Administrations et Autoroutes de l'Information
Jean-Paul Baquiast
Mise à jour le 30 Avril 1996
Avant-Propos: poser le problème
Les technologies de l'information peuvent accroître considérablement l'efficacité des administrations. Il est donc logique de rechercher comment les utiliser au mieux, notamment les plus récentes d'entre elles, les autroutes de l'information. Encore faut-il bien s'entendre sur ce dont on parle.
La plupart des gens, tout au moins dans les pays européens, ignorent encore ce qui se cache derrière ce concept moderne Il faut donc procéder à quelques rappels , dans l'optique qui sera la nôtre, c'est-à- dire celle du fonctionnement des administrations (et non pas dans la perspective de la recherche scientifique ou de la gestion d'entreprise).
De même, la notion d'administration publique est généralement des plus vagues, même chez les usagers de celle- ci. Il convient de rappeler ce qu'elle recouvre, tout au moins dans les pays européens qui sont les nôtres. Les conceptions peuvent différer selon les intérêts et les philosophies politiques en cause. Un débat s'impose nécessairement, afin d'aboutir, comme il est nécessaire dans une démocratie, à ce que l'on pourrait appeler un noyau dur acceptable par le plus grand nombre.
A qui ceci est-il destiné? En premier lieu, à l'électeur (c'est-à-dire à chacun d'entre nous), puisque c'est lui qui, tout au moins en théorie, décide en dernier ressort, dans nos démocraties parlementaires. C'est également lui, comme citoyen, contribuable et usager (ou assujetti) des administrations, qui doit se prononcer sur les missions et l'organisation des institutions.
Pourquoi l'électeur? Il faut se souvenir que les administrations publiques se distinguent des entreprises industrielles et commerciales par le fait que leur domaine d'activité comme l'emploi de leurs moyens sont fixés par dans le détail par des textes légaux, eux-mêmes décidés par les Parlements. Leur action peut être déferrée devant les juges administratifs et judiciaires.
Contrairement à ceux des entreprises, les responsables de ces services ne peuvent donc faire tout ce qu'ils voudraient, même en vue de l'intérêt général. C'est en dernier ressort la conjugaison d'une volonté commune du corps électoral, du Parlement et du Gouvernement, sous le contrôle du juge, qui permet les changements de quelque ampleur. Ce processus, destiné à éviter l'arbitraire, présente l'inconvénient d'être lourd.
Si l'on veut que l'Administration ait une capacité de réaction rapide, notamment dans le domaine des technologies de l'information, où les acteurs décident souvent très vite, il faut préparer longtemps à l'avance l'opinion du public et celle des décideurs.
Puisque c'est finalement le citoyen, notamment à l'occasion de l'élection de ses représentants, qui doit faire connaître ses exigences en matière de services publics administratifs, et le prix qu'il est prêt à payer pour leurs prestations, il est donc important qu'il connaisse suffisamment les possibilités des technologies modernes de l'information, ainsi que l'organisation et le fonctionnement de l'administration (missions et structures, bons et mauvais résultats).
Le même raisonnement s'applique quant il s'agit de décider des missions et des moyens des administrations locales (communes, régions, etc) ou des administration de l'Union Européenne.
Il n'est pas inutile de rappeler en quelques lignes ce que sont les outils, services et acteurs qui se cachent derrière le vocable d'autoroutes de l'information. On doit savoir que les techniques changent et se perfectionnent tous les jours. Une telle présentation, sitôt faite, devrait être actualisée. Cependant, les grandes lignes des architectures et des applications sont plus stables. C'est en respectant leurs règles que l'on peut réaliser des investissements évolutifs, suffisamment durables pour être amortissables.
On rappellera également en introduction que c'est la numérisation, c'est-à-dire la traduction en langage binaire, après analyse adéquate, de toute information, qui permet le développement des autoroutes de l'information, comme elle a permis, quarante ans auparavant, celui de l'informatique scientifique et de gestion. La numérisation est à distinguer de la reproduction analogique, qui transmet une image physique directe des données (son, analysée en fréquence et amplitude; images fixe ou animée de la photo ou du cinéma).
On distinguera, classiquement, deux grandes catégories de produits et services, ceux ayant trait aux contenants (les autoroutes elles-mêmes) et ceux ayant trait aux contenus (les véhicules et marchandises) 1)
L'essentiel des publications ou articles met l'accent sur les luttes que se livrent les multinationales américaines et asiatiques pour la conquête de ces marchés: fabricants de matériels, opérateurs de télécommunications, concepteurs de logiciels, mais aussi éditeurs, producteurs audio-visuels, diffuseurs...On rappelle également, avec force détails, l'intérêt personnel des président et vice-président américains CLINTON et GORE pour la nouvelle croissance qu'ils en espèrent.
Les mêmes auteurs constatent en général l'absence de la France, et même de l'Europe, sur les futures autoroutes, ceci malgré quelques acquis et atouts charitablement rappelés. Il s'agit pour eux, semble-t-il, d'une affaire entendue.
Les français, comme les européens, sont particulièrement réceptifs à ce discours défaitiste. Pour beaucoup de nos concitoyens, l'Europe est déjà hors coup. L'offensive américaine traduit seulement un nouveau degré descendu dans la perte de compétences et de compétitivité qui caractérise notre continent à l'égard des technologies de l'information. Les anciens du secteur rappelleront peut-être le jour lointain de 1975 où ce processus s'était initialisé. La dissolution de l'entreprise franco-germano-hollandaise UNIDATA avait en effet marqué la fin de la coopération gouvernementale et industrielle européenne pour la fabrication des calculateurs. Une grande aventure, qui aurait pu réussir comme l'ont fait AIRBUS-Industries et ARIANE-ESPACE, prenait fin.
Ce que personne ne dit, c'est que l'énorme offensive médiatique accompagnant toutes les percées américaines dans leur nouveau domaine réservé, les technologies de l'information, cache une démarche, à la fois spontanée et réfléchie, visant à une sorte de mise en tutelle du reste du monde: tutelle industrielle, tutelle culturelle, tutelle diplomatique et politique.
Sur ce dernier plan, celui de l'indépendance politique, quelle autonomie peut en effet espérer conserver un gouvernement dont toutes les communications passeront par le X-NET, dont l'informatique administrative sera gérée par Y.DATA-SYSTEM, et dont les décisions seront préparées par Z.Consulting?
Des travaux européens ou français récents n'ont pas manqué cependant pour attirer l'attention sur les enjeux essentiels que représenterait pour nos pays une politique volontariste de développement en matière non seulement d'infrastructures, mais aussi et surtout d'applications privées et gouvernementales susceptibles de s'inscrire dans une approche européenne des autoroutes de l'information. Les spécialistes les connaissent bien. Citons le rapport du Commissaire Européen BANGEMANN sur la Société de l'information, ou, en France, les propositions du Commissariat général au Plan sur l'information économique et stratégique, le rapport de Gérard THERY. On doit citer également le rapport de Bruno OUDET qui, dès 1994, attirait, de l'ambassade de France à Washington, l'attention des responsables sur l'ampleur et l'intérêt que prennait le phénomène Internet.
Malheureusement, ces documents ont été peu lus ou commentés dans le grand public. Ils n'ont fait l'objet d'aucun débat politique d'importance, particulièrement en France. Les quelques mesures prises par les autorités européennes ou les Pouvoirs Publics français pour mettre nos pays à niveau de ce que font les grands compétiteurs internationaux, restent fort timides. Les divisions nationales, industrielles, culturelles, administratives, s'y expriment à plein.
Les industriels européens, de leur côté, paraissent hésiter à relever ce nouveau défi, sous le prétexte que les marchés n'existent pas encore.
Le réflexe le plus courant consiste à dire qu'avec 3 millions de chômeurs et 300 Milliards de déficit public, il est difficile d'investir, qu'il s'agisse de l'Etat ou des entreprises, face aux géants hyperprofitables américains ou japonais.
Un peu de réflexion montre au contraire que si l'on veut lutter, par la recherche de nouveaux marchés, la création de nouveaux emplois et métiers, contre la désindustrialisation, le chômage et l'endettement, c'est en se portant sur ces secteurs de l'information, nouvelle richesse des nations, qu'il faudra le faire en priorité. Mais ceci ne pourra se limiter à laisser faire les utilisateurs.
Beaucoup pensent, non sans raisons, qu'il faudra un jour ou l'autre, d'une façon ou d'une autre, encourager les industriels européens, les fournisseurs de contenus, producteurs et auteurs, ainsi que les fournisseurs de contenants: réseaux et services.
On peut se demander pourquoi, de toutes les nations européennes, c'est la France qui parait la plus réfractaire à la prise de conscience de ces enjeux, la moins prête à accepter de se mobiliser.
La culture française, surtout quand il s'agit de celle des décideurs politiques (au sein des entreprises comme des administrations), reste profondément littéraire et juridique. La technologie est ignorée, souvent considérée comme d'essence inférieure. Vient ensuite une sympathie particulièrement poussée pour tout ce qui vient d'outre-Atlantique, en matière informatique: matériels, logiciels, consultants.
Ne devons-nous, prétend le discours commun, nous résigner à la domination américaine, s'abriter derrière la (prétendue) loi du marché pour laisser jouer les nouveaux "maîtres du monde", bien heureux déjà si nous savons utiliser les produits que ceux-ci jugeront bon de nous vendre.
Pour être complet, le diagnostic doit aussi évoquer cette peur du changement et des nécessaires adaptations qui caractérise nos compatriotes. La société de l'information rendra obsolètes bien des métiers actuels, des situations acquises. Elle obligera à en maîtriser d'autres. Ne pourrait-on attendre un peu, disent les gens et les intérêts menacés, avant d'affronter ces défis, même si le monde change autour de nous et sans nous à grande vitesse?
Les contenants, c'est-à-dire l'infrastructure et outils divers, matériels et logiciels, qui servent à traiter et à transporter l'information, sont l'équivalent du réseau routier et autoroutier pour le transport terrestre, complété des services associés (péage, restauration). Sans contenants, pas de contenus. Avec des contenants de mauvaises qualités, peu de contenus de grande valeur!
On se limitera ici, sous cette rubrique, à évoquer le micro- ordinateur et ses périphériques, qui permettent à l'utilisateur final d'entrer et de travailler sur les réseaux d'une façon banalisée. Le micro-ordinateur offre évidemment d'autres fonctions. Il peut travailler en local (off-line, non connecté à un réseau). Il peut aussi servir de terminal à de grands systèmes "propriétaires" dédiés à des applications et à des utilisateurs fonctionnant en réseau privé.
Préfiguré enFrance par le Minitel, le terminal de l'usager est aujourd'hui, dans le monde entier, le micro-ordinateur, de plus en plus assorti d'un lecteur de disque optique numérique, capable à la fois de mémoriser du texte et de l'image. Cet ensemble permet la gestion électronique de document et le multi-média (intégration du son et de l'image fixe ou mobile). Son contenu peut évidemment être transmis par un réseau numérique.
On peut également adjoindre au terminal une caméra pour transmettre une image mobile à un correspondant. Il s'agit de la fonction Visiophonie, outil de la visioconférence.
Dans un établissement (entreprise) ou un immeuble, les micro- ordinateurs sont généralement reliés entre eux par un réseau haut débit, le Réseau Local, permettant d'échanger des données, et plus généralement de dialoguer et coopérer pour accomplir du travail en groupe. Le réseau local relève de la télécommunication privée, et non de la télécommunication publique (cf. ci-dessous, les Réseaux).
Le terminal est relié au réseau public par un Modem. Le Modem a ouvert aux micro-ordinateurs la voie royale de la communication, en désenclavant leurs utilisateurs, et en leur donnant accès au monde entier.
Le micro-ordinateur et ses annexes, dans sa fonction de terminal évolue très vite. Il est de plus en plus portable et mobile (relié au réseau par radio). Il intégrera progressivement l'ensemble des fonctions intéressant l'usager : voix, données, image haute définition (pour le traitement des images TV), sécurisation et paiement des transactions. L'écran plat portable s'utilisera pratiquement comme un livre ou un journal.
L'ergonomie s'améliorera, tandis que les prix ne cesseront de diminuer. En 1995, on peut estimer que le coût d'une station de travail pour particulier, dotée de performances tout à fait satisfaisantes, est de 10.000FF.
Certains prédisent à terme la mort des micro-ordinateurs, dans la mesure où le développement exponentiel des réseaux et des services associés permettra à l'utilisateur de se limiter à un simple terminal passif à 2.OOOF. Une importante offensive se développe actuellement dans le monde sur ce sujet, contre les Intel et Microsoft accusés de vendre, de façon quasi monopolistique, des solutions inutilement coûteuses et riches. Les fonctions et les données seront alors déportées sur des serveurs extérieurs, comme cela se fait de plus en plus au sein des réseaux locaux d'entreprise. Ceci fera l'affaire des opérateurs, fournisseurs de gros serveurs et fournisseurs de SGBD.
Quoiqu'il en soit, pour toutes ces raisons, il faut considérer le micro- ordinateur et ses appendices, en relation directe avec l'utilisateur humain, comme le complément obligé de chacun, quel que soit son âge et ses fonctions. Il faut donc se familiariser avec lui dès l'enfance.
Le paysage des fabricants de matériels terminaux est très varié, et très mobile vu la concurrence qui y règne. De grands groupes s'y distinguent cependant, disposant souvent de quasi- monopoles. Il s'agit d'abord des constructeurs "classiques" d'ordinateurs, dont la survie dépendra pour l'avenir de leurs capacités de rapprochement ou de diversification. On y trouve aussi tous les industriels de l'électronique grand-public et du multi-média, puisque leurs produits sont de plus en plus utilisés comme périphériques et interfaces. Les Japonais et industriels asiatiques y dominent.
Participent aussi de façon déterminante à ce marché les fabricants de composants, mémoires mortes ou micro-processeurs, dont les perspectives commerciales, bien que chaotiques, croissent à un rythme très rapide, en fonction de l'envahissement de l'électronique dans la vie professionnelle ou dans le quotidien. Le chiffre d'affaires des circuits intégrés est estimé devoir atteindre 300 milliards de dollars en 2.000. Les industriels sont essentiellement asiatiques et américains. Ceci devrait inquiéter les autres pays, qui perdent progressivement leur savoir-faire et leurs emplois, même dans le domaine des composants stratégiques.
Comme on l'a dit, les matériels, y compris les plus sophistiqués d'entre eux, maniant le multi-média, peuvent être utilisés localement, sans être reliés (off line). Mais ils gagnent beaucoup à communiquer par l'intermédiaire des réseaux. Les deux modes de distribution cohabiteront sans doute longtemps, en fonction des types d'usages, mais aussi des coûts et tarifs respectifs.
On distingue deux types de réseaux, les réseaux commutés et les réseaux distribués.
Préfigurés par le réseau téléphonique actuel, les réseaux commutés assurent, par l'intermédiaire de lignes à débit plus ou moins élevé, et de commutateurs placés aux carrefours de trafic, la communication pleinement interactive (émission-réception) des abonnés entre eux. Ils permettent de passer de systèmes isolés, enfermés sur eux-mêmes, à des configurations plus ou moins vastes et intelligentes, véritables système nerveux de la société de demain.
Le concept d'interactivité doit être précisé. L'intérêt du réseau commuté est qu'il offre des voies de retour du récepteur vers l'expéditeur. La communication cesse donc d'être unidirectionnelle (comme aujourd'hui en matière de télé-diffusion). Elle permet le dialogue au sens propre, et représente de ce fait un atout essentiel pour la démocratisation des systèmes. C'est déjà le cas en téléphonie vocale. C'est également le cas dans certains réseaux de transmission de données utilisant le réseau téléphonique, tel le Vidéotex.
Les lignes sont reliées, selon des logiques arborescentes, à des centraux ou autocommutateurs, qui permettent la répartition et la régulation des trafics. Longtemps électromécaniques, ces autocommutateurs sont aujourd'hui numériques. Dans l'avenir, ils relèveront de la technologie ATM, qui permettra de transmettre sur fibres optiques, et de commuter sur des serveurs adéquats, des débits plus de 200 fois supérieurs aux actuels.
Les autocommutateurs des réseaux commutés sont généralement terrestres, mais ils peuvent être également être placés sur des satellites en orbite géostationnaire ou mobile, selon la disponibilité des fréquences.
Les réseaux distribués sont, en termes d'architecture, beaucoup plus simples. Ils assurent la répartition d'une émission à sens unique, d'un centre distributeur à des terminaux passifs de réception. Historiquement, ils ont vu le jour dans le domaine hertzien (radiocommunications), sous la forme des émetteurs de TSF puis de télévision. Les émetteurs d'abord uniquement terrestres, ont été progressivement complétés par des satellites en orbite géostationnaire. De nombreux pays se sont par ailleurs engagés dans une politique de câblage permettant de compléter l'hertzien par des relais et canaux de distribution à terre.
Les réseaux distribués n'ayant initialement pas recherché la communication interactive ni la performance, ils n'ont pas offerts de grandes possibilités en matière de voie de retour. De même, ils se satisfont encore de la technologie analogique.
Mais, d'ores et déjà, les cablo-opérateurs agrées comme opérateurs dans les réseaux distribués, envisagent de faire de la commutation de message, comme sur les réseaux téléphoniques, ne fût-ce que pour capter la clientèle du simple téléphone (la voix), laquelle constitue encore l'essentiel de la demande. De même, avec les perspectives de la télévision numérique, ils se convertiront à brève ou moyenne échéance à la numérisation.
Physiquement, les lignes, qu'elles appartiennent à des réseaux commutés ou à des réseaux distribués, relèvent de plusieurs technologies aux performances différentes, qui peuvent cohabiter: l'actuel fil de cuivre, dit coaxial, des faisceaux radio passant ou non par des satellites, des fibres de verre ou optiques. Ces dernières offriront, pendant semble-t-il de longues années, une solution idéale pour les liaisons terrestres, de par leurs possibilités de haut débit, d'interactivité, de sécurité, de prix. Au regard des liaisons hertziennes, elles ne sont pas handicapées par l'encombrement des fréquences, qui limite toutes les transmissions radio.
La fibre optique peut aujourd'hui être distribuée jusqu'au pied des immeubles, où elle est relayée par les réseaux locaux d'abonnés privés, eux-mêmes en fibre optique à très haut débit, reliant divers matériels chez les usagers disposant de plusieurs terminaux ou systèmes informatiques propres.
L'ingénieur général des télécommunications Gérard THERY plaide, dans son rapport, pour le déploiement rapide, en de réseaux optiques, en remplacement du réseau coaxial. Il montre que le coût d'un tel déploiement, bien qu'élevé, ne dépassera pas celui de la maintenance, sur la même durée, du réseau coaxial, alors qu'il offrira des performances plus de cent fois supérieures.
Le réseau téléphonique permet d'accéder partout, non seulement pour téléphoner, mais pour transmettre des données et des images à bas-débit, dès lors que l'on dispose du terminal et du modem adéquat. Ceci fut rendu possible par une normalisation internationale très stricte des matériels et des procédures. Il en résulte d'importantes économies d'échelle, bénéficiables à l'abonné. Même dans les conditions actuelles, où peu de choses n'ont encore été faites en termes d'architecture pour optimiser le réseau téléphonique à l'échelle mondiale, les coûts d'un tel service, comparés aux performances permises, sont dérisoires.
Il n'en est pas de même de beaucoup d'autres réseaux, qu'ils soient commutés ou distribués. Chaque pays ou opérateur, à l'intérieur de normes internationales encore trop lâches, développe des solutions dont l'interopérabilité n'est généralement pas assurée. Même s'il s'agit de détails techniques modestes, ces différences suffisent souvent à décourager l'utilisateur de base. Elles obligent en tous cas à passer par des services d'interface qui coûtent cher. C'est ainsi que l'interopérabilité de bout en bout, à l'échelle mondiale, n'est pas offerte dans les réseaux dits Numériques à Intégration de Service. (RNIS)
Par ailleurs, la capacité des lignes à écouler du trafic (le débit), et le coût des transmissions (la tarification), varient considérablement, en fonction d'une concurrence très vive. L'utilisateur final ne trouve pas facilement la solution la mieux adaptée à son cas.
Il est évident que, malgré les progrès d'une technique importante dite de la "compression de données", permettant de faire passer un nombre croissant d'informations sur le même fil, plus les lignes auront un débit élevé, plus les possibilités de transmissions seront riches, et la rapidité grande. Parallèlement, dans la mesure où régnera de plus en plus de concurrence entre les entreprises qui installent et opèrent ces lignes (les opérateurs de télécommunications) plus les coûts de transmission s'abaisseront.
Les débits:
Hauts débits: Mbits soit 1.000.000bits par seconde.
Ouvrir les marchés d'infrastructures (lignes et centraux) à la concurrence entre plusieurs opérateurs, nationaux ou internationaux, ne résoudra pas tous les problèmes. Il faudra d'une part assurer l'interopérabilité entre réseaux, déjà évoquée, de façon à permettre à l'usager, comme actuellement dans le téléphone, une continuité de liaison à travers le monde entier. Il faudra également veiller à ce que les opérateurs ne se limitent pas à desservir les abonnés les plus riches, les mieux capables de payer le service.
Il faut donc que les Etats soucieux d'égalité entre les citoyens s'assurent que les exigences minimum de desserte des zones et catégories d'usagers les moins favorisées (le service universel) soient satisfaites par les opérateurs.
Cette question fait l'objet d'intenses discussions actuellement au sein de l'Union Européenne. Comment maintenir la desserte des zônes et clientèles défavorisées, tout en ouvrant le marché à la concurrence entre opérateurs? L'existence d'autorités de régulation étatiques, assurant la représentation des usagers, et capables d'imposer des normes et des contraintes à ces opérateurs, sans favoriser particulièrement tel ou tel d'entre eux, constitue un minimum indispensable.
Indiquons, pour terminer ces paragraphes consacrés aux réseaux, qu'il faut distinguer les réseaux physiques (lignes ou infrastructures de toutes sortes) et l'usage que l'on en fait. Ainsi, le réseau mondial INTERNETne désigne pas les infrastructures, mais la possibilité de se connecter, selon certaines règles, à des abonnés respectant ces règles, reliés entre eux par divers types d'infrastructures. On parlera de la même façon du réseau français Vidéotex. Ce sont là de véritables autoroutes de l'information(contenants et contenus), même si leurs performances techniques laissent encore à désirer.
Les serveurs constituent le troisième élément de base du dispositif technique (à distinguer des autocommutateurs ou centraux qui se bornent à réguler les trafics). Ils permettent à tout abonné aux réseaux de stocker, puis éventuellement de redistribuer, les informations présentant un intérêt: textes, sons, images fixes ou animées. N'importe quel ordinateur, y compris un micro, peut assurer une fonction de serveur. Aujourd'hui, outre l'accès à des données bruts, les serveurs offrent aussi l'accès à des logiciels d'édition ou d'application, permettant notamment d'utiliser et enrichir les données stockées.
On sait que, sur le réseau Vidéotex, se sont connectés des centaines d'ordinateurs serveurs, permettant l'accès commercial à diverses données, pour un chiffre d'affaire global de quelques milliards de francs. Ce réseau , aujourd'hui dépassé au plan des performances, offre aux serveurs un environnement extrêmement favorable, puisqu'il permet ce que peu d'autres réseaux assurent à cette échelle: la possibilité de reroutage d'un serveur à l'autre, et celle d'une facturation unique du service, rétribuant automatiquement et simultanément l'opérateur et le propriétaire du serveur (la fonction kiosque). Il s'agit d'un véritable service complet, intégrant le réseau, les serveurs et l'accès, éventuellement payant et protégé, aux contenus.
L'exemple du Vidéotex, comme à une autre échelle celui de l'INTERNET, montre que les serveurs, qui sont constitués d'ordinateurs grands ou petits, ne doivent pas être considérés uniquement comme les composants d'un réseau physique. Ils ne peuvent être dissociés du service qu'ils rendent: mémorisation et traitement de données, non plus que de l'entité, publique et commerciale, qui rend ce service.
Dès maintenant, et ceci à plus forte raison pour le futur, tout texte ou image imprimée, toute oeuvre audio-visuelle, toute création de l'esprit humain, peuvent être numérisés (analysés sous forme de + ou de - électroniques, les "bits"), stockés sur des serveurs, traités en fonction de tel ou tel usage, et diffusés par le réseau jusqu'aux terminaux des utilisateurs.
On voit ce que ceci signifie en termes de capacité d'accès aux compétences économiques et, plus généralement aux oeuvres de l'humanité. Cet outil, bien employé, pourrait représenter le premier pas, insuffisant mais nécessaire, en vue d'une totale démocratisation de la culture.
Mais à l'inverse, une entreprise, une nation ou un ensemble géopolitique monopolisant de telles ressources à son profit, pourrait véritablement aliéner le reste du monde.
Comme celui des fabricants de matériels informatiques, le paysage des opérateurs de télécommunications est très diversifié, et traversé de grandes manoeuvres entre géants industriels. Traditionnellement, pour des raisons d'origine militaire ou de politique générale, les opérateurs en charge du téléphone étaient les Etats eux-mêmes, ou des concessionnaires de service public étroitement contrôlés. Ils disposaient en contrepartie d'un monopole géographique et fonctionnel. Si les réseaux assuraient une desserte convenable des territoires et des abonnés les moins riches, leurs performances et leurs coûts laissaient à désirer.
Aujourd'hui, dans le monde entier, à l'imitation de ce qui s'est fait aux Etats-Unis ces vingt dernières années, avec le "démantèlement" de la Bell Company, les opérateurs nationaux ont été plus ou moins privatisés, et soumis à la concurrence de compétiteurs venant d'autres milieux industriels. Cette évolution nécessairement douloureuse a paru d'autant plus nécessaire que le téléphone vocal n'est déjà plus le seul segment de marché, comme on l'a vu.
Au sein de l'Union Européenne, après l'ouverture à la concurrence du secteur des services-réseaux à valeur ajoutée (cf. ci-dessous), il a été convenu d'une libéralisation complète, en 1998, du secteur des infrastructures. On verra, outre l'hertzien, des cablo-opérateurs du secteur public (Réseaux ferroviaires, par ex.) ou purement privés (distributeurs d'eau) offrir des "infrastructures alternatives". Le coût des services sera abaissé, même si, comme on l'a dit, les Etats doivent imposer à ces opérateurs une contribution au maintien du service universel.
La France, avec France-Télécom et ses principaux fournisseurs (Alcatel...) dispose d'un outil industriel de taille mondiale. Elle partage cet avantage avec l'Allemagne et, dans une moindre mesure, d'autres pays européens. Ces opérateurs et industriels sont néanmoins fragiles, car fortement concurrencés, sur le territoire européen lui-même, par les opérateurs américains. Ceci n'empêche d'ailleurs pas ces derniers de déplorer en permanence la fermeture des marchés européens, alors qu'il n'est pas évident que la réciproque soit assurée, c'est-à-dire que les opérateurs européens puissent investir librement dans les territoires contrôlés par les opérateurs d'Outre Atlantique.
On peut citer enfin, comme complément quasiment indispensable des technologies précédentes, la carte à mémoire, dont le microprocesseur disposera de plus en plus de capacités. La carte représente à cet égard une version "porte- feuille" du terminal. Cette invention française offre d'innombrables fonctions: clef d'accès sécurisée aux services, moyen de paiement, fichier personnel portable, titre administratif non falsifiable, etc. Elle donne à l'usager, notamment aux personnes n'ayant pas une culture télématique suffisante, une facilité d'accès aux réseaux qui la rend précieuse socialement.
La carte à mémoire, comme le Concorde, a longtemps été refusée par les industriels et utilisateurs nord-américains, au prétexte non-avoué qu'elle n'avait pas été conçue aux Etats-Unis (Not invented here). Ceci est en train de changer, avec le ralliement du secteur bancaire, qui utilisera notamment la fonction porte-monnaie électronique.
L'énumération des contenants ne serait pas complète si elle n'incluait pas le domaine immatériel des logiciels. En effet, les matériels informatiques et de télécommunications ne peuvent offrir aucun service s'ils ne sont pas mis en oeuvre par d'innombrables logiciels les rendant aptes à telle ou telle tâche. Ces logiciels se répartissent en deux catégories: ceux qui assurent le fonctionnement des terminaux, réseaux, serveurs (systèmes d'exploitation et logiciels réseaux) offerts sur un plan industriel par de grandes sociétés multinationales, et les logiciels et progiciels servant d'interfaces aux applications privées des utilisateurs, réalisés plus ou moins à l'unité ou en petites séries, pour rendre des services spécifiques.
Il faut distinguer ces catégories de logiciels, qui visent globalement le fonctionnement des architectures informatiques et des réseaux, des logiciels applicatifs proprement dits, visant eux à des fonctions spécifiques à tel ou tel utilisateur (par exemple le calcul de l'impôt). On remarque cependant que les serveurs offrent de plus en plus de petits logiciels applicatifs standards, téléchargeables et paramétrables à la demande (en matière de paye, par exemple). Ces logiciels font alors quasiment partie de l'offre Réseau.
Le champ offert aux fabricants de logiciels est potentiellement sans limite. Les matériels se miniaturisent et se perfectionnent sans cesse, exigeant des logiciels toujours adaptés. Mais ce seront surtout les utilisateurs, avec la diffusion des matériels, qui présenteront des exigences sans cesse accrues en matière de performance, ergonomie, fiabilité.
Ceci explique pourquoi des sociétés spécialisées dans la production de grands logiciels de communication, comme Microsoft, présentent aujourd'hui une insolente bonne santé, au regard des anciens constructeurs (IBM, Apple, Bull...) qui dominaient auparavant le marché de l'informatique. Cette bonne santé peut inquiéter. Elle conduit actuellement à la constitution de quasi-monopoles, qui, s'ils perduraient, menaceraient le droit de chacun de communiquer au moindre coût, sur un marché ouvert et concurrentiel.
Ces logiciels sont généralement offerts par des entreprises qui en fournissent le mode d'emploi et qui, au delà, cherchent à fidéliser des utilisateurs autour de services plus généraux. Il s'agit des Services dits à valeur ajoutée (SAV), qui fleurissent actuellement sur les marchés internationaux. Leur but commercialement avoué, est de faciliter la démarche de l'utilisateur, selon le principe: confiez-nous vos données, nous ferons le reste.
Par service à valeur ajoutée, l'on désigne en effet ce qui permet aux utilisateurs d'utiliser les matériels et les logiciels du réseau d'une façon adaptée à tel ou tel activité. En se limitant au téléphone, on peut admettre ainsi que la fonction "transfert d'appel" constitue, au delà du transport proprement dit de la voix, un SAV.
Les SAV peuvent être offerts par les opérateurs de télécommunications eux-mêmes: il en est ainsi de la messagerie (ATLAS 400 par exemple, offert par TRANSPAC. Mais, comme la concurrence règne dorénavant dans ce segment du marché des télécommunications, n'importe quelle entreprise ou collectivité peut dorénavant s'installer sur le réseau en offrant aux utilisateurs potentiels de saisir, transporter, transformer, redistribuer ou vendre leurs données aux meilleures conditions techniques et commerciales possibles.
On considère généralement comme un service à valeur ajoutée l'incontournable messagerie (ou X.Mail) qui permet aux abonnés disposant de boites à lettres électroniques sur des serveurs spécialisés, d'échanger des messages plus ou moins formels. La messagerie se développe dans le monde entier en utilisant les micro-ordinateurs comme terminaux. En France, sa croissance a été freinée par l'existence du Vidéotex, qui a encouragé une messagerie de moindre performance, mais à large spectre géographique et socio-culturel (y compris la célèbre messagerie Rose!).
Dans des domaines plus professionnels, il faut citer l'Echange de Données Informatisées (EDI): langage et procédures normalisés au plan international, messageries et services utilisant ces données et procédures, afin de permettre le transfert de données d'ordinateur à ordinateur. Ceci intéresse les relations d'entreprise à entreprise (bons de commande, facture), d'administration à administration ou d'entreprise à administration (déclarations diverses).
Là encore, les possibilités de sophistication des services sont innombrables, compte tenu de la généralisation et de la mondialisation des réseaux: sécurisation, traduction, recherche, interprétation des données échangées, gestion d'annuaires, fourniture de logiciels applicatifs allant jusqu'à l'offre de services informatiques à façon (infogérance).
On voit que le développement de toutes ces fonctions, de tous ces métiers, relatifs aux "contenants", qu'il faut distinguer du chiffre d'affaires attaché aux "contenus" intéressant les utilisateurs des autoroutes de l'information, offrent à ce que l'on pourrait appeler les "professionnels de l'informatique, des infrastructures et du service à valeur ajoutée", d'importantes perspectives de croissance. Mais tout le monde ne peut espérer en profiter, non plus que tous les pays. Seuls s'installeront et dureront sur ces marchés, non seulement les véritables professionnels, mais ceux disposant de conditions favorables, en terme économique et géopolitique, sur lesquelles nous seront conduits à revenir. L'Europe, à l'heure qu'il est, y pèse trop peu, par comparaison avec son activité économique dans les autres secteurs.
Ceci est d'autant plus dommage que certains pays européens, ne sont pas sans atouts potentiels. Pour citer notre pays, il faut mentionner deux entreprises de taille mondiale, déjà citées: France Télécom, opérateur de télécommunications, et CIT-ALCATEL, concepteur et fabricant, entre autres, de matériels de réseaux, notamment les ordinateurs numériques de l'avenir, fonctionnant sur le mode dit ATM, susceptibles de traiter tout type de messages et de débits hétérogènes. On peut mentionner aussi la société BULL, fabricant de serveurs et de micro-ordinateurs, dont le rang mondial est resté honorable, ainsi que le groupe THOMSON, spécialiste du grand public. Les sociétés de service françaises sont également parfaitement capables de concevoir des systèmes et réseaux comparables en tous points à ceux de leurs concurrentes étrangères.
Lorsque le marché européen des infrastructures de télécommunications (les réseaux de base) sera ouvert à la concurrence, d'autres sociétés françaises de taille internationale, ayant ou non une expérience de cablo- opérateurs, pourront également y investir avec de bonnes chances de succès (La Poste, la SNCF, la Générale et la Lyonnaise des Eaux, par exemple).
On peut en dire autant de nombreux pays européens, dont malheureusement les industriels rencontrent beaucoup de difficultés à regrouper leurs efforts. Certaines de ces difficultés, lorsqu'elles proviennent de la Commission Européenne, paraissent relever d'une conception mal comprise du libéralisme, qui voit dans tout regroupement ou accord d'entreprise (européenne) une tentative pour établir un monopole.
Sur les infrastructures et service-réseau (les contenants), circulent des données et des applications (les contenus). L'essentiel de ces contenus relèvent de l'initiative et de la pleine propriété des utilisateurs finaux: entreprises et administrations informatisées, particuliers de plus en plus nombreux. Les utilisateurs finaux se comportent exactement sur les réseaux de télécommunications de données comme les usagers du téléphone: ils en font ce qu'ils jugent bon, dans la limite des possibilités techniques, de la réglementation et, bien entendu, de leur budget disponible.
Nous n'examinerons pas à ce stade le problème des utilisateurs finaux, ni de leurs ressources informatiques ou budgétaires.
Il faut par contre mentionner les industriels, éditeurs et producteurs, qui se situent, en s'appuyant sur les contenants, comme fournisseurs de contenus ou de valeur ajoutée aux contenus. Ils rendent ainsi des services de type commercial aux utilisateurs finaux. Leur rôle économique, culturel et politique ne cesse de croître, avec le développement et la sophistication des contenants. Ils constituent des éléments essentiels dans le passage vers la société de l'information.
Ces industriels travaillent avec des "auteurs", dont il convient de respecter les intérêts, sauf à tarir les sources de la création.
On ne peut pas traiter aujourd'hui des autoroutes de l'information sans mentionner ceux qui fourniront, là encore à l'échelle industrielle, des produits de grande consommation ou "contenus" susceptibles d'être vendus sur les réseaux.
D'ores et déjà, des géants existent dans ces domaines: studios de production et réseaux de diffusion travaillant pour le cinéma et la télévision, éditeurs de jeux électroniques, éditeurs de la presse et du livre, entreprises de vente par correspondance et de télé-achat. Ces géants, et d'autres plus modestes, ont commencé à produire pour les autoroutes de l'information, dans la perspective d'augmenter, plus ou moins rapidement, les effectifs de leurs clientèles traditionnelles. De grandes manoeuvres de concentration, notamment aux Etats-Unis, retiennent presque chaque jour les observateurs économiques et financiers. Même aux Etats-Unis, ces concentrations inquiètent certains politiques, en faisant craindre un véritable monopole sur la pensée et la création artistique.
En 1995, aux Etats-Unis, deux fusions ont alimenté la chronique, celle de Walt Disney et ABC et celle de Time Warner avec Turner Broadcasting System. Même la Commission Fédérale des Communications s'est inquiétée des risques de monopole en résultant. Mais les firmes européennes ne sont pas absentes. Derrière les deux premiers mondiaux ci-dessus, viennent en effet, en 1995, Murdoch, Bertelsman et dernièrement, après rachat des filiales Communication d'Alcatel, le groupe français Havas.
On ne tentera pas d'énumérer les industriels ou entreprises qui cherchent à se positionner sur ces marchés, car il s'agit aujourd'hui pratiquement de tout ce qui a pignon sur rue dans le secteur des technologies de l'information. On n'y trouve pas en effet les seuls producteurs et éditeurs traditionnels, mais d'abord tous ceux qui font métier de l'industrie des contenants, et cherchent à drainer du chiffre d'affaire venant des contenus, en s'appuyant sur les positions plus ou moins privilégiées, voire monopolistiques, qu'ils tentent de se donner dans les contenants.
Viennent ainsi, en partant des matériels et en remontant vers les services à valeur ajoutée:
On peut rattacher à cette catégorie, les innombrables entreprises innovantes High Tech, (souvent dites Spin Off, c'est-à-dire émanant par diversification des grands groupes) qui fleurissent sur le marché du traitement des signaux, des images et des connaissances (ingénierie des langages et des savoirs). C'est là que de nouveaux emplois et métiers s'ouvrent tous les jours, à ceux qui savent les saisir.
Ces diverses catégories d'industriels disposent d'avantages essentiels: la connaissance de la technologie, la possession de clients plus ou moins attachés à leurs produits, l'habitude de la lutte concurrentielle la plus âpre. Ils sont handicapés par contre du fait de leur ignorance plus ou moins grande des contenus, cultures et métiers qui s'y rattachent. Leur stratégie consiste donc à s'unir avec ceux qui, traditionnellement, maîtrisent le marché de l'édition et de la production, dans les domaines les plus variés.
Ces derniers, à leur tour, sont tentés d'offrir pour leur compte des services de réseau, mais en général, ils sont obligés de se regrouper, au sein d'un offre dite en "bouquet de programmes", le plus souvent en liaison avec un opérateur, faute de pouvoir consentir les investissements suffisants.
Aux Etats-Unis, les principaux acteurs sont les producteurs traditionnels du cinéma et de la télévision. On y trouve aussi les réseaux de distributions ou networks, qui ont acquis des droits de diffusion sur les oeuvres des premiers. Viennent ensuite les éditeurs de la presse et du livre, les firmes spécialisées dans le jeu (jeux vidéo, pari) et le loisir (parcs d'attraction), les gestionnaires de plate-formes commerciales intéressées au télé-achat et au commerce électronique. (Business center, Electronic market place, etc).
Mais ce sont progressivement toutes les professions qui s'intéressent à ces marchés, ne fût-ce que pour ne pas s'en faire déloger par d'autres qui, "tenant" les clients potentiels, seraient tentés de leur proposer des services complémentaires. Les banques, les assurances, notamment, sont obligées d'offrir des services en réseau, faute de quoi ce seront les opérateurs ou les offreurs de service à valeur ajoutée qui le feront. Aucune clientèle, même fidélisée, n'est à l'abri d'OPA conduites par les nouveaux raiders maîtres des réseaux.
En Europe, les producteurs, éditeurs et autres entreprises de service découvrent progressivement cette dure loi. Non seulement ils ne survivront pas s'ils ne se portent pas sur les réseaux, mais, même ce faisant, leur avenir est loin d'être assuré. Ce ne sont pas les spécificités culturelles ou linguistiques qui fidéliseront leur base de clientèle nationale. Les concurrents peuvent aujourd'hui, grâce aux réseaux, frapper partout, avec des produits et services déjà amortis, et souvent aussi séduisants, malgré quelques différences de type culturelles.
L'industrie des contenus ne saurait vivre sans auteurs: écrivains, compositeurs, réalisateurs de film et de télévision, acteurs, et plus généralement créateurs et innovateurs divers. Les technologies de l'information renouvellent rapidement le métier de ces auteurs, amenés à produire de plus en plus d'oeuvres prenant une forme ou un support numérique. Mais la logique de la création n'est pas changée.
Ces auteurs sont éminemment porteurs de la tradition comme du devenir culturel de la communauté à laquelle ils appartiennent. Dans le monde d'aujourd'hui, si une infime minorité d'entre eux relèvent du bénévolat (c'est de plus en plus le cas d'auteurs plus ou moins anonymes publiant sur l'Internet, l'écrasante majorité cherche à se protéger contre les emprunt, copies et déformations diverses. Ils veulent également participer au marché, en percevant des droits rémunérant leur valeur ajoutée.
Les distributeurs se passeraient bien de protéger et rémunérer les auteurs, car les réglementations s'appliquant à la création traditionnelle sont difficilement applicables dans le monde des informations numérisées. Les coupé-collés, les mixages, les rewritings, les traductions, les résumés et les commentaires plus ou moins autorisés ou fondés, constituent en effet le fond même du traitement des informations et des données mises sur les réseaux. Le copyright et la protection du droit d'auteur deviennent extrêmement complexes et coûteux. Même en ce qui concerne le piratage malveillant (universellement réprouvé -en théorie), la prévention et la punition sont difficiles, au moins au niveau de la communauté internationale.
Il ne faut pourtant pas décourager les auteurs, les vrais, ceux qui s'attaquent vraiment à l'inconnu ou à l'informulé. Des lois et conventions internationales sont à l'étude. On pourra s'inspirer notamment de ce qui a cours, plus ou moins efficacement, en matière de protection de la découverte scientifique. Mais, d'un autre côté, les auteurs devront admettre que parfois, le pillage pourra servir leur renommée, leur apporter d'autres avantages qu'immédiatement matériels.
Un autre problème se pose, et relève de l'exception culturelle. Les auteurs bénéficiant de langues ou de réseaux à portée universelle -l'anglais- se trouvent spontanément vendus dans le monde entier, quelquefois indépendamment de leur valeur relative propre, et toujours au détriment des auteurs indigènes. Faut-il que les communautés géographiques ou culturelles non dominantes protègent -ou subventionnent- leurs auteurs?
On sait que la question est couramment posée à propos du cinéma européen face au cinéma américain. Mais elle intéresse toutes les catégories de créateurs. La réponse est généralement affirmative. Laisser faire le darwinisme économique et social dans le domaine culturel appauvrirait trop le patrimoine de l'humanité pour que le libéralisme commercial soit acceptable. A un moment ou un autre, cependant, les auteurs subventionnés devront affronter le marché international, pour y trouver une indispensable confirmation.
Il est clair que, dans le domaine des contenus comme dans celui des contenants, les acteurs dominants sont pour l'essentiel, de nationalité ou sous contrôle du capitalisme et de la culture américains, accessoirement japonais. Ils diffusent d'abord, par la force des choses, la philosophie et les intérêts économiques ou politiques de leur pays d'origine. Ils sont néanmoins tout à fait capables de produire dans n'importe quelle langue et pour n'importe quelle culture du monde. Ils représentent donc une menace d'uniformisation et de mise en tutelle des cultures dominées. Celles-ci le perçoivent bien, mais ont-elles, ou se donnent-elles les moyens de réagir?
Les sociétés dont la culture est menacée par l'envahissement des produits conçus ailleurs et vendus à bas prix parce que déjà amortis, réagiront d'autant mieux qu'une politique de mobilisation des oeuvres ou contenus nationaux existants, dans les bibliothèques, les musées, les cinémathèques, permettra de les numériser et de les offrir sur les réseaux.
Mais au delà de la valorisation de ces stocks morts, nos sociétés doivent être incitées à produire à leur tour au profit des autoroutes de l'information, même si cela se fait sur le mode artisanal et à petite échelle.
L'édition, les administrations, les auteurs, représentant la création intellectuelle et artistique quotidienne, doivent être encouragés à y investir. Les réticences ou les ignorances qu'ils manifestent encore doivent être combattues, sous peine de voir la demande se porter vers d'autres supports et d'autres oeuvres.
L' INTERNET, réseau des réseaux, véritable prototype des autoroutes de l'information, illustre bien tout ce qui précède. On y trouve les produits et les stratégies des industriels des contenants, mais aussi les oeuvres et les influences des industriels et auteurs des contenus. Sans qu'il soit expressément un instrument de conquête pour les intérêts américains, l' INTERNET sert spontanément la domination volontaire ou involontaire de la société et de l'économie américaine, même si d'autres intérêts commencent à s'y exprimer aussi.
Ce qui fait sa force, ou des réseaux de serveurs qui se sont branchés sur lui, comme le World Wide Web (W3), c'est le nombre des utilisateurs et l'acceptation par eux de standards d'échange, leur permettant de parler la même langue informatique. Le W3 est un système de diffusion d'informations multi-média dans l'environnement INTERNET relevant de règles communes: URL ou système d'adressage, HTTP ou protocole de communication hypertexte, HTML ou langage de description de l'information. Ce système est en train de devenir universel. Les serveurs se comptent en dizaines de milliers et les correspondants par millions. Même si le W3 n'est pas utilisé systématiquement dans les applications informatiques lourdes, compte-tenu de ses limitations actuelles, cela ne saurait durer. Les responsables de l'informatique stratégique des organisations doivent dorénavant intégrer ce facteur dans leurs prévisions.
Ce n'est pas parce que ces réseaux sont utilisés d'abord par des intérêts américains que les européens doivent les fuir ou les bouder. Ceci est particulièrement vrai pour ce qui concerne la France. "Naviguer sur l'INTERNET" et, a fortiori, s'y exprimer, représente un effort particulier vu les difficultés de compréhension linguistique et culturelle. Il nous faut cependant le faire, d'abord pour nous informer, sur le plan professionnel comme en matière de culture générale. Cette source s'impose aujourd'hui au même titre que la lecture des journaux généralistes et spécialisés.
Mais il faut également nous porter sur l'INTERNET pour y éditer des contenus, engager des dialogues constructifs, proposer des services, avec le maximum d'outils technologiques et de produits culturels d'origine nationale ou européenne. L'attitude que la France adoptera face à la compétition qui règne sur l'Internet, sera le prototype du rôle qu'elle jouera demain dans la société globale de l'information, où se généraliseront les réseaux à haut débit et le "tout numérique".
II.1. Qu'attend-on des administrations publiques?
II.2. Les administrations et la société mondiale de l'information
IIe Partie. Exemples d'administrations publiques en réseau. Les besoins de la société française
Chapitre III. Le domaine de l'administration nationale
III.1. Les services de proximité
III.2. Les grands domaines de l'administration générale
Chapitre IV. Les collectivités territoriales
IV.2. La région, pôle d'initiative pour la société de l'information
Chapitre V. Contribution des services publics à l'expérimentation des nouveaux modes de vie
Chapitre VI. La coopération administrative internationale
VI.1. La construction européenne
VI.2. La coopération technique internationale
VII.1. Forums administrations-usagers
VII.2. Forums internes. Dialogue syndical
Chapitre VIII Les centres d'initiatives
VIII.1. Encourager les applications en provenance des utilisateurs
VIII.2. Les centres d'initiative publique
VIII.3. L'environnement des centres d'initiative publique
Chapitre IX. La mobilisation générale des administrations
IX.1. Rappel des enjeux globaux
IX.2. Conséquences sur l'organisation