Internet, collectivités locales et développement économique

les 7 défis de l’internet

index commerce électronique

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par Jean-Michel Yolin - Ingénieur général des Mines 20 novembre 1998

Cet article essaie de mettre le projecteur sur une des responsabilités des collectivités locales qui, avec la décentralisation conjuguée à la mondialisation prend chaque jour plus d’ampleur : les problèmes de développement économique et d’emploi.

En effet Euro + Internet vont donner un double coup d’accélérateur à la compétition économique.

Bien entendu il n’est pas question que les pouvoirs publics à quelque niveau que ce soit, se substituent aux entreprises ou aux opérateurs.

Par contre, ces pouvoirs publics ont une responsabilité déterminante dans la création d’un environnement propice au développement des entreprises implantées sur leurs territoires.

Cela concerne à la fois les niveaux Européen, National, Régional et Local. Je limiterai aujourd’hui mon propos aux niveaux Régional et Local. 

Examinons les domaines dans lesquels Internet lance un défi aux collectivités locales.

1er défi : fournir des prestations de meilleure qualité au meilleur prix: Par le biais de l’impôt, la performance de la collectivité contribue directement à celle de l’entreprise

Internet permet d’échapper aux systèmes informatiques propriétaires et donc d’effondrer les coûts des télécommunications et les coûts informatiques et avec des programmes de meilleure qualité.

Un Intranet, un site Web transactionnel, un Extranet intercommunal permettent d’économiser les unités d’œuvre à faible valeur ajoutée (messagerie, gestion, logistique, fourniture d’information banale, recherche d’information déplacements inutiles grâce aux téléalarme-télégestion-téléaffichage-télémaintenance, paperasse diverse, ...) pour consacrer les moyens humains là où ils sont irremplaçables : écoute, conseil, présence auprès des personnes en difficulté, innovation, esprit d’initiative. 

Un point n’a pas été assez mentionné peut-être : les achats. Le coût administratif d’un achat est de l’ordre de 400 F : Internet permet de faire descendre ce coût à 30 F (relations EDI avec les fournisseurs), sans compter les économies sur le coût des stocks dormants. 

Soulignons enfin la possibilité de procéder à des appels d’offre beaucoup plus ouverts  : transparence et baisse des coûts.

2ème défi : donner aux industriels ce qu’il y a de plus précieux pour eux : des gains de temps 

- avec un site Web riche d’informations à jour (sur le POS par exemple ..)

- mais surtout transactionnel Téléprocédures

- e-mail permettant de contacter 24 heures sur 24 les interlocuteurs, associé à une messagerie interne permettant des réponses pertinentes et rapides

3ème défi : l’éducation. Autrefois la prospérité provenait de la fécondité de la terre puis de la disponibilité de ressources naturelles : charbon, fer, pétrole, ... 

Aujourd’hui la qualité et le niveau d’éducation des hommes sont clairement devenus la principale richesse, (et cela ressort clairement des questions posées par tous les candidats à une implantation): 

. les enfants : équipements des classes à tous les niveaux, activités extrascolaires ou parascolaires : "il faut tomber dedans quand on est tout petit" ;il faudrait introduire l’ordinateur dès l’école maternelle, en effet son utilisation est très intuitive et à Singapour par exemple, pays qui a décidé de faire d’internet la pierre angulaire de son développement, les jeunes élèves savent surfer avant de savoir lire et écrire 

. les adultes :

- ouverture des ateliers informatiques des établissements d’enseignement

- mais aussi encourager les associations à s’approprier cet outil pour leur fonctionnement: outre le gain d’efficacité pour ces structures qui animent la vie locale c’est sans doute une des formations-action les plus efficaces pour leurs membres (exemple de Partenay) .

4ème défi : la collectivité locale fait partie intégrante d’un tissu économique solidaire:

hôtellerie, tourisme, centre de congrès, immobilier, marchés agricoles.

Cela nécessite une politique globale d’image de qualité (site Web, Push ciblés, ...) 

Il ne faut pas en rester à l’information promotionnelle mais bien embrayer sur l’action : il faut un site transactionnel visant à apporter une réponse globale au besoin du "client".

Il faut pouvoir d’un même mouvement connaître les heures d’ouverture du musée, réserver une place au théâtre, une chambre d’hôtel et une voiture .. 

5ème défi : il faut aider nos PME à prendre conscience du fantastique challenge d’Internet : 

Nos PME n’ont pas encore la même conscience que leurs concurrentes d’Europe du Nord des extraordinaires possibilités que peut leur offrir Internet (catalogues électroniques, service après vente, recrutement, achats, recherche d’appel d’offres, conduite de projet, veille technologique, intelligence économique, relations avec les donneurs d’ordre par EDI, co-ingenierie, fonctionnement des communautés professionnelles, marketing, catalogues électroniques, recherche de partenaires, ..). Elles n’ont pas toujours conscience non plus du danger qu’il y aurait de repousser les discussions à plus tard .

Elles ne voient souvent que des aspects superficiels et marginaux comme le Web "plaquette", la vente en ligne au grand public ou le "surf", et, du coup, pensent qu’elles ne sont pas concernées par une technologie (que de plus elles considèrent à tort comme "haute"). 

Elles ne voient ni la possibilité qui s’offre à elles d’améliorer leur compétitivité et leur réactivité ni celle de doper leur développement. 

Dans un environnement de plus en plus compétitif le temps perdu se rattrape difficilement.

Le rôle des pouvoirs publics me paraît être : 

- de sensibiliser les PME à partir d’exemples concrets d’entreprises de la même taille et du même secteur professionnel qui ont développé des usages performants d’internet ; 

- de former les patrons d’entreprises, non à la technologie, mais en leur montrant les diverses applications professionnelles, là encore à partir d’exemples ;

- de favoriser la création de clubs d’échanges d’expériences

 - d’aider les PME à faire appel à un œil neuf, extérieur, pour faire un prédiagnostic stratégique et leur apporter d’utiles conseils pour établir un plan d’action (FRAC) ;

- de favoriser le développement de communautés professionnelles, géographiquement concentrées, souvent léguées par l’histoire (lunettes à moret, robinets dans le wimeux, dentelle à calais, chaises à cambrai, couteaux à thiers,...) et qui peuvent grâce à Internet trouver une nouvelle compétitivité grâce : 

       . à un fonctionnement du "cluster" plus efficace (logistique, conduite de projet, mise en commun de compétence ou d’outils, achats groupes)

        . une politique commune de promotion à l’international.

Internet tout à la fois renforce la vie locale et l’ouvre sur l’international.

6ème défi : il faut que le territoire soit "compétitif :

il faut que les entreprises qui ont lié leur destin avec ce territoire ne soient pas pénalisées par rapport à leurs concurrents implantés ailleurs.

Il faut également que des entreprises extérieures ayant des projets de développement puissent considérer que c’est un bon choix que de s’implanter là. 

Aujourd’hui la qualité des liaisons télécoms, leur débit et leur coût sont considérés comme de plus en plus déterminants pour le choix d’une implantation. 

Avec la fin du monopole une sévère compétition s’engage qui va amener une baisse des coûts sans doute très rapide (aujourd’hui une liaison à haut débit à Paris est 5 fois plus chère qu’à New York). 

Mais cette compétition ne se produira que sur le cœur du marché : les quartiers d’affaire et les très grandes villes qui sont les véritables enjeux pour les nouveaux opérateurs. 

Le risque serait de voir se creuser encore les écarts entre Régions prospères et les autres avec une accentuation des déséquilibres préjudiciables à tous. 

Il convient donc d’être attentif à cette question et de s’assurer que dans les zones concernées par une politique d’aménagement du territoire (zones minières ou sidérurgiques, grand sud-ouest ...) la qualité et le coût des infrastructures sont compétitifs par rapport aux régions concurrentes notamment en Europe.

7ème défi : repenser la ville

Les nouveaux moyens de transport ont de tout temps conduit à "repenser" la ville ou plus grave à constater après coup (sans que l’on ait vraiment vu venir le coup!) qu’elle avait été déstructurée, voire rayée de la carte. 

Ce fut le cas pour les routes, les fleuves, les transports transatlantiques puis le chemin de fer, la voiture, ...: que de villes autrefois florissantes dont les monuments témoignent de la splendeur passée sont devenues de modestes bourgades...

Il y a tout lieu de penser qu’il en sera de même avec l’Internet qui est un formidable outil à remettre en cause les notions de temps et d’espace. 

Pensons par exemple au Télétravail (qui a aujourd’hui quelques difficultés conceptuelles à émerger car un certain nombre de gens confondent encore deux notions qui pourtant n’ont rien de commun 

l’emploi : notion de statut, qui est un état de soumission et se mesure de ce fait en heures 

le travail : qui est une notion d’énergie qui correspond à une mission et se mesure en résultats obtenus (en kilowattheure pourrait-on dire !). 

Saurons-nous comprendre ce phénomène pour l’anticiper et savoir tirer le bon côté de cette nouvelle langue d’ Esope ? C’est ce à quoi nous devons nous atteler.

CONCLUSION

N’oublions pas que ces défis d’Internet sont stratégiques et non technologiques : une collectivité locale ne pourra s’y engager sérieusement que si son patron s’y engage lui-même. Il faut qu’il ait une vision suffisante des capacités de l’outil pour arrêter une stratégie, conduire la manœuvre sans se laisser manipuler par des "vendeurs de solutions".

Cela étant ne confondons pas stratégie et planification : Internet apporte trop de modifications organisationnelles pour se laisser enfermer dans un plan.

Les mots clef sont là : l’humilité, l’écoute, la réactivité et une farouche détermination d’aller de l’avant.

Comme le répètent nos amis américains :

START SIMPLE, GROW FAST, DO IT NOW

http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/comelec/pme.htm