le détournement par le copiage systématique. Les lois existantes sont suffisantes pour ce faire, encore faut-il pouvoir les appliquer. Des dispositifs techniques sont donc nécessaires, du type des mots de passe et de la carte à mémoire déjà mentionnée. En ce domaine cependant, il faut savoir qu'aucune protection n'est absolue. Il faut viser à un niveau moyen de lutte contre les fraudes, dont l'effet, compte-tenu du fait que celles-ci restent heureusement " artisanales ", peut être suffisamment dissuasif au plan global.
Aujourd'hui, les fournisseurs potentiels de contenus numérisés à potentiel éducatif se répartissent en plusieurs catégories, que les projets doivent contacter simultanément:
- le texte écrit: bibliothèques nationales, municipales, universitaires; agences et organes de presse, éditeurs (livres), etc.
- l'image fixe: musées, fonds photographiques, éditeurs, etc.
- le film et la télévision: banques de contenus des chaînes, cinémathèques, etc.
- les établissements du secteur éducatif eux-mêmes: Centre National et centres régionaux de documentation pédagogique en France, etc.
Mais, parallèlement, il faut encourager la production de nouveaux contenus, soit par les organismes et professionnels précédemment énumérés, soit par les établissements et personnels enseignants eux-mêmes, utilisant les outils de création qui seront mis à leur disposition par les collectivités locales notamment.
Il s'agit d'une politique, dont la portée sociale et d'insertion n'a pas besoin d'être soulignée, visant à permettre l'auto-définition des besoins et des solutions, ainsi qu'une part d'auto-investissement. L'auto-investissement n'est pas seulement budgétaire. Il est aussi fait de temps et d'enthousiasme, que l'institution doit savoir encourager.
Ceci pose le problème de l'intéressement des fonctionnaires à la production et à la diffusion de cours numériques. Ce point apparemment difficile parait pouvoir être résolu sans modification sensible des réglementations actuellement applicables.
3.1.5. Mettre en place de véritables consortiums de type industriel.
Que ce soit pour la réalisation des expériences pilotes, des projets européens ou des développements et disséminations, il ne faut pas se dissimuler une réalité souvent mal perçue par les responsables politiques et administratifs: la nécessite de mettre en place de véritables consortiums pluri-partenaires, où chacun des participants doit trouver un intérêt propre pour agir.
Le temps n'est plus, avec l'austérité budgétaire, la dérégulation et la généralisation de la concurrence, où l'on pouvait demander aux budgets nationaux, aux collectivités locales ou, par exemple, aux opérateurs de télécommunications, de s'engager dans des démarches promotionnelles dont ils ne voyaient pas les retombées.
Ces consortiums doivent inclure:
- des établissements d'enseignements ou organismes les représentant (par exemple la Ligue de l'Enseignement en France ou les universités populaires ou Volkshorschullen en RFA).
- des collectivités locales.
- des fournisseurs de contenus, tels que précédemment énumérés.
- des opérateurs ou gestionnaires de réseaux. Les projets ayant par définition une dimension technique importante (mise en place des matériels et des serveurs, impression et gestion des cartes à mémoire, mise en place et maintenance des réseaux, etc), la participation de professionnels de ces domaines est indispensable. L'on peut faire appel aux opérateurs de télécommunication ou aux industriels fournisseurs de matériels ou logiciels. Si l'on choisit d'assurer une maîtrise
d'oeuvré spécifique, elle doit disposer de la compétence technique et gestionnaire nécessaire.
Les consortiums doivent par ailleurs prévoir une maîtrise d'ouvrage suffisamment forte, notamment compte-tenu du fait qu'elle rassemble des partenaires de divers pays.
L'on n'oubliera pas enfin qu'un suivi par la Commission européenne, en cas de financement communautaire, et qu'une évaluation par les instances nationales habilitées, sont à prendre en considération.
3.2. Les quatre volets du futur programme EMMA.
En application direct des principes évoqués ci-dessus, le programme EMMA envisage concrètement une action se décomposant en quatre volets complémentaires et coordonnées, qui feront l'objet d'expérimentations de terrain, d'évaluations, de packagisations et de disséminations.
Les partenaires de départ en seront ceux déjà associés dans les projets actuels, auxquels d'autres seront invités à se joindre.
A ce stade, et pour plusieurs années, la démarche devra rester très liée aux réalisations et expériences de terrain, comme d'ailleurs le souhaite la Commission Européenne. La diffusion de conclusions ou recommandations ne pourra s'envisager qu'avec prudence.
3.2.1. Poursuite des développements d'outils de personnalisation, de sécurisation des accès et de gestion des autorisations budgétaires.
Ces développements s'articulent autour des différents logiciels permettant à une carte à mémoire de remplir ces trois rôles essentiels, au sein d'un réseau de matériels terminaux et serveurs susceptibles de l'utiliser.
La forte implication des fournisseurs de carte et des opérateurs est indispensable.
Le projet étudiera par ailleurs les retombées éventuelles des autres systèmes dits de commerce électronique.
3.2.2. Négociations avec des détenteurs de contenus susceptibles de participer au projet.
Dans chaque pays, les organismes ou entreprises déjà ouvertes à ces questions seront approchées, afin de négocier avec eux des solutions économiquement et juridiquement viables.
3.2.3. Développement des réseaux pédagogiques déjà engagés dans les programmes actuels, sur la base des solutions techniques évoqués ci-dessus, et des accès aux nouveaux contenus qui auront pu être négociés.
En France, la participation du principal acteur actuel (Ligue de l'enseignement) pourra s'organiser au sein d'un réseau de classes de découverte multimédia dit Médialigue.
Le lien avec les plates-formes réalisant des expérimentations analogues sera recherché, notamment à travers des systèmes d'information et de suivi fonctionnant au niveau des ministères de l'éducation.
3.2.4. Mise en place d'outils adéquats pour la maîtrise d'ouvrage, la maîtrise d'oeuvre et l'évaluation.
A ce stade, au niveau communautaire comme dans chacun des pays, des négociations seront entreprises avec les autorités administratives compétentes, comme avec les opérateurs et industriels, pour disposer de structures de suivi et de négociation, légères certes, mais néanmoins adaptées à l'ampleur des problèmes à aborder.
Un large appel aux réseaux de communication (Internet) sera fait afin de susciter le plus large intérêts des établissements et personnels intéressés, comme de l'opinion publique.
3.3. Calendrier envisagé.
Ce calendrier n'est qu'indicatif. Il dépend du plus ou moins bon accueil des différentes catégories de partenaires potentiels.
3.3.1. De décembre 1996 à mars 1997.
Création d'un consortium européen souhaitant participer à la mise en place d'un réseau pédagogique pour développer et tester en vraie grandeur les principes évoqués dans le présent rapport.
Le consortium pourra répondre aux prochains appels d'offre de la Commission Européenne sur le thème des réseaux d'éducation. On rappelle que celle-ci ne finance ordinairement les projets qu'à hauteur de 50%. Les crédits complémentaires doivent donc faire l'objet d'apports des partenaires.
3.3.2. De mars 1997 jusqu'aux décisions de la commission européenne (fin 1997 au plus tôt) .
Les partenaires au consortium proposeront aux autorités académiques et réglementaires de leurs pays de participer à une évaluation des réseaux pédagogiques existants, à commencer par le leur, ainsi que d'aider à la formulation précise des difficultés rencontrées, ainsi qu'à la recherche de solutions.
3.3.3. A partir de la fin de 1997, en cas de décision favorable de la Commission, passage à la phase opérationnelle, qui s'articulera vraisemblablement sur 3 ans.