Le terrorisme nous invite à un nouveau paradigme

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Par Roger Amgot Wiesenbach Roger.Amgot@wanadoo.fr

24-09-01

Ce texte a été écrit par un ami d'Admiroutes et d'Adminet, Roger Wiesenbach. Celui-ci est américain, installé et travaillant en France. Il nous a fait l'honneur d'un article en français. JPB

Les lecteurs avisés d'Admiroutes et d'Automates-Intelligents doivent être prêts à considérer une révision radicale du rôle du citoyen dans ses rapports avec les autorités. Cela peut nous épargner un choix limité entre la frénésie d'une riposte guerrière aux attaques du 11 septembre 2001 et l'inefficacité associée à la diplomatie et/ou le pacifisme.

Témoin dès le début de la tragédie (via CNBC et CNN), je sentais encore une fois la frustration à regarder, avec un esprit impuissant, les lacunes évidentes : l'inaction et la confusion aux plus hauts niveaux du pays face aux indices les plus clairs d'une attaque d'envergure - et ensuite l'inefficacité des méthodes de sauvetage quand il y avait encore l'espoir de trouver des personnes vivantes, une observation confirmée par des journalistes et des particuliers présents. Ironiquement, le centre de coordination des catastrophes pour la région nord-est USA était hébergé dans le World Trade Centre.

Comme toujours, nous sommes obligés d'accepter les décisions et les agissements des officiers de l'Etat bien qu'ils n'inspirent pas grande confiance. Parfois le vrai problème est que ces officiers ne communiquent pas assez sur les mesures qu'ils ont prises, avec pour résultat une perte de confiance de la part des citoyens, un sentiment d'impuissance provoquant la lassitude et même une attirance pour l'extrème droite.

Imaginez qu'un jour l'infrastructure politique et économique du pays soit mise hors fonction, par exemple par le largage d'une arme de destruction massive. Chaque groupe solidaire (famille, etc.) doit alors veiller à sa propre survie. Cela est déjà le quotidien dans un grand nombre de pays du monde aujourd'hui.

Cependant, l'essor de l'informatique et de l'Internet avec ses promesses technologiques et les nouvelles conceptions de société devenues le sujet de débats — dont nous discuterons plus loin — nous donnent d'espoir.

En attendant ces solutions, les vieilles valeurs sont toujours valables, en témoignent la réapparition de la solidarité, le civisme et le courage des New-Yorkais : le volontariat, le don de sang, les regroupements de voisins sur les trottoirs autour des bougies, les échanges de tendresse entre inconnus...

Les attaques contre le World Trade Centre et le Pentagone ne sont que les derniers incidents les plus dramatiques d'une longue liste de fléaux qui échappent les solutions des instances politiques. Le trafic de drogue et maintenant la traite des êtres humains font partie intégrante des réseaux de terroristes. Les mafias à but lucratif ayant des moyens dernier cri technologique dispensent leurs financements et leurs informations aux auteurs du Mal, qu'ils soient fanatiques idéologiques ou simples gangsters. Ajoutez à cette criminalité en irrésistible évolution, la délinquance dans les banlieues, la pédophilie, les sectes...

Même l'élimination de la pauvreté et autres injustices sociales ne serait pas suffisante pour offrir une solution. A doter ces mécontents avec tous les avantages d'une société moderne (comme c'est le cas d'Oussama ben Laden et ses kamikaze), à permettre l'extermination d'Israël, ... tout cela n'arrête pas les attentats. Un monde finalement sous l'hégémonie de ces fanatiques devient un champ de luttes internes. Si guérison il y a, elle doit jaillir de l'intérieur d'un mouvement, venant de personnages par eux respectés, non imposés de l'extérieur, faut de quoi, le mouvement doit subir un anéantissement total ou au moins un effondrement d'élan. Et c'est à nous de donner un bon exemple, en expliquant et en mettant en pratique nos propres valeurs.

Des ex-dirigeants des services de sécurité américains disent qu'ils reçoivent, en réalité, un déluge d'informations, mais qu'ils manquent de personnel et autres ressources pour faire rapidement une analyse des dangers. Comment des citoyens-experts pourraient-ils convaincre les responsables de renseignement d'accepter un dialogue asymétrique protégeant la sécurité en même temps qu'il permettrait aux citoyens de comprendre les vrais besoins ? Les militaires américains ont trouvé que le partage libéral des ressources informatiques et spatiales avec des universités et des entreprises produit une forte synergie.

Hélas, en France il s'agit d'un Institut des Hautes Études de la Défense Nationale (IHEDN) qui doit avoir cette vocation mais qui est plutôt un club d'initiés, où des doutes sur la sécurité (vulnérabilité de type Ligne Maginot) sont considérés comme une atteinte à la politesse.

Faut-il attendre encore une fois, comme dans les années 1940, que la nation soit prise en otage, intimidée, contrainte à l'inaction face à l'injustice intra- et/ou extra-frontière (exemple : livrer les Juifs) ? Pour contrecarrer une telle situation, chaque groupement social doit avoir les moyens appropriés à sa propre défense. Et il faut définir des règles pour éviter que les vrais résistants ne soient identifiés comme des terroristes.

Solutions

Heureusement, le monde approche d'une unanimité sur l'importance à combattre le terrorisme. Les pays d'Asie centrale, qui ont servi comme nouvelle Route de la Soie pour le transfert de l'opium de l'Afghanistan à l'Ouest, ont découverte que cela gangrène leur propres régimes et leur jeunesse. Les Russes font cause commune avec les bellicistes américains, cherchant des alliés dans leur vaine bataille contre ladite mafia tchétchène, alliée réputée des trafiquants d'Afghanistan.

La destruction du World Trade Centre, qui devait nuire aux fameux et vilains exploiteurs capitalistes, produit au contraire des images compatissants et affolés du petit peuple : noirs, latinos, asiatiques cherchant désespérément leurs bien-aimé(e)s ; parmi eux, de précieuses centaines de secouristes et plus encore des centaines d'immigrés de l'Inde et du Pakistan. La plupart des pays musulmans (qui ont perdu un millier de leurs ressortissants) ne souhaitent pas être associés à une telle image de barbarie mal ciblée et attribuée à la secte du wahhabisme assez minoritaire (mais qui règne en Arabie Saoudite).

Ces actes du 11 septembre 2001 nous ont appris que des terroristes-kamikazes ne sont pas des ineptes fanatiques. Ils ont une bonne formation, sont assez stables pour vivre en famille des années dans l'Amérique profonde (même si certains ont bu de l'alcool - révélant une carence de piété islamique - se vantant de leur exploit à venir, tout en laissant des traces ridicules). Ils ont fonctionné avec une grande autonomie, et pour les combattre il faut qu'il y ait parmi nous des individus de grande solidarité ayant ces mêmes qualités d'autonomie, prenant eux-mêmes des décisions sur le champ, ne manquant pas d'esprit d'initiative.

Les assassins ont d'ailleurs fait la vieille erreur de présumer que tout le monde pensait comme eux, que cet acte démoraliserait les Américains, qu'il les diviserait quand, en fait, il a unifié le pays derrière George W. Bush. Et le monde doit savoir qu'une Amérique unifiée et bien motivée révèle des individus capables d'agir de concert; un phénomène à rappeler à ceux qui veulent mobiliser le monde entier au sein d'un méta-système, de conscience collective, ayant une puissante forme d'intercommunication. Cette conscience, dominée par la complexité, doit prendre en considération toutes les contingences, non seulement les mesures techniques contre les terroristes mais aussi prendre en compte les enjeux politiques, sociaux et spirituels. Et il faut que nous ne nous présumions pas que ces terroristes pensent comme nous-mêmes, qu'ils sont sensibles aux arguments et sanctions qui nous semblent efficaces !

Justiciers ?

Il y a la légende de Rambo, triste et malsain réconfort pour une Amérique blessée, et le justicier enragé de Charles Bronson. Pouvons-nous trouver un meilleur modèle ? Celui d'un peuple à échelle mondiale agissant comme individus et groupes intégrés à un réseau successeur de l'Internet, chacun conservant et partageant les aspects positifs de ses valeurs et de sa culture ? Une telle image peut dissiper l'appel de ceux qui dénoncent notre attitude soit-disant d'arrogance et décadence.

Il n'y a pas de fin à cette guerre, comme Bush a été obligé de le promettre. Si par miracle cette bande de terroristes est éliminée, il y a toujours la délinquance organisée, de même nature. Le problème est que ces actes doivent être traités par le droit pénal, que le prévenu doit avoir déjà commis un délit et qu'un bon dossier ait été établi pour le mettre hors d'état de nuire. Mais pour éviter l'essor des milices et justiciers, il faut que les services de la police et de la justice fonctionnent avec une efficacité inimaginable aujourd'hui. Compte tenu de l'échec des efforts faits pour la réforme de ces institutions en France, il vaut mieux chercher d'autres chemins.

L'application de sanctions contre des régimes renégats a une triste histoire. Sur des alternatives on peut réfléchir sur la poursuite de Pancho Villa en Mexique (échec) et les actions secrètes du Mossad en Israël (problématiques). Rappelons aussi les incursions en Iran, Somalie, Panama, Grenade, Haïti, Cuba... sans déclaration de guerre. Les échecs encouragent les adversaires. Des hardliners aux USA regrettent maintenant l'interdiction de recruter des «personnages peu ragoûtants pour infiltrer les milieux sales, méchants et dangereux», ainsi que celle de préparer des assassinats à l'étranger. Le peuple américain, censé être à 65 % favorable, risque par l'acceptation de ces méthodes de perdre son âme et de permettre un retour au maccarthysme.

Mieux vaut armer les habitants-résistants de ces pays incorrigibles, typiquement des gens assez misérables pour être prêts à risquer leur vie, et les assister de manière appropriée. Cette stratégie d'armement a déjà été essayée en Afghanistan et dans les Balkans mais avec la prolifération maligne des armes. Avec un peu d'imagination high-tech, on peut concevoir des armes limitées en temps et champ - mais pas pour demain !

Le financement est bien sûr un facteur essentiel et vulnérable, pour les trafiquants de drogues comme pour les terroristes. Cela marche actuellement grâce à l'indifférence quant à la provenance et la distribution de fonds et à la cupidité du secteur banquier. Une révision radicale du système monétaire basée sur le high-tech peut permettre une bonne trace de ces transactions et, pour les trafiquants, l'incapacité à profiter de leurs ventes.

La promesse de Bush d'une résolution définitive du terrorisme par son opération (baptisée par lui "Infinite Justice" jusqu'aux plaintes - seulement Allah peut l'accorder) semble vouée à l'échec si les citoyens des pays ciblés n'ont qu'un rôle passif. Il faut qu'il y ait assez de citoyens qui adoptent une attitude responsable et vigilante; qu'ils soient agents de sécurité, officiers de banque, hôteliers, ou simples témoins; et que les autorités réagissent de manière appropriée aux signalements donnés. Les initiatives pour la réforme de la police et de la justice, telle que le référendum de Christian Blanc (AmiPublic.com), parlent toujours d'un monde où toutes les démarches réformatrices finissent par l'intervention de l'État. Rêvons d'un jour où la vie publique sera autogérée !

Le grand hic concerne les droits humains, la vie privée. La vie sous surveillance — où les capteurs biométriques et autres personnes vous regardent et vous signalent — le fichage, les demandes fréquentes de fouille et de vérification d'identité, cela est-il un prix acceptable à payer pour un niveau approprié de sécurité ?

Si on peut toujours préserver l'essentiel de la vie privée, la surveillance est peut-être bienvenue pour maintes raisons, y compris le contentement à savoir que ses proches sont en sécurité.

Roger Wiesenbach
Roger.Amgot@wanadoo.fr
http://www.jura.uni-sb.de/france/Law-France
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