(mise à jour le 30 Avril 1996)
Ière Partie. Définitions et rappels: technologies, administrations.
Chapitre I. Les autoroutes de l'information. Rappels techniques et économiques
Chapitre II. La logique des administrations face aux autoroutes de l'information, Service de l'Etat, service du public
II.1. Qu'attend-on des administrations publiques?
II.2. Les administrations et la société mondiale de l'information
IIe Partie. Exemples d'administrations publiques en réseau. Les besoins de la société française
Chapitre III. Le domaine de l'administration nationale
III.1. Les services de proximité
III.2. Les grands domaines de l'administration générale
Chapitre IV. Les collectivités territoriales
IV.2. La région, pôle d'initiative pour la société de l'information
Chapitre V. Contribution des services publics à l'expérimentation des nouveaux modes de vie
Chapitre VI. La coopération administrative internationale
VI.1. La construction européenne
VI.2. La coopération technique internationale
VII.1. Forums administrations-usagers
VII.2. Forums internes. Dialogue syndical
A tout projet de câblage, tel que celui présenté par le rapport THERY, on objecte généralement qu'il est dangereux de mettre en place des infrastructures de communication, surtout à haut débit, si n'existent pas préalablement des applications susceptibles de les utiliser, et ce faisant de les rentabiliser. L'exemple du Plan Câble de 1984 est toujours cité à cet égard comme référence de l'erreur à éviter.
A l'inverse, il est évident que si les réseaux n'existent pas, les utilisateurs n'existeront pas non plus. La solution du câblage a priori n'est pas absurde, dès lors qu'un organisme quelconque est assez riche pour supporter de faire l'avance de l'investissement. C'est dans cette logique que s'est développé le Vidéotex. L'investissement initial de la Direction générale des Télécommunications a été finalement remboursé par les centaines de services privés qui se sont développés sur le réseau Minitel.
Il est admis aujourd'hui -peut-être à tort- que le coût d'un réseau haut débit (qu'il s'agisse de fibres optiques ou même de coaxial) desservant l'ensemble du territoire est tel qu'il n'est pas concevable de déployer ce réseau, sur fonds publics ou même sur les budgets des opérateurs, si la demande, c'est-à-dire les applications susceptibles de l'utiliser ne voient pas le jour, préalablement ou, tout au moins, en même temps.
La solution raisonnable consiste alors à limiter initialement l'investissement en infrastructures à ce que nécessitent, soit les services existants, soit les activités de démonstration et de prototypage susceptibles de préciser et structurer la demande. Les infrastructures seront enrichies au fur et à mesure de l'émergence des besoins, usages et contenus nouveaux résultant du travail propre des futurs utilisateurs, et des Services à Valeur Ajoutée répondant à ces besoins.
Il faut donc privilégier la demande, c'est-à-dire, concrètement, créer les conditions lui permettant de se préciser, puis de s'exprimer pleinement, en prenant notamment à sa charge le coût des transactions susceptibles de rentabiliser les investissements d'infrastructures.
Comment ceci peut-il se traduire, dans le domaine des administrations?
Par application, on entend tout type d'utilisation profitable (en terme commercial ou plus simplement social) pouvant être faite des réseaux numériques et services associées. Les applications sont potentiellement innombrables, allant des plus simples comme la visioconférence, aux plus complexes. Elles doivent en principe être offertes sur le marché, par des entreprises privées ou par des administrations, mais, lorsqu'il s'agit de ces dernières, une part importante d'entre elles s'exerce dans la sphère régalienne, c'est-à-dire dans des conditions de quasi-monopole, n'excluant pas d'ailleurs la recherche de l'efficacité. (Cf ci-dessus, chapitre 2.)
Les plus simples de ces applications ne nécessitent pas d'investissements considérables. Il suffit d'établir une messagerie entre un certain nombre de correspondants disposant de boites à lettres. Le cas échéant, un serveur d'informations (par exemple des listes d'adresses ou de références, la consultation d'un CD-ROM), la possibilité d'utiliser de petits programmes ou progiciels (comment calculer l'impôt, remplir un formulaire), sont offerts aux abonnées par le responsable du service.
Des applications et services plus complexes demandent évidemment des investissements en logiciels et réseaux plus importants, mais, dans tous les cas, la difficulté n'est pas prioritairement technique. Elle est d'ordre relationnelle, organisationnelle et finalement commerciale: comment recruter un certain nombre d'abonnées, non seulement intéressés par un service, mais surtout prêts à en payer le coût, en réorganisant leur gestion ou leur comportement personnel de façon à y trouver un intérêt. Même les administrations n'échappent pas à cette épreuve de vérité.
Cette difficulté est d'autant plus grande que l'on s'adresse à des catégories d'utilisateurs ou à des populations connaissant mal, voire ignorant totalement, l'existence ou l'intérêt des technologies modernes en réseau. C'est encore généralement le cas de beaucoup de fonctionnaires publics, comme de la plupart des administrés ayant affaire à eux.
Au delà des discours et des incantations, qui créent beaucoup de scepticisme, il n'y a qu'une recette disponible, vieille comme la technique. Il faut faire voir et toucher des systèmes existants, c'est-à-dire monter des démonstrateurs et des démonstrations. Il faut encourager les gens à s'en servir, en les formant à l'outil si nécessaire. Il faut faire plus, il faut les encourager à écrire eux-mêmes, au service de leurs besoins propres, des applications susceptibles de leur convenir.
Qui peut le faire? Il est naturel que les représentants de l'Offre s'y essayent: opérateurs de télécommunications notamment. Aujourd'hui, ce sont d'autres types d'industriels de l'Offre qui sont les plus actifs pour stimuler la demande à leur profit, ceux qui précisément se spécialisent dans l'offre de Services à Valeur ajoutée. Nous avons vu en introduction que, pratiquement, il s'agit de grandes entreprises internationales, d'origine essentiellement américaines, qui se disputent ces segments de marché dans le monde entier, et s'efforcent de drainer vers eux les utilisateurs potentiels. Ces entreprises vont plus loin. Elles essayent de se donner une clientèle captive aussi large que possible, en enfermant leurs abonnés dans des standards et pratiques spécifiques, à base d'ailleurs de bon service rendu, mais visant au monopole.
L'exemple de Micrososft est souvent cité, mais il n'est pas le seul. Il est évident que si les réseaux et logiciels Microsoft seront devenus des outils communs à de très nombreux utilisateurs-clients, provenant eux-mêmes d'une large gamme de professions et de pays, Bill GATES pourra étendre ses ambitions sans limites. Pourquoi, par exemple, ne fera-t-il pas de l'intermédiation bancaire et du service financier en concurrençant directement les banques? Celles-ci tenteront de se raidir sur leur clientèle nationale habituelle, mais elles ne seront plus de taille à lutter.
Les administrations publiques, dans n'importe quel Etat du monde, n'échappent pas à ce ciblage. Bien au contraire, compte-tenu des marchés potentiels qu'elles représentent, elles sont démarchées les premières. Le résultat est d'ailleurs là: une grande part du marché des produits Microsoft, comme d'autres produits logiciels, se trouve dans les divers secteurs publics.
Inutile de nier cette réalité. Tout au plus conviendrait-il en France comme en Europe, de favoriser (mais comment?) l'émergence d'une offre de services à valeur ajoutée de taille internationale, représentative des intérêts économiques nationaux, et susceptible de d'éviter le monopole des firmes américaines.
Mais laisser faire les industriels, d'où qu'ils viennent, ne peut tenir lieu de politique de la demande, concernant les administrations publiques.
Il est à peu près avéré en effet que, dans notre pays comme sans doute ailleurs en Europe, les mécanismes du marché ne pourront seuls faire émerger en temps utile des utilisateurs publics suffisamment forts pour contribuer à rattraper nos retards par rapport aux pays dominants, et surtout développer des applications reflétant les besoins nationaux dans leur profondeur. Le facteur coût, notamment, non négligeable lorsque l'on s'adresse sans précaution à une société de service pour développer une application en réseau, découragera de nombreux utilisateurs potentiels, marqué du sceau de la pauvreté (combien d'écoles n'ont-elles pas encore d'ordinateurs?).
Si l'on veut que la notion de société française (ou européenne, mutatis mutandis) de l'information devienne une réalité, pour ce qui concerne le volet essentiel de l'administration publique, il faudra faire davantage, c'est-à-dire aider directement les services, les agents et les "administrés" eux-mêmes, à exprimer des besoins et à s'impliquer dans le développement d'applications, afin qu'ils ne restent pas des "oubliés du progrès".
Il n'est pas facile d'atteindre ces catégories d'utilisateurs. Cela en tous cas ne peut se décréter de façon unilatérale. La solution proposée ici consiste à favoriser leur participation à des activités de formation, de démonstration et, le moment venu, de réalisation, au sein de ce que l'on pourra appeler des Centres d'Initiative Publique.
Favoriser la mise en place de tels Centres devient donc un objectif prioritaire.
Concrètement, qui sont ces utilisateurs finaux dont nous voudrions ici encourager la participation active au développement d'une administration moderne sur les autoroutes de l'information?
La Première partie en a donné un aperçu. Il s'agit d'abord des administrations de l'Etat et des diverses collectivités locales, lorsque celles-ci se comportent comme clients de l'offre industrielle. Plutôt que simples acheteurs passifs, ces administrations, qui disposent de moyens non négligeables, doivent être incitées à intervenir en acteurs, même s'il ne s'agit pas de leur responsabilité première. Certaines le font déjà, mais pas encore suffisamment.
Viennent ensuite les entreprises de toutes sortes et de toutes tailles qui s'adressent à l'administration, ou satisfont aux obligations que celle-ci leur impose. Beaucoup de ces entreprises dont de grandes consommatrices de technologies de l'information. Les plus importantes d'entre elles ont acquis, face à l'administration et à ses choix techniques, une certaine indépendance. Mais elles n'expriment pas toujours clairement leur demande de simplification et d'allégement des coûts. Toutes les autres, et surtout les PME/PMI, même lorsqu'elles utilisent des ordinateurs, sont la plupart du temps incapables de définir une stratégie à l'égard des administrations, et supportent donc sans pouvoir réagir les incohérences et les lenteurs du processus de mise en réseau (de dématérialisation) des procédures administratives.
Mais il ne faut pas oublier les citoyens eux-mêmes, associations, structures informelles diverses et, au bout de la chaîne, individus eux-mêmes, avec leurs segmentations (enfants, adultes, retraités...). Ce sont tous des redevables d'obligations administratives, ou des consommateurs de services publics. Il faut donc les inviter à participer au développement de nouveaux modes de travail et de nouveaux services. Beaucoup n'auront pas les moyens ou la volonté, initialement, de s'impliquer directement. Mais, progressivement, un nombre de plus en plus important d'entre eux deviendront à leur tour des "producteurs- associés", notamment dans le cadre d'activités para- professionnelles, bénévoles ou culturelles.
Pour tout ceci, la société française, sans être aussi orientée vers la technologie (technology minded) que celle des pays Anglo- saxons ou asiatiques, n'est pas totalement sans expérience, du fait notamment de l'existence des services vidéotex, et autres bornes multi-média. C'est plutôt l'insuffisante densité des micro-ordinateurs reliés en réseaux, et des dispositifs permettant la Gestion électronique de documents et le multi- média, qui représente un obstacle au développement des applications tant publiques que privées, et des Services à Valeur Ajoutée correspondants.
Plus gênante est l'étonnante résistance de beaucoup d'individus ou d'institutions face au maniement pratique de l'ordinateur et des réseaux. Les raisons en tiennent autant à la persistance de préjugés bien ancrés, à un manque générale de culture technologique, même au sein des formations supérieures dites scientifiques, et finalement au conservatisme de nombreux intérêts qui craignent de ne pas se voir reconnus dans le maelström de la révolution de l'information qu'ils présagent. Quand il s'agit de l'administration, les préjugés et résistances que suscite traditionnellement son activité trouvent là de nombreux arguments nouveaux pour s'exprimer.
Il convient donc de trouver une formule, ou mieux un bouquet de formules, permettant à tous ces utilisateurs passifs ou méfiants de vaincre leurs réticences et apporter leurs ressources intellectuelles et économiques à la mise en place de services publics dont ils devront être les premiers à bénéficier.
La proposition faite ici consiste à promouvoir, sur tout le territoire, la création de centres d'initiative publique, ouverts à tous, disposant de moyens techniques offerts à très bas coût (sinon gratuitement pour certains usages), ainsi que de personnels familiarisés avec l'utilisation des outils correspondants, et de produits éditoriaux de qualité.
Précisons cette définition, en nous plaçant dans la situation d'un des utilisateurs présenté dans la deuxième Partie de ce rapport. Imaginons la situation de Mme D., maire de la ville de Z., 60.000 habitants, en zone urbaine, précédemment évoquée.
Mme D., assistée de sa directrice informatique et d'un conseiller municipal bien informé des technologies de l'information, souhaite promouvoir, au sein de la municipalité, des applications multi-média en réseau. Elle a déjà pensé à quelques établissements où l'introduction de ces technologies serait susceptibles d'intéresser ses administrés: les écoles, le centre culturel, l'hopital... sans oublier la mairie, notamment pour l'information du public et la communication (visioconférence) avec la préfecture. Dans chacun de ces cas, l'équipe informatique, en liaison avec les établissements concernés, a pu esquisser les grandes lignes de ce que seraient les premières applications, mais ceci ne suffit évidemment pas pour lancer effectivement les projets.
Que faire? Le fournisseur informatique de la commune, diverses sociétés de services, l'opérateur de télécommunications...proposent volontiers leurs aide. Mais la difficulté de négocier des contrats dans ces domaines nouveaux où le client est incapable de préciser le cahier des charges constitue une première raison de rejeter ces propositions. Plus grave, les tarifs demandés, le coût des équipements proposés, excluent à ce stade le recours généralisé à la sous-traitance. D'un autre côté, Mme E ne voit pas son équipe, malgré sa bonne volonté, se lancer seule dans une telle entreprise.
De quoi la mairie aurait-elle besoin, dans le cas concret? Mme E. a dressé la liste des ressources qui lui seraient nécessaires, pour une durée d'au moins 3 ans, en attendant de pouvoir voler de ses propres ailes:
- un parc minimum de matériel: micro-ordinateurs en réseau local, scanners, lecteurs de CD-ROM, postes de visio-conférence. Le cas échéant, un serveur UNIX deviendra nécessaire.
- des point d'accès à un réseau numérique de débit suffisant (2 à 3 lignes RNIS suffiront dans un premier temps).
- les logiciels d'application, les logiciels réseaux (messagerie par exemple), les produits éditoriaux susceptibles, sur cet équipement, de gérer la messagerie, publier des documents, développer des applications en serveur., conformément aux normes en vigueur.
- un certain nombre de journées ou semaines de formation permettant aux futurs responsables des applications d'assimiler le fonctionnement des moyens matériels et logiciels.
- un certain nombre de mois/hommes d'ingénieurs qui, dans les domaines retenus, aideront les responsables d'applications à définir le cahier des charges des prototypes, écrire et tester les applications correspondantes, mettre en oeuvre, maintenir et développer les prototypes, afin d'en faire des produits opérationnels.
- et enfin un bon chef de projet susceptible d'ordonnancer ces diverses activités et ressources, sous le contrôle du maître d'ouvrage (le maire et son comité informatique) et dans le cadre du schéma directeur et du budget alloué au projet. D'autres problèmes se poseront le moment venu, tels que ceux de la sécurité, du respect des droits des personnes du contenu des conventions d'échange avec les partenaires, du droit de la propriété intellectuelle...mais l'examen de ces problèmes est rejeté à plus tard, sinon le projet ne pourra jamais débuter.
On doit cependant prendre en considération que, lorsqu'il s'agira de communiquer par réseau avec des partenaires extérieurs à la commune (par exemple la Préfecture en ce qui concernera la visioconférence), il faudra que ces partenaires soient eux-mêmes équipés de matériels et logiciels conformes aux normes.
La mairie, rappelons le, ne peut, pour des raisons principalement budgétaires, se procurer ces différentes ressources sur le marché.
Il ne reste donc qu'une solution, la coopération. Ceci signifie se tourner au plan local vers d'autres organisations éprouvant les mêmes besoins et difficultés, afin de mettre en commun des moyens dont le coût sera ainsi partagé. Il s'agit évidemment d'une solution imparfaite, un peu "bricolée", reposant sur la bonne volonté des administrations, entreprises et même les particuliers résidant sur la commune. Mais elle est préférable à l'inaction ou à l'attente d'improbables soutiens extérieurs.
Mme le Maire, dont la ténacité et la force de persuasion sont sans égales, négociera avec un certain nombre de responsables le financement ou la fourniture de moyens humains et matériels susceptibles d'être regroupé dans un Centre d'Initiative pouvant prendre la forme d'une Association ou d'un GIE. Ce centre mettra des ressources, pour des coûts très abordables, à la disposition de l'ensemble des partenaires ayant contribué à sa constitution, et qui jugeront utile à leur tour de se lancer dans les réseaux numériques.
La qualité des prestations du Centre d'Initiative sera moindre que celle des professionnels du service, tout au moins au début. Par contre, les candidats aux fonctions d'ingénieurs-conseils ne manqueront pas: les élèves d'un IUT voisin heureux d'aborder le multi-média sur un plan pratique, des préretraités, et même, à temps très partiel, les jeunes ingénieurs d'une société de service mis à disposition quasi-gratuitement par cette dernière afin qu'ils complètent leur formation.
A leur tour, les "utilisateurs" une fois formés ne rechigneront pas à développer eux-mêmes des applications, dans le cadre du Centre: enseignants des établissements scolaires, animateurs culturels, personnels municipaux, médecins de l'hôpital général, un magistrat, et divers représentants d'entreprises de la commune...
Si la mise en place d'un tel Centre d'Initiative n'apparaît pas possible avec les seules forces présentes sur la commune, Mme le Maire peut s'adresser à des organismes dépendant d'autres circonscriptions, et acceptant de rendre ce service, aux mêmes conditions économiques, pour des raisons politiques ou commerciales.
Elle trouvera sans nul doute une aide auprès d'une commune voisine plus riche, du département ou de la Région. Elle pourra s'adresser également aux services territoriaux de certaines administrations de l'Etat acceptant de s'ouvrir à des partenaires publics ou privés: l'académie, la direction départementale de l'équipement, la DRASS...
Les grandes entreprises voisines ne manqueront pas non plus de proposer leurs services, à l'occasion de projets de réseaux qu'elles pourront mieux rentabiliser en s'associant avec des partenaires. Ce sont enfin les fournisseurs qu'elle pourra contacter, avec prudence évidemment. La direction Régionale d'un grand opérateur français de télécommunications lui paraîtra bien séduisante, en proposant d'héberger les équipes de la mairie. sur le Site Numérique Régional que cet opérateur vient d'ouvrir..
Cet exemple montre que les centres d'initiative publique peuvent être crées sous la responsabilité et au sein de l'ensemble des administrations d'abord, mais aussi des collectivités locales, associations et organisations diverses. Rien n'empêche qu'ils s'associent à des actions coopératives inter-entreprises, dans la mesure où celles-ci jugeront bon de se regrouper pour minimiser les coûts du passage aux autoroutes de l'information, et dans la mesure aussi où les frontières entre le public et le privé seront respectées.
Par l'intermédiaire du tissu des écoles, hôpitaux et mairies, ces Centres pourraient ainsi atteindre les plus petites communes, ou les banlieues en difficulté. Ceci veut dire qu'à terme, ils se compteraient en dizaines de milliers, accessibles à tous ceux souhaitant, soit s'instruire, soit procéder à des démonstrations, soit innover, grâce aux nouvelles technologies.
Dans la perspective de l'encouragement de la demande et des services à valeur ajoutée et contenus offerts par les utilisateurs eux-mêmes, il ne faut pas minimiser le rôle que doivent jouer les diverses administrations de l'Etat. Nous avons vu dans l'exemple précédent qu'une commune, et de la même façon un département ou une région, peuvent en décidant de s'équiper, produire un effet d'entraînement considérable. C'est encore plus vrai en ce qui concerne les administrations de l'Etat, dont les crédits de fonctionnement informatique, hors dépenses de personnel, atteignent environ 1,5% du budget de fonctionnement, soit quelques 8 MdsF en 1995, et pourraient s'accroître dans les prochaines années.
L'informatique administrative rencontre de nombreux problèmes qui ne lui permettent pas toujours d'investir dans les technologies de pointe. Les autoroutes de l'information paraissent encore relever d'un futur lointain pour beaucoup de décideurs et d'utilisateurs.
Cependant, en France ces dernières années, les ministères, encouragés et soutenus par le CIIBA, ont fait de gros efforts pour généraliser le télétraitement et les architectures réparties, aborder les EDI et d'autres technologies qui les préparent ainsi à participer aux actions de terrain dites de Gouvernement électronique caractéristiques de la société de l'information.
La plupart des administrations sont d'ores et déjà en mesure de contribuer à la mise en place de Centres d'initiative publique, par l'intermédiaire de leurs services déconcentrés, pour peu que la mission leur en soit donnée. Certes, les services territoriaux feront valoir qu'ils manquent de matériels informatiques et de moyens humains, et qu'ils ne peuvent donc contribuer à des actions coopératives au profit d'utilisateurs plus pauvres qu'eux.
Il n'en est rien en fait. L'observation de l'intérieur des services territoriaux de l'Etat montre en effet que, sauf cas peu nombreux, les disponibilités en matériels, réseaux de communications et techniciens seraient suffisantes, si la volonté existait. Bien des agents, au contraire, seraient heureux de s"aérer" en participant au développement d'applications dans des secteurs différents des leurs. Il faudrait sans doute les en récompenser par quelques avantages de carrière ou de rémunération, il faudrait surtout modifier l'organisation du travail pour disposer des équipements et des informaticiens en dehors des heures les plus chargées. ...il faudrait surtout que les hiérarchies encouragent cette espèce de mobilité fonctionnelle, dont chacun sera bénéficiaire.
Un point de nature budgétaire doit être souligné à ce propos. Les investissements que feront les administrations, ou leurs correspondants, pour moderniser la gestion publique grâce aux autoroutes de l'information ne doit pas être comptabilisés comme des aides de l'Etat à la mise en place d'une offre industrielle. Elles participent de la demande. Aussi bien les crédits informatiques des ministères sont-ils gagés par des économies sur les budgets de fonctionnement, sans augmentation d'ensemble du budget de l'Etat.
Pour dire la chose autrement, si les administrations réussissent, en gérant bien leur passage aux réseaux numériques, à réaliser des économies dans leur gestion classique, ou à rendre de nouveaux services répondant à une demande sociale non satisfaite, éventuellement à une demande marchande, ceci se fera sans aggraver d'aucune façon les déficits publics. Il s'agit donc d'une politique particulièrement efficace et économique pour accélérer le passage à la société de l'information. Elle n'a en effet, à coût global nul, que des avantages: muscler la demande des administrations, produire un effet d'entraînement sur la demande des entreprises et des particuliers en relation avec ces mêmes administrations, et enfin contribuer, si des relations convenables sont établies avec les industriels nationaux ou européens, à leur offrir un solide marché intérieur.
Il est indispensable que la responsabilité de la création des centres d'initiative publique, tels que précédemment définis, repose sur les utilisateurs eux-mêmes. C'est la seule façon qu'ils auront de s'impliquer directement dans la mutation professionnelle et culturelle qui les attend. Si les financements ou les injonctions de l'Etat se substituaient à une démarche spontanée de leur part, l'efficacité en serait bien moindre.
Mais ceci ne veut pas dire que l'Etat, ou des collectivités régionales ou départementales, ne doivent pas fournir un environnement favorable au déploiement de ces Centres.
L'Etat pourra d'abord proposer des formules juridiques ou financières, des configurations techniques, des méthodologies de développement, facilitant le travail des promoteurs.
Il pourra ensuite mettre en place des procédures de conventionnement offrant certaines facilités aux Centres qui auront été labellisés comme conformes aux prescriptions générales ou recommandations définies par ailleurs.
L'Etat pourra également, si les Centres le demandent, négocier des achats groupés ou des clauses contractuelles facilitant l'acquisition des ressources matérielles et humaines nécessaires. Plus généralement, il devra s'efforcer de faire vivre au plan national la communauté des Centres, en facilitant les échanges d'expérience, la mobilité éventuelle des personnels, le dialogue avec les fournisseurs.
Enfin, l'Etat, conjointement avec les opérateurs et industriels de l'offre, devra faciliter l'accès des utilisateurs regroupés en Centres d'initiative aux ressources des plate-formes haut-débit, multi-média et services qui se mettent en place actuellement, à la suite de l'appel d'offre français sur les Autoroutes de l'information, ou dans le cadre des programmes ACTS (télécommunications avancées) de l'Union Européenne.
Ces plate-formes présentent encore peu d'attraits pour les utilisateurs modestes: elles sont rares en termes de dispersion territoriale, elles sont peu dotées en ressources, elles restent coûteuses d'accès et finalement, peu orientées vers la gestion administrative de terrain. On peut craindre sur ce dernier plan que cédant à l'ambition technicienne des ingénieurs qui les animent, elles s'orientent de préférence vers les applications pointues ou vers celles présentant un caractère prestigieux, telles la télévision numérique.
Il faut espérer que ces restrictions disparaîtront vite, du fait de l'accélération de la compétition au niveau des infrastructures de télécommunications dès avant la date limite de 1998. Les Pouvoirs Publics français étudient des assouplissements à l'actuelle réglementation afin d'autoriser d'autres opérateurs que France Télécom à expérimenter par anticipation l'offre de nouveaux services s'insérant à la marge du monopole de ce dernier. Les plate-formes et centres de ressources se multiplieront vraisemblablement, tandis que leurs promoteurs feront un plus grand effort pour s'ouvrir aux besoins d'utilisateurs même débutants.
Cette perspective ne doit pas être, répétons-le, une raison pour que les administrations attendent encore quelques mois ou années avant d'aborder les réseaux numériques. Plus tôt elles auront décidé d'expérimenter de leur propre chef, et avec les moyens du bord, les autoroutes de l'information, plus tôt elles apporteront aux industriels et opérateurs une clientèle, voire un partenariat mûr et ambitieux. Plus tôt enfin, ce qui est essentiel, elles montreront aux citoyens qu'elles ont su prendre le virage du prochain siècle.
IX.1. Rappel des enjeux globaux