Pourquoi faire rapide et bon marché quand on peut faire lent et coûteux?

par Jean-Paul BAQUIAST ( 12 Avril 1997)

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Une fédération d'associations comprenant une centaine de membres, répartis sur l'ensemble du territoire, prend une louable initiative: mettre sur Internet l'importante documentation utilisée, et resserrer par le courrier électronique les liens entre les organismes et les personnes.

Ces associations ne sont pas riches. Elles disposent pourtant de nombreuses bonnes volontés qui ne demanderaient qu'à se mobiliser. Elles pourraient également faire travailler, au plan local, des étudiants en mal d'emploi, qui feraient de la sorte une intéressante expérience pré-professionnelle.

Dans l'esprit de l'Internet, la démarche parait simple: commencer tout de suite, avec les moyens du bord, et se développer en capitalisant sur l'expérience progressivement acquise par les premiers utilisateurs.

Quelques ressources sont évidemment nécessaires pour commencer: une ou deux personnes connaissant l'Internet, au niveau central - un site web à 1000F/mois - la désignation d'un certain nombre de correspondants dotés d'adresses électronique. Ce dernier point ne présente pas de difficultés, car les principales associations disposent déjà de micro-ordinateurs qu'il suffira de connecter et de doter d'éditeurs html.

L'équipe centrale mettra, quasi immédiatement, un certain nombre de documents en ligne sur le Web de la fédération. Elle habituera en même temps les correspondants à utiliser la messagerie et à produire eux-mêmes des textes html...

Ceci fait, il sera temps de réfléchir. Faudra-t-il poursuivre sur Internet? Faudra-t-il parallèlement, développer un Intranet, dans la mesure ou certains documents ou échanges ne doivent pas être mis sur la place publique? Si l'Intranet s'avère souhaitable, l'équipe le mettra en place de la même façon, progressivement, sur quelques micros reliés par de simples mots de passe. Il sera temps d'étudier ensuite des solutions plus sécurisées, si le besoin s'en faisait sentir.

Cette démarche conviviale, outre son faible coût, présente l'avantage de faire participer au développement, dès le début, les correspondants les plus motivés. Elle permet également de présenter sans attendre, à l'ensemble de la structure, des éléments concrets pour apprécier les enjeux et difficultés éventuelles. Les résistances, car il y en a (tous ceux qui détiennent actuellement l'information, et ne souhaitent pas la partager) seront prises de court, par la rapidité du processus de développement.

Une difficulté, mais de taille, se présente néanmoins: adopter ce que nous avons appelé une démarche s'inspirant de la philosophie d'Internet, suppose que l'on soit déjà familiarisé avec Internet et sa philosophie. Cette familiarité n'est malheureusement pas encore très répandue en France.

Que fait donc en fait notre sympathique fédération d'associations? Elle consulte une société de service. Celle-ci propose une démarche s'inspirant des projets informatiques lourds de la décennie précédente: étude de faisabilité et maquette sur 18 mois, en respectant les bons principes de la méthode Racines, pour un budget de quelques centaines de milliers de francs. Les 18 mois passés, ce sera d'ailleurs l'inconnu: que coûteront (et dans quels délais) les mises en place effectives, les travaux de maintenance et de développement, la généralisation à l'ensemble des sites utilisateurs?

La société de service, par ailleurs, propose dès le début la solution la plus difficile techniquement, la plus coûteuse et la moins conviviale: un Intranet sécurisé pour tous les échanges et toutes les données. Elle a ce faisant prêté une oreille peut être un peu trop attentive à ceux qui n'apprécient guère les changements qu'apporterait une communication plus facile et plus décentralisée.

Nous ne voulons pas dire par cet exemple vrai qu'il ne faut pas faire appel aux sociétés de service pour développer des Internets ou des Intranets, mais seulement qu'il ne faut pas le faire sans un minimum d'expérience, non seulement du dialogue avec ces honorables professionnels, mais aussi des changements technologiques et culturels qu'apporte Internet. Definitely, nous ne sommes plus à l'époque des projets sur 5 ans, précédés d'interminables schémas directeurs et études d'opportunités. Il faut aujourd'hui se jeter à l'eau, avec les moyens du bord. L'expérience viendra en marchant.

Pour ce qui concerne l'aide des sociétés de service, lorsqu'il ne s'agit que d'applications Internet simples, la même approche s'impose, sauf à dépenser pour la gloire les budgets dont l'on dispose: commencer au plus juste, et continuer de même.

Les sociétés de service dépenseront peut-être moins par client, mais elles auront davantage de clients, et le retard de la France diminuera.