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Commerce électronique.
DOSSIER: Eléments d'information sur le Commerce électronique
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- La Commission a lancé au premier trimestre une initiative sur le commerce électronique, s'appuyant sur un Livre blanc publié en mars dernier. Elle propose un cadre réglementaire commun et la mise en place de services au profit des usagers. Ces principes ont été confirmés lors d'une conférence ministérielle à Bonn (6, 7 et 8 juillet 1997) organisée par MM. BANGEMANN et REXRODT, en présence de M. PIERRET. Cette Conférence a montré que si les ministres européens s'entendent sur le "rôle-clé" que devra jouer le secteur privé dans Internet, ils sont encore en désaccord avec les américains sur le rôle régulateur qui pourrait être dévolu aux Etats (cf annexe 4).
- A Paris le 10 juillet dernier Ira MAGAZINER, envoyé spécial du Président des Etats-Unis a présenté la "stratégie américaine de promotion du commerce électronique", considéré outre-Atlantique comme un moteur essentiel de l'économie pour les prochaines années (cf annexe 1). On peut principalement en retenir l'approche minimaliste, fondée sur la confiance dans les mécanismes de marchés et, par conséquent, la promotion d'une réglementation minimale, en matière douanière, fiscale ainsi que dans l'ensemble des problèmes de régulation soulevés par le commerce électronique (sécurisation des transactions et des paiements électroniques, protection du consommateur, droit commercial applicable, droit de la propriété intellectuelle, contenu des informations...).
Toutefois, si cette position de principe a sa logique (la nature décentralisée, transfrontière et "libertaire" des nouvelles technologies ne peut que déjouer tout type d'intervention ou de règlementation), on ne peut ignorer le fait qu'elle repose surtout sur la volonté des Etats-Unis de valoriser leur avance technologique. De plus, il serait difficile de prétendre que les NTIC ne sont que des produits génériques sans retombées importantes pour les individus, les économies et les nations. Si, comme l'estiment les Américains, les nouvelles technologies sont en passe de réorganiser en profondeur les industries, l'emploi et les sociétés , il ne serait pas choquant que les gouvernements examinent les conséquences de ces changements.
NB: Dès 1993, la Maison Blanche a institué une commission consultative comprenant une quarantaine de personnes représentant les différents groupes d'intérêt concernés (industrie, monde du travail, universités, "public interest groups", autorités locales). Celle-ci a remis à l'administration, en février 1995, un rapport sur la base duquel les principes de la politique américaine relatives aux infrastructures de l'information ont été fondés.
Les années 1997-2002 verront en Europe la conjugaison
de trois phénomènes d'origine différente (émergence
du commerce électronique sur l'Internet, introduction de l'euro et
développement de la carte à micro-processeur) qui pourront
créer des opportunités économiques
considérables.
1 - En premier lieu, grâce au réseau Internet, de nouveaux échanges marchands concerneront demain aussi bien la vente de biens matériels (automobiles, vins, produits de luxe, ...), ou immatériels (livres, disques, vidéos), que des prestations à distance (réservation de voyage, conseils, publicité, banque en ligne, ...).
Le volume du commerce électronique devrait selon plusieurs
estimations représenter plusieurs dizaines de milliards de dollars
de transactions avant l'an 2000. Les galeries marchandes en ligne, le paiement
par porte-monnaie électronique sécurisé, multiplieront
les occasions de toucher de nouvelles clientèles, y compris chez les
petits acheteurs excentrés.
2 - En second lieu, l'Euro conduira le secteur bancaire
comme plus généralement, l'ensemble des professions industrielles
et commerciales (ainsi d'ailleurs que les administrations) à modifier
profondément leurs comportements. En France, les banques vont se trouver
soumises à une intense concurrence de leurs homologues des pays "in".
Des produits d'épargne en euros, des comptes-courants, des instruments
de paiements modernes, tels le porte-monnaie électronique, devraient
être offerts à la clientèle assez rapidement. Ce dernier,
utilisable par exemple pour les petits achats, pourrait résoudre les
nombreux problèmes pratiques de conversion qui pourraient se poser.
3 - Enfin, dans les deux cas, l'on fera largement appel à
la carte à microprocesseur (carte et lecteur). Celle-ci, après
une longue latence, pourrait voir son marché décoller dans
les années à venir, non seulement en Europe mais dans le monde
(hors sans doute les Etats-Unis). Aux applications traditionnelles (achat-vente
par carte de crédit, télécoms, santé) s'ajouteront
des services et applications nouveaux : protection d'accès aux
ordinateurs et réseaux sur Internet, porte-monnaie électronique
pour le paiement en ligne, "carte-ville", "carte-citoyen", etc. Les
administrations publiques auront également là aussi une
opportunité essentielle de modernisation (titres administratifs et
télé-procédures sécurisées).
Au total, l'Internet pourrait conduire à l'émergence
d'un véritable "capitalisme sans friction" :
- possibilités de comparaison permanente des offres et des prix, notamment
dans un univers tripolaire (euro, dollar et yen) ;
- création de nouvelles chaînes de valeur ajoutée
(réduction des intermédiaires et rôle
prépondérant des transporteurs) ;
- personnalisation accrue de la vente grâce à un dialogue interactif
avec le consommateur.
A court terme, l'essentiel de cette activité
devrait être généré par une population de
consommateurs américains, japonais ou anglais, estimée à
85 millions d'utilisateurs qui consultent régulièrement INTERNET.
Le marché intérieur français, compte tenu de l'utilisation
du minitel et du faible nombre de foyers connectés (entre 200 et 400
000), devrait être faiblement touché dans l'immédiat.
La France, quatrième exportateur mondial, a donc tout
à gagner à participer activement à ce nouveau marché.
L'enjeu pour les entreprises françaises est d'être présentes
dès maintenant sur ce créneau à fort potentiel dans
une optique de promotion à l'exportation et de développement
de nouvelles compétences d'échange et de commercialisation.
Encore faudrait-il que le retard de la France en la matière ne se
creuse pas.
D'un séminaire tenu à Aspen du 21 au 23 août
dernier, par "the Aspen Institute" ("think tank" indépendant
américain), sur "la globalisation du commerce électronique",
et regroupant, à titre purement privé, différents acteurs
qui sont ou seront amenés à jouer un rôle majeur dans
le commerce et la monnaie électroniques 1 , on peut retenir
les élements suivants :
1 - Une perplexité paradoxale des acteurs
américains du commerce électronique :
Si les Américains n'ont absolument aucun doute sur la
capacité du réseau Internet à mailler rapidement l'ensemble
du monde industrialisé, ils sont, dans leur ensemble,
également conscients de la faiblesse, à l'heure actuelle, du
commerce électronique via l'Internet (500 MUSD de recettes en 1996
dans le monde entier, alors que le Minitel a généré
environ 8 milliards de francs de chiffre d'affaires la même année).
Cette position paraît diamétralement opposée à
celle des industriels français, qui n'ont jamais caché leur
intérêt pour la télématique, mais nourrissent
davantage de doutes sur les avantages de l'Internet.
2 - Une "stratégie prédatrice" des Etats-Unis
:
Ira Magaziner se dit extrêmement satisfait des résultats
de sa "tournée européenne" du mois de juillet, au cours de
laquelle il a présenté les lignes du programme d'action
américain, à la tonalité résolument libérale.
De fait, la position américaine contribuera vraisemblablement à
la promotion du commerce et de la monnaie électroniques. Mais on comprend
facilement, à écouter Ira Magaziner, que l'enjeu est de reprendre,
sans tarder, la maîtrise d'un réseau que les Etats-Unis ont
laissé habilement se développer dans le monde depuis le discours
fondateur d'Al Gore sur les "autoroutes de l'information" de 1993. L'approche
minimaliste des Américains (relais d'un financement artificiellement
alimenté par des subventions plus ou moins masquées, par une
véritable économie du réseau) est en fait fondée
sur l'hypothèse implicite qu'elle permettra aux Etats-Unis de conforter
leur position dominante acquise dans le domaine des nouvelles technologies.
3 - Des interrogations grandissantes sur le concept de
souveraineté :
- Les réflexions les plus alarmistes émanent des
financiers, qui s'interrogent sur les déséquilibres qui
pourraient découler d'un transfert massif des transactions commerciales
via l'Internet. Ils évoquent même la piste de "coupe-feux",
analogues à ceux que le krach d'octobre 1987 avait conduit à
instaurer en cas de fluctuations boursières exagérées
;
- De nombreux échanges ont eu lieu sur la notion de
souveraineté fiscale dans un espace
dématérialisé. Le projet d'Ira Magaziner consiste à
présent (à la suite des pressions des autorités
européennes, inquiètes des conséquences qu'aurait
emporté son idée initiale d'un "duty free"
généralisé sur l'Internet) en une taxation des
bien achetés via l'Internet au taux du pays de l'achat.
Cette formule comporte, dans l'esprit de M. Magaziner, deux grands avantages
: quasi-instantanéité de la collecte fiscale et simplicité
de la procédure, ainsi qu'un objectif plus inavouable, celui de
défavoriser implicitement les Etats dont le taux de TVA serait
inférieur à celui pratiqué par les Etats
fédérés américains (c'est le cas des Etat
européens). Ira Magaziner reconnaît toutefois que son projet,
qui se fonde notamment sur une intermédiation physique des transactions,
ne permettrait pas de sauvegarder la souveraineté fiscale des Etats
dans le cas des transactions électroniques réalisées
de façon totalement anonyme, par voie logicielle ("porte-monnaie
électronique" crypté).
| Le retard français et européen en matière de commerce électronique est une donnée tenue pour acquise par les industriels américains. Ils redoutent cependant que l'approche de l'administration américaine, qui pourrait être perçue comme trop "impérialiste", ne se retourne contre eux et ne leur ferme les portes du commerce électronique en Europe (qui dépend, au premier chef, de l'expansion du réseau Internet). Il existe donc, pour l'instant, une "fenêtre d'opportunité" pour négocier avec les Etats-Unis le rôle régulateur que pourront jouer les Etats en matière de commerce et de monnaie électroniques. |