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LA SOCIETE DE L'INFORMATION:
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(extraits d'un article à paraître dans la revue ACCOMEX de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris , n° de juillet/août 1996)
La société de l'information est le terme utilisé pour décrire les transformations sociales et économiques profondes qui découleront de la révolution des technologies de l'information.
La numérisation de toute information - données, son ou image- permet de les traiter simultanément, c'est le multimedia. La compression de grands volumes d'information autorise leur traitement sur place ou leur transport d'un bout à l'autre de la terre grâce aux réseaux, en temps réel, c'est l'interactivité. Dans le domaine du commerce, la transformation des informations en données informatiques conduit à l'intermédiation électronique source de changements dans l'organisation des activités économiques.
multimédia: qui allie les informations (données, images, son) jusqu'ici diffusées par des média distincts: base de données (texte seul), édition, presse écrite (texte, image fixe), CD (sons), vidéo, T.V. (texte, image animée, son).
interactif: qui permet à l'usager de sélectionner l'information qu'il souhaite (cf. base de données) et plus généralement de dialoguer avec la source d'information..
multimedia interactif en ligne/hors ligne: le C.D. ROM est un produits multimedia hors ligne, qui peut être utilisé sans recourir au réseau. Les services en ligne permettent un échange avec les sources d'information par l'intermédiaire des réseaux.
Il peut s'agir de réseaux « propriétaires » (appartenant en propre au service) avec les grands bouquets de services que sont Compuserve ( 4,3 millions d'abonnés dans le monde) ou America on Line (5 millions d'abonnés dans le monde) s'adressant au grand public . Pour les entreprises des communautés d'échange de données informatiques (EDI) ont été développées par secteur d'activité.
Il peut aussi s'agir de réseaux ouverts avec le phénomène particulier d'Internet qui emprunte toutes sortes de réseaux existants et comptabilise déjà 50 millions d'utilisateurs dans le monde.
intermédiation électronique: la collecte et le traitement de données informatiques sur les clients et les fournisseurs par l'intermédiaire du commerce électronique vont permettre , grâce aux puissances de traitement des mégabases de données, une rationalisation du pilotage des activités: adaptation de l'offre à des demandes ciblées, automatisation de la chaîne allant de la commande à la livraison, internalisation des fonctions d'intermédiaires.
NB: cet article ne porte que sur les manifestations de la société de l'information dans le domaine marchand, laissant de coté les applications citoyennes, à but culturel, d'éducation, ...
La révolution des nouvelles technologies de l'information résulte des progrès fulgurants de l'informatique.
La miniaturisation des processeurs a permis le stockage et le traitement d'un nombre de données en croissance exponentielle. La capacité des mémoires vives dynamiques (DRAM) a été multipliée en moins de cinq ans par 64. Le prix moyen d'un mégabit de capacité de stockage est passé de 13 $ en 1987 à 0,2 $ en 1995 (source: l'observateur de l'OCDE fév/mars 96 le boom des technologies de l'information Vivian Bayar et Pierre Montagnier). Le nombre d'instructions qu'un processeur Intel est capable d'exécuter en une seconde a été multiplié par 100 entre 1982 et 1993 (source: Introduction au multimédia - technologies et marchés Claudine Schmuck, éditions AFNOR).
La compression des données numériques permet de réduire le volume occupé par les informations. Ainsi, pour stocker, traiter ou transporter du son, de l'image fixe voire de l'audiovisuel, qui demandent une grande quantité de bits, il est devenu possible et rentable de les numériser.
Abandonnant progressivement les techniques analogiques, les professionnels des contenus - texte, son, image, audiovisuel - adoptent les techniques numériques.. Ce furent d'abord les CD, puis les CD ROM, bientôt la télévision numérique. L'ensemble des industries de l'information, y compris la presse et l'édition, se convertit à l'informatique.
Qui dit support informatique, dit possibilité de traiter l'information qu'il contient: choisir, recopier, modifier, dialoguer. C'est l'interactivité. Tout usager de ce contenu d'information, muni du logiciel adéquat, est en mesure de l'utiliser de façon créative.
Dans le domaine du transport de l'information également, l'informatique sera omniprésente. On estime que déjà 90% des outils des opérateurs de télécommunication sont de l'informatique. Ce transport s'effectue par l'intermédiaire d'un support matériel (fil de cuivre RTC, câble coaxial, fibre optique) ou sans support matériel (faisceaux hertziens, satellite).
La miniaturisation permet aussi le gigantisme. Avec la nouvelle génération d'ordinateurs massivement parallèles on aboutit à des puissances de traitement des données énormes. Wal Mart le numéro 1 de la distribution aux Etats Unis vient de se doter d'une capacité de traitement de 7,5 teraoctets soit 60 000 milliards de bits (l'équivalent de 2 milliards de pages de texte). C'est l'avènement des mégabases de données, instruments de l'intermédiation électronique.
Cette mise en oeuvre a lieu progressivement pour les produits aval dont le marché n'est pas encore parvenu à maturité avec des expérimentations dans les domaines marchands et non marchands encouragées par les pouvoirs publics. Mais d'ores et déjà elle donne lieu à des investissements lourds et rapides dans les secteurs amont porteurs des nouvelles technologies et, pour ce qui concerne les contenus, la presse, l'édition, l'audiovisuel s'organisent pour maîtriser les nouveaux savoir faire du multimédia et les nouveaux canaux de diffusion de ces produits.
Les secteurs de l'informatique et des télécommunication, qui sont au coeur de cette révolution connaissent une croissance accélérée. Ainsi, par exemple, l'investissement dans les réseaux publics de télécommunication des pays de l'OCDE représentait 3% de la FBCF (investissement tous secteurs confondus) en 1992 (102 Mds $), il devrait atteindre 10% en 2000 (source: « l'explosion de l'information » in l'Observateur de l'OCDE oct./nov. 95). Le marché mondial des technologies de l'information - ordinateurs, composants, logiciels et services connexes - se développe depuis une dizaine d'années à un rythme de 8% par an. En 1994, l'industrie des technologies de l'information pesait déjà 430 milliards $ (source: « le boom des technologies de l'information » in L'observateur de l'OCDE fev/mars 1996).
Le marché des C.D. ROM a quintuplé aux USA en 1994, avec un CA de 140 millions de $. En France, 400 000 lecteurs de C.D. ROM ont été vendus en 1994, plus de 1 millions de ventes sont annoncées pour 1995 et 2 millions espérés pour 1996. Par ailleurs la plupart des grands titres de presse sont présents sur les services en ligne sur réseau propriétaire (Compuserve, America on line, ...) et sur Internet. Les grands groupes de presse et d'édition, de production audiovisuelle ont noué des alliances avec les distributeurs de services en ligne afin de s'assurer une large diffusion de leurs produits: aux USA Time Warner réunissant le groupe d'édition Time et les studios Warner Bros s'est allié à Turner Broadcasting System propriétaire d'une collection de chaînes câblées, Disney a acquis ABC, en Europe le géant allemand de l'édition de livres, disques et presse Bertelsman s'est allié à America on Line.
Parmi les diverses expérimentations, Internet s'est imposé à la quasi-totalité des opérateurs grâce à la simplicité et à la quasi gratuité de ses outils de communication et de développement adaptés à une communication universelle sur l'ensemble des réseaux.
Les entreprises s'approprient ce moyen de communication. Elles y voient en effet un moyen de diffuser à moindre coût et sur une plus grande échelle leurs produits ou services, d'obtenir une connaissance fine de leur clientèle et même d'instituer une relation interactive avec celle ci, de rendre plus opérationnelles et plus réactives leurs relations avec les entreprises partenaires de leur production et leur propre personnel. La présence dominante des firmes commerciales sur Internet, déjà réalisée, va changer son paradigme originel. L'information à valeur ajoutée va devenir payante, provoquant l'essor du commerce électronique.
De nouveau métiers apparaîtront. Le rapport Breton sur les téléservices en France a esquissé une nomenclature des nouvelles activités qui découleront d'un usage étendu des réseaux.
nomenclature de téléservices
téléservices aux entreprises:
- téléservices fonctionnels: télésecrétariat, téléaccueil,.../télésaisie, téléimpression, ../télétraduction, téléinterprêtariat/ télégestion (comptabilité, paie,...)/téléconseil, téléconsultation.
- téléinformatique: téléingénierie, téléassistance technique/ télédéveloppement logiciel/téléinstallation, maintenance/télégestion de parcs informatiques/télésauvegarde, archivage/ »facilities management ».
- télégestion, télésurveillance d'équipements ou de réseaux: télésurveillance, gestion d'équipements de chauffage, climatisation/télésurveillance d'ascenseurs/de réseaux d'eau, d'électricité, de gaz, d'éclairage public/ télésurveillance sécuritaire/télésurveillance des réseaux de transports/télécommande de process industriels/télérelevé
- Téléservices d'information et de médiation: téléservices d'information professionnelle/de courtage/ téléservices de compensation/catalogues électroniques, téléconférence
téléenseignement:
télémédecine: télédiagnostic/téléassistance médicale, télémédecine spécialisée/transfert de dossiers médicaux (carnet santé)/ téléconsultation de bases de données médicales/transfert d'images médicales pour traitement et simulation
téléservices aux particuliers: téléservices de divertissement (télévision payante, vidéo à la demande/ téléservices éducatifs/ services transactionnels, téléachat/ services de communication interpersonnelle/ télésurveillance, téléassistance aux personnes.
La révolution des technologies de l'information est porteuse d'un accroissement des performances de l'ensemble des activités économiques. De même que l'application de la robotique à la régulation des process de production avait entraîné de formidables gains de productivité et un accroissement de l'échelle de la production, de même la généralisation des systèmes d'information interne et leur ouverture sur l'extérieur de l'entreprise vont engendrer des gains d'efficacité et donner une nouvelle impulsion à la mondialisation des marchés.
L'extension de l'intermédiation électronique introduira un remodelage des activités économiques.
Avec les données dont nous disposons à l'heure actuelle, il est possible d'esquisser les étapes qui jalonneront l'avènement de la société de l'information.
L'ensemble de ces points va être développé dans la suite de l'article.
Parmi les multiples essais qui permettent de tester les nouvelles technologies et les nouveaux marchés, Internet, le réseau des réseaux offre un champ d'expérimentation qui rallie la plupart des opérateurs en raison de son succès lié à son extrême facilité d'accès.
Pour accéder à Internet, il suffit de disposer d'un micro ordinateur multimédia et d'un modem (coût d'environ 10 000F en France), de souscrire un abonnement à un fournisseur d'accès (100 à 200F mensuels) et d'acquitter les frais de communications locales. Les logiciels nécessaires pour utiliser Internet et même pour créer un web sont fournis gratuitement (du moins pour les versions anciennes).
Comment fonctionne Internet et qu'y fait-on?
Internet n'est pas en premier lieu un réseau, mais une communauté d'ordinateurs qui parlent le même langage: TCP/IP (TCP= protocole de contrôle de transmission, IP=Internet protocol qui définit le format des messages sur l'Internet).
Internet devient un réseau en interconnectant, de proche en proche, des réseaux de toute taille et de toute nature (public ou privé, avec des débits très variables). Il en connecte actuellement plus de 60 000, du fil téléphonique du particulier, en passant par la ligne spécialisée du fournisseur d'accès lui même connecté sur les gros tuyaux que constituent les fibres optiques des liaisons téléphoniques interurbaines ou des réseaux spécialisés comme le réseau de recherche RENATER ou directement sur les « épines dorsales » d'Internet. Ces liaisons à très gros débits continentales et transcontinentales sont exploitées par des consortiums mêlant opérateurs commerciaux et du monde de la recherche qui les louent aux opérateurs de télécommunications (Ebone, Sprint, ...).
D'un point à un autre quelconque de la planète, Internet permet à la fois les communications interindividuelles (messagerie ou E-mail, groupes de discussion ou forums ou « News ») et la consultation de serveurs (c'est la toile ou « world wide web », en abrégé « web »). Grâce aux liens hypertextes on passe très facilement d'une information à une autre d'un serveur à un autre. Internet permet aussi le téléchargement de fichiers et l'utilisation d'ordinateurs distants.
Actuellement on estime que 50 millions de personnes dans le monde utilisent Internet, et ce nombre est en croissance très rapide de l'ordre de 10% par mois. Le nombre des serveurs web est estimé à 225 000. Le taux de croissance au cours du premier semestre 1995 du nombre de domaines Internet (~ accroissement du nombre de serveurs) a été le suivant: USA +35%; Europe de l'Ouest +40%; Asie +51%; Afrique +53%.
Tous les acteurs, informaticiens, opérateurs de télécommunication, services en ligne, concourent au développement d'Internet, car, par ses solutions techniques ouvertes permettant à tous les ordinateurs et systèmes d'information de communiquer entre eux, il est le seul qui apporte un mode de communication électronique universel.
· les protocoles et logiciels mis au point dans le réseau Internet sont adoptés par l'ensemble des opérateurs de l'informatique et des télécommunications. Leur force est en effet d'avoir fait leurs preuves dans un test grandeur nature, d'être issus d'une coopération entre chercheurs et praticiens d'horizons divers et d'avoir été adoptés collectivement (les consortiums d'Internet, instances chargées de valider les solutions techniques, associent l'ensemble des parties prenantes). Microsoft, IBM, l'ensemble des fabricants de logiciels et constructeurs informatiques intègrent dans leur offre les standards et solutions Internet, contribuant ainsi à compléter ses fonctionnalités.
la course au perfectionnement des outils logiciels d'Internet
(source: l'Usine Nouvelle 6 juin 96)
Ces logiciels sont jusqu'ici fournis gratuitement (avec l'accès à Internet). En moyenne une nouvelle version apparaît tous les trois mois.
Les logiciels « navigateurs »: permettent de rechercher l'information en exploitant les liens hypertexte. Noms: Netscape et Navigator de Netscape (80% du marché), Explorer de Microsoft. Développements annoncés: permettre le téléchargement et l'exécution d'un programme sur une page (Java et ActiveX)
Les moteurs de recherche (browsers »: sont des annuaires répertoriant les innombrables sites du web (225 000 serveurs), constitués grâce à des robots parcourant le web et indexant les informations, de façon à aider la recherche des informations sur le web. Noms: Yahoo, Lycos, Alta Vista, Infoseek, ...Développements annoncés: incorporation d'agents intelligents; exemple: le BargainFinder d'Andersen Consulting permettrait de comparer toutes les offres d'un produit donné.
Les logiciels pour créer des pages de serveurs en langage html: produits incorporés dans les standards Microsoft mais aussi nombreux outils spécialisés. Développements annoncés: importer des programmes sur une page afin de créer par exemple une animation.
Les logiciels de gestion des serveurs d'information: ils gèrent les pages et les liens hypertexte. Nombreux développements attendus liés à la commercialisation d'Intranet. Exemple: recherche dans base de donnée, optimisation de l'interface terminal, application téléchargeables,
Autres logiciels en développement: logiciels Firewall de protection, technologies de passage au multimédia, VRML pour la 3D, Java, ...
· Les sociétés de services informatique proposent « Intranet » pour les systèmes d'information des entreprises, c'est à dire les mêmes fonctionnalités qu'Internet pour le réseau interne. L'avantage est de ne pas avoir à harmoniser le parc d'ordinateurs, de communiquer avec toutes les implantations, où qu'elles se situent dans le monde et de pouvoir étendre la communication aux fournisseurs et autres partenaires de l'entreprise. Ultérieurement, avec les dispositifs de sécurité adéquats, l'interconnexion des systèmes de communication interne et externe pourra être facilement réalisée grâce à l'unification des standards.
· Les professionnels des télécommunications s'appliquent à renforcer les infrastructures d'Internet afin de faire face à un trafic croissant très rapidement. Ils deviennent fournisseurs d'accès à Internet (ATT aux USA, France télécom avec Wanadoo en France).
· Les prestataires de services en ligne, qui avaient développé une offre commerciale basée sur les mêmes nouvelles possibilités technologiques mais close dans un réseau « propriétaire », tels America On Line et Compuserve aux USA, rejoignent Internet. Ils offrent tous maintenant, en plus de leurs propres services, un accès à Internet. Certains prédisent même que ces réseaux propriétaires ne subsisteront pas tels quels, mais migreront tôt ou tard complètement sur Internet se contentant alors de valoriser leur fonction de gestionnaire d'une clientèle nombreuse de consommateurs. De même les serveurs Minitel français sont déjà accessibles sur Internet, par l'intermédiaire de Wanadoo notamment.
Trois handicaps demeurent cependant pour Internet: la sécurité et la confidentialité des communications, l'engorgement des réseaux, l'obstacle à sa diffusion dans le grand public que constitue le coût et la forte technicité d'utilisation des terminaux actuels, les micro ordinateurs personnels.
· L'ouverture extrême d'Internet laisse le champ libre à toutes sortes de risques. Nous évoquerons seulement brièvement ici les risques de piratage informatique et d'espionnage commercial pour les entreprises et les risques d'atteinte à la confidentialité de la correspondance privée, aux bonne moeurs et à l'ordre public pour les particuliers. Les questions juridiques relatives notamment aux droits d'auteur ont été évoquées dans un précédant article de cette revue (« les contours incertains de la future société de l'information » n°7 janvier/février 1996).
Les risques de piratage informatique imposent de prendre les moyens de protéger les systèmes informatiques. La sécurité informatique est une préoccupation de tous les professionnels des systèmes d'information, avec la mise en place de barrières à l'entrée (firewall), de sites miroirs et de cloisonnements protégeant les données stratégiques.
Un media mondial aussi ouvert accroît, dans un contexte de concurrence forte, les moyens de la guerre de l'information. Présentes ou non sur Internet, les entreprises sont exposées à la propagation de fausses informations les concernant, susceptibles de leur nuire. Présentes sur le web, elles sont vues de leurs concurrents qui peuvent, avec des moyens d'espionnage électronique, observer leurs comportements et approcher leur stratégie commerciale. L'affirmation de ce nouveau media appelle donc une plus grande vigilance et un véritable professionnalisme des entreprises dans le maniement de l'information.
La protection des particuliers est à l'ordre du jour depuis plus d'un an. La protection de la correspondance privée est assurée par le cryptage des messages. Des solutions différentes ont été adoptées aux USA, où la cryptologie est totalement libre, en France, où les clefs de cryptage devront obligatoirement être déposées chez un tiers de confiance à disposition des officiers de police judiciaire, et dans d'autres pays européens où le dépôt est recommandé mais non obligatoire.
Pour la protection de l'ordre public, la récente loi sur les télécommunications en France a institué une autorité de déontologie, le Conseil supérieur de la Télématique qui pourra désigner aux fournisseurs d'accès les sites illégaux qu'il convient de censurer, ceux ci permettant aux particuliers de se responsabiliser grâce à un logiciel de verrouillage des sites consultables. Aux USA la tentative d'interdiction d'informations portant atteinte aux bonnes moeurs, le « decency act », n'a pas abouti.
· La croissance ultra rapide de la fréquentation d'Internet induit une menace permanente d'engorgement du trafic. Etant donné la rentabilité de l'investissement, il est à peu près certain que les opérateurs de télécommunication s'emploieront à renforcer les grands axes de circulation le mettant à l'abri d'une rupture de fonctionnement.
Cependant la propriété d'Internet étant d'utiliser de multiples canaux pour faire circuler l'information numérique, lorsque celle ci emprunte un canal à faible capacité, RTC (fil téléphonique cuivre) par exemple, le débit est beaucoup plus lent. Les calculs ont montré que l'installation de fibre optique ou même de câbles jusqu'au domicile des particuliers ne peut être rentabilisée, là où les réseaux téléphoniques préexistent, c'est le coût du travail de voirie qui est dissuasif. Dans l'état actuel des possibilités de compression numériques, la consultation de video par l'intermédiaire d'Internet reste donc impossible pour ceux qui y accèdent avec un raccordement téléphonique ordinaire.
· Certains experts estiment que le P.C. multimédia actuel ne se diffusera pas au delà de 50% des ménages même aux USA, compte tenu de son coût et de sa complexité d'utilisation. Des recherches ont donc été entreprises pour mettre au point des terminaux plus simples et moins coûteux.
Une première piste réside dans les « ordinateurs de réseau » (Network computer) dont des prototypes ont déjà été construits par plusieurs opérateurs de l'informatique et qui seraient commercialisés aux alentour de 2000F (au lieu de 10 000F pour un PC multimédia). La source d'abaissement du coût de ces ordinateurs réside dans le fait que les logiciels nécessaires ne se situent plus dans le terminal, mais sont importés à partir du réseau en utilisant la technologie « Java » la plus récente sur Internet, développée par Sun. Mais ce n'est qu'une piste car la technicité d'utilisation de l'ordinateur réseau demeurera importante et il ne peut espérer séduire que des usagers à l'aise avec l'informatique.
C'est pourquoi d'autres pistes sont explorées à partir du téléphone, de la télévision ou de la console de jeux domestiques. Par exemple SEGA et BANDAI ont annoncé pour cette année la commercialisation aux USA de consoles faisant office de terminal Internet. L'expérimentation PLEIN CABLE de la Compagnie générale des Eaux dans le 92 utilise le poste de télévision comme terminal pour son bouquet de service comprenant un accès Internet.
Si Internet est incontournable et a démontré son efficacité, il ne peut perdurer dans son fonctionnement initial. Le modèle d'origine est: financement public des infrastructures, contenu d'information gratuit issu du monde de la recherche et des universités.
Depuis moins de deux ans le financement public s'est tari. Le relais est pris par les fournisseurs d'accès, mais cela risque de reporter le coût sur l'utilisateur en limitant le marché. Par ailleurs de nombreux nouveaux opérateurs commerciaux sont arrivés, pressés d'y faire des affaires.
Déjà en juillet 95, la proportion de serveurs ayant trait au commerce et aux affaires (27,7%) et aux divertissements et loisirs (24,5%) donnaient une part cumulée prépondérante à des informations provenant d'entreprises commerciales. Cette proportion n'a fait que s'accroître depuis. Open Market fait état de 21 000 sites commerciaux sur Internet.
Le commerce électronique aux USA:
source: note du poste d'expansion économique de New York d'avril 96 « comment promouvoir et vendre des produits français sur Internet aux USA »
Aux USA les ventes sur Internet ont représenté 400 millions $ en 1995, chiffre très faible comparé aux 1500 milliards $ ventes de produits de consommation, 65 milliards $ de vente par correspondance, et 3 milliards $ de téléachat. Ce n'est même pas équivalent aux 3,1 milliards de F reversés par France Télécom aux serveurs Minitel en France.
L'achat de produits est une motivation minoritaire des usagers d'Internet: 60% d'entre eux citent les questions de sécurité des paiements en ligne comme obstacle.
Leurs exigences: plus d'information sur le produit (« service avant vente »), un délai de livraison court, la possibilité de retourner le produit, une solution complète avec l'ordinateur (ni téléphone, ni télécopie, ni courrier); les « netsurfers » ont un accès plus facile à l'information et disposent déjà d'outils logiciels pour comparer les offres sur un même produits disponibles sur le web (bargain finder).
Les secteurs de développement du commerce électronique:
photographie actuelle des achats sur le web (source: « Internet Shopping, supplément du magazine Stores): 60% logiciels, 26% publications, 24% microinformatique (hardware), 21% information on line, 16% voyages, 12% fleurs, 11% vêtements, 7% alimentation, 6% appareils de maison électronique, 4% tickets de spectacle.
Les entreprises investissent dans Internet, car elles savent que c'est le prix à payer pour ne pas prendre de retard, mais elles n'ont pas jusqu'ici de retour sur investissement. Faute de sécurité des paiement en ligne le commerce électronique ne s'est pas développé.
prévision d'achats sur le web (même source): 59% logiciels, 53% tickets de spectacle, 51% voyages, 41% loisirs, 40% informations on line, 36% publications, 35% micro-informatique, 26% appareils de maison, 20% alimentation, 19% fleurs, 17% articles de sport, 16% vêtements, 8% bijoux. Ces données confirment le caractère particulièrement adapté d'Internet à la distribution des services de tourisme et de loisir.
publicité sur le web: Les tarifs d'insertion publicitaires sur le web sont pour l'instant très avantageux. Mais il faut maîtriser ce nouveau langage de communication vers un public mondial et peu ciblé.
La sécurité des transactions et des paiements en ligne a donc été la priorité de travail des années 1995-1996. Les services en ligne, les industriels de l'informatique et les établissements financiers s'attachent à mettre au point les solutions permettant d'assurer le commerce et le paiement sur Internet.
Pour pouvoir acheter ou vendre sur Internet, il faut que les paiements soient considérés par tous les utilisateurs comme sécurisés. Le client doit être certain de l'identité du fournisseur, qu'il sera livré, et que sa carte de paiement ne sera pas piratée. Le vendeur doit être certain de l'identité, ou du moins de la solvabilité de l'acheteur. De multiples solutions sont ou seront prochainement opérationnelles. Celle qui semble promise au plus bel avenir est la norme SET (Secure Electronic Transaction) récemment déposée mise au point par IBM avec la collaboration de Netscape, qui a reçu le soutien Visa, Mastercard et Amex (American Express).
L'étape de la sécurisation des paiement étant franchie, le commerce électronique va se développer sur Internet. Pour la plupart des serveurs web de firmes commerciales, il est probable que, au delà d'une vitrine gratuite, l'information « à valeur ajoutée » sera facturée.
Pour le commerce des produits, les services de logistique prendront une grande importance.
Les firmes américaines utilisent majoritairement des sociétés de livraison rapide (Federal Express, UPS, DHL, ...) qui livrent en 72 heures chez le client.
Pour les firmes étrangères, soient elles sont implantées aux USA ou recourent à un partenariat avec des entreprises US, soient elles utilisent les « warehouse ».
Les « warehouses » aux USA offrent maintenant un service bien plus étendu que l'entreposage de marchandise. Voici la liste des services qu'ils proposent:
-transport de marchandises du port d'arrivée à l'entrepôt après passage en douane,
-retour du conteneur au transporteur
-vérification de conformité des marchandises arrivées
-confirmation adressée à l'expéditeur
-fractionnement des colis en fonction des commandes et reconditionnement pour envoi aux détaillants
- envoi au client final par courrier ou transport rapide suivant les factures fournies par l'exportateur
- gestion du stock et inventaire
-entreposage sous douane, facilité particulièrement indiquée lorsqu'un conteneur comprend des envois groupés
- envoi à l'exportateur des commandes reçues des clients, pour approbation et livraison,
-assemblage des différentes pièces d'un article, solution intéressante lorsque les droits de douane sont élevés sur les produits finis.
En conséquence, le paradigme de l'Internet originel va probablement changer. Il se transformera progressivement en une place de marché et de communication mondiale. Son utilisation sur une échelle toujours plus vaste, aussi bien pour les relations avec le consommateur final que pour les relations entre entreprises et internes aux entreprises, sera favorisée par les gains économiques issus de la communication à distance et du traitement des données ainsi collectées.
Trois catégories :
-ceux qui sont accessibles depuis un terminal micro-ordinateur personnel multimédia et modem via le réseau téléphonique
-ceux qui sont accessibles via le câble, soit sur micro-ordinateur PC multimédia soit sur le poste de télévision
-ceux qui sont accessibles via le satellite sur le poste de télévision.
Les deux premières catégories sont aussi fournisseurs d'accès à Internet.
Deux bouquets de service français sont déjà ouverts: INFONIE sur réseau propriétaire (abonnement mensuel de 149F avec temps illimité de connexion) et Wanadoo sur réseau ouvert (abonnement mensuel de 55F pour 3h de connexion et de 110F pour 15h de connexion). Par ailleurs les grands services en ligne américains sur réseau propriétaire proposent des abonnements au public français, America On Line (abonnement mensuel de 49F pour 3h de connexion, 182F pour 10h de connexion) et Compuserve (64,90F mensuel pour 5h de connexion, heure supplémentaire 19,9F).
Ces bouquets grand public offrent une palette de services très voisine: achat à distance, information, loisirs, culture, éducation, forums. Tous offrent un accès à Internet.
On peut aussi citer d'autres bouquets s'adressant à un public plus ciblé.
Club Internet: Mise en oeuvre par Grolier Interactive, filiale de Matra Hachette. Accessible depuis Internet, sauf pour certains contenus réservés aux abonnés. Contenu: éditions électroniques du groupe Hachette Filipacchi: Elle, Photo, Pariscope, Europe 2, Planète Internet + sélection de sites Web. Abonnement 77F/mois sans limitation de durée (+30F pour ID Clic serveur des adolescents assistance aux devoirs, informations sur l'orientation, bouquet de services de Bayard Presse). Kit de connexion 149F avec un mois d'abonnement.
Microsoft Network: Même principe que pour Club Internet ou Wanadoo. Accessible par Internet, sauf pour une série de services réservés aux abonnés. 65F/mois pour 5 heures, 165F/mois pour 15H puis 20F par heure supplémentaire.
Globe on line: galerie marchande électronique. Mis en oeuvre par la compagnie bancaire, ouverture septembre 96. galerie marchande de commerçants déjà présents sur le Web mais ayant souscrit au système de paiements sécurisé Globe ID (développé par GC Tech)
Dans un bouquet de services comme dans Internet on accède à des informations sur l'actualité, le sport et les loisirs, on peut réserver un voyage, on peut acheter à distance, etc... Il est donc légitime de comparer les tarifs des bouquets de services en ligne et des fournisseurs d'accès concernant leur clientèle de particuliers.
On dénombrait 60 fournisseurs d'accès à Internet en France pour les particuliers qui se connectent en mode Dial Up (intermittent). Leur localisation ne joue plus pour le consommateur puisque, depuis mars 96, France Télécom garantit le tarif des communications locales quelle que soit la localisation de l'accès du fournisseur. Pour 75% d'entre eux la redevance mensuelle se situe entre 100 et 200F pour une durée illimitée. Les principaux fournisseurs d'accès sont Calvacom, Francenet, World-Net.
Ils sont en cours d'expérimentation auprès d'un petit nombre de consommateurs: test auprès de 200 usagers du 7ie arrondissement de Paris pour MULTICABLE (Lyonnaise Communication) et de 1000 usagers du département 92 pour PLEIN CABLE (Compagnie générale des Eaux). A l'issue de l'expérimentation, et en fonction de ses enseignements, le bouquet sera mis au point et commercialisé.
MULTICABLE recourt à l'ordinateur comme terminal, PLEIN CABLE utilise la télévision. Les forts débits du câble permettent de proposer en plus des films, à fortiori lorsque le terminal est l'écran de T.V. A l'exception de ce supplément, les rubriques du bouquet sont à peu près les mêmes, avec la même interactivité et le même accès à Internet.
Cette troisième catégorie de bouquets diffère sensiblement des deux premières du fait de l'absence de voie de retour et donc d'interactivité. Ainsi, seule la technologie des deux premières catégories de bouquet permet l'usage d'Internet.
Plusieurs bouquets ont été lancés ou sont en projet: Canal + a présenté son bouquet numérique Canalsatellite début avril: option de base (98F/mois) dix chaînes thématiques et 3 chaînes étrangères, option cinéma (55F supplémentaires par mois), les émissions de la chaîne cryptée Canal+ sont proposées au tarif de 155F/mois aux abonnés de Canal Satellite.
Les autres chaînes françaises ont un projet avec la Lyonnaise des Eaux et la Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion.
Si les secteurs directement concernés sont les premiers touchés, l'ensemble des activités économiques est à terme concerné par la révolution des nouvelles technologies de l'information.
· les entreprises du secteur informatique sont lancées dans une course à l'innovation pour nourrir cette troisième étape technologique que constitue l'informatique « réseau-centrique » (après avoir connu successivement l'étape des gros systèmes centralisés irriguant des terminaux dépourvus d'intelligence puis celle des micro-ordinateurs personnels intelligents mais ne sachant pas partager de l'information). Il s'agit aussi bien des matériels et logiciels qui font fonctionner les réseaux, que ceux qui permettent le traitement de grandes quantités de données dans les mégabases de données, reliées éventuellement aux terminaux des opératrices d'un « call center » , centres de réponse téléphonique où celles ci sont en mesure de répondre en temps réel à la clientèle. Dans tous les cas le recours à des « agents intelligents » pour trouver très rapidement la réponse à une question singulière dans une énorme masse d'informations va se développer.
· l'électronique grand public est elle même concernée. Elle incorpore déjà beaucoup d'informatique. Mais la télévision, le téléphone, la console de jeux sont aussi candidats à être des terminaux d'accès au réseau. De plus avec l'arrivée de la télévision numérique, c'est tout le parc de téléviseurs qui devra être renouvelé.
· la possibilité de transporter du son par n'importe quel réseau détruit le monopole « naturel » des opérateurs de télécommunication. En outre la technologie d'Internet, l'ATM, est appelée à modifier les données économiques relatives aux télécommunications. Les techniciens parlent de commutation de paquets plutôt que de commutation de circuits. Dans la commutation de circuits, les opérateurs de télécommunications consacrent aux abonnés l'usage privatif d'une ligne pendant la durée de leur communication. Dans la commutation de paquets, les paquets envoyés suivent de multiples chemins mais sont en permanence mélangés aux paquets d'autres émetteurs. On densifie ainsi l'utilisation des lignes, ce qui, dans un contexte de dérégulation, exercera une pression à la baisse du prix du transport.
· la réalisation de CD Rom et de services multimédia en ligne suppose la mise en oeuvre simultanée de savoir faire imposant des coopérations nouvelles entre professionnels de l'image, du savoir, de la pédagogie et de la mise en scène.
· Auparavant chaque contenu était dédié à un canal d'information particulier, une même entreprise réunissait donc simultanément les fonctions de production et de diffusion du contenu. Avec la numérisation le contenu pourra être réutilisable dans de multiples canaux . Une polarisation nouvelle va apparaître: la distinction entre fournisseurs de contenu et opérateurs de réseau. Les premiers n'étant plus dédiés à chacun des seconds.
Les processus de conception, de production et de distribution des produits et services seront transformés et avec eux l'organisation du travail et les relations interentreprises. Le moteur de ces transformations sera de nouveaux gains en efficacité.
· l'échange généralisé de données informatiques va en effet s'étendre au domaine des relations extérieures des entreprises. Les gains de productivité qui ont été obtenus par l'introduction de l'informatique à l'intérieur des entreprises vont s'amplifier avec son application aux interfaces externes et la rétroaction sur le fonctionnement interne. Le commerce électronique va permettre d'économiser les frais d'entretien de coûteuses infrastructures de distribution. Les gains d'échelle seront encore plus forts sur des marchés et des réseaux mondiaux.
Exemple de gain en efficacité: d'ores et déjà la vente de billet d'avion qui coûtait 100F par le procédé actuel de l'agence de voyage ne coûte plus que 20F sur Internet.
· C'est l'ensemble de la chaîne qui va de la conception du produit (service) jusqu'à sa distribution et même au service après vente qui va désormais être pris en charge de façon homogène par les méthodes de traitement informatique des données avec des conséquences multiples. Possibilité d'analyse fine de la demande, de rétroaction sur l'offre, traitement automatisé de la chaîne - commande, facturation, paiement, service après vente et contentieux - ,...
Exemple d'intégration de la chaîne de traitement informatique des données: aux USA, certaines boutiques Levi's n'ont plus aucun jean en rayon. Le consommateur s'y rend pour que l'on prenne ses mesures. Grâce à la chaîne intégrée de traitement de l'information l'ordre est transmis sans délai à la chaîne de fabrication. Le consommateur se fait livrer son jean à ses mesures dans les 48 heures.
· Les relations interentreprises seront également affectées par le développement de l'intermédiation électronique. Les relations avec les sous traitants et prestataires de services seront progressivement intégrées dans le système d'information de l'entreprise. Par exemple de même que l'Intranet, permet le « groupware », c'est à dire le travail de plusieurs collaborateurs en commun sur un même document, de même il sera possible de définir en commun un produit ou un processus de fabrication avec un sous traitant extérieur. Autre exemple: la chaîne qui va de la commande à la facturation et au paiement pourra être automatisée.
Ces liens renforceront la constitution de réseaux d'entreprises partenaires dans la constitution d'une offre composite répondant plus complètement aux besoins de la demande. Ils favoriseront les alliances sur des métiers complémentaires.
Ils affecteront aussi profondément le métier des intermédiaires: banque, commerce, progressivement intégrés dans l'offre composite et s'effaçant en tant que prestataires identifiés.
Un nouveau métier occupera une position de force, celui de la gestion des énormes bases de données individuelles, appelé centrale transactionnelle dans l'étude Sirius citée ci dessous, capable de piloter l'offre en instaurant une interactivité avec la demande analysée par segment et intériorisant ainsi une fonction de marché
Exemple de centrale transactionnelle cité dans l'étude du cabinet Sirius pour le Commissariat Général au Plan sur « l'intermédiation électronique » 1994
QCS Corporation offre un lien interactif entre les centrales d'achat de la grande distribution (hypermarchés, supermarchés, vente par correspondance) et les fabricants de produits de consommation dans le monde entier.
Aux centrales d'achat, elle propose toutes les données nécessaires pour négocier un ordre d'achat:
- informations sur les produits (nom du produit, du fabricant, pays d'origine, prix indicatif en fonction des commandes, caractéristiques techniques, matériaux utilisés, saison de production, ...) et les emballages. L'acheteur pourra avoir accès aux fiches techniques de produits avec photographies en couleur. Il pourra modifier en grandeurs réelle ces caractéristiques et les personnaliser grâce à un écran haute définition. Une fois modifiées ces données sur le produit, l'étiquette, l'emballage seront envoyées par messagerie électronique au fabricant, qui lancera la production en série ou réalisera des échantillons si le produit doit être testé.
- informations sur les lieux d'implantation du fabricant et de ses usines, sur sa capacité de production, ses équipements, ses délais de livraison, ses moyens d'acheminement des marchandises.
- informations sur les actionnaires des entreprises, les structures financières
- informations légales sur les quotas d'importation, les devises,.. et, progressivement sur les services d'assurance, de transport, bancaires.
Aux fabricants QCS offre l'accès à de vastes débouchés, l'aide à la conception des produits, une meilleure adaptation de l'offre à la demande, une meilleur gestion des stocks.
QCS Corporation prévoyait de démarrer ses services sur catalogue dès mars 1994., avec un premier objectif, celui de centraliser les données concernant les 2 à 300 plus importants fabricants de chaussure dans le monde, totalisant 60% de l'offre mondiale. L'intérêt de ce secteur réside dans sa saisonnalité et l'importance de la mode.
Les grandes chaînes de distribution contactées sont Promodès et Carrefour en France, Metro en Allemagne, Home Shopping Network, K Mart et Wal Mart aux USA.
Les informations sur les produits sont saisies par les fabricants mais contrôlées par le Société Générale de Surveillance (SGS), la plus grande société mondiale de contrôle et de surveillance, qui réalise des audits sur les usines et la qualité des produits en fonction de cahiers des charges précis. SGS s'appuie sur deux partenariats stratégiques: la SITA (Société Internationale de Communications Aéronautiques) qui dispose d'un des réseaux privés les plus développés du monde avec 120 000 terminaux et 120 pays couverts.
Une recomposition des activités économiques sera donc induite par l'emprise croissante de l'intermédiation électronique.
Organisant de façon scientifique la rétroaction entre les données sur la demande et celles concernant l'offre, elle permettra de concilier la mondialisation des marchés avec la satisfaction de besoins localisés et individualisés. Elle donnera une nouvelle impulsion à la concentration et à la mondialisation de l'économie.
· Comme les relations interentreprises, les relations de travail à l'intérieur des entreprises seront affectées. Sous la pression de la concurrence, le lien entre les collaborateurs et l'entreprise, distendu par le travail à distance peut être revu à l'intérieur d'un système de prestations à la carte, remettant en question la forme d'emploi dominante jusqu'ici, le salariat à plein temps. Déjà de jeunes ingénieurs spécialistes des systèmes d'information présentent une carte de visite mentionnant une activité dans plusieurs entreprises.
Le but de cette partie n'est pas de décrire de façon exhaustive les nouveaux produits/services qui vont apparaître, le rythme de l'innovation est d'ailleurs à ce point rapide qu'il est impossible de les connaître, mais de visualiser les grands traits du parcours.
Vue du coté marchand, la société de l'information va se développer à travers trois stades successifs: les produits précurseurs, les produits laboratoires et les produits de marché.
· les produits précurseurs
Il existe déjà des produits/services massivement présents ou dont la diffusion ne fait aucun doute qui peuvent être qualifiés de précurseurs car ils possèdent certaines des caractéristiques (multimédia, interactivité, en ligne) mais pas toutes: le téléphone mobile (pas multimédia), le CD Rom (pas en ligne), les bouquets de chaînes de T.V. numérique (peu interactif) avec chaînes de téléachat, de jeux vidéo et rediffusion de films.
· les produits-laboratoire:
La caractéristique des produits laboratoires est d'explorer les potentialités, de constituer des expériences qui permettront de définir le produits de marché à grande diffusion.
Seule une minorité de consommateurs est pour l'instant concernée par le courrier électronique et les services en ligne: les particuliers possédant un micro-ordinateur et finançant un accès au réseau. On trouvera en annexe de l'article un tableau décrivant les services en ligne déjà accessibles en France.
Les entreprises dans leurs relations avec les consommateurs installent des vitrines sur Internet mais attendent avec impatience de pouvoir rentabiliser les services offerts.
Les entreprises entre elles expérimentent des chaînes de traitement de l'information informatisées, mais en dehors du réseau universel, à l'intérieur de communautés EDI sécurisées et cloisonnées, ce qui limite le champ de la communication et crée des doubles emplois.
Déjà les grandes entreprises de distribution implantent en leur sein des mégabases de données capables d'analyser les ventes article par article dans chaque magasin pendant une années entière et d'en déduire une politique d'achat, d'approvisionnement, et commerciale pour chaque implantation (cf équipement récent de Wal Mart aux USA permettant de traiter 7,5 teraoctets, 1000 milliards d'octets, par comparaison, la capacité de « l'entrepôt de données « , data warehouse de Casino ne se mesure qu'en gigaoctets, i.e. milliards d'octets). On peut également citer en France l'accord récent entre IRI Secodip et Calyx pour faire connecter leurs bases de données, permettant ainsi de croiser les données de Infoscan qui analyse chaque semaine les ventes de 400 grandes surfaces et de Storescan qui dispose d'une base de données sur les caractéristiques et habitudes d'achats de 1,7 millions de ménages (qui ont répondu aux questionnaires appâtés par les coupons de réduction proposés) actualisée chaque année.
· les produits de marché:
Le premier marché pour les nouveaux produits/services interactifs sera probablement celui des entreprises sous l'aiguillon des gains de productivité attendus, mais leur plein développement implique de tels bouleversements dans l'organisation des entreprises et la structuration des marchés qu'il ne pourra s'opérer que progressivement. La mise en oeuvre de solutions Intranet avec videoconférence qui ne remettent rien (ou peu) en cause tout en préparant l'avenir sera probablement la première vague.
La diffusion de masse de la communication et du commerce électronique auprès des ménages devrait être plus tardive avec la mise au point d'un terminal de coût faible et d'utilisation facile.
C'est seulement à partir de ce moment que s'opéreront les transformations induites par l'intermédiation électronique.
Bibliographie: Rapport Théry, Rapport Breton, Rapport du Sénat Commission des affaires culturelles avril 95, rapports AFTEL , Etude du cabinet Sirius pour le Commissariat Général au Plan sur « l'intermédiation électronique », « Introduction au multimédia technologies et marchés » Claudine Schmuck éditions AFNOR, nombreux articles de revues et de presse.