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Contenus éducatifs gratuits
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| 3 pages | Réaction de Grégoire Postel-Vinay gregoire.postel-vinay@industrie.gouv.fr | 8 Janvier 2001 |
Les courriers
précédents de Bernard Lang et Olivier Rey ont provoqué
la réponse suivante de Olivier Postel-Vinay, que nous publions
également pour enrichir le débat. Baquiast
NB: sur le e-learning en général,
on consultera une étude très documentée de Jean-Michel
Yolin
http://www.yolin.net/e-learning.html
Bernard Lang a écrit :
> Celui qui controle l'education controle la culture.
Oui. Et l'histoire, ou la représentation que s'en font chacun et la maîtrise de la langue, et tout ce qui crée du lien social fort, transcendant aux divergences multiples toujours présentes d'un pays : de bonnes raisons de vivre ensemble, d'avoir du droit que chacun comprend, d'expliquer le cadre, les institutions, dans lesquelles nous vivons, pourquoi elles sont ainsi, en quoi elles sont nécessaires (voire, comment les améliorer). Bref, c'est le ciment principal de la République, et cela n'a pas changé depuis les débuts de la IIIè, même si les modalités, elles, ont considérablement changé, ainsi que certains enjeux.
> Dans cette bataille, la francophonie ne fait pas le poids contre les rouleaux-compresseurs anglophones (qui n'hesiterons pas a traduire, comme on le fait deja pour Encarta).
Oui et non. Certainement non, si l'on part vaincu, mais dans ce cas, nos petits enfants ne parleront (mal) qu'un sabir vaguement anglicisant, dans une situation de domination par rapport à une culture autre que la leur...et comme un tel schéma est totalement frustrant pour le plus grand nombre, cela donnera lieu à des réactions, violentes. Mais rien n'empêche d'avoir une attitude conquérante, où nous traduisons aussi des enseignements pour d'autres, tout en ayant grand soin d'avoir des produits en français d'une grande qualité, et qui comme tels, seront aussi lisibles par des lecteurs dont le français n'est pas la langue maternelle ; après tout, la francophonie représente tout de même beaucoup de monde, et si chacun aime apprendre dans sa langue maternelle, tous ne souhaitent pas forcément s'éduquer en anglais.
> Une arme cependant existe, la rupture : casser le mercantilisme en mettant les ressources educatives a la disposition de tous, librement sur l'Internet, comme le veut d'ailleurs notre tradition d'egalite d'acces a l'education.
Ceci n'est pas égalitaire, en dépit des apparences : en France le premier budget de l'Etat qu'est l'éducation nationale est financé par l'impôt, qui a tout de même une tâche redistributrice des richesses. Distribuer gratuitement sur la toile des enseignements conçus à partir de financements publics via l'impôt, revient à octroyer une rente à tous les consommateurs de tels enseignements, hormis les Français ; sachant qu'il n'y a pas dans le monde d'équivalent de l'éducation nationale cet octroi de rente est sans contrepartie (à moins que l'on parvienne à négocier par des accords internationaux la gratuité d'enseignements équivalents provenant d'autres sources, mais lesquelles, et comment seraient-elles payantes chez elles, comme elles le sont, et pas chez nous?). De ce fait, le déséquilibre qui en résultera au détriment de la France finira par rendre ses ressources non rémunérées moins efficaces que celles qui bénéficient d'une rémunération, et donc, de péricliter en termes relatifs... A contrario, un système dans lequel la prestation est payante à l'échelle mondiale, mais bénéficie de remboursements assurant la gratuité aux citoyens qui la financent par leur impôt, dans les mêmes conditions de progressivité de l'impôt que celles voulues aujourd'hui par notre système démocratique, évite cet inconvénient, et respecte notre constitution. Il peut aussi permettre des politiques actives en faveur du développement des plus pauvres, si l'on veut, et dans l'esprit du respect de l'égalité des chances évoqué plus haut. Mais, se refinançant par ailleurs sur les populations les plus solvables ailleurs dans le monde, il peut viser à l'excellence mondiale (ce qui est d'ailleurs le projet implicite du mode de développement anglo-saxon évoqué dans l'url en début de ce mél)
> Dans un enseignement il y a deux parts :
1- les ressources educatives (documents), dont le cout marginal est nul et les logiciels (pedagogie, assistance, controle et gestion) dont le cout marginal est tout aussi nul.
Oui. Mais il faut prendre, s'agissant de biens publics, le coût marginal "de développement", selon les travaux de Boiteux et quelques autres après lui. Si l'on avait fait payer l'électricité au coût marginal tout court, nous en serions encore à la lampe à huile...Ce coût marginal de développement, qui inclut l'investissement de base et son renouvellement pour rester à la pointe du savoir, lui, n'est pas nul, même s'il est relativement faible.
> 2- le travail des enseignants, de proximite ou a distance. Dans un contexte commercial, seul la premiere part est source potentielle de gros profits, en jouant sur les economies d'echelle qui nous sont defavorables.
Je ne crois pas, pour deux raisons : car une part du travail enseignant peut bénéficier aussi d'économies d'échelles par internet (certes, assez limitées : il faut tout de même un contact personnalisé, un suivi de chacun) ; mais surtout car une part importante de ce travail est solvable, et qu'un très grand nombre de pays dans le monde considèrent comme normal qu'il soit payé de façon non collective : donc, la seconde part est aussi une source rentable ; c'est évident dans le cas des exemples des universités US citées ci-dessus. Et si l'on veut éviter qu'il n'en résulte un système très inégalitaire, et de surcroît où le critère discriminant de l'inégalité soit le capital de départ, la solution passe aussi, me semble-t-il, par des productions vendues dans chaque pays selon les critères locaux en vigueur.<
> C'est cela que l'on peut casser.
Pour la raison qui précède, je ne crois pas. Mais en outre, à supposer qu'on se lance dans une politique active non seulement pour nous mêmes, mais pour la terre entière (par la nature de l'internet) de subventionner sur fonds publics des cours en ligne qui tueraient les universités et ecoles qui en vivent ailleurs, qu'on verrait surgir une pression diplomatique formidable contre la France, lui demandant de cesser de subventionner l'éducation nationale, sanctions économiques à l'appui. Et nous pourrions en arriver ainsi en une ou deux décennies, compte tenu des rapports de force en cause, au résultat rigoureusement inverse de celui recherché, où nous finirions par instaurer un système éducatif payant en France, qui ne réponde plus aux grands principes de la constitution écrite à la Libération...
> Pour ce qui est de l'encadrement du travail par des enseignants, cela n'est guere compressible, et quelque soit le contexte, le ratio reste comparable. Je pense donc que nous avons tout a perdre dans ces efforts actuels de l'education nationale pour developper des enseignement distants, dont les ressources ne sont pas accessible a tous.
Certainement pas "tout" : au contraire, trouver un nouvel équilibre mondial, sans lequel nous serons les vaches à lait d'autres, ou nous servirons une rente à d'autres, et pas aux plus déshérités.
> Une politique contraire, sur le modele des logiciels libres, pourrait peut-etre creer une dynamique de creation et d'utilisation qui est impossible dans un contexte de privatisation des ressources crees.
Oui, il n'y a pas de raison que les dictionnaires ne soient pas gratuitement en ligne...ils le sont, d'ailleurs, et même la très british encyclopedia Britannica, après bcp de débats internes outre Manche. Et sans doute y a-t-il bcp d'autres exemples de ce type, comme par exemple http://www.momes.net/, qui a je crois bénéficié de la sollicitude de nombreux profs. Mais ce n'est pas contradictoire avec ce que j'écris ci-dessus.
> Quels sont les cours, issus de ces "sommes [...] souvent très importantes, sans commune mesure avec les habitudes universitaires", produits par le CNED ou les Universites qui, payes avec l'argent public, restent accessibles au public ? (...)
Une chose est de vendre offshore des services éducatifs financés par le contribuable ; une toute autre chose, non liée logiquement à la précédente, serait une privatisation de l'éducation nationale! (par example via l'AGCS, Accord général sur le commerce des services).
Je ne crois pas , pour la raison dite plus haut : il y a DE TOUTES FACONS un marché mondial de services éducatifs, quelle que soit les positions que prendront les Français. Une diffusion gratuite urbi et orbi dans ce cadre est ce que nous pourrions faire de plus explicitement agressif à caractère commercial, et susciter de ce fait des réactions diplomatiques, tendant à faire inclure dans cet accord par nos partenaires ce qui ne s'y trouve pas, en matière éducative.
Derechef, le coût marginal de développement n'est pas nul. Et on peut, cependant, avoir un droit égal d'accès à l'éducation sous forme de refinancement aux parents citoyens de ce pays de ce coût. D'ailleurs, on l'a déjà, par les allocations de rentrée scolaire, qui couvrent des achats de fourniture scolaires, quelques livres...le même genre de pb, mais hors internet.
> Rien n'empechera les plus riches de se trouver des enseignants de luxe (...)
Pour faire cela, il faudra bien justement s'assurer sur longue période que les meilleurs enseignants ne vont pas ailleurs...or nous ne sommes qu'au tout début d'un processus où ils vont commencer à être activement recherchés, mondialement...alors, autant que ce soit dans des circuits sur lesquels nous ayons, collectivement, quelqu'influence...
OPV
http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/educ/blang2.htm