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Un traducteur à la langue pâteuse
par Jean-Paul Baquiast
le 27 août 1998

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Notre collègue le traducteur du ministère, rencontré ce matin dans le couloir, a fort mauvaise mine, l'air abattu. Si j'osais un mauvais jeu de mot, je dirais qu'il a certainement la langue pâteuse, celle de quelqu'un ayant mal digéré quelque chose.
Pour lui remonter le moral, je lui souffle: "dites-donc, ce n'est pas le moment de flancher. Tout va bien pour vous, avec ces nouveaux logiciels de traduction que promeut la Délégation Générale à la Langue Française. Vous allez enfin pouvoir me traduire en anglais, allemand et espagnol tous ces messages que je destine à nos correspondants européens, et que je suis bien incapable d'envoyer, à l'heure actuelle, autrement qu'en français"

Que n'avais-je pas dit là? "Vous n'y pensez pas, jamais je n'utiliserai ces saletés-là. Vous voulez que nous parlions petit-nègre à l'étranger. Et puis, bientôt, avec ces histoires, je pourrai m'inscrire au chômage..."

Je l'ai regardé sans comprendre "c'est vous qui dites cela, alors que nous avons de plus en plus besoin de communiquer vite et bien avec des gens qui seraient heureux de recevoir des versions, en leur langue baragouine, de nos bafouilles en français (je ne vous parle évidemment pas de traduire des conventions fiscales internationales), et pour lesquels vous prétendez n'avoir pas le temps d'apporter vos services -ce qui m'oblige moi et les autres, à utiliser, moins bien certainement que vous  ne le feriez vous-mêmes, ces excellents outils d'aide à la traduction et à la correction que nos vaillants industriels français s'efforcent de nous fournir, face à la concurrence grandissante des petits mous et consorts. Vous n'êtes pas près de chômer, au contraire. Les 36 heures, n'y comptez pas, même et surtout avec tous les logiciels du monde".

Manifestement, je ne l'ai pas convaincu. Il faudrait, m'a-t-il laissé entendre, avant tout usage des outils d'aide à traduction, réunir un CTP ministériel (ou quelque chose du même genre) , saisir la Commission interministérielle de contrôle de l'usage du français, mandater le Comité interadministratif de la communication internationale, interroger le Groupe Consultatif sur la Qualité du Langage administratif, consulter le Conseil d'Etat et le Conseil constitutionnel... sans parler évidemment de l'association professionnelle des traducteurs et interprètes.

Il n'a oublié qu'une instance, je me demande pourquoi, et c'était l'Académie Française, dont la sage lenteur serait une garantie utile face à des achats précipités de logiciels. Mais les chefs qui nous dirigent, répareront cette omission, soyons en certains.

Les chroniques du bêta-bloquant
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