accueil admiroutes

Les chroniques du bêta-bloquant
Si c'était un grand chef...
If it were a big boss...
par Jean-Paul BAQUIAST et Anne BEDEL (mai 1996)
(traduction anglaise: Carole Guyot) 

index BB

Qu'est-ce qu'un grand chef? Question difficile.

Nous ne parlerons pas ici des ministres, personnages de passage dans l'administration, dont ils n'ont pas toujours les défauts, même s'ils en ont d'autres, hérités de la vie politique.

Nous excluerons également de notre discours les jeunes gens de leurs cabinets, même s'ils proviennent en droite ligne des grandes écoles administratives, dont on sait le caractère décérébrant. La pression compétitive qu'ils subissent, la nécessité d'avoir à tout prix des idées neuves, les rend -parfois- plus ouverts que le commun des fonctionnaires, notamment à l'égard des nouvelles technologies.

Ce sont sans doute les directeurs d'administration centrale qui peuvent au mieux représenter les grands chefs dans cette chronique.

Disons tout de suite qu'ils sont en général très bons, compétents, avisés, grands travailleurs, dévoués à la chose publique, etc.

Nous sommes obligés cependant de reconnaître qu'ils constituent pour le bêta-bloquant une proie particulièrement facile.

Pourquoi?

Ils  ont généralement été formés dans le mépris des technologies, qu'elles soient de l'information ou d'autres choses. Seul le Droit bénéficie quelque peu de leur considération. Curieusement, les ingénieurs élevés au rang directorial se hâtent de rejeter leur profil technique pour adopter les habits moins rutilants du gestionnaire.

Quand il s'agit de l'informatique, c'est encore plus clair. L'informatique dite encore par eux "lourde" est affaire d'informaticiens, le micro-ordinateur concerne les secrétaires. Quelle que soit la considération qu'ils affichent pour ces catégories, ils ne veulent pas être confondus avec elles.

La vague de l'Internet les a laissés longtemps indifférents. Plus exactement, ils ne se sentaient pas concernés professionnellement. Pour eux, il s'agissait d'un autre monde, curieux, intéressant peut-être, mais exotique...exotique comme peuvent l'être par exemple , à d'autres titres, les développements de la cosmologie ou du cinéma chinois.

Il est d'ailleurs facile de les comprendre. D'abord et avant tout, ils sont désarmés face au minimum technique qu'impose l'accès au réseau des réseaux. N'ayant jamais voulu apprendre ce qu'ils considéraient comme le métier des secrétaires, ils en souffrent aujourd'hui.

Même le micro-ordinateur portable, si chic à manipuler en avion ou dans les conférences internationales, comme le font  si bien leurs homologues anglo-saxons ou asiatiques, les laisse tout niaiseux.

Par ailleurs, ils n'ont guère le temps d'explorer le monde virtuel, à la recherche d'informations. Celles dont ils estiment avoir vraiment besoin, ils pensent les trouver dans les dîners en ville, les cercles de directeurs, les corridors de ministres. Les informations relatives au reste du monde...nous ne dirions pas qu'ils ne s'en préoccupent pas, mais seulement qu'ils pensent les trouver dans leurs revues de presse.

Si vous expliquez qu'Internet offre une image du monde, non pas tel que déjà décrypté et déformé par divers médias, mais tel qu'en train de se faire, dans le bruit et la fureur, alors vous risquez d'angoisser le grand chef. Il pensera, sans doute à juste titre, qu'il ne peut pas à la fois s'acquitter de ses responsabilités, et s'inquiéter de savoir si celles-ci répondent bien à des besoins non encore formulés, à des mouvements browniens aux marges de notre univers classique.

Un observateur attentif notera cependant que, ces derniers temps, de nombreux grands chefs affichent des opinions diverses, mais tranchées, face à l'Internet. Ce thème est en effet devenu un must de la conversation mondaine. Il ne serait pas séant de rester sec à son propos. Malheureusement, beaucoup des grands chefs qui en parlent avec autorité désolent les connaisseurs, en affichant qu'ils n'ont pas la pratique de leur sujet, autrement que par ouï-dire. Vérités premières, voire inexactitudes, pleuvent. Le diagnostic final est généralement négatif, puisqu'en France, il faut se méfier des sciences et des techniques.

Certains grands chefs enfin, rares il est vrai, se comportent également comme les petits chefs atteints de bêta-bloquant, décrits par ailleurs dans ces chroniques. Entendons par là que si leurs adjoints leur proposent des projets de modernisation utilisant peu ou prou l'Internet, l'Intranet ou autres technologies de type autoroutier  (de l'information), ils sont tentés de répondre, selon les cas:

- je n'ai pas d'instruction du ministre.
- je vais me mettre dans le collimateur (du budget, des syndicats, des administrés, etc...).
- pourquoi prendre des risques alors que dans quelques mois, je serai nommé ailleurs?

N'en disons pas plus ici sur ce sujet difficile, sauf à faire remarquer un point capital. Lorsque le bêta-bloquant s'incarne dans un grand chef, il atteint sa forme la plus virulente, la plus susceptible d'engorger les circuits, de contaminer les personnes jusque là indemnes, de devenir, si l'on peut dire, une référence culturelle. Que le Dieu de l'administration et du service public nous préserve de grands chefs bêta-bloqués!

What is a bossy type? Tough question.

We won't talk here about ministers, who are commuters in the administration., from which they didn't get shortcomings (even if they have other ones).

We 've excluded from our speach young people who work in their cabinet when they come straight from high schools for civil servants, whose decerebrating feature are well-known.

The high competitive pressure they endure, the necessity to have new ideas make them more open-minded than the average civil servant, particulary toward new technologies. Only Law is important to them.
Amazingly, chartered engineers who achieve to high position in the hierarchy, are eager to get rid of their technical skills, in order to be in a manager's disguise.

As to computer science that they still call data processing (or mass processing), they consider it a computer man 's concern and micro computer a secretary's.

However they consider these categories of people, they don't want to be mixed up with them.

The internet phenomenon has long made them feel indifferent. More exactly they show a lack of concern in their occupation .
According to them, it's an other world, amazing, interesting but so exotic like for instance the development of cosmology or chinese movies.

It's very easy to understand them anyway.
First and above all, they are so helpless to cope with the minimum of technical skills you need to get in the network of networks.
Because they never wanted to learn what they call a job for secretaries, they are suffering now.

High executive of the ministry can the best represent the "bossie type" in these columns.

Let say straightforward that they are generally good, efficient, wise, work-oriented, and show a sincere devotion for public matters.
Anyway, let's admit they make a good victim for the Beta-blocker.

Why?
They have been trained in despise of technology of everykind, information technology included.
Even the computer, so posh to carry in a plane or during international conferences as the japonese or american counterparts do, makes them feel stupid.
Furthermore, they don't have time to explore the virtual word, looking for pieces of information.
The only piece of information they consider can be found in receptions, directing cercles and minister corridors.
As far as the rest of the world is concerned we can't say they feel indifferent. Actually they think they will find information in press revues.
If you explain that internet is a perfect reflect of the world, not as transformed picture of media, always mouving, in noise and fury , it may be a subject of concern for the big chief.
He will think that he can't carry out his responsabilities and wonder if they respond to unformulated needs, to movements at margin of our classical universe.
However a careful observer will notice that over these last times many chief have had various but clear-cut opinions about the internet.
This topic has become very trendy in society conversations. Unfortunatlly, many high chiefs who talk about it with authority desapoint connoisseurs, by showing that they don't have any practical knowledge on the subject apart from what they've heard.
The final diagnosis is generally negative, as in France, Science and technics must be mistrusted.
In the end, some high chief just behave like small chiefs who suffer from Beta-blocking, even if it seldom happens. These ones are described in the columns below.
Let's understand that, if their partners propose mordernisation projects which more or less entail the internet/intranet or information superhighway technologies, they tend to answer :
According to the case :

- I don't have instructions from the minister
- I will be in sight of ... (the budget, trade unions or citizens ...)
- Why take risks as I know I will have a transfer.?

We won't say anything more on this hot subject , apart in order to focuse on an important feature.
When the Beta-blocker incarn a big chief , it becomes more virulent and more likely to block systems, to contaminate people who were indemn up to now., and to become a cultural standart.
Let's hope that the god of the public sector prevents us from beta-blocked chiefs...


http://www.admiroutes.asso.fr/action/bb/grandche.htm
droits de diffusion