Interview de Louis Bréas
Président Délégué Général de la
COSIFORM
Rôle de la COSIFORM |
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par Jean-Paul Baquiast | le 11-02-97 |
Louis BREAS, administrateur de l'INSEE,
est Secrétaire Général de la Cosiform (Commission pour
la simplification des formalités). Il est également adjoint
au secrétaire général du Cerfa (Centre d'enregistrement
des formulaires administratifs).
Question: Le Premier ministre a signé, le 16 janvier 1997, une circulaire
relative à l'utilisation de la norme EDIFACT par les administrations
et une lettre de mission au vice-présient de la COSIFORM, Jean PRADA,
commandant l'établissement d'un schéma directeur des
téléprocédures entre l'administration et le public.
De quoi s'agit-il?
Louis BREAS: Il s'agit de l'aboutissement des travaux entrepris depuis
plusieurs années par la COSIFORM et le CIIBA (*supprimé en
1995), confortés par le rapport de Rémi MARCHAND sur le thème
de l'administration communicante que la COSIFORM lui a commandé. Le
Comité des Echanges informatisés de la COSIFORM a fait à
celle-ci, qui les a adoptées dans sa séance du 7 novembre 1996,
un certain nombre de propositions, qui ont été validées
par les recommandations R96-05 sur le schéma directeur des
téléprocédures, et R96-06 sur l'emploi d'Edifact. Ces
recommandations ont trouvé leur aboutissement dans la circulaire du
Premier ministre et la lettre de mission à Jean PRADA.
Les travaux préparatoires ont mis en évidence plusieurs
constatations:
- dans tous les pays, et notamment les Etats-Unis, les
téléprocédures entre l'administration et le public
(entreprises ou particuliers) se développent. Le développement
très rapide d'Internet accélère ce mouvement. La norme
Edifact est de plus en plus adoptée pour assurer
l'interopérabilité d'applications nécessairement
hétérogènes. Edifact et Internet ne sont pas incompatibles,
au contraire. Pour les échanges de faible fréquence
(déclarations annuelles ou mensuelles par exemple) se développe
un EDI allégé, dit Lite-EDI, qui met à la portée
de tous l'emploi de l'EDI par Internet.
- les gouvernements se doivent d'impulser et d'organiser le passage aux
téléprocédures, pour éviter que les différences
entre systèmes d'information des administrations ne se traduisent
par des complications inutiles pour les télé-déclarants.
En dehors de l'utilisation de l'Edifact, des mesures spécifiques,
plus ou moins contraignantes, sont généralement
décidées, comme la plate-forme pour l'achat public
électronique mise en place par le gouvernement fédéral
américain, sous la maîtrise d'oeuvre du ministère de
la Défense. La France a pris un indiscutable retard, souligné
par Edifrance, dans les équipements et les pratiques des entreprises
et des ménages, comme des administrations, en matière de commerce
électronique. L'initiative du Premier ministre vise à combler
ce retard pour ce qui concerne les administrations.
- le recours aux télé-procédures suppose un
aménagement du cadre juridique, en premier lieu au plan de la
sécurité des transactions. La Cosiform a adopté en juin
1996 une recommandation R96-02 sur les " profils de protection "
qu'il convient de prolonger par une réflexion sur le rôle des
" tiers de confiance " ou intermédiaires plus ou moins
obligés d'un échange sécurisé. Par ailleurs,
une consultation vient d'être demandée à un expert du
droit des télétransactions, qui sera disponible au printemps
1997.
Question: cette consultation portera-t-elle tous
les types de formalités administratives?
Louis BREAS: Non, le champ couvert est celui des données
collectées par les administrations pour leur propre usage. La
dématérialisation du recueil des données ayant une
portée juridique dans les relations entre tiers ( inscriptions au
registre du Commerce, actes d'Etat-civil, ..) devra faire l'objet d'une analyse
spécifique dont la responsabilité incombe à la Chancellerie,
mais qui pourrait s'inspirer des présents travaux. Ainsi la fourniture
de la liasse des CFE (Centres de formalités des entreprises) par les
entreprises reste manuelle, ce qui constitue un handicap pour les mandataires
qui réalisent ces formalités en masse pour le compte des
entreprises.
Question: la Cosiform a-t-elle fait sienne toutes
les propositions du rapport Marchand?
Louis BREAS: A des détails près, elle les approuve. Mais
certaines sont hors du cadre du schéma directeur stricto sensu auquel
elle travaille, comme de soutenir les grands projets exemplaires proposés
(santé, protection sociale et emploi, marchés publics,
échanges extérieurs) ou les mesures de formation et de
sensibilisation. Mais la COSIFORM en suit par ailleurs le développement
car elles sont dans le prolongement de ses recommandations et elles constituent
des applications concrètes des orientations proposées par le
schéma directeur.
Question: en quoi consiste finalement le schéma directeur des
téléprocédures et quelles en seront les
sanctions?
Louis BREAS: Le schéma directeur fixe des orientations qu'il
appartient aux administrations de mettre en oeuvre. C'est notamment le cas
en matière de normes et protocoles de transmission, de
sécurité des échanges, de description et présentation
des données (EDI). Ainsi, en matière des protocoles, l'offre
des administrations, aujourd'hui limitée à TEDECO (afnor Z71-347)
sera élargie à d'autres, par exemple aux protocoles liés
à l'Internet (TCP/IP).
Il convient par ailleurs de se doter des moyens de suivre la mise en uvre
effective de ces orientations. Les prescriptions générales
des schémas directeurs des systèmes d'information des
administrations seront aménagées afin d'obtenir des comptes-rendus
annuels formels du développement des téléprocédures
permettant de vérifier l'application des instructions du Premier ministre.
Question: ne faudrait-il aller plus loin, et disposer
d'un outil prévisionnel précis de planification de la
dématérialisation, reposant sur un inventaire des flux manuels
comparé à celui des flux partiellement ou totalement
dématérialisés. Une estimation des coûts et avantages
respectifs serait également indispensable, avec une indication sur
la répartition des charges et bénéfices entre partenaires
aux échanges?
Louis BREAS: L'évaluation globale du coût des formalités
faite par le CESIA en 1985 et les évaluations plus précises
de quelques formalités importantes réalisées par le
comité d'enquête sur le coût et le rendement des services
publics au début des années 90 n'ont pas été
actualisées. Mais le comité d'enquête engage actuellement
une nouvelle étude, complémentaire des travaux de la COSIFORM
sur le schéma directeur des téléprocédures, qui
devrait permettre de répondre à ces questions.
Question: le schéma directeur des
téléprocédures mentionne également le Dicoform
et le Dicoserv. Quelle acception donner aujourd'hui à ces concepts,
dont l'on s'entretient depuis au moins 8 ans?
Louis BREAS: Le Dicoserv, ou serveur de formulaire sur Internet, a fait
l'objet d'un appel d'offres, attribué à France Télécom
et à l'Imprimerie Nationale. Une maquette sera livrée en automne
1997, disposant d'une vingtaine de formulaires-témoins,
téléchargeables et pouvant être remplis, soit par Edifact
(un subset d'Edifact sera fourni) soit directement à l'écran
pour les PME/PMI. Le problème du Dicoform, qui doit recenser les
données administratives, notamment afin de les regrouper ou de les
simplifier, n'a pas avancé de façon significative faute de
moyens.
Question: n'est-ce pas dommage, alors que tous les
travaux d'experts sur l'EDI insistent sur la nécessité
d'établir et rationaliser des dictionnaires communs de
données?
Louis BREAS: En effet, mais l'expérience montre que, dans les
domaines où existent de tels dictionnaires, par exemple le Plan comptable,
les administrations, pour des raisons diverses, n'estiment pas possible de
les utiliser systématiquement en l'état. Mais des réflexions
sur l'élaboration de dictionnaires de données mieux adaptés
sont engagées dans différents secteurs: social, fiscal,
statistique, ... Nous en suivons avec attention le développement et
nous nous tenons prêts à les intégrer dans un dictionnaire
global des données administratives.
Question: pour finir, que penser de la carte à
microprocesseur comme moyen d'identifier les partenaires aux
téléprocédures et d'en sécuriser le
contenu?
Louis BREAS: C'est sans aucun doute l'un des moyens à envisager.
Encore faudra-t-il que les administrations développent des solutions
techniquement communes et fonctionnellement homogènes, afin de ne
pas multiplier les cartes.