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INTERNET, UN OUTIL D'INFORMATION ET DE
DOCUMENTATION
Carole BROCHARD, chargée d'information
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Le marché de l'Information-Documentation (communément appelé I-D) est confus et multiforme. Le phénomène fondamental est le passage des marchés de l'information du monde des spécialistes (banques de données, documentalistes, bibliothécaires) à celui des utilisateurs finaux. Dans le même temps, les services aux spécialistes progressent et le rôle même des intermédiaires se modifie. La politique des offreurs (producteurs et serveurs) reflète aussi l'évolution rapide du marché : exigence de royalties plus élevées, renégociations de contrats, passage de serveurs spécialisés aux services en ligne et/ou à Internet : chacun cherche à optimiser sa distribution dans un monde multi-supports et incertain.
Le marché traditionnel des banques de données se modifie, avec une tendance nette à la facturation à l'acte, et non plus à la durée, et des services proposés à l'utilisateur final.
La recherche devient gratuite et c'est seulement l'achat qui représente un objectif commercial. Cette démarche se révèle assez payante généralement sur tous les marchés : il est toujours préférable de faire payer le maximum de services dans le prix du produit, laissant le consommateur libre de chercher, essayer etc. sans payer. Le domaine de ce type de services s'étend rapidement, avec la possibilité de distribuer des images mais aussi des brevets, des articles, des normes, des textes de référence etc. Toutefois une autre tendance commence à coexister avec la facturation à l'acte: la consommation au forfait, sur le mode de l'abonnement. Ces services (voir infra quelques exemples) s'adressent aux grandes entreprises, qui préfèrent généralement payer au forfait pour des questions de comptabilité (pas de budget ouvert à gérer, il est plus facile de bloquer une somme d'argent fixe pour l'année, même si cette somme est importante, que de payer de façon irrégulière des sommes d'un montant variable) et aussi pour la maîtrise des consommations (pas de "facture surprise"). De plus, pour les gros consommateurs, une facturation au forfait, même élevée, s'avère à la longue plus avantageuse que plusieurs petits montants au coup-par-coup. L'enjeu pour les éditeurs de contenus est donc de proposer le bon service en fonction de chaque utilisateur.
C'est dans le monde de l'I-D que les premiers services commerciaux sont nés, dans l'Internet traditionnel, bien avant que le Web ne soit inventé. Ils présentent la caractéristique de se développer sur un marché non seulement déjà mature en ce qui concerne Internet mais aussi et surtout déjà largement utilisateur d'autres formes d'information en ligne, et donc dans un contexte de véritable concurrence entre les médias et entre les réseaux.
Une évolution très rapide des cultures se produit. L'avènement d'Internet a entraîné une modification des modes de recherche et des comportements vis à vis de l'information :
En même temps, comme cela s'était produit pour la micro, une exigence de qualité de présentation se fait jour. Comme le relève Françoise Renzetti, documentaliste à l'IMAG et auteur de nombreux articles sur Internet, "après la génération des textes circulant sur le réseau sans effort de mise en page ou de typographie, apparaît aujourd'hui une volonté de valorisation des travaux grâce au multimédia et aux éditeurs de texte. Les browsers, dont les capacités de mise en page écran et d'impression progressent, ramènent un peu paradoxalement au plaisir de l'écrit" (L'Internet et l'inter-professionnalisme : une étude à la médiathèque de l'IMAG, F. Renzetti).
En plus des enrichissements apportés au format HTML à chaque nouvelle version (HTML 3 propose la création de tableaux, d'images "sensibles",...), il peut intégrer des outils permettant de créer des pages interactives et dynamiques. Java (Sun), intégré dans Netscape, permet de créer des animations, de rafraîchir régulièrement l'information,...
Parallèlement à HTML, qui malgré ces enrichissements demeure un format pauvre, se développent de nouveaux outils de création de pages riches, directement issus du monde de la PAO.
Ces éditeurs de pages permettent de créer des pages très facilement, d'avoir une typographie riche, des images et des effets spéciaux pour répondre au besoin de design et d'identité visuelle très forte sur le réseau. Les éditeurs vont enfin pouvoir créer des pages et éditer des textes qui leur ressemblent, sans être bridés par des fonctionnalités limitées d'un outil. Les pages Web vont cesser de toutes se ressembler... Ces outils de développement permettent surtout, et c'est primordial pour les éditeurs issus du monde du papier, de contrôler ce que reçoit l'utilisateur (polices de caractères, rendu des graphiques, rendu à l'impression,...). En effet les pages ne sont pas dépendantes de la marque et de la version du browser, comme c'est le cas pour HTML. Avec l'accroissement de la largeur de la bande passante, les avantages de HTML concernant sa taille, vont tendre à se réduire.
Acrobat (Adobe), déjà, est un format riche d'affichage qui permet de garder à l'écran l'apparence exacte d'un document imprimé. Acrobat s'impose de plus en plus comme un standard de fait et, dans certains cas, comme une alternative à HTML. Il est le format idéal pour la presse, ou les brochures commerciales, c'est-à-dire pour des documents plutôt courts, riches typographiquement et devant conserver leur apparence visuelle (charte graphique, logo,...). Plusieurs centaines de sites utilisent aujourd'hui ce format, notamment le Monde et Le Monde informatique, qui affichent leur Une en Acrobat.
Ainsi, le monde de l'information devient beaucoup plus diversifié et beaucoup plus ouvert. Il est possible de trouver une grande masse d'informations sur le réseau, gratuite ou payante, mais leur qualité et surtout leur fiabilité demeurent souvent incertaines et leur mise à jour problématique. Nul ne dit que le producteur continuera à fournir une information de qualité, étant donné que 90% des contributions (et notamment les sites proposant des compilations d'adresses de sites sur un sujet) sont de l'ordre du bénévolat.
Le marché se diversifie en même temps qu'il progresse. Tous les services ne sont pas incités à passer sur Internet, et une différenciation apparaît nettement entre les services haut de gamme professionnels, les services pour des populations plus réduites et enfin la mise à disposition de ses travaux par une petite unité de recherche, par exemple.
La plupart des grandes banques de données sont payantes, chères, et ne s'adressent pas au néophyte. De ce fait elles ne cherchent pas forcément à être sur Internet : le coût des communications locales est en effet marginal par rapport au coût du service.
Pour ces acteurs, Internet ne représente pas une concurrence immédiate, en raison de la spécificité très grande de leur marché et de leur contrôle sur de gigantesques banques de données. La menace vient plutôt du risque de rediffusion par des brokers qui pourraient désormais proliférer pour des coûts limités (du fait de la facilité de réplication et de diffusion de l'information). C'est notamment ce qu'il se passe avec Medline (cf. infra).
Dans une première période de prudence, les grands serveurs tels que Lexis-Nexis, Knight-Ridder, MAID ou Questel se sont contentés de placer sur le Web un service de type "vitrine" pour faire connaître leurs services, et proposer un accès à leurs banques de données en mode émulation de terminal (Telnet) ; ils se lancent aujourd'hui dans des offres plus orientées "utilisateur final" et correspondant plus à la logique du réseau (facturation à l'acte, accès simplifié au texte intégral du document,...).
Quelques exemples illustrent cette évolution.
Knight-Ridder a développé une stratégie pour faire face au développement d'Internet dans le milieu de la documentation professionnelle.
Son service Science Base (accessible à l'adresse http://www.dialog.com) est un accès direct à l'information contenue dans les banques de données scientifiques. La nature des informations est variée : articles, références bibliographiques, annonces des prochaines manifestations, brevets, listes de produits et de fournisseurs, liste des chercheurs du domaine,...
L'accès est très convivial : la page d'accueil propose un choix de domaines et un formulaire de recherche. L'utilisateur, qui obtient ainsi des notices bibliographiques, peut faire lui-même 60 % des recherches. Le prix est de 50 $ mensuels forfaitaires, auxquels s'ajoutent les frais pour chaque document visualisé. Il est possible de payer en donnant son numéro de carte en ligne. Science Base s'adresse en priorité aux chercheurs et aux utilisateurs finaux.
Des solutions parallèles aux grands serveurs traditionnels se mettent en place, afin de proposer l'accès à des banques de données via Internet. Ainsi la société américaine Infortrieve (20 personnes) offre depuis décembre dernier l'accès à Medline, au prix de 50 $ par mois (alors que les serveurs comme Knight-Ridder ou Questel facture l'interrogation plusieurs dizaines de dollars de l'heure). Il est possible de commander des articles pour 7,50 $ (sans compter les droits d'auteur), ce qui est bien moins cher que sur les autres serveurs. La différence de prix est due au faible coût nécessaire pour mettre en place un serveur Web.
Infortrieve prévoit d'offrir prochainement d'autres banques de données, car en revanche la logique reste la même que pour les serveurs traditionnels : les professionnels ne veulent pas contracter des abonnements chez plusieurs serveurs, et avoir à se connecter à des numéros différents pour chaque base. Les serveurs doivent donc offrir un bouquet de services pour intéresser des professionnels de l'information notamment. C'est la raison pour laquelle pour l'instant Infortrieve vise en priorité les médecins, et les institutions académiques.
QPAT US propose l'accès au texte intégral de tous les brevets américains depuis 1974, soit près de 2 millions de documents.
Il s'agit d'un outil destiné aux professionnels (bien que l'interface soit celle du Web, donc conviviale), avec des fonctions de recherche sophistiquées. La recherche peut ainsi être effectuée sur 50 champs différents, avec une combinaison d'opérateurs booléens et d'opérateurs de proximité.
Abonnement annuel : 9980 F HT.
Tous ces services sont exclusivement professionnels, et ont donc adopté le principe de l'abonnement mensuel ou annuel forfaitaire.
Pour les serveurs et les petits producteurs, Internet permet de résoudre le problème jusqu'ici presque insoluble de la mise à disposition des données dans des conditions économiquement réalistes. En effet, le support de petites banques spécialisées n'est en général pas rentable sur les grands serveurs. De nombreuses banques de données se voient ainsi déchargées par manque de rentabilité, alors qu'elles présentent un intérêt même important pour une communauté scientifique réduite.
L'accès par Internet pour un groupe limité d'utilisateurs, qui plus est répartis dans le monde, est économiquement préférable. Il sera en général associable à des relations par messagerie. Internet permet donc une réorganisation du marché et une meilleure adaptation du média aux besoins.
Internet peut s'avérer être une ressource très précieuse pour les documentalistes qui savent l'exploiter. Il n'est pas toujours possible d'y trouver le document exact recherché, car Internet n'est pas une banque de données (du moins au sens traditionnel où on l'entend), mais en revanche un grand nombre de listes de sources classées par sujets sont disponibles sur le réseau.
Ces compilations d'adresses fournissent des pistes vers les acteurs d'un domaine, les sources, les périodiques, une bibliographie, les banques de données, les manifestations professionnelles, avec même parfois un document récapitulatif proposant l'état de l'art du sujet, avec quelques chiffres importants,... Elles offrent alors (le plus souvent gratuitement) un ensemble d'informations qui, réunies, s'avèreront beaucoup plus précieuses que n'importe quel article. Dans le domaine de l'I-D, ces sources sont situées sur les services Web des associations professionnelles notamment, comme celui de l'INTD (http://www.cnam.fr/INTD), ou celui de l'université d'Angers (http://www.univ-angers.fr/universite/document/0w0000.html), particulièrement riche.
Un professionnel de l'I-D souhaitant exploiter le réseau et s'en servir comme d'une source inépuisable d'informations doit donc commencer à dresser des listes personnelles de sources correspondant aux sujets sur lesquels il travaille, à partir du filtrage des adresses qu'il a pu obtenir dans des revues ou au travers de l'interrogation des moteurs de recherche propres à Internet, comme Yahoo, WebCrawler, Infoseek,...
Ces adresses de sources sont organisées grâce à la fonction "bookmark" (marque-pages) du navigateur (Netscape par exemple). Il est important de les tenir à jour en s'y rendant souvent, et d'enrichir les listes de sources établies, afin de garder la maîtrise de cet extraordinaire outil qu'est Internet.
Il est ensuite important de faire partie de la communauté, en s'inscrivant dans des forums et des listes de diffusion (ou mailing lists).
Le principe des listes de diffusion est l'échange, grâce au courrier électronique, entre une communauté de personnes. Les listes permettent de mener des débats, de poser des questions (après que l'on ai épuisé toutes les autres ressources, afin de faire en sorte de poser des questions qui ne soient pas trop évidentes, susceptibles d'intéresser l'ensemble de la liste), d'informer l'ensemble de la communauté sur une manifestation ou une nouvelle publication, de faire part de son expérience sur un outil particulier ou de donner son impression sur un sujet du moment. Même si l'on reste un lecteur passif, on y apprend énormément. Dans le domaine de l'I-D, les deux principales listes françaises (ou plutôt francophones) sont biblio-fr et adbs-fr.
Toute personne faisant un premier effort pour se connecter et commencer à exploiter le réseau est vite grisée par la masse et la variété d'informations (gratuite ou payante) disponible. Les professionnels de l'I-D trouveront notamment des catalogues de bibliothèques et de librairies, des sommaires de périodiques, des articles résumés et en texte intégral, des compte rendus de conférences, des annuaires, des listes d'acteurs dans un domaine, des cours complets sur un sujet, voire l'intégralité d'une revue. Tout le problème est de savoir repérer les sources intéressantes, fiables, mises à jour régulièrement, et d'avoir du temps à passer sur le réseau.
Les services proposés sur Internet sont aujourd'hui de plusieurs nature. Un grand nombre sont gratuits, notamment la consultation des catalogues de bibliothèques, les tables des matières des périodiques, les résumés d'articles,... mais les utilisateurs sont de plus en plus amenés à payer pour obtenir un document en texte intégral.
Une typologie des services disponibles peut donc être établie :
Les principaux acteurs du domaine sont les grands serveurs de banques de données (Lexis-Nexis, Knight-Ridder, Questel,...). Ils n'ont pas une politique très claire en matière de diffusion de leurs banques de données sur Internet, et sur le Web en particulier.
La plupart ont ouvert un accès Telnet pour la consultation de leurs banques de données, qui nécessite, comme pour l'accès par Transpac, de contracter au préalable un abonnement. Ils utilisent leur serveur Web comme un moyen de faire connaître leurs services à de nouvelles cibles, et proposent même, comme Lexis-Nexis, des services orientés plus grand public, avec plus d'assistance à la recherche.
Le principal avantage de la connexion par Internet par rapport à celle par Transpac (en France) est la prise en charge d'une partie des frais de réseaux : la connexion est ainsi seulement facturée 15 F de l'heure au lieu de 60 F. Un autre des avantages d'un accès par Internet est la négociation possible de licences globales pour faciliter l'interrogation par plusieurs membres d'un même organisme, d'un même campus,... L'inconvénient est que la vitesse de l'interrogation dépendra du trafic (cette remarque est valable pour tous les réseaux, mais plus encore pour Internet), l'interrogation étant véritablement "hachée" dans l'après-midi.
Les acteurs majeurs du secteur proposent notamment aux professionnels de l'I-D l'interrogation de catalogues de ressources, souvent couplée à la commande en ligne, la consultation de tables des matières, de résumés, de bibliographies sur un sujet, et également la possibilité de décharger des notices bibliographiques pour les intégrer directement dans leur système documentaire.
C'est l'une des premières applications documentaires mises en place sur Internet. Aujourd'hui déjà plus de 500 bibliothèques proposent la consultation de leur OPAC sur Internet. Plusieurs bibliothèques et catalogues français ont une présence, notamment le fichier BN-Opale (sur le site de la BDF). Plusieurs services proposent l'accès aux catalogues de bibliothèques
L'interface d'interrogation utilise généralement le langage documentaire normalisé Z39.50, qui permet d'assurer une interopérabilité entre les différents systèmes. Z39.50, norme utilisée notamment par WAIS, garantit à une personne utilisant n'importe quel système documentaire de pouvoir interroger un autre système sans avoir à en connaître la syntaxe de recherche. La plupart des catalogues de bibliothèques utilisent des logiciels d'interface respectant cette norme (voir l'adresse http://lcweb.loc.gov/z3950/).
WAIS permet d'indexer des masses de données importantes et d'y faire des requêtes simples, de façon transparente, parmi des sites répartis sur le réseau.
Il existe plusieurs services, notamment ceux proposés par Lexis-Nexis, l'OCLC ou Dialog (avec Uncover, racheté récemment, qui propose le dépouillement de 20 000 revues) de recherche dans des bases de données et de commande en ligne du document (qui arrive au choix par fax, courrier,...). La consultation est gratuite : seuls les articles commandés en texte intégral sont payants.
La consultation des catalogues de bibliothèques peut parfois être couplée à la commande en ligne d'articles ou d'ouvrages. Ainsi la British Library propose la consultation de sa banque de données d'articles (35 000 publications dépouillées), qui permet d'obtenir la localisation de la publication sur les étagères, et de commander l'article (ou l'ouvrage) en question pour le recevoir par fax ou courrier).
Tous les grands catalogues de références bibliographiques sont sur Internet. Ainsi en France il est possible de consulter sur le site de l'ABES (avec une session Telnet) le CCN-PS, le Pancatalogue, Rameau, Téléthèses, SIBIL (http://www.cnusc.fr/cnusc/textes/appli.html).
A côté de ces catalogues naissent des services commerciaux. Ainsi Cambridge Scientific Abstracts (qui offre sur Internet plusieurs services à destination des chercheurs et des documentalistes) propose le service Reference Update, qui est un service de références bibliographiques, accompagnées ou non de résumés, qui sont issues de plus de 1300 publications scientifiques. La mise-à-jour très fréquente permet d'avoir les références des articles quelques jours après leur parution. Ce service est couplé avec la fourniture des articles en texte intégral.
Plusieurs services de consultation de tables des matières existent, couplés éventuellement avec la fourniture des articles, de l'intégralité de la revue ou l'abonnement à l'édition papier, selon que le service est proposé par un prestataire de services (comme l'INIST) ou par un éditeur. Par exemple l'éditeur scientifique allemand Springer-Verlag propose le service SVPS (Springer Journals Preview Service), qui permet l'accès gratuit (par Gopher) aux sommaires des publications de Springer (adresse : gopher.trick.springer.de), sur plusieurs années de parution. Il est également possible d'obtenir les résumés des articles, ce qui est en revanche payant (20$ par an, pour un choix de 90 publications environ). En France, le service d'Europériodiques (http://www.swets.com) propose également ce service.
Le marché hors des professionnels de l'information s'ouvre lentement. Un nombre croissant de produits et de services visent beaucoup plus le dirigeant, le cadre, l'analyste financier, le chercheur. Ces offres ont pour vocation d'atteindre à terme les mêmes publics qu'attaquent les services en ligne par lesquels elles passent aussi souvent.
Internet représente pour les utilisateurs finaux un énorme gisement d'informations, accessible sans intermédiaires. Tout le monde commence à avoir accès facilement aux mêmes documents, aux mêmes sources (cf. infra le débat sur la question de l'avenir de la profession)
De nouveaux services, proposés par les acteurs traditionnels des banques de données ou par de nouveaux venus voient le jour. Les tendances nettes sont la diffusion d'information sur profils, avec envoi des informations correspondantes directement dans la boîte aux lettres électronique de l'abonné, et le regroupement sous une même offre de plusieurs services correspondant à un public ou à un sujet donné.
Avec le Web, la banalisation de la micro et l'apparition de logiciels de recherche performants, le marché de l'information s'étend rapidement à de nouvelles couches d'utilisateurs, avec des succès spectaculaires. Les utilisateurs demandent de plus en plus d'information en temps réel, mise à jour régulièrement. Le "media on demand" est une forme importante du commerce électronique.
Un des marchés les plus frappants est celui de la revue de presse personnalisée. Le service le plus connu est Individual, dont la croissance a été très forte : son service compte aujourd'hui 60 000 abonnés.
Ces services entrent en concurrence avec ceux proposés sur des services en ligne ou sur des serveurs spécialisés.
De plus en plus, la tendance des fournisseurs de contenu est d'apporter l'information "sur un plateau" à l'utilisateur, les méthodes étant variées :
- soit par messagerie : plusieurs de ces services existent aujourd'hui, le principe général étant la rediffusion personnalisée, une ou plusieurs fois par jour, d'un ensemble d'informations issues d'agences de presse, de journaux, et autres dépêches, en fonction d'un profil ou d'un sujet d'intérêt. Les sujets sont très variés (informations locales et internationales, sport, nouvelles technologies, loisirs, bourse, finance, santé, défense, éducation, informations gouvernementales,...). Les news sont généralement des dépêches issues des grands fils de presse, comme Reuters, l'Associated Press, l'AFP,... mais les sources sont de plus en plus souvent élargies à la presse (newsletters, magazines,...), pour offrir à l'abonné un service de type "revue de presse quotidienne personnalisée". Les prix de ce type de service est d'environ 10 à 20 $ par mois (et par poste).
La plupart de ces offres proposent un service en Intranet ou en groupware pour redistribuer l'information dans l'entreprise à partir d'un serveur local. Les plus anciens de ces services sont Clarinet (avec e.news), et surtout Individual, qui a bien su évoluer et croître (CA de 14 MF en 95, ce qui reste encore très modeste par rapport aux serveurs de banques de données classiques). Il décline aujourd'hui son offre sur plusieurs services, et plusieurs types de support (fax, Internet, Notes, Microsoft Exchange).
D'autres services de news distribués par messagerie existent, comme Newsbytes, des dépêches spécialisées sur le monde de l'informatique et des réseaux, et qui n'est disponible que sur Internet.
De nombreuses prestations peuvent passer par la boîte aux lettres électronique : listes de diffusion, distribution de news, de tables des matières, de résumés (le service EnviroKnow d'Electronic Newsstand, par exemple, permet de sélectionner des listes de publications dont on souhaite obtenir les résumés d'articles dans sa bal, et même le texte intégral, sur demande)
Cette tendance générale des "News to the desktop" est reprise par les principaux acteurs d'Internet, qui sont Netscape (avec son service Personal WorkSpace, fonctionnant notamment avec Java, et qui permet de paramétrer son environnement de travail et ce que l'on souhaite recevoir comme news), Microsoft avec un service équivalent sur Msn, et aussi d'autres acteurs moins importants, comme Infoseek (avec Infoseek Personal). En fait le principe est la saisie d'un profil, et la fourniture des informations chaque fois que l'utilisateur se connecte. On enregistre une fois ce qu'on souhaite chercher régulièrement (nom du moteur favori, des cours de bourse sur les sociétés, des sites Web à visiter, infos sportives, news,...). Et toute cette "personal info" est stockée en local, enregistrée dans un cookie, et disponible chaque fois que l'utilisateur se connecte au service. Elle évite d'avoir à se rappeler des passwords pour les différents services.
- soit par le mode de "l'économiseur d'écran" : lancement d'une requête, recherche en tâche de fond pendant que l'utilisateur travaille sur un autre site ou une autre application, et affichage des résultats lorsqu'il cesse son activité et que l'économiseur d'écran se met en marche. Voir pour cela l'intéressant service PCN de PointCast, qui diffuse une information gratuite (portant sur les cours de Bourse, la météo, les informations générales), et qui est financé par des spots publicitaires. Par ailleurs PCN est maintenant utilisé sur sites Intranet, pour diffuser de l'information propre à l'entreprise sur chaque poste (et dans ce cas PCN est facturé 995 $ pour une entreprise de 500 utilisateurs, et il s'agit encore une fois d'un mode de financement par l'Intranet, après une première période de gratuité sur Internet, pour se faire connaître et apprécier).
- soit diffusion de l'information en temps réel : affichage par défilement dans une partie de l'écran des cours de Bourse ou des résultats sportifs, même si l'utilisateur n'est pas en train d'utiliser un browser (exemple du service ScorePost offert par Sportszone, qui fonctionne avec Java, mais aussi du nouveau service InfoMarket d'IBM, qui fait défiler les titres des dépêches de Reuters en bas de l'écran, avec possibilité d'en obtenir le texte intégral en cliquant dessus).
Ces deux derniers modes supposent que l'utilisateur soit connecté en permanence, ce qui est de plus en plus fréquent dans les grandes entreprises, qui ont des lignes louées.
Une toute nouvelle tendance est au regroupement sous un même label de plusieurs services et sources d'informations, pour offrir une palette variée et complète à l'utilisateur, en fonction de son domaine ou de son profil.
Ce que ce genre de service fait payer, c'est surtout l'organisation de l'information, l'accès facile à des sources identifiées, choisies pour leur pertinence et leur qualité, en fonction d'un certain domaine et d'un certain type d'utilisateurs. Sur le Web, on fera de plus en plus payer la mise en forme et la mise à disposition de l'information, plus que l'information brute en elle-même.
Ainsi Engineering Information, l'éditeur de la base Compendex (banque de données multi-disciplinaires couvrant le domaine des sciences de l'ingénieur, elle comprend 3 millions de résumés d'articles et de compte rendus de conférences, avec une croissance estimée de 220 000 par an), propose depuis peu sur Internet l'EI Village. L'EI Village permet d'accéder à la base Compendex, mais offre surtout des liens vers d'autres informations utiles aux cadres, dirigeants,... clients de la base. Il propose des liens vers 8000 sources d'informations sur le Web, qui sont notamment des blibliothèques, des normes, des brevets et spécifications, des informations variées relatives à l'administration, à la finance, toute l'information pour préparer son voyage : météo, liens vers des services de location de chambres d'hôtel, réservation de places de trains et d'avions,..., loisirs, shopping,...
Pour plus de convivialité, EI reprend la métaphore du village global, avec des bâtiments représentant les différentes activités (chambre de commerce, agence de voyages, quartier des affaires, office de tourisme, campus, bibliothèque, centre de la météo,...).
Les clients ont une documentaliste à leur disposition pour les aider à chercher dans la base. Pour une question technique, les liens vers les bases Usenet permettent de s'adresser à des collègues et experts du domaine concerné.
Distribué en France par l'INIST. Prix forfaitaire : 3500 $ par an.
Les services d'information français commencent à apparaître sur Internet, avec notamment R3I (pour Réseau Interactif d'Information Internationale), créé par le CFCE pour aider les entreprises dans leurs démarches à l'international. Ce nouveau service est conçu comme un centre d'affaires, comprenant 14 espaces, certains ouverts à tous et d'autres réservés aux abonnés.
Les principales rubriques sont : le kiosque (actualité du monde, avec cours de Bourse), l'agenda (séminaires, conférences,...), les forums, le "sur-mesure" (veille personnalisée informative, économique, technologique, étude statistique sur plusieurs années pour un produit), l'"orientation" (annuaire des sociétés en France et à l'étranger), "le carrefour de l'info" (listes des publications, banques de données, bibliothèques et services télématiques pour un sujet donné), "l'espace affaires" (offres de marchés publics, opportunités d'affaires, propositions de ventes, de sous-traitance, de transfert de technologie,...), "les marchés" (fonds documentaire sur les marchés, par approche sectorielle, géographique ou thématique). Ce service, qui sera complètement ouvert à partir de septembre 96, sera soumis à un abonnement forfaitaire (prix à déterminer).
Plusieurs autres services professionnels associant différents types d'information apparaissent.
Ainsi NlightN permet d'interroger à partir d'une même requête aussi bien des bases commerciales, que les pages du Web ou des bases d'informations gratuites (bases de news, d'articles archivés, références d'ouvrages, pages indexées du Web,...). Pour chaque base le nombre de documents est affiché, et l'utilisateur peut choisir d'afficher la référence de l'article, son résumé ou son texte intégral, pour un prix variant de 10 cents à 5 $, selon le format d'affichage demandé, la taille de l'article et la source (principe du paiement à l'acte). NlightN fait même payer certains liens vers des sites Web répondant à la requête de l'utilisateur (10 cents).
Citons aussi le service General Business File d'Information Access, qui propose à partir d'une base de 150 000 sociétés américaines de connaître leur profil, leur production. Pour chaque société, ce fichier (Investext) associe des articles du Wall Street, du Financial Times,... 4 ans d'archives.
C'est l'association dans un même produit d'information de type annuaire et d'information de type "news", ce qu'on peut difficilement retrouver présenté de cette manière dans une banque de données, ou même de façon manuelle (les rapports d'activité sont souvent classés dans un centre de documentation de façon séparée des articles de journaux). Seule une nouvelle génération de produits en ligne va pouvoir concurrencer le CD dans ce domaine.
Enfin citons le service RouteNet de Cambridge Scientific Abstracts (qui porte sur l'environnement) permet de fusionner ses propres bases de données avec les informations trouvées sur Internet. L'utilisateur effectue une recherche par mots-clés grâce au moteur documentaire WAIS, et il obtient une liste de réponses classées par ordre de pertinence et issues de sources multiples. Les sources de CAS sont non seulement le Web (6 000 pages ont été analysées, 600 seulement d'entre elles ont finalement été conservées), mais aussi des sources d'information payantes, comme VISTA Environmental Information, Illinois Research Information Service (qui offre sa base de données IRIS), la National Library of Medicine (qui propose une année de la base Toxline), COMTEX (40 news par jour). A cela s'ajoutent les onze bases de données bibliographiques sur l'environnement et la pollution développées par CAS, une liste "d'experts" (organisations, sociétés, individus) organisée par sujets, des données juridiques, des annonces de presse, des newsletters,... Il s'agit donc d'un service très complet, dont le coût d'abonnement est un forfait de 1 999 $ par an (pas de coût supplémentaire par documents retrouvés ou par recherche effectuée).
La tendance est donc à l'association dans un même service de plusieurs informations de nature différente, que l'utilisateur n'aurait peut-être pas pensé à coupler. Un autre exemple est celui du service d'achat de logiciels, où la fiche d'informations sur le produit peut-être liée à la base de données d'articles de CMP, afin d'avoir les critiques et les comparatifs des journaux informatiques.
Le service Tell Me More de Lexis-Nexis (Reed) confirme l'importance de l'association d'informations documentaires à d'autres services. Tell Me More permet d'utiliser l'énorme banque de données de presse pour enrichir et relayer les informations fournies par certains sites Web. Le service a été conçu à l'origine pour le site Web de CNN : l'utilisateur consultant les nouvelles sur CNN et souhaitant approfondir le sujet, est automatiquement lié à la base de LEXIS-NEXIS et une recherche est lancée parmi les 5 800 journaux disponibles.
De manière générale l'accès aux banques de données "se démocratise" et s'adresse à un public plus large. Les acteurs traditionnels des banques de données s'adaptent à leur nouvelle cible de clientèle, en proposant des services facturables à l'acte, mais aussi un mode d'interrogation facilité. Ainsi Knight-Ridder avec Science Base et Lexis-Nexis avec Small Business Advisor proposent d'interroger leur base à l'aide de mots-clés, avec affichage d'une liste de réponses auxquelles correspond un prix. L'utilisateur n'est facturé qu'à partir du moment où il demande le document en texte intégral. Toutefois la consommation des banques de données sur Internet reste encore très faible par rapport au mode traditionnel d'interrogation. C'est aussi ce qu'en a déduit Reed, avec le service Small Business Advisor de Lexis-Nexis. Ce service permet de faire des recherches dans un mode convivial, avec affichage des réponses et indication du prix, et offre la possibilité de payer immédiatement par carte de crédit. Le service, qui existe depuis un an, n'a généré que peu de commandes de documents : le chiffre d'affaires est d'un million de dollars sur un an, alors que le service traditionnel de Lexis-Nexis génère 750 millions de dollars.
La presse, qui reste la source par défaut pour la plupart des professionnels, a une très forte présence sur Internet, présence qui se confirme chaque jour davantage avec l'accroissement du nombre de titres disponibles (selon une étude de la Newspaper association of America, il y avait début 96 175 journaux nord-américains en-ligne, le reste du Monde étant couvert par 600 journaux). Même si ce sont les revues scientifiques qui ont ouvert la voie, tous les domaines sont aujourd'hui couverts : quotidiens généralistes nationaux et régionaux, économie, environnement, art & culture, littérature,...
Il faut toutefois souligner que même si un grand nombre de journaux assurent une présence, la nature de la couverture est très disparate, et les moyens d'accès variables.
Tous les cas de figure se présentent, et tout dépend des choix éditoriaux en matière de communication et de commercialisation.
Par exemple les éditeurs pourront choisir de diffuser l'intégralité de la revue, ou de ne mettre en ligne que le "dossier du mois", de mettre du texte intégral ou seulement des résumés, de proposer l'accès à l'ensemble des archives ou au numéro courant exclusivement - ou le contraire, et enfin de faire payer ou pas.
Pour l'instant de nombreuses publications, notamment les quotidiens, ou les revues généralistes, offrent des articles (et même l'intégralité de la revue) dans un but promotionnel. Les exemples ne manquent pas. Par exemple, en France, Le Monde Informatique ou le supplément multimedia de Libération sont consultables gratuitement. Un accès gratuit peut devenir payant lorsqu'Internet aura atteint un stade de maturité qui en fera un média à part entière. Pour l'instant de nombreuses publications, notamment les quotidiens, ou les revues généralistes, offrent des articles (et même l'intégralité de la revue) dans un but promotionnel. Les exemples ne manquent pas. Par exemple, en France, Le Monde Informatique ou le supplément multimedia de Libération sont consultables gratuitement. Un accès gratuit peut devenir payant lorsqu'Internet aura atteint un stade de maturité qui en fera un média à part entière. Le paiement présente dès maintenant des avantages - même s'il n'est pas économiquement très intéressant : il permet d'estimer la valeur que les lecteurs accordent à l'information (par exemple le service du New York Times est facturé 35 $ par mois) ; pour les lecteurs, le fait que l'information soit payante est un gage de fiabilité.
Une pratique courante des éditeurs est de regrouper sur un même site l'ensemble de leurs publications, avec un mot de passe et un droit d'entrée (éventuel) généraux. C'est ce que font notamment le groupe Times Mirror (10 journaux disponibles, 130 articles par jour, abonnement de 125 $ par mois), le groupe Time Warner avec son service PathFinder, qui regroupe les produits de toutes ses filiales (1 million de pages visitées par jour), et enfin Ziff-Davis avec ZD-Net.
La question de la concurrence entre supports ne se pose même pas.
Alors que les éditeurs ont longtemps été réticents à diffuser leurs informations sur les grands serveurs traditionnels (qui octroyaient, il est vrai, peu de royalties et surtout fondaient les publications dans des banques de données qui supprimaient toute leur identité), leur affluence depuis moins d'un an vers les services en ligne et surtout Internet est tout à fait étonnante. Ils ont maintenant tous compris que la diffusion en ligne ne porte pas préjudice à l'édition papier (il faut dire que cette précipitation vers l'édition en-ligne est aussi due aux coûts croissants du papier et des frais d'expédition et, à l'inverse, à la chute des revenus publicitaires).
Le Web s'avère un formidable moyen de faire connaître l'édition papier à un public qui n'y aurait jamais eu accès sinon. Ainsi le Sunday Times, qui est disponible gratuitement en ligne depuis quelques semaines, et permet aux utilisateurs de rechercher dans les archives des journaux, est particulièrement apprécié, 66 000 utilisateurs s'étant enregistré le premier mois. Plus de 30 % de ce public se situe dans un lieu géographique où l'accès direct au journal était jusqu'ici impossible.
En revanche la concurrence est déjà plus évidente avec les serveurs de banques de données traditionnels. Ainsi certains éditeurs ont fait le choix de ne pas mettre l'intégralité de leur édition papier en ligne, en proposant seulement certaines rubriques, et en en créant d'autres spécifiquement réservées au réseau, afin de ne pas cannibaliser le marché des serveurs comme Lexis-Nexis, Dialog ou Dow Jones.
Mais la tendance générale est à la diversification des supports : papier, CD-ROM, serveurs traditionnels, Internet et même services en ligne, chacun avec sa spécificité. Ainsi le San Jose Mercury News a remarqué une augmentation de son chiffre d'affaires en même temps sur Dialog et sur AOL.
Un grand nombre de listes se proposent de recenser l'ensemble des titres disponibles sur le réseau. Il existe même des listes de listes. Cependant certaines listes sont reconnues pour leur quasi-exhaustivité et la fréquence des mises à jour. Ce sont en particulier la WWW virtual library, et l'e-zine list. La liste ci-dessous donne les adresses les plus couramment utilisées pour rechercher un périodique. Le classement est généralement proposé en mode alphabétique et en mode thématique.
Plusieurs éditeurs ont eu des initiatives originales, voire courageuses, en matière d'édition sur le Web. Quelques exemples :
Le San Jose Mercury News (http://www.sjmercury.com) a ainsi pris le parti de vendre ses articles en ligne, sur la base d'un abonnement mensuel de 4,95$ pour un accès illimité à tous les articles (ce qui est vraiment compétitif par rapport à l'édition papier). Les articles du jour sont accessibles soit en lecture séquentielle (avec une organisation par rubriques), soit en effectuant une recherche par mots-clés. Les archives sont gratuites (noter au passage la différence avec les services équivalents sur minitel en France).
TimesFax, disponible à l'adresse http://nytimesfax.com/ est la version électronique de la newsletter de huit pages envoyée quotidiennement par fax à 150 000 abonnés à travers le monde. Cette newsletter reprend en condensé le New-York Times du jour. Timesfax est au format Acrobat, déchargeable gratuitement (alors que le service fax est payant), le service étant financé, comme la plupart, par la publicité et le sponsoring.
Traditionnellement, l'information économique est diffusée sur des banques de données sur les sociétés (bilans etc.), des articles en texte intégral, des séries et études statistiques etc.
Pour l'essentiel, elle demeure l'un des marchés les plus importants de l'information en ligne, et elle s'enrichit d'articles et documents riches, en général sur des services spécialisés. De nouveaux acteurs entrent sur le marché.
En même temps, l'information économique est également portée sur Internet et les services en ligne. Microsoft a annoncé un accord avec Maid (cf infra.), cependant que, par exemple, Dun & Bradstreet propose depuis peu sur son serveur Web la possiblité de décharger des rapports sur des sociétés américaines, facturés 20 $ pièce. Voir aussi (cf ci-dessus) le service R3I du CFCE.
Plus que les publications d'information générale, économique, business,... Internet a surtout été investi par les publications de nature scientifique. Avant la fin de 1996, les principales publications scientifiques américaines devraient y être portées, pour celles qui ne le sont pas encore. En effet, jusqu'ici, ce sont surtout les publications à faible tirage qui étaient diffusées, pour des raisons économiques (à titre indicatif, 450 journaux réguliers étaient recensés sur Internet fin 94, dont 70 % de journaux savants. 5 % seulement étaient payants). Les raisons de ce phénomène sont d'abord économiques, car l'accès aux revues scientifiques est de plus en plus difficile, de moins en moins public, du fait de l'augmentation des coûts de publication pour les éditeurs, et donc de la hausse des prix des abonnements (augmentation de 140 % en dix ans aux Etats-Unis) pour les bibliothèques, qui voient à l'inverse leurs budgets diminuer.
Les chercheurs spécialisés dans une discipline très pointue vont de plus en plus se tourner vers la lecture de revues sur Internet, car cela permet de ne pas payer une publication dont seule une petite partie des articles intéresse, de recevoir personnellement la revue, et cela pour un abonnement réduit (de près de 60 % dans certains cas) par rapport au support papier. Cette réduction est en partie rendue possible précisément par la personnalisation des abonnements, qui permet un marketing plus efficace. Sans oublier que le réseau est international et que de nombreuses zones isolées géographiquement peuvent recevoir les articles.
Plusieurs éditeurs proposent l'accès au texte intégral de leurs publications.
Par exemple Bioline Publications met sur Internet sa presse (newsletters, journaux, rapports,...) portant sur la biotechnologie, la microbiologie et l'environnement (accès par gopher, telnet, e-mail et Web). Les résumés sont gratuits mais le texte intégral est payant.
Un autre exemple est celui de CAS (http://www.csa.com), qui propose l'accès à ses banques de données de résumés d'articles scientifiques (abonnement au choix entre la version électronique ou le couplage avec la version papier).
Enfin BioMedNet (http://BioMedNet.com/BioMedNet/biomed.htm) est un service proposant une bibliothèque de textes intégraux de périodiques, de livres et de banques de données. Il se définit lui-même comme un club pour les scientifiques (chercheurs, étudiants, praticiens,...) du monde de la biologie et de la médecine. L'abonnement est de 9 $ par mois, mais les articles en texte intégral sont facturés en plus.
L'apparition d'un nouveau type d'édition : les preprints science
Cependant, encore plus que la diffusion des articles de presse, la tendance dans le milieu scientifique est vraiment l'émergence de publications n'ayant pas d'existence sous une forme papier (ce que les chercheurs appellent les "preprints"), et qui sont donc conçues, distribuées et lues sur écran. Françoise Renzetti (IMAG) effectue une distinction parmi les preprints : il y a les bulletins de liaison, les publications des institutions de recherche, les journaux.
Les chercheurs et autres scientifiques se servent ainsi d'Internet comme d'un média à part entière, pour mettre leurs articles en ligne et court-circuiter le long processus d'édition qui va de l'écriture de l'article à la parution dans un journal. En effet, la grande presse scientifique a perdu sa fonction d'information à cause des délais de publication intolérables pour des chercheurs confrontés à une culture de l'urgence, et le prix devenu élevé des revues, qui est un obstacle au libre échange des idées.
Ce genre de publications permet surtout de passer par dessus le contrôle d'un comité de lecture, qui rejette d'ordinaire environ 90 % des articles soumis à publication. Avec les "preprints", l'article est disponible sur le serveur de l'organisation du chercheur dès qu'il est rédigé, sous la seule responsabilité du chercheur, ce qui ne manque pas de poser d'autres problèmes. En effet, des informations erronées peuvent circuler, et avoir des conséquences dramatiques, surtout lorsqu'il s'agit de médecine.
D'abord inventé par les physiciens, ce type de publication, qui permet une dissémination rapide des idées, a aujourd'hui été adopté par les scientifiques de tous les domaines.
On voit donc apparaître de nombreux "collèges invisibles" (ou collaboratoires), qui sont en fait des forums de discussion particulièrement dynamiques ayant évolué vers une activité d'édition, et qui permettent d'envisager l'élargissement du champ de la communication scientifique et de diminuer l'impact des revues dominantes. Le développement de ce type de publications s'explique d'autant plus que les chercheurs sont depuis longtemps des utilisateurs d'Internet, qui est et devient de plus en plus le média privilégié pour la diffusion des résultats de la recherche.
Les preprints sont généralement gratuits, mais sont dépourvus de toute interface facilitant la consultation. Ils sont donc réservés à un public d'initiés, l'aspect de la revue à l'écran revêtant dans les autres domaines une très grande importance (pour les éditeurs, qui veulent que l'apparence de la page électronique soit fidèle à la page papier, et pour les lecteurs, même si la lecture à l'écran n'est pas forcément une finalité).
Les preprints sont disposés sur les services des universités dont dépendent les chercheurs, mais il est possible de trouver sur Internet des services regroupant l'ensemble des preprints sur un sujet. C'est notamment le cas du service Los Alamos e-print archives (http://xxx.lanl.gov), qui est un site compilant l'ensemble des preprints dans le domaine de la physique. Pour chaque texte, le lecteur a le choix entre le résumé, le document au format source et le document au format PostScript. La recherche se fait par sujet, date, auteur,...
Une solution intermédiaire entre la revue papier qui a son double sur Internet et les textes mis librement en ligne par les chercheurs sont les publications qui n'existent que sur Internet, mais dont le contenu est quand même visé par un comité de lecture avant diffusion. Ils combinent ainsi les rigoureux standards éditoriaux des plus prestigieuses revues scientifiques avec l'immédiateté de la technique électronique. C'est le cas des revues éditées par l'OCLC, qui a lancé depuis trois ans des revues exclusivement électroniques : The Online Journal of current clinical trials (publication des résultats médicaux 48 heures après qu'ils aient été acceptés), The Online Journal of knowledge synthesis for nursing et Electronic letters online. Le contenu éditorial de ces revues et la gestion des abonnements dépendent de sociétés scientifiques. L'OCLC est responsable de l'édition électronique, de l'interface (logiciel propriétaire GUIDON) et de la mise en ligne.
Aux produits et services évoqués ci-dessus (articles de presse, dépêches, consultation de catalogues de bibliothèques, de banques de données, déchargement de résumés d'articles et de sommaire de revues,...) viennent s'ajouter d'autres types d'information, disponibles en texte intégral sur Internet. Ce sont notamment les compte rendus de conférences, les thèses et autres travaux universitaires, les normes, les brevets, les rapports divers et même les
Il n'existe pas encore de service (comme c'est en revanche le cas pour les banques de données en ligne ou sur CD-ROM) proposant un point d'entrée unique pour l'accès à ce type d'informations. Les thèses et les normes notamment sont dispersées sur des serveurs universitaires ou institutionnels. L'utilisateur doit donc connaître l'université dont dépend l'étudiant pour avoir des chances de trouver le texte (la plupart des universités, notamment américaines, ont une présence sur Internet).
Par exemple le département géologie de l'Université de Portland met en ligne le descriptif et le résumé détaillé de toutes les thèses de ses étudiants, sur plusieurs années. La personne intéressée peut commander une thèse, qui lui sera facturée le prix de la reproduction, soit entre 40 et 50 $.
En France, déjà, plusieurs universités ou écoles ont décidé de mettre en ligne les travaux de leurs étudiants (voire même de leur ouvrir une "home page" personnelle). Par exemple, dans le cadre de l'I-D, il est possible de trouver sur le site Web de l'ENSSIB l'ensemble des mémoires des étudiants de l'année passée, ainsi que des dossiers de synthèse thématiques.
Les compte rendus de conférences sont également éparpillés, notamment sur les sites des grands organisateurs de salons. Par exemple le site de l'ieee (http://gopher.ieee.org/bookstore/comp.conf.htm) propose un certain nombre de textes. Une autre source intéressante est celle de Diane Kovac (Directory of scholarly electronic conferences). Toutefois des services un peu "centralisateurs" se mettent peu à peu en place. Par exemple la société EBSCO propose le service Ebscodoc Alert, avec les sommaires de 15 000 conférences (http://www.ebscodoc.com), et l'OCLC offre dans son package FirstSearch la base de conférences ProceedingsFirst, à côté des bases ArticlesFirst et ContentsFirst, pour les articles et les sommaires respectivement (http://www.ref.oclc.org:2000).
Enfin pour ce qui est des brevets, de nombreux services proposent de faire des recherches dans des banques de données, afin d'obtenir un numéro pour commander le brevet, et le recevoir hors ligne. L'accès en ligne au texte intégral commence toutefois à être proposé, pour des personnes ayant fait la démarche (assez complexe) de s'inscrire au service, sur des sites comme celui de Spo (www.spo.eds.com/spo/open_bin/gen_free.pl/). Les brevets sont facturés 4,95 $. Questel a également le service QPAT US (cf. ci-dessus), qui comprend les brevets américains des vingt dernières années. La recherche est assez sophistiquée, puisqu'elle peut s'exercer sur une cinquantaine de champs, avec une combinaison d'opérateurs booléens et de proximité.
D'autres services, comme Patscan (http://www.library.ubc.ca/patscan) sont des interfaces entre les bases brevets des grands serveurs, comme Dialog, Orbit et STN. Ils permettent la recherche, et assurent la fourniture par fax, courrier,...
Comme dans toutes les disciplines, des sites se présentent comme des "portes d'entrée" pour les personnes souhaitant des informations relatives aux brevets. C'est par exemple le site Internet patent resources, qui donne une liste très complète des revues, ouvrages, newsgroups, acteurs,... du domaine.
D'autres sites intéressants existent en matière de brevets :
Enfin naissent plusieurs projets pour mettre en ligne non plus des articles ou des publications, mais des ouvrages entiers. Plusieurs "bibliothèques virtuelles" se mettent peu à peu en place, grâce au travail conjoint de l'ensemble de la communauté. Les exemples les plus célèbres sont le projet de la bibliothèque d'Alexandrie (http://www.alexandrie.com) et le projet Gutenberg. L'un comme l'autre ont pour ambition de mettre à disposition de la communauté un maximum de documents en texte intégral.
Gutenberg propose environ 300 textes classiques (le tour du Monde en 80 jours, Alice au pays des merveilles,...), dont 90 % sont tombés dans le domaine public. La croissance moyenne est de 16 nouveaux textes chaque mois. Tous les textes sont acceptés, qu'ils aient été scannés ou entièrement ressaisis par les utilisateurs.
La bibliothèque d'Alexandrie prévoit (peu de textes sont pour l'instant disponibles) d'avoir une couverture plus large que Gutenberg. Le service se définit lui-même comme le carrefour de toutes les ressources textuelles numérisées disponibles en français. Les types de textes sont variés : littérature (poésie, bandes dessinées, essais, fables, romans, théâtre,...), science, mais aussi listes de sources (autres bibliothèques virtuelles, bibliographies, répertoires d'éditeurs,...).
La masse d'informations disponible sur Internet a entraîné la mise en place rapide d'annuaires de recherche, du type de Yahoo, WebCrawler, Lycos,... Ces outils de "première génération" ont le mérite d'exister, mais ils proposent des modes de recherche simplistes, qui aboutissent le plus souvent à une liste de réponses de plusieurs milliers d'occurrences. Ils sont aujourd'hui relayés par des moteurs de recherche plus sophistiqués, qui permettent d'établir des requêtes complexes, en utilisant des opérateurs booléens et de proximité, ou en se limitant à une partie d'Internet (recherche dans les news uniquement,...). C'est le cas de moteurs comme Alta Vista, fort apprécié.
Aujourd'hui la tendance est à l'avalanche de nouveaux moteurs de recherche : les éditeurs des premiers outils annoncent la "deuxième vague". Ainsi Lycos annonce CentiSpeed, lui-même deux fois plus rapide qu'UltraSpeed (Infoseek) et quatre fois plus qu'Alta Vista. Ces moteurs, qui annoncent toujours plus de puissance, de vitesse de traitement et de pages indexées, sont dans la tendance opposée aux services de recherche, qui proposent une organisation par thèmes (comme Yahoo, le plus connu de ce type d'outils).
Ces outils de recherche sont gratuits (notamment financés par la publicité), et commencent à envisager une reconversion, en se dirigeant vers les applications inter-entreprise. Ainsi Alta Vista (DEC) propose son outil pour rechercher des documents dans l'ensemble du système d'information de l'entreprise, ou pour organiser ses fichiers de façon personnelle.
Il existe également des moteurs de recherche payant, comme NlightN, qui ne vise pas l'exhaustivité, mais combine dans une même recherche des résultats extraits de pages Web et de bases commerciales (information financière sur les sociétés, bases de données bibliographiques, news et archives,...). Le paiement se fait à l'acte (pour chaque document déchargé).
Il existe sur le Web un grand nombre de services de vente d'information. Il n'y a pas de grandes difficultés pour le paiement, le principe généralement adopté étant celui du pré-paiement : ouverture d'un compte, sur lequel l'utilisateur place de l'argent en mettant un numéro de carte de crédit. Un numéro de compte et un mot de passe lui sont attribués (donnés par courrier électronique, dans les minutes suivant l'établissement du compte). Il devra les utiliser chaque fois qu'il souhaite interroger la base, ou pour alimenter son compte (sans avoir à rappeler son numéro de carte ). Le numéro de carte ne passe donc qu'une seule fois sur le réseau. Pour les personnes n'ayant pas confiance, il est la plupart du temps possible d'envoyer son numéro par téléphone ou par fax. Le paiement de petites sommes est donc possible et même couramment pratiqué, même si en France des solutions comme celle de Globe Online se sont mises en place.
Le principe est celui d'un service unique, hébergeant plusieurs éditeurs (notamment EURO RSCG, le groupe DAFSA et Victoire Télématique, La Centrale des Particuliers, Encyclopædia Universalis, Desfossés-Investir, le Monde, Libération), afin de créer une place de marché virtuelle où les prix sont transparents pour tous, les transactions sécurisées et le paiement par la banque du client garanti. L'avantage pour le client est de ne pas avoir à créer un compte pour chaque éditeur, et de ne pas avoir à faire circuler son numéro de carte sur le réseau.
Le Monde propose déjà un service expérimental, permettant de se créer un porte-monnaie virtuel et d'acheter des articles. Le prix d'un article est de 12 F. Cela peut paraître cher pour un seul article, mais ça revient en fait bien moins cher que de se déplacer dans une bibliothèque, ou de regarder sur le service haut palier du minitel.
Les métiers de l'I-D devraient évoluer de façon radicale dans les mois et les années à venir.
Car, contrairement à ce que croient les innombrables débutants dans le monde Internet ou le monde de l'information numérique, les métiers d'éditeur et de documentaliste non seulement ne sont pas menacés mais sont renforcés par le développement des réseaux et des sources. Les utilisateurs, et nombre d'administrations entre autres, vont redécouvrir l'importance de la compétence d'organisation et de recherche de l'information.
Selon une étude de Link Information Resources, il y a 2000 grandes sociétés nord-américaines qui dépensent en moyenne 150 000 $ par an pour la recherche d'informations en-ligne. Un utilisateur moyen passe 15 à 20 mn par jour à rechercher des informations, ce qui coûte 2000 $ par an à sa société. Une autre étude montre que 900 sociétés nord-américaines du monde de la finance dépensent chacune 275 000 $ par an pour avoir des informations sur les cours de bourse (coût moyen de 220 $ par utilisateurs et par mois).
Les services qui sortiront de la masse seront rapidement ceux que de véritables professionnels de l'information animeront.
Les professionnels del'I-D sont déjà très présents sur le réseau, puisqu'environ 12 à 15 % sont connectés.
Un débat existe actuellement au sein des associations professionnelles et de l'ensemble de la communauté pour réfléchir à l'avenir de la profession, notamment face à des moteurs de recherche "intelligents" tels que les agents, qui exploitent les banques de données constituées par les documentalistes.
Les véritables agents de recherche sont les professionnels de l'information. C'est à eux essentiellement que les nouveaux outils, effectivement puissants, vont profiter. Ces outils d'indexation automatique, aussi perfectionnés soient-ils, ne pourront pas remplacer le rôle d'un être humain, cyberthécaire, trieur et organisateur de l'info pour sa communauté. La maîtrise de la technique et de nouvelles relations, d'assistance, avec les utilisateurs de l'information vont au contraire permettre aux professionnels de l'information de jouer un rôle de plus en plus important.