(mise à jour le 30 Avril 1996)
Ière Partie. Définitions et rappels: technologies, administrations.
Chapitre I. Les autoroutes de l'information. Rappels techniques et économiques
Chapitre II. La logique des administrations face aux autoroutes de l'information, Service de l'Etat, service du public
II.1. Qu'attend-on des administrations publiques?
II.2. Les administrations et la société mondiale de l'information
IIe Partie. Exemples d'administrations publiques en réseau. Les besoins de la société française
Chapitre III. Le domaine de l'administration nationale
III.1. Les services de proximité
III.2. Les grands domaines de l'administration générale
Chapitre IV. Les collectivités territoriales
IV.2. La région, pôle d'initiative pour la société de l'information
Au delà des services de type institutionnel (rendus par des administrations ou des entreprises tournées vers le public), les réseaux modifieront profondément les activités professionnelles et de loisirs. Ils induiront ainsi de nouveaux modes de vie, qui pourront se révéler très bénéfiques face aux contraintes de la vie quotidiennes, ressenties même dans les pays jouissant d'un niveau de vie favorisé.
Ces contraintes sont bien connues: fréquente monotonie de l'activité professionnelle, obligation d'une présence continue sur le lieu de travail, distance parfois grande entre domicile et emploi, manque de temps pour la formation professionnelle, l'éducation des enfants et les loisirs, inorganisation de ces loisirs eux-mêmes conduisant à des attitudes de consommation facile et moutonnière..
Rares sont ceux qui croient choisir eux-mêmes leur vie et le sens qu'ils lui donnent. Les individus, dans leur grande majorité, sont traités, à tous moments, comme des consommateurs passifs à qui des puissances économiques, culturelles ou politiques les dépassant infiniment en puissance, livre des produits de consommation tout faits. La télévision moderne, de plus en plus commerciale, illustre ceci jusqu'à la caricature.
Chacun souffre aujourd'hui de ces maux, bien que ce soit de façon plus ou moins aigüe selon l'origine sociale, le niveau de revenu, le sexe et l'âge. S'agit-il d'une conséquence inévitable du progrès? Peut-on au contraire tirer un meilleur parti de la technologie moderne?
A cette question, les promoteurs de la société mondiale de l'information répondent affirmativement, souvent sans aucune nuance. D'ores et déjà, malgré leurs insuffisances, des réseaux comme l'INTERNET sont présentés comme la porte ouverte vers le temps choisi, la culture universelle pour tous, et de nombreux autres avantages.
Sans être fausse, cette affirmation doit être tempérée. Il est évident que si les utilisateurs finaux que nous sommes tous n'y prennent pas garde, ces réseaux, et leurs successeurs plus perfectionnés, se développeront dans le sens de la facilité, en nous délivrant avec un plus grand luxe de technologies des produits et services visant à ratisser large le marché, en stimulant les formes de consommation les plus faciles à vendre.
Il est typique d'ailleurs de constater qu'en pratique, c'est sur les jeux électroniques, le télé-achat et (même si cela n'est pas dit ouvertement), des formes plus ou moins maffieuses de racolage au service de la prostitution et de la drogue, que comptent certains promoteurs de réseaux pour rentabiliser leurs investissements.
Si une volonté politique s'exprime pour que l'usage culturel et de loisirs des réseaux ne se limite pas à cela, elle doit s'organiser. Il lui faut d'abord obtenir des institutions étatiques ou associatives un effort important de soutien aux activités plus désintéressées. Il lui faut aussi réussir à convaincre chaque individu que c'est à lui d'utiliser les ressources des réseaux pour créer et faire connaître des pratiques d'utilisation, ou des oeuvres et contenus culturels, au service de besoins plus diffus, moins facilement susceptibles de grande consommation immédiate, mais tout aussi importants à terme pour la bonne santé et l'équilibre de la société de l'information.
Cette volonté politique, à son tour, ne prendra de force que si ceux susceptibles de la faire naître sont eux-mêmes convaincus de ce qu'ils diront. Ce n'est pas toujours le cas. Beaucoup de chercheurs sociaux, défenseurs de solutions dites "alternatives", en sont restés à un vague écologisme rejetant systématiquement les technologies modernes. Il en est de même des oppositions politiques ou du monde associatif qui s'élèvent contre les abus de la société marchande, de l'ultra-libéralisme ou du grand capitalisme international... et condamnent dans le même mouvement des outils dont ils ne cherchent pas à tirer parti.
Les administrations de toutes natures ont un rôle essentiel à jouer pour faire prendre conscience, en leur sein comme à leurs tutelles et à leurs usagers et correspondants, de la faisabilité et de l'intérêt de toutes ces solutions.
Donnons donc ici quelques exemples de ce que pourront être les nouveaux modes de vie rendus possibles, au sein ou avec la participation des administrations, par le développement de la société de l'information. Rappelons cependant aux citoyens que les avantages en découlant ne seront pas apportés sur un plateau par de généreux donateurs. Il leur faudra se battre pour les obtenir, et mieux encore, pour les produire eux-mêmes.
Le partage du temps peut paraître un objectif utopique. Bien peu d'entreprises, et moins encore d'administrations, ne sont prêtes aujourd'hui à accepter d'employer du personnel en horaire réduit, ou en télétravail. Ces formes d'activités supposent d'importants investissements et aménagements organisationnels, surtout si elles s'accompagnent de travail réalisé en dehors des horaires et calendriers normaux d'activité.
Les salariés, quel que soit leur métier ou fonction, sont également très réticents face à de tels dispositifs, qui modifient des habitudes plus que centenaires. Le télétravail, notamment, est considéré comme une régression, car il est assimilé à des formes non valorisantes de travail à domicile. Les vastes possibilités qu'il offre, permettant l'adaptation aux contraintes et ambitions personnelles de chacun, ne sont par perçues.
Ce n'est que dans le cadre d'activités libérales, universitaires ou de recherches, au sein de laboratoires ou entreprises High Tech, que ces formules commencent à être expérimentées en Europe.
Il est clair que les technologies modernes appliquées à la réorganisation des conditions de travail ne supprimeront pas par miracle les contraintes résultant de l'intégration à une équipe et de la soumission à une hiérarchie. Certains diront même qu'elles les aggraveront, par exemple en empiétant sur le temps traditionnellement réservé à la vie privée.
C'est la raison pour laquelle toutes ces solutions doivent être expérimentées et négociées attentivement, avec la participation des personnels. Leurs effets bénéfiques, indiscutables, doivent pouvoir l'emporter sur leurs possibles effets pervers, si les employeurs ne sont pas seuls à décider de leur utilisation.
J.L. est ingénieur dans une administration qui accepte d'appliquer la réduction du temps de travail, accompagnée si nécessaire de télé-travail. Aux termes de l'accord avec son service, J.L. consacre à son activité professionnelle principale, une durée moyenne de trente heures, en contrepartie d'une diminution du salaire principal de quelques points Il a également été convenu que cinq des heures ainsi libérées seraient consacrées à des formations techniques et universitaires permettant à J.L. d'acquérir de nouvelles compétences, dans le service ou même en vue d'une future mobilité. Cinq heures enfin se trouvent disponibles pour le loisir.
Par ailleurs, l'organisation du travail au sein du service permet au personnel, pour en moyenne une moitié du temps dû, de travailler à distance, et selon des plages horaires choisies. J.L. peut ainsi, comme il le souhaite, accomplir une part de son activité professionnelle le soir ou en week-end.
Enfin, tant pour ce qui concerne la formation professionnelle que le loisir, J.L. a choisi de faire le plus possible appel aux services offerts par les réseaux à haut débit auxquels il est raccordé, aussi bien de chez lui qu'à partir de son terminal mobile. Ainsi, il bénéficie là encore des possibilités de télé- travail et de temps choisi.
Il pratique évidemment l'INTERNET. Il y trouve une grande quantité d'informations techniques qu'aucun de ses correspondants industriels ne lui avait fournies jusque là. Le chef du service encourage cet usage du réseau, et laisse aux ingenieurs, sous leur responsabilité, libre accès à l'INTERNET.En ce qui concerne les loisirs, la possibilité de réaliser de véritables oeuvres de création (cf. ci-dessous, IV.2.), dans le cadre d'associations culturelles "virtuelles" qui en assurent la promotion, permet à J.L. et à sa famille d'utiliser le supplément de temps libre dont il dispose, d'une façon active plutôt qu'en consommant ce que d'autres ont conçu à sa place.
Comme indiqué dans le cas ci-dessus, l'enrichissement du loisir, par l'accès aux réseaux numériques, constituera un aspect essentiel des nouveaux modes de vie offerts aux citoyens de la société de l'information.
Il faut à cet égard comparer la situation qui est la nôtre et celle qui nous sera rendue possible dans quelques années.
Aujourd'hui, l'individu moyen ne dispose, compte-tenu de temps et de revenus nécessairement limités, que de faibles chances de diversifier son activité intellectuelle, au delà du champ de sa profession.
Quels que soient les domaines (lecture, arts plastiques, musique...), l'accès direct aux oeuvres impose des parcours marathoniens, décourageant la plupart: références mal connues - ouvrages épuisés, indisponibles ou trop coûteux., pour ce qui concerne l'écriture - musées et salles de spectacles encombrés ou difficile d'accès.... Si la presse écrite et la télévision sont plus faciles à utiliser, leur caractère éphémère, l'impossibilité de stocker et de retrouver l'information, n'en font pas de véritables instruments de travail intellectuel.
Par ailleurs, ces différentes média privilégient l'attitude passive, déjà dénoncée dans les cas précédemment cités. Il s'agit de produits de consommation, à prendre ou à laisser. Certains tempéraments exceptionnels s'arrachent à la facilité ainsi offerte, et tentent eux-mêmes de s'exprimer, par l'écriture, la peinture, la musique. Mais le plus souvent, faute de références suffisantes, faute d'un accès facile à l'édition, aux publics éventuels, à leurs homologues, leurs oeuvres demeurent naïves, caractéristiques de l'"art du dimanche", dénommé aussi, par un auteur récent, l'"art pauvre".
Un autre défaut des formes traditionnelles de création est qu'elles sont très introverties, enfermées dans une communauté linguistique, sociale, géographique. L'ouverture sur le monde extérieur leur est pratiquement impossible, là encore faute de moyens pratiques d'accès ou de diffusion.
Connaissant les difficultés qui s'accumulent sur le chemin de la création, la plupart de ceux qui pourraient s'y intéresser y renoncent, dès lors tout au moins qu'ils ne cherchent pas à en faire une profession? Ainsi s'accomplissent tous les jours de véritables crimes contre l'esprit.
Il n'en sera plus de même dans la future société mondiale de l'information. Le temps disponible pour l'enrichissement culturel et la création sera, non seulement plus important, mais mieux employé.
Quand il s'agira d'accéder aux oeuvres produites par d'autres, dans le passé comme dans le présent, l'hyper-choix sera la règle. Des banques de données bibliographiques exhaustives recenseront les créations, permettront de les situer précisément, dans le contexte et dans l'espace. Le cas échéant, des "agents intelligents" ou protocoles de navigation dans les documents, aideront à mettre la main exactement sur les sources recherchées.
Une fois l'oeuvre identifiée, il sera facile de la visualiser, l'étudier et le cas échéant l'acquérir - en limitant l'accès à la seule partie intéressant l'utilisateur.
Quand il s'agira de produire une oeuvre originale, destinée à un public potentiel, le goulot d'étranglement imposé aujourd'hui par les éditeurs, les marchands d'art et autres intermédiaires, perdra de son importance. Comme le montre d'ores et déjà la pratique de l'INTERNET aux mains de certains auteurs ou chercheurs amateurs, il sera relativement facile d'éditer ses propres travaux sur les réseaux. La vaste diffusion rendue possible par ceux-ci permet au débutant de rencontrer d'autres amateurs avec lesquels il pourra ultérieurement entretenir des liens privilégiés, dans le cadre d'une communauté le plus souvent internationale.
Dans le domaine culturel, tout ne doit pas reposer sur l'Etat ou sur les collectivités et établissements publics. C'est cependant aux institutions qu'il appartient de prendre l'initiative, en numérisant et éditant sous forme de CD-ROM et bases de données enrichies de textes divers, les importants fonds documentaires constituant le patrimoine public.
A l'autre extrémité de la chaîne, les administrations de proximité, centres culturels, lycées et collèges, pourront organiser l'accès du public aux oeuvres, fournir les outils et la formation permettant de les utiliser, encourager la création à partir de ces oeuvres. Comme on l'a dit plus haut, de telles démarches joueront un rôle essentiel dans la lutte contre l'exclusion et pour l'intégration et la promotion sociale.
Si cela n'est pas entrepris par les administrations nationales, le risque est grand de voir d'autres cultures, reposant sur des moyens de diffusion puissants, remplacer les sources nationales, et s'approprier les capacités de création et la dynamique économique en découlant.
J.P.L. consacre une partie de ses loisirs à la peinture. Comme il est conscient de l'impossibilité de s'exprimer sans un minimum de métier et de connaissances muséographiques, il est abonné à un atelier virtuel départemental qui lui offre, d'une façon beaucoup plus vivante et diversifiée que ne le font les habituels guides ou ouvrages d'art, les informations techniques, les conseils et l'exemple des grands maîtres qui sont indispensables à tout artiste, même amateur, pour accéder à un certain niveau de qualité. Les CD-ROM édités par les grands musées du monde offrent, sur le plan du contact intelligent avec les oeuvres, une source exceptionnelle d'information. Mais leur coût peut en limiter l'acquisition. Au contraire, l'accès par réseau à ces images et aux textes critiques les accompagnant, la possibilité de reroutage en temps réel et hypertexte sur d'autres sources, augmentent à l'infini la richesse de l'information disponible.
Tout ceci ne dispense pas J.P.L, si un musée ou une exposition se trouvent à sa portée, de prendre contact avec l'oeuvre originale. Au contraire. La culture artistique précédemment acquise valorise le peu de temps nécessairement passé en face de l'original.
La fréquentation des maîtres et des critiques induit chez J.P.L. le désir de se mesurer à eux, en précisant ses thèmes et son style propre. Dans ce cas, rien ne l'empêche de numériser ses propres oeuvres, d'en transmettre l'image à des amis distants, et plus généralement, de les offrir aux amateurs par l'intermédiaire d'un serveur qu'il gérera seul, s'il en a les moyens, ou dans le cadre d'une association ou organisation municipale ou départementale regroupant des artistes comme lui jugeant bon de se rapprocher. La recherche d'éventuels acheteurs, soit de l'image, soit de l'oeuvre originale, sera ainsi facilitée.
Technologies:
SCHEMA
Le célèbre Minitel Rose, et plus récemment l'usage fait des réseaux INTERNET , par des organisations criminelles, pour favoriser le racolage, la prostitution des mineurs et autres délits, jette une ombre sur le rôle social joué par ces mêmes réseaux, dans la lutte contre la solitude. Des autorités morales ou répressives militent pour exercer sur les réseaux et serveurs des formes de censure qui pourraient leur enlever tout intérêt relationnel, au service des individus isolés.
Les arguments sont nombreux pourtant pour justifier cet intérêt. Il faut éviter le réductionnisme caractérisant l'accueil fait à toute technique nouvelle. Aux premiers temps du téléphone, ne disait-on pas qu'il nuirait aux relations familiales ou mondaines, alors qu'il les a prodigieusement facilitées. Le même reproche est fait aujourd'hui au visiophone: pourquoi rendre visite à ses parents s'il est possible de leur donner rendez-vous sur l'écran? L'expérience montrera vite que le visiophone ne remplacera pas les visites, lorsque ceux-ci seront matériellement possibles, mais permettra des échanges beaucoup plus riches, dans les cas où n'existent aujourd'hui que les relations postales et téléphoniques.
Pour ne pas être naïfs, il faut ici aborder le domaine des relations sexuelles. Chacun sait que l'isolement, et la misère sexuelle qui en découlent, font beaucoup de malheureux dans les sociétés avancées, et plus encore dans les sociétés moins développées technologiquement. L'asservissement de la femme et le maintien des intégrismes machistes en découlent très largement.
Il est facile de rire des couples qui se sont formés par le biais des messageries 3615, et plus encore du caractère virtuel ou fantasmatique de certaines des relations permises par ce media. Mais il est probable qu'une étude sociologique sérieuse montrerait qu'un grand nombre d'individus, des deux sexes, ont trouvé là une forme d'équilibre, sinon de bonheur. Peut-on en dire autant de ce qu'offrent les relations sociales plus traditionnelles, et les risques pouvant s'y attacher?
En fait, que ce soit dans le domaine des relations interpersonnelles, sexuelles, d'amitié ou sportive, ou dans celui des activités sociales et de loisirs, la possibilité de s'adresser, par les réseaux, aux millions de personnes potentiellement susceptibles d'engager un dialogue et de partager des goûts communs, changera véritablement la signification du mot solitude. Ne resteront seuls, dans l'avenir, que ceux le voulant bien, ou ceux dont la socialisation sera inhibée par des facteurs insurmontables.
Il n'est pas nécessaire, dans des domaines susceptibles d'applications aussi variées, de donner ici d'exemples concrets. Chacun peut aisément se persuader, en réfléchissant à son propre cas où à celui de personnes proches, comment les contacts rendus possibles par la mondialisation des réseaux pourront à l'avenir ouvrir de nouvelles portes.
Pour ce qui concerne le rôle des administrations, indiquons seulement que si celles-ci n'ont pas à s'immiscer dans les relations interpersonnelles, elles peuvent jouer un rôle important en favorisant les échanges dans des domaines bien spécifiques. C'est ainsi que les collectivités locales devraient s'efforcer de créer des cercles d'échanges télématiques entre personnes âgées et personnes en activité, ou des clubs rassemblant les pratiquants de différentes activités culturelles ou sportives.
Technologies:
VI.1. La construction européenne
VI.2. La coopération technique internationale
VII.1. Forums administrations-usagers
VII.2. Forums internes. Dialogue syndical
Chapitre VIII Les centres d'initiatives
VIII.1. Encourager les applications en provenance des utilisateurs
VIII.3. L'environnement des centres d'initiative publique
Chapitre IX. La mobilisation générale des administrations
IX.1. Rappel des enjeux globaux
IX.2. Conséquences sur l'organisation