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Internet
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Si Internet s'est largement développé dans les milieux académiques et scientifiques, son usage de plus en plus intensif par d'autres grandes composantes de la société commence à devenir significatif d'une tendance lourde, irréversible, de généralisation d'une nouvelle forme de communication entre les hommes. Désormais les entreprises et autres acteurs de la vie économique se mettent à utiliser Internet, commencent à communiquer sur la "toile" et investissent en outils et services Intranet. Les administrations et les divers milieux publics se tournent aussi, quelque peu forcés, vers ce nouveau mode d'information et de communication. Le grand public (ou plutôt un certain grand public, élite plus fortunée et branchée) commence de même à se prendre au jeu.
Une composante importante de la société s'intéresse sérieusement à Internet, à savoir le milieu associatif. Cette partie importante de la société civile ne peut pas rester à l'écart du mouvement général et doit considérer son investissement autour d'Internet comme une démarche volontaire, stratégique, de développement. Contrairement à l'université, à l'entreprise ou à l'administration, le milieu associatif peut rencontrer de réelles difficultés dans la mise en oeuvre d'une telle démarche en raison de la faiblesse des moyens dont il dispose, comme aussi de la structure même du tissu social représenté. Toutefois, on peut noter une forte proximité, voire même une grande similitude, entre les valeurs et pratiques du mouvement associatif et les caractéristiques socioculturelles et fonctionnelles d'Internet.
Dans la présente communication, on s'efforce de montrer
comment des associations professionnelles traditionnelles s'impliquent et
mobilisent leurs troupes pour une appropriation intelligente d'Internet,
avec en arrière-plan des préoccupations essentielles comme
la stimulation (ou simplement la consolidation) de la vie associative,
l'amélioration de la communication entre les membres et divers
sous-ensembles des associations, la réduction des coûts de
fonctionnement des structures ou encore l'assistance à la transformation
des pratiques professionnelles des membres. On présente les
démarches suivies par ces associations pour intégrer Internet
dans leurs pratiques quotidiennes et on formule différentes
recommandations pour le succès de telles stratégies.
1 - L'EXPERIENCE DE L'ADBS
1-1. L'Association des professionnels de l'information
et de la documentation
L'ADBS, "L'Association des professionnels de l'information
et de la documentation"a été créée en 1963. Ayant
connu une forte croissance au cours des dix dernières années,
elle regroupe aujourd'hui quelque 6.000 acteurs profesionnels du domaine
de l'Information-Documentation (ou ID) : documentalistes, bibliothécaires
spécialisés, veilleurs et spécialistes de l'intelligence
économique, experts en ingénierie documentaire, etc. Les membres
sont à 95% des personnes physiques et à 90% françaises
ou travaillant en France (avec une forte représentativité des
professionnels situés en Ile-de-France, mais aussi une non moins forte
pratique associative de terrain développée dans les diverses
régions). L'association est dirigée par un conseil d'administration
et un bureau national élus et comprend plusieurs commissions nationales
et divers groupes sectoriels et régionaux. Elle dispose d'une équipe
de permanents salariés (une douzaine de personnes) et fournit divers
types de produits à ses membres : publications, actions de formation
continue, journées d'étude, congrès - IDT-, bourse pour
l'emploi, etc.. L'ADBS travaille en liaison étroite avec des associations
soeurs, en France, en Europe et au plan mondial, comme aussi avec divers
partenaires des milieux scientifiques ou académiques. A noter que
ses moyens viennent pour un tiers environ du paiement des cotisations des
membres et, à plus de 50%, de la vente des services ; les subventions
publiques représentent moins de 10% du budget total.
1-2. Une volonté politique de se tourner vers
Internet
En raison même du champ professionnel qu'elle couvre, l'ADBS a été très vite confrontée à l'émergence de la nouvelle société de l'information. Les professionnels de l'ID sont directement interpelés par le développement exceptionnel des nouvelles technologies numériques et en particulier d'Internet. Ainsi a-t-on pu lire dans la presse, toujours en recherche d'accroches vendeuses, des articles avec des titres inquiétants du genre "Les agents intelligents de recherche vont-ils supprimer les documentalistes?", ce qui n'a pas manqué de créer un débat de fond sur les notions d'intelligence et de stupidité dans la nouvelle société de l'information... et surtout sur le nouveau rôle des professionnels médiateurs.
Le Conseil d'administration et le Bureau de l'association ont
pris la décision, fin 1993 - début 1994, de mettre résolument
le cap sur Internet et d'investir intellectuellement et financièrement
dans un projet autour de l'usage d'Internet par la profession et par
l'association.
1-3. Les premières mesures : sensibilisation, formation
et connexion
Dans un premier temps, de grandes actions nationales et régionales de sensibilisation des troupes ont été systématiquement organisées, avec des auditoires de 100, 200, parfois plus de 300 personnes. Il fallait expliquer, montrer, donner des exemples et surtout encourager et mobiliser les membres à passer un premier cap, celui de la connexion au réseau (attention, cela n'était pas et n'est toujours pas si simple en raison notamment des nombreuses oppositions formulées par les responsables hiérarchiques de ces professionnels, conditionnement culturel français oblige).
En parallèle, un petit noyau d'animateurs branchés (venant principalement des milieux académiques ou scientifiques) s'est employé à définir les premiers éléments d'une stratégie et à mettre sur pied divers programmes d'actions.
Très vite est apparue la nécessité, vitale,
d'assurer une bonne connexion Internet pour l'équipe de la
Délégation permanente. Une première étape a
consisté à disposer d'un minimum d'adresses électroniques,
suivie d'une nouvelle décision, plus récente, visant à
mettre sur pied un réseau interne robuste et à
bénéficier d'une liaison Numeris efficace et plus économique
pour l'accès à Internet. Une action de formation a été
réalisée au bénéfice des personnels de cette
délégation permanente.
1-4. Une liste de diffusion électronique associative
professionnelle ADBS-INFO
Vers la mi 94, l'association prenait l'initiative de créer
une liste de diffusion électronique, baptisée ADBS-INFO et
hébergée par le serveur de listes de l'Université de
Rennes 1. Cette liste est volontairement non-modèrée et ouverte.
Les membres de l'ADBS peuvent y échanger des messages, mais d'autres
personnes intéressées par les problématiques
professionnelles développées sur la liste peuvent aussi y
accèder librement. Le respect des régles du jeu est assuré
tacitement en raison de la communauté d'intérêts
partagés ; de petites mesures de police a posteriori (rappel aux
régles de la liste) permettent de recadrer les débats en cas
de déviations patentes. Aujourd'hui, la liste est adoptée et
suivie par quelque 800 professionnels ; elle se définit surtout comme
un outil de solidarité professionnelle, comme un instrument professionnel
à utiliser au même titre que la recherche dans une base de
données ; elle permet enfin d'assurer une veille informationnelle
collective sur les sujets de préoccupations.
1-5. Créer et maintenir un site Web
http://www.adbs.fr
Un an plus tard, l'ADBS décidait de disposer d'un site Web propre et d'en financer la conception et la réalisation. Celle-ci a été confiée à une société privée, externe, la délégation permanente (l'équipe de salariés) assurant la fourniture des informations ; un groupe ad-hoc de membres compétents a aussi été constitué pour piloter la réflexion générale et déterminer le cahier des charges fonctionnel du futur site. Dans un premier temps (ou pour ce premier site), on a surtout cherché à transférer sur Internet les données aisément disponibles (informations institutionnelles, reprises de pages du service Vidéotex 36-16 ADBS notamment, catalogues de produits, services et publications,...). Le site ADBS a donc été ouvert à l'automne 1995 et a vite été fréquenté par de nombrexu professionnels français ou étrangers (on peut considérer qu'au plan mondial, et pour le domaine professionnel concerné, ce site était l'un des deux ou trois premiers à être ouverts).
Depuis, une nouvelle décision a été prise
pour passer d'un site encore trop marqué par la philosophie du minitel
(arborescences de pages d'information) à un nouvel outil plus interactif,
allant vraiment dans la logique d'Internet. Un nouveau cahier des charges
fonctionnel a été élaboré et une consultation
de maisons spécialisées a été faite ; un budget
plus important a été alloué pour le nouveau site qui
devra notamment être plus aisément enric
1-6. Créer et maintenir un site Web
http://www.adbs.fr
Vers le milieu de l'année 1994, l'ADBS décidait de bâtir très rapidement un vaste programme de formation continue pour ses membres (en s'appuyant sur un partenariat avec l'INTD, l'Institut National des Techniques Documentaires). La demande de formation explosait alors ; il fallait ajouter de nouveaux stages au catalogue de la formation continue de l'association, en réaliser bien sûr à Paris, mais aussi dans les régions. Progressivement, il fallait monter en puissance, passer de la sensibilisation de premier niveau à des formations plus avancées (la recherche d'informations sur Internet, la conception de serveurs Web documentaires, etc.). Progressivement également se dégageait un panel de formateurs réellement compétents pour tout ce qui a trait à l'usage d'Internet par les professionnels de l'ID.
Pour faire face à cette demande, réllement explosive, l'association a dû de nouveau investir financièrement. Une salle de formation multimédia dotée d'un parc de machines interconnectées a été installée fin 1996. Elle permet non seulement de multiplier les actions classiques de formation mentionnées plus haut, mais aussi d'en offrir d'autres, plus pointues, plus centrées sur certaines problématiques. Surtout, cette salle (qui permet de former à Internet comme aussi aux techniques du group-ware, du work-flow, de la gestion électronique de documents,...) va rendre d'importants services aux membres des groupes sectoriels de l'ADBS. Des ateliers se développent, avec des rencontres spécifiques autour de la découverte et de l'évaluation des services ID professionnels disponibles sur Internet en matière de santé, ou pour le secteur bancaire ou en encore pour l'environnement.
Au cours des deux dernières années, plusieurs
autres actions ont accompagné le mouvement général.
Ainsi des publications se sont multipliés, avec des ouvrages
spécialisés (La recherche d'informatiosn sur Internet). La
diffusion de textes électroniques sur le site ADBS commence
également à devenir une pratique plus courante. Un projet est
par ailleurs en cours de réalisation pour mettre sur le site une version
Internet du catalogue des bases de données professionnelles.
1-7. Un bilan plutôt positif et de nouveaux enjeux
Fin 1996, on peut considérer que 15% environ des membres de l'ADBS sont connectés au réseau et ont des pratiques professionnelles réelles. L'objectif est de passer à au moins 50% à la fin de 1997. D'ores et déjà de nouvelles initiatives apparaissent, comme par exemple la création de pages Web pour les groupes régionaux, qui posent assez vite la question de la juste articulation à trouver avec le site national.
Dans le même temps (et sans doute grâce à l'action de sensibilisation menée depuis deux ou trois ans), l'association et ses membres se mobilisent pour prendre position dans certains débats publics majeurs et défendre certaines valeurs essentielles. Ainsi l'ADBS manifeste-t-elle publiquement son désaccord sur les limitations que certains veulent imposer à la circulation de l'information sur les réseaux électroniques (au profit, à l'évidence, des seuls intérêts de grands investisseurs économiques) ; la décision de modifier, à la sauvette, sans consultation publique réelle, la Convention de Berne sur les droits d'auteurs et de reproduction a fortement choqué toute la profession des documentalistes et bibliothécaires, tant en France qu'au plan mondial (mais aussi les milieux académiques et scientifiques). De même, l'association soutient fortement l'idée d'un accès aussi libre que possible (au coût le plus bas possible) à l'information officielle ou publique, encourageant par ailleurs les acteurs du secteur privé à faire des efforts pour concevoir et diffuser des produits et services à réelle valeur ajoutée qui, eux, devront être légitimement rémunèrés.
2 - LA STRATEGIE ET LES PROJETS DE LA FMOI
2-1. La Fédération Mondiale des Organisations
d'Ingénieurs
Dans un tout autre contexte, la FMOI - Fédération Mondiale des Organisations d'Ingénieurs - s'emploie de même à utiliser et à faire utiliser Internet par ses membres (les associations nationales d'ingénieurs) et à travers eux par les ingénieurs eux-mêmes sur leur propre terrain professionnel.
La FMOI est une fédération d'associations (une bonne centaine de structures nationales ou régionales - Europe, Asie, etc.- ) intervenant au niveau mondial. Son budget est très limité (cotisations versées par les membres nationaux, en fonction de leur taille) et son équipe de permanents est réduite à 3 ou 4 personnes. Un comité exécutif, avec un bureau élus, dirige la fédération, qui s'appuie aussi sur plusieurs commissions permanentes (travaillant au plan mondial).
La FMOI est reconnue comme Organisation Non Gouvernementale
accréditée par les Nations Unies et leurs diverses organisations
(UNESCO, UNIDO, UNEP, Banque Mondiale,...) et bénéficie de
quelques contrats de la part de celles-ci. La FMOI travaille essentiellement
sur quelques thèmes stratégiques comme par exemple le
développement durable, le transfert de technologies, la formation
des ingénieurs ou encore l'information et la communication au sein
des communautés d'ingénieurs.
2-2. Internet, une stricte nécessité pour
la FMOI
Au cours de l'année 1995, la nouvelle équipe dirigeante de la FMOI décidait de considérer Internet et les réseaux électroniques comme "a strategical issue" pour la fédération. Plusieurs raisons imposaient ce choix;
- impossibilité, à l'évidence, d'ignorer Internet, d'autant plus que certains membres commençaient à développer de réels usages professionnels de l'outil (Australie, Nouvelle-Zélande notamment) ;
- nécessité de trouver une solution à la question de plus en plus délicate de la non participation réelle des membres nationaux aux activités de la FMOI : restrictions budgétaires limitant les déplacements internationaux, lenteur et surtout coût excessif des circuits classiques d'information et de communication ;
- nécessité d'améliorer la présence et la visibilité de la fédération sur la scène mondiale mais aussi au niveau des différents pays ;
- également rendre plus efficace le travail de la petite équipe permanente comme aussi celui des commissions, du comité exécutif et du bureau (comment permettre à un australien, un argentin, un américain, un français, un anglais, un hongrois, un japonais, un chinois,... de travailler efficacement à distance?) ;
- réduire drastiquement les coûts de communication
au sein de la FMOI.
2-3. Internet, au coeur de la stratégie et du plan
d'action de la FMOI
Dans un premier temps, une large action de sensibilisation a été mise sur pied. Des conférences ont été données à plusieurs reprises par l'auteur de cette communication devant les membres du Comité exécutif lors des assemblées annuelles (notamment lors de l'assemblée générale de la fédération, à Budapest, en octobre 1995).
Fin 1995, une large enquête a été faite auprès des membres nationaux pour connaître l'état des connexions Internet dans les différents pays. Le texte de l'enquête a été conçu après quelques échanges de messages et de documents électroniques entre la France et l'Australie. Les résultats de cette investigation ont permis d'identifier plusieurs problèmes à résoudre (de connexion notamment) et surtout ont montré que les membres nationaux attendaient beaucoup de la fédération (en matière de sensibilisation et de formation notamment).
Un plan d'action a alors été défini, puis
incorporé au plan stratégique de la fédération
et enfin largement diffusé auprès des membres nationaux.
Parmi les mesures énoncées, on peut citer la réalisation
effective à Rio-de-Janeiro en octobre 1996 d'un séminaire pour
les membres du comité exécutif élargi, avec
démonstration de différents usages d'Internet par les associations
d'ingénieurs.
A cette occasion, a été présentée, en ligne, la maquette d'un futur site Web de la FMOI. Une décision a alors été prise par le comité exécutif de passer à la réalisation, en 1997, d'un site en vraie grandeur sur la base d'un cahier des charges fonctionnel bien adapté au contexte de la fédération (prise en compte de la question de subsidiarité ou de la juste relation entre la FMOI et ses membres).
Un autre axe du plan d'action consiste en la réalisation
d'une série de séminaires ou ateliers régionaux à
l'intention des présidents, directeurs exécutifs et autres
responsables de diverses associations nationales d'ingénieurs. L'objectif
de ces séminaires est de faire prendre conscience à ces
"décideurs" de l'importance de l'enjeu Internet pour leurs associations
et de mettre sur pied des politiques ad-hoc. Des mesures d'entraide sont
également proposées (par exemple, une association nationale
d'Uruguay peut s'appuyer sur l'expérience des collègues du
Brésil ou d'Argentine ; de même, des modèles de structures
de sites Web sont mis à disposition de ceux qui ne pourraient pas
développer facilement leurs propres sites). Un premier séminaire
régional pour l'Amérique latine s'est tenu avec succès
début décembre 1996 à Montevideo. Il sera suivi en 1997
d'autres réalisations en Asie, en Europe de l'Est et en Afrique (les
organisations des Nations Unies soutiennent activement ce projet).
2-4. Des priorités très concrètes
L'étape à franchir désormais pour la fédération consiste à généraliser l'emploi d'Internet (et en priorité absolue celui du courrier électronique, avec la fonctionnalité très utile des attachements de documents), tant au niveau des instances de travail et de décision de la fédération. Le Président, les vice-présidents et les responsables de commission pratiquent désormais aisément ce genre de communication électronique internationale efficace, mais l'équipe du secrétariat général reste encore en retrait (pour d'obscures raisons), ce qui ne va pas sans créer quelques conflits sérieux. Alors que les minutes de la réunion de Rio ont été diffusées électroniquement quelques jours après la tenue de la réunion par le vice-président australien, pourquoi le secrétariat général (sis à Londres) n'est-il pas en mesure, trois mois plus tard, d'intégrer les modifications à apporter au texte et d'assurer la diffusion de celui-ci?.
Le développement du site Web constitue également une étape déterminante, en particulier pour la mise en valeur des ressources des différentes associations nationales membres de la FMOI comme aussi pour la promotion de grands projets internationaux dans le domaine du développement durable.
3 - QUELQUES ENSEIGNEMENTS ET PRECONISATIONS
Les deux expériences présentées ci-dessus
sont loin, à l'évidence, de couvrir l'ensemble de la
problématique relative à l'usage d'Internet par les milieux
associatifs. Elles permettent de dégager malgré tout certains
points qui peuvent servir d'éléments d'ancrage pour un débat
public ouvert.
3-1. La communication et l'association : Internet pour
rassembler et partager
D'abord, il convient de souligner le constat qu'Internet comme le mouvement associatif relèvent au départ d'une même philosophie, celle de la libre volonté d'échanger, de partager des idées, des informations, des savoirs et des savoir-faire. On crée et on participe à des communautés d'intérêt autour de certains thèmes. Au fond, une association est fondamentalement une structure en réseau, structure qui peut être plus ou moins cadrée, encadrée, en fonction de l'objet des statuts déposés et acceptés. Une association met en contact des individus, des groupes pour agir dans une certaine direction. L'instrument principal de consolidation et de développement de l'association est la communication sous toutes ses formes : communications verticales ou horizontales, communications formelles ou informelles, communications sur supports des plus variés. Dans ces conditions, la "technologie" Internet apparaît vraiment comme l'instrument, l'outil de communication et de travail le plus conforme à l'idéal du mouvement associatif. Inversement, le mouvement associatif, par ses focalisations sur ses thèmes de préoccupations, par ses règles du jeu parfois assez formelles, constitue un sous-ensemble particulier du monde Internet.
Les difficultés dans le mouvement associatif sont nombreuses et, dans certains cas, peuvent conduire à la disparition des structures laborieusement mises en place.
D'abord, contrairement à l'entreprise, à
l'université ou à l'administration, l'objet fédérateur
(celui qui figure dans les statuts de l'association) reste essentiellement
une ardente obligation qui vaut tant qu'on a la volonté et les moyens
de se rassembler et d'unir ses forces. Equilibre instable (comme celui de
la pratique de la bicyclette ou de la natation) qui ne peut être tenu
que par une forte et permanente mobilisation des membres. Cela se traduit
par des démarches actives de communication et de diffusion d'information,
par la mise à disposition de services à valeur ajoutée
et par une visibilité (ou lisibilité) externe facilitant les
processus d'identification. On comprend aisément pourquoi Internet
est intéressant pour les associations (l'expérience de la liste
de diffusion électronique ADBS-INFO est ici déterminante).
3-2. Déspatialiser les activités associatives,
pour surmonter le barrage des distances
Une sérieuse difficulté réside (c'est
banal de le dire, mais ça mérite d'être évoqué)
dans l'éclatement du tissu des membres des associations. Ces derniers
appartiennent à des structures les plus diverses, sont des lieux parfois
très éloignés. Cette dispersion géographique
et structurelle est la caractéristique la plus forte du mouvement
associatif. Alors, comment fonctionner efficacement dans un tel contexte?
Comment permettre la rencontre (la réaction chimique
élémentaire du fait associatif) entre les individus, entre
les groupes? Comment déspatialiser le rappochement, l'association?
On voit encore ici que le recours à Internet est des plus fécond,
surtout si l'on travaille à vaste échelle, nationale et encore
plus internationale ou mondiale.
3-2. Désynchroniser les activités, pour
mieux gérer le temps associatif
Une autre difficulté tient au fait qu'en règle
générale, on n'est pas salarié d'une association. On
est bénévole ; on accepte de passer un petit peu de son temps
à (pour) l'association. Or ce temps est limité, cruellement
limité. Il l'est encore plus en période de crise économique
; on constate actuellement une diminution réelle de participation
des individus aux activités des associations auxquelles ils
adhérent, en raison, bien souvent, du refus des supérieurs
hiérarchiques de considérer cette activité associative
(je limite ici la réflexion au cas des associations professionnelles)
comme essentielle pour leurs collaborateurs. Alors à nouveau, comment
fonctionner efficacement dans un tel contexte? Comment permettre l'implication
des membres sans créer de difficultés d'emploi du temps
(réunions qui prennent une demi-journée, au plus mauvais moment
pour l'individu ou l'entreprise,...)? Comment permettre la rencontre
désynchronisée des membres? Comment développer des
activités associatives en désynchronisant les implications
de chacun? Internet est bien à nouveau un instrument intéressant
dans cette perspective (allant bien évidemment au delà d'autres
outils de désynchronisation tels que le répondeur
téléphonique).
3-2. Exploiter, valoriser la diversité
associative
On pourrait évoquer d'autres difficultés
spécifiques du développement des associations, comme par exemple
l'hétérogénéité des groupes d'individus
ou de structures qui les composent (et la diversité des attentes de
chacun). Mais celle-ci reste fondamentalement une richesse et doit être
valorisée. Dans les pratiques traditionnelles, cette diversité
est consciemment ou inconsciemment gommée ou plus généralement
non prise en compte (le plat unique offert à tout le monde). Le
caractère ouvert, transparent de la communication via Internet et
la facilité d'expression des particularités obligent à
mettre en évidence et à gérer cette donnée (mais
attention, cela ne veut pas dire que les associations doivent
systématiquement adopter les logiques du nouveau marketing
électronique - le "one to one" - et l'inéluctable enfermement
de chacun dans des grilles ou matrices de pratiques et besoins finement
observés et notés).
3-3. Revisiter les fondements de la vie associative
Certes, toutes les associations ne passeront pas du jour au lendemain sur Internet et se transformeront radicalement en télé-associations. Tous les membres des associations ne seront pas à 100% des "interassociés" ou internautes associatifs. Beaucoup d'efforts restent à faire pour aller dans ce sens là, mais la voie est tracée. Alors que faire?
C'est d'abord dans les têtes qu'il faut changer les
connexions (de neurones). Il faut aider à modifier certains
conditionnements culturels, faciliter des changements d'attitude. Il faut
aider à repenser les "fondamentaux" ou fondements de la vie associative
à la lumière de la nouvelle communication numérique.
Cela passe par des actions de sensibilisation auprès des responsables
élus ou salariés des associations (comme il faudrait le faire
pour les patrons de l'industrie ou de l'administration). On pense
immédiatement à des conférences, des séminaires,
des recueils d'exemples, des démarches d'entraide entre associations.
Les pouvoirs publics devraient sûrement mettre sur pied et contribuer
au financement d'un tel programme d'incitation des associations à
s'approprier Internet et à se présenter sur la "toile".
3-4. Des politiques et des plans d'actions
spécifiques
Si les dirigeants ou animateurs les plus actifs des associations comprennent vraiment l'enjeu Internet, alors ils peuvent passer à la conception et à la mise en oeuvre de plans stratégiques spécifiques. Ils doivent déterminer une politique, dégager des moyens, faire des choix, définir des programmes d'actions. Dans les cas mentionnés plus haut, on notera l'importance de cette démarche politique volontariste. Il ne faut pas aborder Internet par la bande, en catimini, sur la pointe des pieds. Il faut y aller carrément.
Très vite des actions de formation pour les membres des associations (comme pour leurs salariés) sont à développer de façon systématique. Là encore, des démarches d'entraide interassociative sont envisageables. La création de supports de sensibilisation et de formation peut être vivement encouragée, en même temps que doivent être étudiées des formules d'implication plus forte (ateliers de découverte sur des thèmes spécialisés ou problématiques particulières).
L'usage de la messagerie électronique par les membres de l'association doit être considérée comme la première des priorités. Cela devrait aller de soi, mais l'expérience montre combien les réticences sont fortes et les habitudes pesantes. Le rôle des responsables des bureaux élus est déterminant ; ils doivent donner l'exemple, imposer les mesures nécessaires : par exemple faire circuler les documents de travail électroniquement pour éviter de payer dix à trente fois plus chers la diffusion de ces pièces, faire établir et diffuser des annuaires d'adresses électroniques, rapprocher dans l'espace virtuel les élus et les permanents pour un travail plus efficace, etc.. L'utilisation des outils tels que les listes de diffusion électronique, les groupes de news, les babillards est également à systématiser en fonction des objectifs et préoccupations des associations. On s'aperçoit du reste très vite qu'il faut repenser la globalité de la communication au sein de l'association, réintégrer des outils existants (papier, vidéotex, rencontres,...).
Et très vite se pose la question de la création et de la maintenance du site propre de l'association, outil prodigieux pour la diffusion d'informations et de documents, mais aussi vecteur moderne de transfert des savoirs et des savoir-faire. Il faut insister ici sur la spécificité des sites Web des associations (au même titre qu'il existe des spécificités pour les sites universitaires, administratifs ou commerciaux) ; on recommande de faire établir des cahier des charges fonctionnels de ces sites (pour préciser les objectifs, les fonctions, l'architecture générale du site, ses modes d'alimentation et de maintenance, ses apparences,...) et de définir des responsabilités bien précises au sein de l'association pour éviter de tomber dans la prolifération ou juxtaposition de pages HTML incohérentes, parfois allant à l'opposé des objectifs et des statuts de l'association. Une démocratie bien particulière que celle des associations!...
Internet et les associations : le débat est ouvert. Il est voisin (tout en présentant certaines différences) à celui de la présence des administrations sur Internet, étant admis que de nombreuses associations jouent de fait un rôle important d'accompagnement du service public ou en démultiplient les actions. On ne peut qu'appeler à l'échange large et ouvert sur ce thème. Un prochain congrès international de l'UNESCO "Infoéthique" (Monte-Carlo, 10-12 mars 1997) abordera du reste prochainement certains des thèmes développés ci-dessus. D'autres manifestations plus directement consacrées à la consolidation ou à la revitalisation de la vie associative grâce à Internet devraient être envisagées assez rapidement de façon à permettre l'échange d'expériences et à aider à progresser dans la réflexion et l'action sur ce terrain.
Et au fond, pourquoi ne pas imaginer des "maisons virtuelles
des associations", sites Web majeurs permettant d'orienter les citoyens,
les utilisateurs d'Internet, sur les diverses associations actives dans
différents domaines de compétence bien définies
(associations professionnelles, associations sportives, associations caritatives,
etc.)?
Jean MICHEL