BANLIEUE-NET ou la banlieue et l'Internet

(le 9 juin 1996)

tanniou@imaginet.fr

François Tanniou, actuellement à la délégation à la ville, nous transmet une réflexion de Rachid Nekkazze, étudiant en histoire, et qui souhaite rassembler des partenaires pour développer l'usage de l'INTERNET dans les banlieues.

DESCRIPTIF DU PROJET:

Le projet consiste à monter des sites Internet en banlieue. Concrètement, il s'agit d'installer des PC équipés d'un modem, au départ dans une dizaine de MJC (Maison pour la Jeunesse et la Culture) de banlieue où les jeunes aiment à se retrouver. L'encadrement dont elles sont entourées est le principal avantage de ces MJC.

Afin que les jeunes puissent recevoir toutes sortes de données concernant la culture, le sport, les initiatives socio-économiques, il est indispensable de centraliser ces informations en créant un "Serveur Web Banlieue-Net" susceptible de s'ouvrir plus tard à d'autres villes.

PUBLIC CONCERNE

Le public concerné en priorité sont les jeunes de cités de banlieue âgés de 12 à 25 ans.

OBJECTIFS DU PROJET

L'objectif principal de ce projet est de permettre l'accès à ces jeunes au monde de l'Internet qui semble constituer l'outil de communication de demain. 40 millions de personnes connectées chaque jour dans le monde entier. En France, ils sont environ 500 000. D'ici l'an 2000, ils devraient être 4 millions.

Le deuxième objectif est de désenclaver ces quartiers difficiles de banlieue en les ouvrant sur l'extérieur et en les sensibilisant sur des enjeux qui intéressent l'ensemble de la collectivité nationale (chômage, sécurité, Europe, croissance économique, mouvements culturels, politiques, etc...). Ainsi, pour la première fois depuis trente ans, la banlieue a la possibilité grâce à Internet de participer au mouvement de mobilité sociale et technologique de ce pays.

PROJET BANLIEUE: REPONSE A UN BESOIN.

Aujourd'hui, il semblerait que le malaise des banlieues est le chômage. Ce dernier ferme les individus au monde extérieur. Il restreint les contacts entre personnes. Il encourage le phénomène de repli sur soi. Ce projet tend à répondre à ce manque d'échanges entre les individus en développant la communication et le dialogue. A défaut que le travail remplisse cette fonction vitale de renforcement des liens de solidarité, l'utilisation du réseau Internet peut s'y substituer partiellement tout aussi efficacement, en attendant que tout le monde trouve du travail.

La seule conséquence positive que le chômage entraîne dans son cortège de désoeuvrement est la possibilité pour l'individu de disposer d'un temps de loisir important. Dans le cadre de ce projet, cet élément est essentiel dans la mesure où les jeunes pourront passer du temps sur le réseau Internet pour communiquer, s'instruire et s'inscrire dans un mouvement duquel ils ne se sentent pas exclus par le reste de la société, sentiment d'exclusion qui aujourd'hui est prédominant.

MISE EN PLACE DU PROJET

Pour que ce projet puisse se réaliser dans de bonnes conditions, il est évident qu'il doit s'inscrire dans une perspective globale.

Le mieux est de l'inscrire dans le cadre des deux projets de plus grande envergure parrainés par les ministères de l'Intégration et de la Culture.

Le Ministère de l'Intégration va autoriser la création de 38 zones franches. l appartiendra à ces villes de valoriser ce statut pour s'ouvrir sur l'extérieur tant socialement qu'économiquement, en mettant aussi les technologies de l'information en première ligne, surtout quand elles sont porteuses de démocratie et de lien social.

Parallèlement, le Ministère de la culture va mettre en place un projet qui concerne 29 villes de banlieue, où des actions culturelles vont être entreprises. Là aussi, il est question d'installer des sites Internet dans les villes où l'importunité et l'efficacité seront patentes.

POURQUOI INSCRIRE CE PROJET DANS CEUX DES DEUX MINISTERES?

D'une part, parce que de cette façon, il aura plus de chance de voir le jour et de se réaliser. D'autre part, les collectivités locales, dans lesquelles les MJC et les associations se trouvent, seront plus faciles à convaincre pour participer activement à ce projet.

Enfin, l'intérêt d'un Serveur-Banlieue n'a de sens que s'il est consulté par un nombre relativement important de personnes. Si ce projet se réalise dans le cadre des projets des Ministères de l'Intégration et de la Culture, la couverture médiatique sera sans nul doute assurée. En outre, il serait souhaitable que l'ensemble des Ministères de la République puissent apporter leur concours à ce projet.

Il est évident par ailleurs, qu'il est plus facile de persuader les grandes entreprises telles que Microsoft, Apple, IBM ou Bull, de fournir gratuitement des ordinateurs PC, si c'est demandé par des responsables ministériels. Tous les six mois, le matériel informatique évolue.

Ces entreprises accepteront volontiers de donner généreusement des ordinateurs pour un projet aussi local. Elles y gagneraient en image de marque. Rappelons que 200 entreprises ont signé en octobre 1995 un "Manifeste contre l'exclusion" dans lequel elles s`engagent à soutenir les projets qui ont pour objectif d'améliorer la situation des quartiers défavorisés.

REALISATION CONCRETE DU PROJET

1) Au départ, il est nécessaire de créer un Serveur Web qui centralise les informations culturelles, sociales et économiques, auxquelles auront accès plus tard les utilisateurs de ce serveur ( coût: 50 à 150 000 frs, tout dépend de la façon dont il sera constitué, c'est-à-dire s'il y aura, en plus du texte, du son, de l'image, de la vidéo? etc...).

2) Signature d'un contrat avec France Telecom pour abriter le Serveur Web banlieue-Net. En général, ce type de service coûte près de 10 000 francs par mois. Sous l'égide des Ministères de l'Intégration et de la Culture, France Telecom devrait être beaucoup moins exigeant. D'ailleurs, elle a signé le "Manifeste contre l'exclusion".

3) Mise en place dans une dizaine de MJC ou Associations, dans des villes qui font partie des deux projets ministériels, de 2 ordinateurs PC, équipés d'un modem et connectés sur Internet (L'abonnenemt est de 77 francs par mois). Là aussi, France Telecom est prestataire de services.

APPLICATIONS POSSIBLES DU SERVEUR

  1. A terme, nous espérons que les jeunes de ces quartiers de banlieue utiliseront fréquemment la base de données culturelles, économiques et sociales disponibles sur le Serveur. Concrètement, cela signifie que nous espérons que d'autres MJC et associations puissent se connecter sur notre réseau pour développer les échanges en tous genres sur Internet (sport, concerts, initiatives et associatives etc...).

  2. Une des particularités de ce serveur est la possibilité qu'il offrira aux jeunes, à la recherche d'un emploi, de pouvoir y mettre leur CV, afin que des agences d'intérim ou des entreprises puissent les consulter et contacter éventuellement les jeunes pour un emploi.

  3. Ce serveur pourrait développer les réseaux de proximité dans les quartiers.

  4. Pourquoi pas, à terme, former des jeunes à la réalisation de pages Web qu'ils pourront proposer à des entreprises. Cela suppose en effet qu'ils puissent bénéficier d'une formation.


CETTE PARTIE CONCERNE UN DOSSIER PARU DANS LA REVUE INTERACTIF EN MAI DERNIER SUR LE THEME DE LA BANLIEUE ET INTERNET

BANLIEUE ET INTERNET

Est-ce que le Plan de Relance de la Ville, annoncé par Alain Juppé le 18 janvier dernier, prévoit de développer le réseau internet en banlieue? Malheureusement, ce n'est pas une des priorités du gouvernement. Et pourtant, Internet peut permettre aux Cités d'être désenclavées et de prendre le train en marche du développement de la technologie, de la société et du monde.

INTERETS DES BANLIEUSARDS POUR INTERNET

Avant tout, Internet est un formidable outil de communication, d'échanges et d'émancipation par rapport à l'espace et au temps. La banlieue, synonyme de détresse, de désoeuvrement et de "violence muette" peut à travers Internet découvrir la parole, le goût du contact et avoir le monde entier pour interlocuteur. Internet a seul le pouvoir de déghettoïser la banlieue. Depuis vingt ans, la banlieue n'a pas participé à la fantastique mobilité sociale qu'a connu la France, au développement des idées et de l'avancée technologique. Internet peut mettre fin à cette fracture. Aujourd'hui plus de 35 millions de personnes se connectent chaque jour sur le réseau Internet. En l'an 2000, ils devraient être autour de 150 millions. A elle seule, la banlieue compte 13 millions d'individus. Certains d'entre eux ont compris l'intérêt d'Internet, "le nouveau téléphone arabe".

Il est vrai que très peu de jeunes de banlieue disposent d'un accès Internet. En général, c'est dans les villes relativement riches de la banlieue parisienne, par exemple à Saint Germain en Laye ou à Evry que l'on trouve des amateurs d'Internet. Mais de façon éparse, on observe une volonté de certaines associations de se mettre à l'heure d'Internet qui mutatis mutandis ne nécessite pas un très lourd investissement (un PC + un accès Internet à 77Frs).

Le rapp et le tag sont les deux expressions culturelles favorites de la banlieue. Grâce à Internet, les jeunes ont la possibilité de s'informer de l'évolution de la musique rapp aux Etats-unis. Ainsi, de cette façon, le rapp français s'enrichit des influences américaines tant au niveau du discours que de l'expression musicale. A bien des égards, Internet simplifie la vie pratique. On assiste alors à un fantastique développement des petites annonces; les gens louent des appartements, vendent leurs aventures, échangent des jeux-vidéos sur Internet. Le désarroi, état psychologique symptomatique de la banlieue, attire en masse les voyants, les marabouts et tout genres font leur entrée en force (tarot etc...). Internet offre par ailleurs un espace de rencontres. De jeunes ados lancent des messages à de jeunes filles de Paris en vue de faire connaissance et de se rencontrer. Les concerts des municipalités de banlieues y sont annoncés. Les clubs branchés s'y dévoilent au grand jour.

Les jeunes de cités, passionnés de sport en général, et en particulier de football, peuvent consulter les dates de rencontre des matchs ainsi que les résultats locaux, régionaux et nationaux. La banlieue, au hit-parade de toutes les frustrations, fait connaissance chaque jour avec les adresses Internet, spécialisées dans les images sexy brodées d'un discours osé. L'imagination a aussi sa place. Dans la banlieue de toulouse, des jeunes proposent un service particulièrement intéressant. Pour le week-end ou pour les soirées un peu spéciale, ils offrent la possibilité au public de jouer dans la cour des grands à un prix raisonnable en louant une 2CV dont l'ADN a été modifié en celui d'une Rolls Royce.

Il y a sur Internet un service de la SNCF très utile pour les gens qui vivent en banlieue. Sont importance est sous-estimée par les parisiens. Chacun sait que pour se rendre à Paris, les banlieusards utilisent le RER et le métro. Sachez que de nombreux jeunes et des moins jeunes de la banlieue ne se risquent pas à aller à Paris parce qu'il ne savent pas lire un plan de métro ou qu'ils ont peur de s'y perdre. Heureusement, sur Internet, on peut aujourd'hui trouver un plan des transports de la région parisienne. Il suffit de préciser la ville où l'on se trouve (provenance) et l'endroit précis de Paris où l'on veut se rendre (destination), et le serveur nous indique le chemin le plus court en spécifiant les bus, RER et lignes de métro à emprunter.

En banlieue, Internet est peut-être plus qu'un espace de communication. Il peut en outre dynamiser l'extraordinaire réseau de proximité là où précisément les rapports entre individus sont totalement atomisés. Internet peut rendre la banlieue virtuellement vivable avant de lui donner un jour essentiellement vie. On parle de plus en plus de développer les emplois de proximité pour remédier partiellement au chômage. Internet peut jouer le rôle de véhicule de cet esprit nouveau. Ce n'est pas un hasard si les offres et demandes d'emploi ont trouvé refuge sur Internet. Il est à parier que ce secteur est promis à un bel avenir dans une banlieue socialement et économiquement exsangue.

Ce faisant, Internet est l'avenir de la banlieue. Certaines associations envisagent même de tisser un réseau d'initiatives à l'échelle nationale grâce à cette outil d'émancipation. Concrètement cela consisterait à communiquer entre les différentes banlieues les initiatives intéressantes réalisées afin qu'elles puissent être reproduites ailleurs. Ce procédé permettrait à la banlieue de se libérer et de se constituer en un espace ouvert.

INTERNET: LE CONTRE-POUVOIR

En considérant que pour réussir dans la société, il est nécessaire d'être en bon termes avec les 4 pouvoirs, médiatique, judiciaire, législatif et exécutif, il n'est pas absurde de dire qu'Internet offre à la banlieue, en guise de bienvenue la possibilité de se dispenser des services du quatrième pouvoir, celui des médias. Aujourd'hui, tout le monde est conscient qu'une association de banlieue rencontre beaucoup de mal à se faire connaître à travers les médias. Ces derniers privilégient la plupart du temps la dimension violante et sensationnelle et rarement le côté positif de ces quartiers en état d'urgence. Avec Internet, plus besoin de faire appel à la presse. Les associations ont le pouvoir de communiquer leurs différentes initiatives librement et ce, sans avoir à supporter le diktat de l'Audimat médiatique. L'avantage d'Internet est qu'on peut faire énormément de choses avec peu de moyens pour entrer en contact avec le monde entier. Ainsi la banlieue, si elle le veut, peut se payer le luxe de se prendre en main.

Dans ce banlieue-Net en gestation, la banlieue dialogue avec elle-même directement. Elle s'interroge, échange des suggestions, des idées de solutions. A terme, il se dégagera une nouvelle philosophie de la banlieue, cette fois-ci issue de son propre sein et de ses tripes, et non plaquée à partir de l'extérieur, dictée par l'intelligentsia parisienne. Il n'est pas impossible que lors des prochaines élections législatives de 1998, des représentants des intérêts de la banlieue ne soient présents dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale. Il en sera fini du troisième pouvoir, celui du législatif. Comment éviter le deuxième pouvoir, le judiciaire? Personne n'ignore que la banlieue est une source intarissable en matière de délits pour les tribunaux français. Le seul moyen pour la banlieue d'y échapper passe par le respect des lois de la République dont l'école représente la pierre angulaire. Internet peut apporter à l'école un outil d'adaptation à la vie moderne à l'aube du troisième millénaire. En clair, à travers des activités ludo- éducatives, il peut amener les jeunes à s'intéresser davantage à l'importance de la scolarité, envisagée comme un véritable élément d'intégration sociale et culturelle. Intégrés, les jeunes de banlieue seront allergiques aux tribunaux.

Entretien avec un jeune de Créteil, Mimi, 19 ans, familier du serveur Internet de Beaubourg.

Que recherches-tu sur Internet?
je cherche des adresses où on peut voir des filles sexy comme dans Play-boy et Penthouse.
Il n'y a rien d'autre qui t'intéresses?
Pourquoi? c'est le plus important pour moi. Comme je n'ai pas de petite amie, parce qu'aucune ne veut sortir avec moi, et que je n'ai pas les moyens d'aller voir une prostituée, je préfère me rincer l'oeil sur Internet, et en plus c'est ludique.

Entretien avec un autre jeune de Cités de Choisy Le Roi, Mouhcine Hajmi, Président de l'Association "Espoir-Morillon", lui aussi un habitué de Beaubourg.

Que recherches-tu sur Internet?
Je suis venu consulter le Plan de Relance de la Ville de Juppé, mais je ne l'ai pas trouvé. Apparemment, il n'y figure pas.
Qu'est-ce qui t'intéresses sur Internet?
Je souhaiterais disposer d'informations sur les initiatives qui sont menées dans d'autres villes de banlieue en matière d'insertion économique.
Que représente pour toi Internet?
C'est un superbe moyen de trouver des informations, de communiquer avec le monde. On a l'impression d'être libre et d'exister.

PROJETS DE LA COMMUNAUTE INTERNET EN BANLIEUE.

Quels sont les intérêts de la communauté Internet à se tourner vers la banlieue? La banlieue, c'est en dehors de la violence médiatique, 13 millions de consommateurs potentiels. Les grands ténors du multimédia, tel que Microsoft, en sont conscients, même s'ils savent aussi qu'ils ne sont pas tous des consommateurs solvables. De toutes les façons, ils constituent une fantastique clientèle publicitaire. Quand on observe que l'extrême majorité des jeunes des banlieues portent des jeans Levis 501 à 480 frs, et des paires de Nike ou Reebok coûtant jusqu'à 1200 Frs, il n'est pas difficile d'imaginer le marché que la banlieue représente, en particulier pour les entreprises spécialisées dans le sport. Pour cette raison et pour bien d'autres aussi, les sociétés telles que Microsoft ou Hachette ont décidé de s'intéresser d'un peu plus près à la banlieue. A une époque où la banlieue est devenue un phénomène de mode, faire quelque chose dans sa direction permet à une entreprise de valoriser son image de marque à moindres frais. C'est pourquoi, depuis quelques mois, une tendance se dessine chez les entreprises qui multiplient les initiatives en direction des banlieues. La Générale des Eaux, pour ne citer qu'elle, vient de créer une Fondation contre l'exclusion.

PROJET FUN-RADIO/ HACHETTE-FILIPACCHI

Chacun sait que les auditeurs habituels de Fun-Radio sont des jeunes branchés de 15 à 25 ans. Tout le monde sait aussi que les livres de la collection Hachette s'adresse à un public collégien et lycéen de 10 à 18 ans. La jeunesse constitue le dénominateur de ces deux institutions. Il n'est pas étonnant alors de les voir associer en vue d'installer le réseau Internet en banlieue pour des jeunes éloignés de tout et pourvus de rien. Internet est peut-être la panacée dans la mesure où il rapproche tout le monde avec presque rien. La Fondation Fun-Radio, en collaboration avec Hachette-Filipacchi, ne sont sans savoir que le problème fondamental des quartiers de banlieue demeure l'échec scolaire. Conscients de cet handicap, ils ont l'intention, dès le mois de mai 1996, de monter des ateliers d'écritures multimédias où les jeunes pourront écrire des lettres, des poèmes, du rapp, ou tout autre support littéraire. Au début, ils envisagent d'entreprendre ce projet à petite échelle dans deux communes de la banlieue parisienne, à Trappes et à Guillancourt. Concrètement, sous le patronage du Père Jean-Marie Gorce, ils projettent d'installer deux ordinateurs avec accès à Internet, dans les locaux des associations de quartiers, plus à même d'encadrer les jeunes et de les sensibiliser à ce nouvel outil de communication. L'objet avoué est d'amener les jeunes à passer plus de temps devant un micro-ordinateur qu'à erre dans les hall d'escalier ou dans les rues en proie à des frustrations permanentes. Pour que l'expérience soit concluante, les initiateurs de ce projet, Jean Vebret, de la Fondation Fun- Radio et Pierre Bailly, de Hachette, estiment qu'il faut y associer les étudiants. Seule une synergie entre étudiants et jeunes de cités peut faire de ce projet, "à forte espérance ajoutée" une réussite transposable dans d'autres cités de banlieue. Dans l'hypothèse où les expériences de Trappes et de Guillancourt se solderaient par un succès, Fun-Radio et Hachette entendent poursuivre cette initiative dans d'autres villes de France dans un délai de deux ans.

PROJET MICROSOFT

La firme de Bill Gates, l'homme le plus riche du monde, s'intéresserait-il à notre banlieue, en pleine crise d'adolescence. D'une certaine manière, oui. Il y peu de temps, Microsoft France, dont le directeur général est Jean François Courtois, vient d'achever un programme de formation de 500 jeunes demandeurs d'emplois au réseau des réseaux, Internet. Cette initiative a été prise par les employés l'entreprise. Le coût total du projet a été estimé à 6 millions de Frs. La formation a duré quatre mois, d'octobre 1995 à janvier 1996. Sur ces 500 jeunes, 50 ont trouvé un emploi aussitôt. Une partie de ces jeunes est issue du département de l'Essonne, dans la banlieue parisienne. Quel message Microsoft veut-il faire passer en entreprenant cette initiative hautement sociale?
Assurément, il veut démontrer que même si Internet est la nouvelle technologie de communication par excellence, il peut cependant être accessible et maîtrisé par tout un chacun, même par un demandeur d'emplois. N'importe qui, et en particulier les jeunes de cités de banlieue, est en mesure de surfer sur Internet après avoir suivi une formation préalable. Ce n'est pas tout,; non seulement, ils sont capables de naviguer dans le monde Internet, mais de surcroît, ils peuvent occuper des emplois dans les nouvelles sociétés qui fourniront des prestations à partir du réseau Internet. Internet est peut-être le nouveau trésor de création d'emplois de demain. Microsoft veut à nouveau cette année former 160 autres jeunes . Le thème de ce programme de formation s'appelle "Hommes et communication".

PROJET METAFORT

Il existe aussi des projets multimédias initiés à partir de la banlieue elle-même. L'exemple le plus caractéristique et le plus important est le Métafort, situé à la frontière entre Aubervilliers et Pantin, en banlieue parisienne.
Les fondateurs de ce complexe multimédia sont Pierre Musso et Jean Zeitoun. Ces derniers ont souhaité créer en banlieue un lieu où, ensemble, les jeunes, les artistes, les chercheurs et les industriels puissent créer dans l'art, innover dans le social et inventer dans la technique.
Trente entreprises ont apporté leur soutien à la réalisation de cet ambitieux projet dont les axes principaux ont trait au développement des réseaux, de l'image et du langage multimédia. ce programme n'aurait jamais vu le jour en 1991, sans la conviction profonde et la capacité de ralliement du Sénateur-Maire d'Aubervilliers et ancien Ministre Jack Ralite. Sans lui, le métafort n'aurait jamais pu signer un protocole-cadre de partenariat avec France-Télécom et IBM, de même qu'il n'aurait pas été en mesure de figurer dans le serveur Web du MIT de Boston, et ce jusqu'en mai 1996.

Entretien avec Té Sackda, chargée de communication du Métafort d'Aubervilliers.

Vous comptez prochainement créer votre propre serveur; quelle finalité lui assignez-vous?
Grâce au serveur, le Métafort pourra explorer les possibilités de travail offertes par un espace dédié aux expérimentations et à la recherche et celles à découvrir d'une communauté de travail sur les réseaux de télécommunications, et sur tous les réseaux disponibles, qu'il s'agisse du réseau Internet ou des réseaux ATM que met en place France-télécom. Le serveur permettra de tester et de préfigurer les différents pôles d'activités du Métafort.
En quoi consistent-ils?
Avant tout, il faut accueillir les projets. Après quoi, le Métafort fournira au porteur de projet une aide à la formalisation de ses idées et projets. Il y a d'autre part le Forum Métafort qui sera préfiguré par des espaces d'information, d'expression et de confrontation sur des thèmes en débat.
Existe-t-il une formation spécifique?
Tout-à-fait; le serveur offrira la possibilité de consulter des guides de formation sur des thèmes allant de l'internet, aux techniques de communications multimédias en passant par le pilotage de projets multimédias.
Quelles sont les autres applications du serveur?
Le serveur proposera des biographies et un choix de textes liés au monde du multimédia, ainsi que des connexions vers des bibliothèques ou médiathèques existantes. Par ailleurs, nous voulons mettre en place un pôle industriel. Celui-ci consiste en un forum qui permet aux partenaires collaborant à un même projet de se rencontrer, d'échanger leurs idées et de contribuer à distance à l'avancement du projet. Enfin, nous voulons mettre en place un atelier de recherche-création; l'ensemble des activités générées par le serveur constituera l'embryon d'un laboratoire de recherche et création qui se propose de réunir chercheurs, industriels et créateurs.
Le Métafort a-t-il vocation à faire de la banlieue un pôle multimédia au même titre que d'autres espaces technologiques?
Je dirais simplement qu'il est grand temps de créer les conditions d'une familiarisation et d'une appropriation sociale et critique des techniques de communication contemporaines par la pratique de ces techniques et de leurs applications actuelles et à inventer ensemble. Le Métafort souhaite simplement être un de ces lieus d'innovation et d'imagination, en un endroit où il est particulièrement urgent d'innover, la banlieue. La banlieue avec tout ce qu'elle a de problématique mais aussi et surtout ce qu'elle a de potentiellement riche pour peu qu'on lui donne les moyens de l'exprimer. C'est aussi pour cela que la Métafort veut passionnément se réaliser.


tanniou@imaginet.fr