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Gestion d'une crise littorale.
Journée d'étude de l'Association Nationale des élus du littoral au Sénat.
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3 pages par Jean-Paul.Baquiast jp.baquiast@chello.fr 12-10-2000

L'Association Nationale des élus du littoral (Anel) a tenu sa 21e journée d'étude au Sénat, le 10 octobre, sur le thème "Gestion d'une crise littorale: le cas de l'Erika". Des comptes-rendus seront disponibles auprès de l'Anel dans quelques semaines, mais celle-ci ne disposant pas encore d'un site Internet, la circulation de l'information est difficile.

Parmi les nombreux intervenants, signalons:
Christian Poncelet, président du Sénat
Antoine Ruffenacht, maire du Hâvre, président de l'Anel
Jean Claude Empereur, vice-président de l'Anel
Georgette Lalis, directeur du transport maritime, Commission européenne
Jean Louis Bourlanges, député européen
Amiral de Chauliac, secrétariat général de la mer
Jean-Yves Le Driant, député du Morbihan
Daniel Paul Président de la commission d'enquête parlementaire sur la sécurité du transport maritime.
Henri de Richemont, rapporteur de la commission d'enquête du Sénat: Erika, indemniser et prévenir dont le rapport a été distribué.

Par ailleurs, assistaient à la journée une cinquantaine d'élus, représentants de professionnels et experts.

Le mécontentement

A titre personnel, j'ai constaté, au cours des exposés et débats, le cumul de nombreux mécontentements, proches de la colère.

Un vif mécontentement des participants, notamment des élus, à l'égard des services de l'Etat.

Des griefs majeurs ont été évoqués (avec diplomatie il est vrai, nous étions au Sénat!):
- absence d'enseignements tirés des crises précédentes, Amoco Cadiz, Tannio, etc. Tout avait été dit alors, rien ou presque n'a été fait
- de ce fait, inadéquation des plans Polmar-mer et Polmar-terre.  
- doutes sur la capacité des Pouvoirs publics à obtenir de véritables changements dans les réglementations ou la disponibilité des moyens, se traduisant par la crainte latente que de nouveaux naufrages ne se produisent encore, aussi dévastateurs. Les nombreuses lettres rassurantes envoyées par les Pouvoirs Publics à l'Anel depuis le naufrage ne semblent pas changer grand chose.

J'estime pour ma part qu'il est très grave que des collectivités et associations confrontées à des risques majeurs ne puissent pas davantage faire confiance à l'Etat, ou aux institutions européennes. A qui d'autres peuvent-elles se vouer? Admiroutes constate de nombreux autres sujets où les citoyens ne font plus confiance à l'Etat, dans des domaines touchant tant à la vie quotidienne qu'au développement durable. Cela révèle un double problème: refus de l'Etat de mettre les moyens indispensables à la prévention des crises, insuffisante information des citoyens relativement aux quelques mesures néanmmoins prises (avec notamment un oubli complet du rôle indispensable de l'Internet).

Il faut noter au contraire que le rôle des deux Assemblées parlementaires (complété par les travaux du Conseil Economique et Social) a été jugé remarquable. Les rapports des commissions ad hoc se sont efforcés de mettre  le plus de clarté possible. Ils ont été largement diffusés par voie de presse et d'Internet. Ils fourmillent de recommandations précieuses. Mais qui en tirera vraiment parti?

Un certain mécontentement, et surtout des inquiétudes, à l'égard de l'Europe.

Si la Commission européenne, sous l'égide de la Commissaire aux transports, Mme Loyola de Palacio, fait des propositions minimum acceptables, si le Parlement européen semble relayer certaines de ces propositions, le doute le plus grand rêgne sur la capacité du Conseil des ministres à entériner ces mesures, même à la majorité qualifiée. La présence au sein de l'Union d'Etats décidés à ne pas jouer, sauf en apparence, la carte de la transparence et de la sécurité en matière de transports maritimes, fait peser une menance permanente sur la crédibilité des mesures adoptées. L'élargissement prochaine de l'Union à des Etats comme Chypre, Malte ou les pays d'Europe orientale va certainement augmenter l'impuissance de l'Europe à se doter d'une politique cohérente et vigoureuse, susceptible d'être opposée à celle des Etats-Unis et du Canada. Quant à la présidence française, qui devait faire bouger les choses, 3 mois se sont déjà passés sans autres résultats tangibles que le dépôt de mémorandums, certes bien intentionnés, mais encore loin d'aboutir à des résultats concrets.

Un non moins vif mécontentement des participants à l'égard de la collectivité nationale toute entière.

Les Français continuent  à ignorer les choses et enjeux de la mer et du littoral. Ce n'est pas nouveau, mais cela devient inacceptable aujourd'hui compte-tenu du regain d'intérêt manifesté par la communauté internationale à l'égard de la mer.  Il n'y a pas de politique de la mer en France, il n'y a pas d'administration et de ministre compétents pour s'en occuper, le pouvoir, quand il y en a, est partagé entre services que personne ne coordonne. Il reste centralisé à Paris au lieu d'être déconcentré sur le terrain. Le minimum de moyens indispensables pour renforcer les équipements de sécurité sont constamment refusés, notamment  par la direction du budget (mise en place d'installations de dégazage dans les ports, recrutement d'inspecteurs compétents, renforcement en navires, équipages et aéronefs d'intervention, etc.). Par ailleurs la recherche océanographique, où la France disposait d'une compétence internationale, tombe progressivement en deshérence, la construction navale, la marine marchande, la pêche, continuent à relever d'approches archaïques, au moment ou le transport maritime, à bord de navires récents et sûrs, est de plus en plus considéré comme un enjeu majeur à ne pas laisser aux mains d'aventuriers internationaux n'offrant aucune des garanties minimum exigibles.

Et toujours, à titre récurrent, le mécontentement à l'égard de la politique d'indemnisation

Sans entrer dans le détail, l'on peut signaler le reproche fait au FIPOL, dont les critères d'attribution des indemnités est jugé manquer totalement de transparence. Je n'évoque pas la question du rôle actuel et futur de Total, qui a fait l'objet de divers commentaires.

Conclusions des travaux

Toujours à titre personnel, j'ai retenu plusieurs conclusions, intéressant l'Anel,  auxquelles Admiroutes s'efforcera pour sa part de faire écho ou participer:

- Tenir à échéance d'un an, tant à l'assemblée nationale qu'au sénat, une journée d'évaluation des mesures effectivement prises confrontée à celles recommandées dans les rapports, ou demandées par les différents acteurs. Je rappelle qu'Admiroutes avait établi pour ce faire, dès février dernier, un tableau de bord très simple, qu'il convient évidemment de compléter par des informations précises.

- Faire un dossier complet sur la mise en place d'un service garde-côte français efficace. La collaboration de l'amiral (E.R.) Guy Labouérie, de l'Institut de Locarn, ainsi que d'autres spécialistes, pourra semble-t-il être obtenue.

- Monter un site internet pour l'ANEL, qui lui permettra d'entrer dans le réseau très actifs des associations et collectivités intéressées par la crise de l'Erika et par les mesures à prendre, réseau dont Admiroutes est l'un des points de commutation.

http://www.admiroutes.asso.fr/action/erika/anel.htm
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