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 le 20 JANVIER 2000 à PARIS
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3 pages par le Collectif Citoyen Anti-Marées Noires de St Nazaire et de la Presqu'ile guérandaise
Contact Pascal Braud <winrun@club-internet.fr>
21-01- 2000

Suite au naufrage du pétrolier Erika, après un mois de pollution marine et littorale sur la côte atlantique, le Collectif Citoyen Anti-Marées Noires de St Nazaire et de la Presqu'ile guérandaise est en mesure de dresser le constat -non définitif- suivant.

I. Le naufrage de I'Erika met en évidence l'insuffisante rigueur des lois qui régissent la navigation maritime et de graves dysfonctionnements dans l'application des lois existantes.

1. En dépit des assurances données par les diverses conventions internationales et nationales, la certification de la majorité des navires offre une garantie encore plus illusoire aujourd'hui qu'elle ne l'était avant les accidents des 20 années écoulées.

2. La fiabilité des contrôles effectues dans les ports d'escale et de chargement par les affreteurs ou sous l'autorité des Affaires Maritimes est, pour diverses raisons, également en baisse constante.

3. La déréglementation qui, de longue date, touche le secteur du transport maritime s'est constamment aggravée depuis 25 ans. Elle conduit a la dilution et l'opacité des responsabilités, a une déqualification du personnel de bord et a une soumission des équipages, commandement compris, aux ordres des armateurs, non compétents en matière de sécurité.

II. Le naufrage de l'Erika met en évidence la faiblesse extrême des moyens de lutte contre les pollutions marines et littorales et le dénuement tant conceptuel que matériel des "responsables".

1. Les informations délivrées au jour le jour par les spécialistes et autres experts publics ou privés ont été quasi systématiquement contredites par les faits. Il en résulte, aux yeux de la population, une perte de crédibilité de l'expertise et de la compétence des responsables en place.

2. Les moyens techniques et matériels mobilises pour traiter, en mer, la pollution par le fuel lourd ont été inexistants quels que soient le temps et l'état de la mer. Nous assimilons a une simple gesticulation médiatique l'envoi de bateaux dotes d'équipements inadéquats. Le constat doit être fait que notre pays ne dispose pas des moyens nécessaires pour faire face a ce type de pollution.

Il est évident que le temps perdu par la mise en oeuvre de moyens inadaptés a ultérieurement aggravé le caractère catastrophique de la pollution du littoral.

3. Le traitement de la pollution du littoral a également été handicapé
- par l'insuffisante maitrise des phénomènes complexes liés aux courants et aux vents,
- par l'insuffisance globale des moyens techniques et humains immédiatement utilisables, encadrement inclus,
- par l'insuffisance même des outils et matériels les plus simples.

4. La logistique de l'évacuation et du stockage des déchets récupérés a du être improvisés en catastrophe.

5. Le traitement de ces déchets, également impréparé, pose manifestement un grave problemé de méthode et de coût qui inquiète alors que ceux des précedentes pollutions pétrolières sont restes en l'état, certains depuis plus de 20 ans.

III. Par delà la responsabilité des différents acteurs économiques privés impliqués dans l'affaire du naufrage de l'Erika, les faits incontestables énumérés ci-dessus engagent lourdement celle des gouvernements et des chefs d'Etat qui se sont succédés depuis la fin des années 70.

II appartient a I'Etat et par conséquent aux gouvernements d'assurer la défense et l'intégrité du territoire et la protection des populations.

Or, les populations ont été abusées par les promesses qui leur ont été faites ainsi que par la prétendue efficience des conférences internationales.

Elles constatent aujourd'hui :

- Que les lois et les règlements, déjà insuffisants, ne sont pas respectes.
- Que des certifications de complaisance ont acquis valeur de droit.
- Que les contrôleurs dits "de l'Etat du port" sont en nombre insuffisant et ne peuvent pas matériellement remplir leur mission.
- Que la concurrence économique entre ports tend a minorer l'impératif de sécurité.
- Que, loin de s'opposer à la prolifération des navires sous pavillons de complaisance, la France a créé son propre site aux Kerguelen.
- Qu'en matière de prévention, de moyens de lutte anti-pollution et d'organisation, les intentions affichées n'ont pas - rail d'Ouessant excepté - donné lieu a des réalisations concrètes en matière d'outils techniquement adaptes et performants.
- Que les zones côtières sont doublement pénalisées par l'accumulation des stockages de déchets abandonnes in situ.
- In fine, que les choix politiques et budgétaires faits depuis 20 ans ont servi le développement liberal-productiviste et sacrifié notre patrimoine côtier, l'environnement et toutes les formes d'économie locale qui en dépendent.

C'est pourquoi, le Collectif Citoyen anti-marées noires de St Nazaire et de la Presqu'île a déjà adressé à Monsieur Jospin, Premier Ministre, la liste suivante de revendications comme étant le minimum a entreprendre à tràs court terme. Notre collectif attend :

1- contrôles sur terre
- Une action vigoureuse au plan européen et international pour reformer le fonctionnement de I'O.M.I.
- L'institution, pour toutes les sociétés de classification, d'un agrément dont dépendra la validité légale des documents du bord.
- La création d'un corps européen de contrôleurs mobiles, indépendants des intérêts portuaires locaux, missionnés pour examiner les navires et la compétence des équipages. Cent créations de postes sont immédiatement nécessaires a l'échelle de la seule France.
- Un re-examen drastique des pratiques de déballastage, quelle que soit la technique utilisée.

2. Contrôles en mer

- Une application stricte des procédures de suivi de la navigation dans les eaux françaises et européennes.
- Des moyens matériels et humains nécessaires àl'effectivité de ces contrôles et des éventuelles sanctions.

3. En cas de pollution massive

- La mise en chantier dune flotte de navires dotés d'équipements spécialisés dans la lutte contre les grandes pollutions marines potentielles, quelle qu'en soit la nature.
- L'arrêt des appels au bénévolat pour le nettoyage des rivages et le recrutement de volontaires salariés, socialement protégés.
- L'acceptation de la "Vérité du coût réel global" de chaque catastrophe et l'indemnisation intégrale de toutes les victimes, seule façon d'éclairer correctement les décisions politiques.

4. Observatoire de la marée noire

Sa localisation géographique et sa volonté de porter la parole de toute la population, sans exclusive ni considération partisane conduit le Collectif Citoyen a revendiquer pour lui-même une place d'observateur, éventuellement de contributeur constructif a l'Observatoire récemment institue a Nantes.

Motion approuvée par le Collectif réuni en assemblée plénière le 19 janvier 2000 à St Nazaire.

http://www.admiroutes.asso.fr/action/erika/collectif.htm