Table ronde du colloque

"Informatique, moteur de la croissance" organisé par le SFIB et le SYNTEC

du 5 décembre 1996

Extraits des propos tenus lors de la table-ronde.

Résumé par J.P. BAQUIAST, avec l'aimable autorisation de Idées Dialogue Conseil

NB: la formulation exacte des propos rapportés ici, non soumise à leurs auteurs, n'engagent pas la responsabilité de ces derniers.

L'ANIMATEUR:

Quelle est l'attitude des patrons que vous êtes face à l'informatique?

F.X. de FOURNAS, BRED:

Nous travaillons quotidiennement avec les nouvelles technologies (NTI). Le problème est d'impliquer l'ensemble des personnels et des clients. Nous avons crée un espace technologique qui a formé 5000 personnes. Ceci dit, dans l'ensemble des entreprises, l'acculturation face aux NTI est plus présente au sommet, les patrons, qu'à la base.

Les banques françaises, face aux américaines, plus rentables, sont plus productives, grâce à des techniques d'automatisation plus évoluées

G. DEMOTE-MAINARD, Gicab:

Le Crédit Agricole consacre 8 à 10% de son PNB à l'informatique. Mais il faut former les utilisateurs et leur apprendre à formaliser leurs besoins, en relation avec leurs objectifs commerciaux.

Les managers sont bien formés, en ce qui les concerne, mais ne savent transmettre cette culture aux utilisateurs de base. Les jeunes diplômés manquent notamment de formation interne, contrairement aux américains moins diplômés.

J. LAGRANGE, Lease plan

Notre PME dans la catégorie des 50 à 500 personnes, ne pourrait vivre sans l'informatique, pour la production mais aussi le marketing. Mais " informatique " signifie aujourd'hui " système de communication ". Cela, les patrons ne le perçoivent pas toujours, et cela se ressent dans les sondages.

P. LEMOINE, Nouvelles Galeries.

Les NTI nous sont indispensables pour rester concurrentiels, au niveau de l'approvisionnement et de la relation client. De plus, notre entreprise veut se donner un spectre large de compétence pour les marchés nouveaux du commerce électronique, dans le cadre d'une relation " one to one " avec le client distant.

Le centre de gravité est passé de l'usine aux bureaux puis à la communication et à l'échange. La réactivité devient essentielle.

Cependant, je constate que les entreprises françaises sont peu volontaristes face aux NTI, Intranet, Internet. C'est un problème de mentalité. Il manque en France un message politique fort, du type de celui de CLINTON-GORE aux USA.

J.M. DESCARPENTRIES, Bull.

D'accord pour considérer les NTI non comme une dépense regrettable, mais comme un investissement et un facteur de croissance. Nous avons cependant des handicaps: incompréhension du jargon tout anglais, faiblesse des marges, avance technologique des américains. Mais la France a des atouts. C'est le message du SFIB et du SYNTEC.

K. BEAUVILLAIN, HP France

Il nous est difficile, notamment du fait du jargon, d'expliquer à un PDG français tous les bienfaits des NTI.

B. DUFAU, IBM France.

Il y a un décalage des investissements informatiques entre la France et les autres pays. Le concept d'investissement informatique n'est pas utilisé, à commencer dans le budget de l'Etat. Quant à nous fournisseurs, il faut apprendre le langage et le métier du client.

F. DUFAUX, Sema Group.

Dans tous les secteurs économiques manquent les investissements informatiques stratégiques. Exemple le transport, en grève es temps-ci, où la compétitivité se jouera sur l'informatisation des réseaux avec les clients, où les grands groupes d'Europe du Nord excellent.

Nous avons des champions en France, mais 40% de l'économie est contrôlé par l'Etat, qui ne comprend pas bien ces questions. D'où de graves décalages avec l'étranger.

En dehors de cela, les responsables de la méconnaissance des enjeux des réseaux sont les chefs d'entreprises, souvent vieillis et réticents. Il est anormal que le PDG ne s'intéresse pas à cela.

S. SELETSKY, Elf

Il ne suffit pas de dire que l'informatique doit être au service de la stratégie, ou du client. On le répète depuis 10 ans. Il ne faut d'ailleurs plus parler de l'informatique, comme le présent Colloque, mais des Technologies de la communication. Il faut même se centrer sur Internet, qui n'est pas un terme technique, et que tout dirigeant doit comprendre. Il fait bouger l'industrie. De même Intranet, avec le groupware, fait bouger l'entreprise: casser les structures pyramidales, changer l'attitude vis-à-vis de l'information..

F.X. de FOURNAS,

Ceci est capital. Les NTI rendent à la base l'usage de l'intelligence et de la créativité. Or notre pays n'est pas démocratique, non plus que nos entreprises. Il faut le devenir. L'entreprise doit se réorganiser totalement, se mettre en réseau de réseaux internes et externes, déconcentrer les responsabilités vers la base, réduire les échelons hiérarchiques.

Par ailleurs, les informaticiens et les autres catégories de professionnels devraient dorénavant échanger de temps en temps leurs fonctions.

P. LEMOINE

L'Université et la presse ont une responsabilité dans le retard français. Elles n'ont pas fondé de discours, comme aux USA, sur l'entreprise communicante. L'enjeu n'est pas la productivité du travail, trop souvent dénoncée, mais celle des flux, des stocks, des cycles de réapprovisionnement, de la réactivité commerciale.

J.M.DESCARPENTRIES

Les mots ayant leur importance, il faut parler d'Extranet plutôt que d'Internet, quand il s'agit de définir le réseau interétablissements ou international d'une entreprise.

B. MANIGLIER, Compaq France

Le retard de la France est plus dramatique qu'il n'est dit ici. Il suffit de regarder les comparaisons internationales. Les entreprises et les administrations n'utilisent toujours pas l'informatique au niveau qu'il faudrait, alors qu'elles répètent depuis 20 ans que celle-ci fait gagner du temps et de l'argent. Ne parlons pas des nouvelles technologies du multimédia, tout à fait ignorées.

J.P. BAQUIAST, Finances.

Les organisateurs du Colloque ont été sympathiques en ne prenant pas les administrations comme exemple d'un certain retard français. Avec les coûts du passage à l'Euro et à l'an 2000, les modernisations en profondeur risquent d'être reportées à plus tard, sauf si l'on s'appuie sur l'Internet-Intranet, qui permettent de changer beaucoup de choses à peu de frais.

Un intervenant IT Forum Comdex France

Les américains considèrent la France comme le premier des pays sous-développés. Ils ne veulent plus investir en France, du fait de nos retards en TI.

F.DUFAUX

Ce n'est pas tout à fait exact. Nous avons des atouts, mais il est temps de se réveiller pour les exploiter.

P. LEMOINE

Il y a en France une crise du langage et de l'offre politique, en termes de formulation et d'affrontement des enjeux.

B. DUFAU

Entièrement d'accord. Nous avons besoin d'un message politique fort, qui n'existe pas actuellement.

Pour terminer la Table-Ronde, Dominique STRAUSS-KAHN, ancien ministre de l'industrie, souligne cinq points:

- il y a bien un retard français, en niveau mais aussi en dérivée, ce qui est plus grave. A un moindre degré il est aussi européen. Ce retard grandissant pèse non seulement sur l'équipement, mais sur la compétitivité et bientôt l'indépendance politique.

- il y a un paradoxe français. Nous sommes un pays de bons ingénieurs, mais absent des TI. Ceci peut s'expliquer parce que celles-ci créent de la culpabilité. Elles sont encore jugées comme créatrices de chômage, ce qui est évidemment faux.

- les TI ne doivent plus être du seul domaine des informaticiens, de même que l'Europe ne doit plus être du seul domaine des négociateurs. C'est aux chefs d'entreprise et chefs d'administration qu'il appartient d'assumer dorénavant, personnellement, ces deux objectifs vitaux.

- les hommes politiques doivent à leur tour assumer ces enjeux, en parlant des technologies comme porteuses d'avenir. Ils doivent aussi insister sur les investissements culturels et intellectuels à faire, notamment en matière de formation.

- les déficiences en investissement informatique rejoignent celle de l'investissement en général. La France, seule de son espèce, n'investit plus. Il faut cependant le faire pour entrer dans la société en réseau, afin d'en tirer tous les bénéfices.

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