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Les chroniques du bêta-bloquant
Si c'était moi
If I were me
par Anne Bedel (15 mars 1997)
(traduction anglaise: Carole Guyot) 

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Il est un peu facile de critiquer les autres. Après tout nous avons tous "la bêtabloquante". La différence  s'établit plutôt sur la conscience que l'on a de cette affection. C'est exactement comme le ridicule. Ceux qui s'en rendent compte sont déjà en phase de guérison.

Mais comment s'en rendre compte? Faisons notre examen de conscience.

La bêtabloquante est un réflexe auquel nul n'échappe. Nous en ressentons la manifestation la plus courante dès que l'on nous  parle d'un sujet nouveau, d'un projet nouveau, d'une idée nouvelle. Nous nous sentons exclus (parce que nous n'y avons pas pensé avant, ou parce que nous croyons y avoir pensé - c'était tellement évident- et nous sentons dépossédés).

L'idée défendue par l'autre le met en valeur, à notre détriment, pensons-nous instinctivement. Il nous faut reprendre une forme de supériorité,  en faisant appel à un vieux fonds d'objections généralement éculées:
- manifestement, vous avez oublié la CNIL (ce qui n'est généralement pas vrai. Comment peut-on oublier la CNIL?).
- vous ne voyez que la technique, vous évacuez l'aspect humain, le volet culturel, les valeurs du service public ...(alors que c'est précisément pour sauver tout ceci que le projet a été élaboré).
- le Minitel fait déjà cela, et chacun peut s'en servir de chez lui.
- etc.
-Ou encore, plus globalement le fameux "cela ne marchera jâmmmais" qui doit être beaucoup dans le fait que les québecois nous appellent "maudits français"

Il y a bien d'autres façons de bétabloquer le projet qui nous porte ombrage:

  1. Répondre d'une voix pensive (en plissant les yeux de l'air de celui qui recherche l'information dans une mémoire déjà encombrée par des sujets plus importants) par une phrase montrant que le sujet est éculé. "Cela me fait penser au projet que Lourmel a mis en place à la direction générale de la RATP". En fait, l'on ne connait vraiment ni ce qu'a fait ledit Lourmel, ni ce que veut faire l'interlocuteur.
  2. Rappeller que l'on avait déjà pensé à tout ceci, mais que l'idée était trop avancée pour son époque. Le ton est également neutre, modeste. "En 1994 j'ai présenté un projet similaire, mais je n'ai pas obtenu de financement, la technique n'était pas suffisamment au point."
  3. On feint l'indifférence. "Aujourd'hui avec toutes ces technologies, il est facile d'avoir des idées nouvelles . Ce qui manque le plus c'est la qualité des réalisations (sous entendu "moi je réalise des projets de qualités, et les idées bouillonnent tellement dans mon esprit qu'il faut que je mette un couvercle").
  4. On brandit l'ampleur de la réalisation d'un tel projet. "C'est intéressant mais ne croyez-vous pas que cela risque de devenir une usine à gaz". Et si l'interlocuteur démontre que c'est simple et modulaire , l'on répond "C'est intéressant, un peu simpliste, mais je suis sûre que vous allez l'étoffer".

Finalement, comme il est facile de le constater,  ce qui provoque en nous la réaction bétabloquante, ce n'est pas l'idée nouvelle, mais c'est la présence de l'autre, et le fait qu'il puisse éventuellement nous éclipser dans la recherche de la supériorité intellectuelle qui nous anime tous.

Il est intéressant de voir que lorsque nous nous trouvons confrontés à l'anonymat du Web, et à la possibilité de piller trucs et idées (ce qui est d'ailleurs, rappelons-le, généralement accepté par les auteurs), nous sommes beaucoup moins bloquants.

Pour se guérir de  la maladie, ne faudrait-il donc  pas que tous les bétabloquants se convertissent en webmestres. Ils pourraient alors s'enrichir des idées des autres, sans  remerciements et sans reconnaissance.

Quant à moi, c'est bien pour cela, vous l'aviez deviné, que je suis devenue webmestre.

Ce truc de navigation (la barre juste au-dessus), je l'ai "piqué" au plan (http://www.plan.gouv.fr), que je ne remercie pas.

PS: Cela me ferait quand même plaisir qu'on me cite quand on me pique des schémas, tableaux ou articles! (le 13 mars 1998)

It's so easy to criticise someone else. Anyway we suffer from the Beta-blocker syndrom too.

 The difference lays in the fact that we are aware of this affection. It's exactly like feeling ridiculaous. People who are aware of itjust show signs of recovery.

But do we realise it? Just make our self conscience examination.

 The Beta-blocker syndrom is a reflex that no one is put aside. We feel the premium effects when someone 's talking about a new subject, a new project or a new idea.

We feel excluded because we haven't thought about it first or we think we have- it was so obvious and we feel dispossed.

Instinctively, we think that an idea someone else has put forward, puts light on them to our detriment.

We must show an other form of superiority, by using worn objections:
- obviously you forgot to inform the CNIL (The CNIL is a FRENCH organism whose aim is to guarantee individual freedom).
This is generally not true. Would could forget the CNIL?
- You forget technical aspests, you put aside cultural and human aspects and what about the value of the public sector.
(Actually, this topic was the main part of the project...).
- The minitel does the sameand it can be used at home from anybody... 

They are so many way to stop a project that offend us.

  1. to answer with a thoughtful look by closing the eyes in sign of intense cerebral activity , which has been made slower by the big pile of projects:
    "It reminds me of projects that Lourmel has initiated in his department."
    Actually, what Lourmel exactly did, we don't have a clue of what it deals with either, nor what we are being talked about.
  2. You remind me we thought about it, but the idea has come too early for the time being.
    "In 1994, !I presented a similar project but I didn't get any funds . Furthermore, technology was not sufficiently advanced."
  3. You seem indifferent.
    "Today with all these technologies, it's easy to have new ideas. Anyway their realisation suffers from a lack of quality.
    (let's understand :" I realise top quality projects and I'm so bubbling with ideas that I have to cool down")
  4. You point out the amount of work which is necessary to realise such a project.
    "it's interesting. However don't you think it's going to turn into a fortress?" 
    And once you are convinced of its simplicity and modularity, you answer :
    " It's interesting, but a bit simplistic. Anyway, I'm sure you are going to fill it out."

Finally, it's easy to notice that what triggers a Beta-Blocker reaction off is not the new idea, it's the one who initiated it, the risk that he offends us because of our eternal search for intellectual superiority.

How interesting to notice the anonymous side of the web and the possibility to pick up tricks and ideas (which is generally accepted by the others). It makes us behave in a less Beta-Blocking manner. 

In order to recover from this disease, why not become a Webmaster?. They could get richer with others ideas whithout thanks and gratefulness. 

As far as I'm concerned, you can gess I became a Webmaster ...

 

 

http://www.admiroutes.asso.fr/action/bb/moi.htm
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