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L'administration communicante.
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Le Contexte économique et technique
Pratiques des administrations en France et à l'étranger
Propositions normatives et organisationnelles
Soutien à des projets exemplaires
Conclusion
1. Depuis quelques années, le thème des Autoroutes de l'Information
fait l'objet de nombreux développements, jusqu'aux plus hauts niveaux
de décision européens et mondiaux ( G7 ). On préfère,
en France, parler d'Inforoutes, terme plus proche de la réalité
des trafics actuellement observés; mais il est vraisemblable que la
conjugaison des besoins et de l'évolution des techniques donnera
rapidement sa légitimité au terme d' Autoroutes de l'Information.
Accompagnant la mondialisation des échanges commerciaux de biens et
de services, un développement important d'échanges mondiaux
d'informations par des moyens électroniques est en train de se produire.
Il est facilité par l'arrivée à maturité, avec
l'INTERNET et l'EDI, de logiciels et de services résolvant
élégamment les questions que soulève
l'hétérogénéité des matériels et
des réseaux. Ces nouvelles solutions présentent, en outre,
l'avantage supplémentaire d'être beaucoup plus facilement mises
en oeuvre et d'être proposées à des prix accessibles
aux budgets des entreprises de toutes tailles et même à ceux
des citoyens.
2. L'INTERNET a très largement été responsable de
l'évolution en cours, malgré ses imperfections (manque de
sûreté de fonctionnement c'est à dire de garantie de
services; sécurité insuffisante du point de vue de
l'intégrité de l'information, de l'authentification, et d'autres
services).
Cependant l'INTERNET ouvre une nouvelle frontière, celle des
systèmes d'information électroniques interentreprises et
interorganisations.
INTERNET, en effet :
- se joue des frontières,
- surmonte l'hétérogénéité des matériels
et de leurs systèmes d'exploitation,
- suscite l'invention de nouveaux langages "compris" de tous les ordinateurs,
- harmonise les interfaces utilisateurs, avec les visualiseurs conçus
autour d'une norme ISO (SGML) simplifiée (HTML),
- intègre les applications anciennes et leurs bases de données,
- sert de socle de développement de nouveaux systèmes d'information
- les WEB - grâce auxquels l'organisation de la connaissance et
l'accès à celle-ci peuvent se concevoir à l'échelle
mondiale,
- permet, enfin, le travail de groupe se jouant de l'espace et du temps.
Plusieurs gouvernements ont recommandé que l'INTERNET et ses
développements logiciels complémentaires servent à proposer
aux citoyens et aux entreprises un accès beaucoup plus rapide et complet
à l'information administrative. ( Circulaire du Premier Ministre en
date du 15 Mai 1996 ).
Mais les mêmes technologies peuvent également servir à
améliorer et faciliter la relation des citoyens et des entreprises
avec les administrations, en particulier pour tout ce qui concerne les
télédéclarations et les téléprocédures.
Toutefois, si l'INTERNET ouvre le champ des possibles en fixant à
un niveau élevé les ambitions du développement des
téléprocédures et à un niveau bas celui de leur
coût, il n'est pas exclusif de solutions traditionnelles, pourvu qu'elles
satisfassent aux mêmes exigences.
Afin d'obvier aux imperfections (sûreté de fonctionnement,
performances garanties, sécurité) qui continueront d'affecter
l'INTERNET pendant un certain temps - mais à la résorption
desquelles les experts se consacrent activement - il sera possible de recourir
dans l'intervalle à des groupes fermés d'utilisateurs des
technologies INTERNET. Ces groupes fermés peuvent tirer les avantages
des technologies INTERNET sans en supporter les inconvénients. On
parle alors d'INTRANET.
3. Le développement des Autoroutes de l'Information a pu faire
apparaître l'EDI à la norme EDIFACT comme à la fois
contraignant et difficile à mettre en oeuvre, voire démodé.
Le concept de Commerce Electronique , est davantage " à la mode ".
Le Commerce Electronique est un mix d''échange
dématérialisé (sans papier), d'informations d'affaires,
d' EDI, de messagerie électronique (on échange des "mémos"),
de babillards et de tableaux de bords, de transfert électronique de
fonds, de systèmes d'information et de navigation dans l'hypertexte
ou WEBs, ces derniers étant rendus "interactifs" grâce à
la possibilité d'y introduire des requêtes (ou questions ad
hoc) et à d'autres technologies (langage Java).
Le Commerce Electronique est réellement novateur, et même
révolutionnaire, en ce sens qu'il organise les relations
électroniques de tous types entre les organisations et les entreprises
en s'appuyant sur les nouvelles technologies de l'information.
Toutefois, lorsque l'on y regarde de près, l'EDI à la norme
EDIFACT conserve tout son intérêt, et représente même
la partie la plus riche de possibilités, mais aussi la plus exigeante,
des techniques du Commerce Electronique.
EDIFACT permet à des applications hétérogènes,
éloignées, placées sous des responsabilités
différentes de "dialoguer" et - s'il le faut - sans intervention humaine.
EDIFACT participe en fait à l' "esprit INTERNET". D'ailleurs nombre
d'articles traitent d'EDI sur INTERNET, tandis que les normes permettant
de transmettre un message EDIFACT sur INTERNET - déjà au point
- se perfectionnent.
A la différence de la transmission de textes ou d'images, qui n'ont
qu'à respecter une norme ( ou à défaut un format
communément accepté ) pour pouvoir être échangés,
puis compris et traités aux deux bouts de la chaîne de
l'échange, les applications de gestion ne peuvent interfonctionner
qu'à deux conditions :
- que la sémantique des données échangées soit
identique aux deux extrémités de l'échange,
- que l'information se présente sous des enveloppes universelles contenant
les messages EDI; la normalisation de ces enveloppes a permis de donner naissance
à des logiciels utilisables clés en mains ( seulement
paramétrés et non développés ).
Les fonctionnalités de ces logiciels EDIFACT leur permettent :
- de qualifier les messages échangés, à leur
réception,
- de les distribuer aux applications,
- de les "présenter" sous la forme qu'elles attendent ( Système
de gestion de base de données, transformations diverses, substitutions
de codes, création de tables... ).
Ceci est très mal compris, n'est pas facile à expliquer, mais
peut être démontré pratiquement et rapidement.
Seule la norme EDIFACT offre ces possibilités, et le développement
du Commerce Electronique ne vient que compléter, du reste très
utilement, les systèmes EDI.
EDI et Commerce Electronique sont si intimement liés que l'on accole
souvent les deux termes en les abrégeant : EDI/EC ( Electronique Data
Interchange/Electronic Commerce).
Nier l'intérêt de cette norme EDIFACT est une faute que nos
compétiteurs ne commettent pas.
4. Les administrations françaises ont, de longue date, eu le souci
de tirer parti de l'informatisation respective des entreprises et des
administrations pour simplifier leurs relations.
Elles ont eu également le souci de mettre en facteur commun des services
ou des demandes d'information. On citera la fusion des Etats 2460 et des
Déclarations nominatives de salaires pour créer la
Déclaration annuelle de données sur les salaires, puis la
réforme des centres de formalités des entreprises, enfin plus
récemment la déclaration unique d'embauche.
Aujourd'hui, une nouvelle étape doit être franchie. Il serait
très préjudiciable à la facilitation des relations avec
les administrations de ne pas tirer parti des progrès techniques.
Le présent rapport a bien conscience des services qui ont été
rendus par le Minitel, et de ceux qu'il peut encore rendre pour certaines
catégories de déclarants.
Mais une chose est de tenir compte des mentalités "pré-informatique"
et du sous équipement de certaines très petites entreprises,
une autre de refuser - au nom d'un soi-disant réalisme économique
- l'apport des nouvelles technologies à la simplification administrative,
et l'usage des ordinateurs que les entreprises ont déjà.
Le Minitel peut rendre encore des services.
Les réalisations anciennes l'ont montré, comme le calcul des
impôts sur le revenu de la DGI, l'accès à l'information
administrative, et dans le secteur privé la réservation de
billets (d'avion, de théâtre, de train etc..). Mais le Minitel
est souvent beaucoup trop cher (l'appréciation de son chiffre d'affaires
ne doit pas faire illusion : le Minitel est souvent constitutif d'une rente
, ce qui explique en partie les résistances à la modernisation
des services qu'il rend).
Des réalisations très récentes utilisent encore
intelligemment le Minitel, mais pas lui seulement : on se reportera par exemple
à la fiche de l'ACOSS, et au sein de celle-ci à l'expérience
de Perpignan sur les déclarations de cotisations sociales qui combine
intelligemment Minitel et l' EDI.
Si le Minitel peut donc conserver un intérêt pour les entreprises
non informatisées (et qui devraient être vivement être
incitées à se doter de moyens de gestion modernes), il ne peut,
au nom d'un réalisme de bon aloi, fonder la modernisation de
l'administration. Son ergonomie ne lui permet de traiter que des procédures
élémentaires.
Mais, c'est surtout le fait que les entreprises sont de plus en plus dotées
d'équipements informatiques qui incite à tirer parti de ces
équipements, plus adaptés à la mise en oeuvre d'une
réelle simplification. Les logiciels de gestion qu'utilisent les
entreprises peuvent facilement contribuer à cette simplification.
Pour gérer les relations avec les administrations, des solutions de
premier niveau doivent être proposées aux entreprises, incluant
des procédures papier-manuelles bien conçues, et le Minitel,
mais les entreprises de toutes tailles, y compris les PME ont droit à
bénéficier de technologies avancées. Elles sont nombreuses
à les revendiquer .
L'analyse des pratiques des administrations étrangères est
instructive.
1. Aux Etats-Unis, le programme de Commerce Electronique (achat publics de
toutes les administrations), qui reste fortement ancré sur l'EDI
normalisé, se propage à travers les différentes
administrations.
Il bénéficie d'un soutien au plus haut niveau de l'Etat, la
Présidence, qui a mis en place des structures de gestion et de pilotage
du programme.
Son développement est régi par une Loi : Le "Federal Acquisition
Streamlining Act of 1994", laquelle précise comment est organisé
le réseau FACNET " Federal Acquisition Network", constitué
de Passerelles (Gateways) au sein des administrations, de points d'entrée
donnant accès à ces passerelles (Network Entry Points), de
fournisseurs de réseaux et de services à valeur ajoutée
(VAN) agréés comme proposant des solutions conformes, enfin
de partenaires dotés de logiciels et de matériels leur permettant
de commercer électroniquement avec les administrations
fédérales. Le programme Electronic Commerce concerne les
entreprises de toutes tailles. L'un de ses objectifs est d'augmenter le nombre
de PME fournisseurs des administrations. A cette fin, elles
bénéficient d'une attention particulière de la part
de la Small Business Administration qui donne accès à un serveur
WEB fort bien documenté, depuis lequel peuvent être soutirées
des informations et des logiciels aidant les petites entreprises à
participer au programme.
Bien que le Gouvernement Fédéral cherche à ne pas trop
diluer ses efforts et reste concentré sur la réussite du programme
Electronic Commerce/EDI, les Départements Ministériels, le
Ministère du Trésor notamment, appliquent les méthodes
apprises grâce à ce programme à d'autres domaines, ainsi
le marché commun nord-américain.
Le Gouvernement Fédéral est en outre relayé par les
Etats de l'Union qui déclinent les axes de développement du
Commerce Electronique et de l'EDI - toujours associés, jamais
opposés - en dehors de leur champ initial.
Ainsi l'Etat de Californie donne une vigoureuse impulsion aux
télédéclarations de toutes sortes, à tel point
qu'il tâche de promouvoir une politique identique au niveau
Fédéral ( le projet de Loi "Electronic Reporting Streamlining
ACT).
De même l'Etat du Delaware a défini son propre programme
généralisé de développement de l'EDI (revue EDI
World du mois de Mai 1996).
En toutes circonstances, les messages administratifs normalisés,
respectant la norme X12 - cousine d'EDIFACT - et EDIFACT même - de
plus en plus - sont dans le domaine public.
Les administrations communiquent avec l'extérieur à l'aide
de passerelles rigoureusement identiques. Autrement dit, une entreprise qui
peut communiquer avec une administration peut communiquer avec n'importe
quelle administration.
Cent plates-formes ont été installées dans 25
administrations différentes.
Plusieurs modes de communication sont proposés, et non un seul . Mais
cette collection de modes entre lesquelles les entreprises peuvent choisir
est unique.
Les opérateurs de réseaux ou de services EDI (VAN) ont
été invités à harmoniser leurs protocoles et
services de communication conformément à la collection de modes
de communication précitée. Une procédure de certification
basée sur une suite de tests a été définie.
40 opérateurs ( Kleinschmidt, Harbinger, Ordernet, GEISCO, IBM etc..)
ont satisfaits à la suite de tests. Aux Etats-Unis
l'interopérabilité des réseaux tend à se
généraliser, et l'administration a largement imposé
cet état de fait, pratiquement ignoré en France.
En conséquence, les entreprises peuvent communiquer simplement et
à moindre frais avec n'importe quelle administration, soit directement,
soit via les 40 opérateurs agréés.
S'appuyant sur cette infrastructure de communication interministérielle,
les administrations sont en train d'étendre à toutes les
procédures déclaratives les principes du programme d'Achat
Public électronique.
Toute administration est invitée à se mettre en situation de
recevoir par la voie électronique les déclarations qu'elle
impose; les entreprises auront la faculté de recourir à
l'échange électronique si bon leur semble. ( la loi "Electronic
Reporting" est en cours de discussion au Congrès).
Les mêmes dispositifs techniques permettront de gérer les
téléprocédures aussi bien que les achats publics, avec
n'importe quelle administration, avec ou sans intermédiaire; seule
la configuration des messages distinguera les flux échangés,
les techniques d'échange étant identiques.
Pour faciliter la tâche des entreprises et accessoirement celle des
éditeurs de logiciels, toutes les déclarations sont obligatoirement
au format X12 ou EDIFACT.
La simplification ainsi obtenue est extrêmement importante.
Des dispositifs de certification, indépendants des administrations,
ont été mis en place pour garantir une libre concurrence et
l'ouverture des marchés.
Enfin les lois et les règlements ont aplani toutes les difficultés
juridiques, ainsi que l'atteste l'autorisation de contracter
électroniquement du Comptroller General of the United States (13
décembre 1991). La dématérialisation est possible à
condition que les dispositifs de sécurité du National Institute
of Science and Technology soient respectés. La preuve peut être
apportée au Tribunal sous la forme d'un enregistrement électronique.
La signature électronique est reconnue.
2. En Grande-Bretagne, des orientations de même nature ont été
décidées.
Mais c'est à propos du secteur de la santé que la Grande-Bretagne
est exemplaire.
Une prise de position dénuée d'ambiguïté a
été décidée en faveur d'une utilisation de la
norme EDIFACT.
Quand des normes EDIFACT européennes existent, elles sont utilisées.
Quand elles ne sont pas disponibles, des normes EDIFACT nationales sont
développées.
Cette politique commence à produire ses effets, et les éditeurs
de logiciels cessent de prétendre imposer des standards qui enferment
les professionnels dans des carcans imposés et non maîtrisés.
Les relations entre organisations et professionnels de santé se font
sans intermédiaires, les conversions de formats ou de protocoles
étant inutiles grâce à la normalisation.
3. C'est dans le domaine de la gestion des procédures administratives
liées aux exportations que Singapour a produit ses efforts les plus
grands aboutissant au système TRADENET.
Dépassant le cadre strictement administratif, les systèmes
intégrés de téléprocédures s'étendent
aux documents commerciaux d'ordre privé. Banques et assurances, aussi
bien que transitaires ou transporteurs peuvent être atteints aussi
facilement que les administrations, à l'aide des mêmes dispositifs
techniques.
L'exportateur singapourien dispose d'un avantage comparatif d'autant plus
important que des prolongements des systèmes de commerce
électronique dont il bénéficie permettent désormais
d'atteindre les communautés nationales (entreprises) expatriées.
Ces systèmes, impliquant les administrations, ne sont donc plus seulement
à l'échelle nationale, mais également internationale
(pour l'instant ils restent cantonnés en Asie : Indes, Vietnam, Thailande,
Taïwan ).
Leur prolongation vers l' Europe et les Etats-Unis est programmée.
Le système TRADENET, se confirmant comme une réussite exemplaire,
est désormais étendu sans grands changements et à moindres
frais - grâce à l'emploi généralisé d'EDIFACT
- à d'autres secteurs d'activité, comme le monde de la justice,
le monde de la santé.
4. Le bilan français
Le bilan du développement des communications électroniques
des administrations françaises, analysé en termes de travaux
préparatoires, n' est pas négligeable.
S'agissant des réalisations opérationnelles, des initiatives
anciennes telles que le Transfert de Données Sociales, ou le Transfert
de Données Fiscales et Comptables, enregistrent des trafics importants,
mais il ne s'agit là que de procédures exceptionnelles, annuelles.
Certaines expériences concrètes ont fait long feu; c'est le
cas de l'expérience de télétransmission des
déclarations uniques d'embauche d' Amiens.
D'autres tardent à produire des résultats par manque d'organisation
ou de coordination des projets. Ainsi, le projet EDI-CFE devrait être
achevé, car il ne présente pas de difficulté
particulière, mais l'absence d'approche concertée de
l'informatisation des CFE génère des coûts excessifs
qu'une progicialisation, qui s'impose pourtant, éviterait.
Les réalisations convaincantes, comme la déclaration
électronique d'échange de biens des douanes, restent trop
exceptionnelles pour que les entreprises s'y rallient massivement.
L'achat public électronique a bien été préparé,
mais les administrations qui s'apprêtent à tirer parti des travaux
de la CCM, de la CP et de la COSIFORM sont bien peu nombreuses. Le seul programme
mené avec zèle, EDIPHARM, est fortement obéré
par le caractère fermé des solutions techniques
préconisées.
C'est dans le domaine social que les développements les plus prometteurs
se produisent.
L'échange de données sur l'identification des personnes
salariées des entreprises s'est développé efficacement
durant les derniers mois. Un appel d'offre public, très
détaillé et exigeant, a été lancé, et
des plates-formes seront bientôt choisies.
Plusieurs administrations sociales, suivant les CRAM, s'engagent ainsi dans
un programme cadencé, doté d'échéances de
réalisations. EDIFACT est employée sans états d'âme.
Malheureusement, ce programme n'atteint pas directement les entreprises ni
les citoyens, bien que l'accélération de la vitesse de circulation
de l'information leur bénéficie indirectement.
Sur le plan régional, de nombreuses initiatives se développent.
Il n'a pas été possible de les recenser toutes. Des pôles
de compétences forts se sont développés dans plusieurs
métropoles régionales et au niveau des Conseils
Généraux.
Celui de la Vienne a bien compris que les petites collectivités locales
méritaient autant, et peut être plus que d'autres, d'avoir
accès aux technologies de l'information. Elles n'ont pas été
considérées comme "informatiquement incapables".
L'expérience de la création d'une Association pour la Promotion
de la Simplification Administrative - APSA -, à Perpignan, est une
réussite. Elle concerne principalement les échanges de
données sociales. Au delà de l'objet de cette expérience
et des choix d'organisation qu'elle a décidés, qui peuvent
être discutés, c'est le professionnalisme de ceux qui la
mènent et les résultats obtenus qui méritent d'être
soulignés.
Au total, s'il est exact que des travaux préparatoires importants
et de qualité ont été menés, force est de le
trafic réel généré par les systèmes de
télédéclarations apprécié en termes de
flux réels, est très insuffisant, malgré des
réalisations exemplaires comme la déclaration électronique
d'échanges de biens des douanes.
Plus que ne saurait le faire une juxtaposition d'initiatives ponctuelles,
un " bouquet de services de télédéclarations ", peut
seul convaincre les déclarants qu'il vaut la peine de passer aux
télédéclarations. Toutefois, les
télédéclarations à occurrence fréquente
(déclaration d'embauche par les agences de travail intérimaire
par exemple) présentent néanmoins un intérêt
réel.
Il convient de créer les conditions qui favoriseront un
développement soutenu de l'emploi des téléprocédures
entre les administrations et leurs partenaires et usagers.
Cela suppose avant tout la définition d'un cadre méthodologique,
organisationnel et normatif clair garantissant aux entreprises et aux autres
usagers que l'ensemble des administrations seront impliquées dans
un programme de dématérialisation généralisé
et cohérent des déclarations administratives.
Les sept propositions qui suivent ont pour ambition de contribuer à
la définition de ce cadre.
Il serait par ailleurs, dans le même temps, souhaitable de soutenir
ou d'engager quelques projets exemplaires par leur impact économique,
sur lesquels le cadre méthodologique et normatif pourrait être
mis à l'épreuve des faits.
Quatre de ces projets sont proposés à la suite des propositions
normatives et organisationnelles.
1. Prendre un parti clair au niveau du Premier Ministre au sujet de la norme
EDIFACT
Comme aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans bien d'autres pays dans
le monde, les administrations doivent clairement prendre position pour un
emploi généralisé de la norme EDIFACT. Cette décision
doit être prise au plus haut niveau de l'Etat, si possible au niveau
du Premier Ministre.
La France ne peut se permettre de pénaliser les entreprises et les
citoyens, donc la productivité et finalement l'emploi, en les privant
de l'efficacité et de la simplification que représente la
référence à une seule norme - EDIFACT - pour ce qui
concerne les téléprocédures.
Il est illusoire, et coûteux, de prétendre résoudre l'absence
de normalisation, qui ne donne qu'une illusion de liberté, par des
tiers prestataires de services convertisseurs de tout en n'importe quoi,
et sous les fourches caudines desquels devraient passer les entreprises,
leurs prestataires de services, enfin les administrations, et qu'il faudrait
bien payer pour qu'ils effectuent les conversions de formats, de protocoles,
etc...
Ni les entreprises, ni les citoyens ne doivent avoir à s'embarrasser
des normes, qui doivent " passer inaperçues ". C'est l'efficacité
même de la normalisation qui rend les normes transparentes, cachées
dans les logiciels, mais pourtant bien effectives.
2. Installer des passerelles de communications électroniques
harmonisées.
L'adoption des normes EDIFACT dans le plus grand nombre de procédures
administratives, et le plus rapidement possible, est une condition
nécessaire de la simplification administrative, mais ce n'est pas
une condition suffisante.
Encore faut-il que les administrations soient capables de recevoir des
télédéclarations, et qu'elles ne mettent pas en place
des dispositifs hétérogènes, créant pour les
déclarants des complications inutiles, sans compter les superpositions
de coûts, fortement dissuasives.
Le rapport propose donc de mettre en place des passerelles de communication
harmonisées au seuil des principales administrations recevant des
télédéclarations, créant une interface unique
pour toutes les administrations. (cf fiche technique détaillant les
caractéristiques de ces passerelles).
La Loi N° 94-126 du 11 février 1994 relative à l'initiative
et à l'entreprise individuelle, dans son article 4, a défini
un principe : toute déclaration d'une entreprise à une
administration peut être faite par voie électronique.
Il faut s'engager résolument dans sa mise en oeuvre, et demander à
chaque administration de se mettre progressivement en situation de recevoir
toute télédéclaration venant de toutes les entreprises
qui le souhaiteraient. Y parvenir est affaire de persévérance,
de continuité dans l'action plus que d'autres moyens.
Dès lors que les télédéclarations seront recevables,
au double sens de fonctionnellement acceptées par les administrations
et de techniquement transmissibles à leurs services - de façon
générale - il ne fait aucun doute que la quasi-totalité
les éditeurs de logiciels s'adapteront à cette nouvelle donne.
Quant aux entreprises, elles ne tarderont pas à comprendre où
est la commodité, la facilité et même la
sécurité.
Pour les administrations, en ces temps d'austérité
budgétaire, les investissements ne seront pas considérables.
Pour une administration donnée, la concentration des
télédéclarations sur un serveur unique peut être
envisagée, les déclarations reçues étant ensuite
acheminées aux services locaux par les systèmes de messagerie
interne, dont l'installation se généralise et qui trouveraient
ainsi une rentabilisation supplémentaire.
En outre, les économies réalisées par les administrations
et l'amélioration de la qualité des déclarations doivent
permettre d'espérer des retours sur investissements très rapides,
dans des délais comparables à ceux constatés dans le
secteur privé pour des opérations similaires (six mois à
un an).
3. Valoriser, sous conditions de normalisation, les opérateurs
privés de réseaux et de services à valeur ajoutée
(RSVA).
Les entreprises utilisent quotidiennement ces RSVA pour leurs transactions
électroniques commerciales. Il serait peu judicieux de ne pas les
utiliser pour drainer les télédéclarations vers les
administrations. Mais cela ne peut se faire dans les conditions actuelles
d'anarchie de leurs offres respectives.
Il faut donc définir les exigences attendues des réseaux à
valeur ajoutée pour les interfacer avec les passerelles de
télédéclarations des administrations. (cf la fiche technique
décrivant les procédures de certification et les services attendus
de ces réseaux).
Ceux qui ne satisferont pas ces exigences ne bénéficieront
pas d'un label de qualité.
Cette façon de traiter les RSVA suscitera, dans un premier temps,
des réticences. Dans un second temps, les opérateurs y trouveront
leur avantage, du fait de la croissance des trafics.
Les utilisateurs, tout particulièrement les PME, trouveront, par cette
ouverture des systèmes de commerce électronique, plus d'espaces
de liberté. Elles échapperont mieux aux pressions des grands
donneurs d'ordres.
4. Définir rapidement un cadre juridique approprié
Le cadre juridique du développement de l'administration communicante
demeure trop imprécis. Une analyse critique des mesures prises dans
les autres pays devrait être faite pour donner un cadre plus clair
et précis à ce développement.
Les travaux de la CCM, de la CP, de la Cour des Comptes ont défini
des solutions qui, s'appliquant à des données sensibles, celles
des achats publics, doivent pouvoir trouver des emplois dans d'autres domaines.
La dialectique droit-sécurité doit être définie
plus systématiquement. Les règles du jeu électronique
doivent être rapidement mieux connues.
5. Préciser le cadre technique de l'investissement informatique
Le cadre technique du développement des inforoutes administratives
est très vague.
Il suffit de prendre connaissance du cadre correspondant que doivent respecter
les administrations américaines ou anglaises pour mesurer à
quel point nos partenaires coordonnent mieux leurs efforts.
125 "Federal Information Processing Standards" - FIPS - sont
référencés par le National Institute of Standards and
Technology, le NIST, qui encourage par ailleurs le recours aux standards
de fait (standards publiquement disponibles).
Une loi - Information technology Management Reform Act of 1995 - donne des
orientations générales au management des programmes informatiques
des administrations américaines. Cette loi est fort bien supportée
(au double sens d'acceptée et de soutenue) par les directeurs
informatiques qui y voient une discipline de bon aloi.
Enfin le GOSIP - Government Open System Interconnection Profiles - définit
des architectures de systèmes dont le respect est imposé, sachant
que le cadre de référence est assez souple pour s'accommoder
de combinaisons diverses.
La liberté des décideurs est peut être un peu moindre
qu'en France, mais les économies d'échelle sont une contrepartie
intéressante.
La liberté des décideurs français, hier si limitée
du temps de la politique industrielle du plan calcul, est devenue si grande,
face à une industrie et à des techniques si complexes et
évoluant si rapidement, qu'elle en devient illusoire.
Dans ces conditions les informaticiens peuvent commettre des erreurs manifestes
dans les choix de standards. SGML serait-il resté aussi longtemps
ignoré si nous avions eu un GOSIP français ? La
méconnaissance flagrante des avantages de la norme EDIFACT serait-elle
aussi répandue si, sur de tels sujets, des lignes directrices
étaient plus souvent décidées avec la participation
des responsables.
6. Former les dirigeants et les informaticiens
Les décideurs des administrations sont parfois très peu au
fait des possibilités de l'informatique et des
télécommunications.
Lorsque c'est le cas, leur ignorance les dépossède ipso facto
de la décision sur un sujet qui ne peut plus être
considéré comme relevant de l'intendance.
Certes, un directeur d'administration centrale a d'autres soucis que
l'informatique et les télécommunications. Mais au moment où,
dans le monde entier, des chefs d'Etat et de Gouvernement comprennent les
enjeux considérables de l'informatique et des
télécommunications, on est en droit de s'interroger sur
l'incapacité de certains décideurs à "comprendre
eux-mêmes", à s'informer, à recouper les avis d'experts.
Pourtant, il semble assez facile d'organiser, à l'intention des
décideurs, des actions de présentation, à
périodicité suffisante, des possibilités des nouvelles
techniques de l'information. Cela leur permettrait de garder le contrôle
de décisions qui ne peuvent raisonnablement être
déléguées, car les paramètres des décisions
ne sont pas seulement techniques. Ils sont aussi politiques, et ces
paramètres là, ils sont les plus aptes à les prendre
en compte.
Ce qui précède prend d'autant plus d'importance que les
responsables informatiques ne sont pas toujours du niveau de compétence
requis, et quand ils le sont, leurs équipes ne sont pas toujours
convenablement formées. Lorsqu'elle se produit cette situation est
grave; elle est heureusement peu fréquente. Pour des raisons historiques,
l'administration française a eu tendance à faire de l'informatique
sans informaticiens. Des échecs graves ont été la
conséquence de cette situation. On ne forme pas un chef de projet
en quelques mois.
Un attaché d'administration, sauf talents et goûts particuliers,
ne peut devenir - en quelques mois - un informaticien compétent (c'est
à dire développant des systèmes informatiques complexes).
. En revanche, il peut jouer un rôle tout à fait important dans
l'informatisation d'une structure, par l'apport de sa compétence
administrative et sa capacité de dialogue avec des informaticiens
purs.
7. Tenir un inventaire permanent de l'état des communications
électroniques externes des administrations
Les administrations, enfin, devraient être capables, instantanément,
de produire l'état des lieux de leurs communications électroniques
externes, sauf lorsqu'il s'agit d'administrations qui, du fait de leurs missions,
ne communiquent guère. C'est rarement le cas.
1. Un grand programme d'achats publics électroniques s'appuyant sur
les travaux entrepris par le Ministère de la Défense et sur
les autres projets en cours dans ce domaine (industrie pharmaceutique à
condition qu'une approche de systèmes ouverts soit décidée
et que l'ensemble des fournisseurs des hôpitaux soient pris en
considération; secteur du BTP ..).
Ce premier projet consiste à développer systématiquement
les achats électroniques des administrations.
Les PME auront, grâce à un tel programme, un meilleur accès
aux marchés de l'Etat, ainsi que cela a pu être vérifié
aux Etats-Unis.
L'Etat y trouvera l'occasion de mieux acheter, et donc d'économiser
les deniers des contribuables.
L'économie verra se généraliser le commerce
électronique, source de gains de compétitivité, bien
au delà des seuls achats publics, qui n'auront joué qu'un
rôle d'entraînement.
2. Un projet de gestion électronique des opérations d'exportation
Il ne s'agit pas seulement d'installer un guichet unique de l'exportateur.
Ce second projet concerne la gestion électronique de l'ensemble des
procédures liées aux exportations. Chaque entreprise, même
la plus petite, doit pouvoir régler ses procédures publiques
et privées d'exportation efficacement.
C'est bien pour atteindre cet objectif premier qu'EDIFACT est né :
on l'a un peu oublié.
La balkanisation des systèmes de commerce électronique des
ports ( Adhemar- Le Havre d'un côté, Protis - Marseille de l'autre,
etc..), des aéroports, des transporteurs, des banques et des assurances
est préjudiciable à l'efficacité de notre commerce
extérieur.
Nous devons nous inspirer de l'expérience de Singapour.
3. Des réseaux électroniques de santé
Le troisième projet concerne le monde de la santé. Les
réseaux électroniques dans le monde de la santé devraient
être - d'urgence - coordonnés.
Leur développement séquentiel ou séparé aboutirait
à des incompatibilités finales.
Leur construction représente une tâche complexe, et il est rationnel
de répartir les efforts sur plusieurs chantiers, tels que :
- la transmission de la feuille de soins électronique conjuguée
avec l'introduction des cartes du patient et du professionnel de santé,
- les réseaux interhospitaliers,
- les réseaux permettant l'échange de données
médicales entre professions libérales.
Mais ces chantiers doivent obéir aux principes de l'ingénierie
concourante, celle qui permet aux constructeurs aéronautiques de se
répartir les conceptions puis les constructions des avions et d'assembler
- sans difficultés - les travaux des uns et des autres in fine.
En suivant ces principes, les différents syndicats, ou les
différentes professions pourront ordonnancer leurs développements
à leur guise, mais sans que chaque système ne soit - pour autant
- clos sur lui-même.
Seule la norme EDIFACT permettra l'interopérabilité des
systèmes, faute de laquelle quelques professionnels établis
dans un même périmètre seront incapables d'échanger
la moindre parcelle d'information. Il n'est pas besoin de souligner l'immense
gâchis qui en résulterait.
A cet égard, c'est probablement une erreur que commet la CNAM de lancer
le programme de gestion de la feuille de soins électronique sans recourir
à la norme EDIFACT.
4. Un projet pour l'ensemble des déclarations et procédures
administratives des domaines de la protection sociale et de l'emploi.
Enfin, les administrations sociales représentent un quatrième
projet à entreprendre.
Les entreprises, représentées par leurs organisations
professionnelles, demandent une plus grande cohérence dans l'expression
des demandes qui leur sont adressées.
Cette demande est légitime.
L'association EDISOCIAL voudrait dériver des ressources des budgets
des différentes administrations, pour harmoniser leurs demandes.
Satisfaire cette demande permettrait de construire une nouvelle logique
déclarative fondée sur des téléprocédures,
et qui faciliterait l'adoption rapide du ( nouveau ) mode de relation
électronique.
Les budgets éventuellement alloués à cette association
ne devront l'être que pour des emplois bien identifiés.
Des ressources seront nécessaires, en effet, aux travaux communs
d'EDISOCIAL.
Pour le reste, ce projet pourra bénéficier des travaux
précités consistant :
· à définir des spécifications uniques des passerelles
de communication des administrations,
· à vérifier le respect des règles
d'interopérabilité des réseaux à valeur ajoutée
privés,
· à généraliser la norme EDIFACT dans l'ensemble
des processus déclaratifs.
Le présent rapport propose une démarche globale de
développement du Commerce (des Relations ) Electronique(s) des
administrations avec leur environnement, entreprises, et plus tard citoyens,
lorsque l'équipement des ménages sera plus répandu.
Les recommandations de ce rapport cherchent à prévenir un
développement anarchique des systèmes. Il recommande clairement
un recours généralisé à la norme EDIFACT et en
justifie les raisons.
Les dispositions proposées ne limitent en rien la liberté de
chaque administration dans l'organisation de ses procédures, ni celle
des partenaires de l'administration dans l'accomplissement de ces
procédures.
Les quatres projets proposés peuvent se développer sur des
bases méthodologiques et techniques d'inspiration communes, ce qui
permettrait d'importantes économies de moyens.
Les partenaires des administrations, de leur côté, pourraient
envisager d'adopter les systèmes de Commerce Electronique en sachant
que les investissements consentis permettront de gérer l'ensemble
des procédures (sociales, fiscales, etc..) auxquelles ils participent,
et non seulement quelques unes d'entre elles, voire une seule.
Pour ceux déjà engagés dans des systèmes de Commerce
Electronique privés, ils pourront utiliser leurs prestataires de services
actuels - si ces derniers (RSVA) font les efforts d'adaptation nécessaires
- pour gérer de nouveaux échanges avec les administrations.
Ceci permettrait de limiter le coût de la migration vers les
téléprocédures et accélérer la croissance
des flux, laquelle permettrait à son tour aux administrations des
retours sur investissements rapides.
En définitive le rapport considère que le développement
du Commerce électronique est économiquement rentable, qu'il
est souhaitable dans une perspective de simplification des relations avec
les entreprises, et qu'il correspond enfin à une demande de celles-ci.
L'essentiel du Commerce électronique sera constitué
d'échanges de documents électroniques structurés grâce
à la norme EDIFACT, complétés par des échanges
plus informels (messagerie électronique).